COHOL - Rigen (Osmose) - Selection VS du 03/07/2015 @ 07h43
Entre le Japon et le Black-Metal, ce n’est pas une histoire d’amour très démonstrative, même si SABBAT est apparu dès 1983. Entre les tarés d’ABIGAIL, ceux de SIGH dans un autre registre, les filles de GALLHAMMER et leur proto-Black, ou encore le mésestimé ENDLESS DISMAL MOAN dont l’unique membre s’est suicidé en 2008… à part ça, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent niveau BM dans le pays de RISE OF THE NORTHST… pardon, de BLOOD STAIN CHILD plutôt. Mais voici un challenger, COHOL, trio originaire de Kanagawa désormais localisé à Tokyo et existant depuis 2000. Osmose s’est penché sur ce groupe auteur de deux démos et d’un premier full-length, 空洞 (ou Hollow), sorti en 2010 via un certain Satire Records. On fait confiance au célèbre et historique label français pour la qualité de ce groupe qui autant être clair était jusque là inconnu au bataillon. D’ailleurs COHOL est, plutôt maladroitement au final, classé dans le « Post-Black », et on imagine pas Osmose aller voir à l’autre bout du monde pour nous dénicher un pseudo-DEAFHEAVEN ou une sorte de ENVY blackisé qui n’aurait eu aucune originalité parmi toutes les formations de Black/Screamo-à casquette à la mode. Non, Osmose a vraiment eu le nez creux et nous a en fait déniché la vraie révélation de 2015, car soyons clair d’emblée 裏現 (ou Rigen), c’est la MÉGA DÉGLINGUE.

Revenons un instant sur Hollow sorti il y a 5 ans, honnête mais anecdotique album de Black-Metal glorifiant trémolos et voix criarde, le tout chanté en japonais, avec il est vrai un léger penchant pour le Post-Black mais restant un minimum cru, et surtout faisant preuve d’un paysage rythmique intéressant. C’est sur cette base que va évoluer COHOL, se lavant presque complètement de son petit côté Black à casquette (à moins que l’on ne considère que l’utilisation de trémolos mélodiques et d’une voix aiguë soit l’apanage du style, mais dans ce cas, tout le BM sorti depuis 1991 est « Post »…), et piochant désormais aussi bien dans le Thrash et le Death, plaçant Rigen entre Black/Thrash et Black/Death. Il est alors étonnant de voir cohabiter, au sein d’un album à l’artwork (ainsi que les autres photos du livret) mystique et forestier, une vibe technico-mélodique sur base Black/Thrash que n’aurait pas renié MELECHESH (d’autant que la voix est ici similaire à celle d’Ashmedi) ainsi que sur la même base une furie à la ABSU, et une puissance classieuse à la BEHEMOTH doublée de sévères blasts et rythmiques assassines pouvant évoquer un VADER. Rien à voir avec du Raw Black bien trve et grim, rien à voir avec le Post-Black rose et cotonneux à cheveux courts et même de l’« atmo », Rigen bien que résolument Black-Metal s’avère plus « moderne » qu’il n’y paraît, et donne une variation assez novatrice du Metal « extrême », pour le meilleur et pour le p… non, pas pour le pire, parce que ce second album de COHOL est tout simplement une tuerie en bonne et due forme.

Pourquoi ? Parce que même si les bases ne sont pas si originales que ça, COHOL transforme le tout en un véritable monstre d’efficacité grâce à une inspiration rare, des compos de grande qualité, un côté contrôlé mais imprévisible, une rigueur rythmique « à la japonaise », des arrangements de folie, une production qui dépote (même si le mix est parfois hasardeux voire confus aux premières écoutes), des variations qui font mouche et un album tout simplement irrésistible. Black, Death, Thrash, COHOL prend de tout et sait le cuisiner aussi bien que l’expert cuistot japonais qui coupe les légumes à toute vitesse et sait comment dépiauter le fugu. Mais Rigen est tout de même un album mortel dans le second sens du terme. 40 minutes de pure dinguerie au sein d’un disque bavard et explosif, mais ne sortant jamais des limites de construction. Une intro aérée et mélodique ("Frozen") histoire de se mettre dans l’ambiance tout de même glaciale et forestière, et COHOL sort les grattes acérées pour "Infrastructure". Trémolos rangés et assassins, voix agressive (le chant en japonais ne choque absolument pas), blasts terrassants, rythmiques percutantes, COHOL ouvre les hostilités tout en tension et laisse déjà apparaître ses subtilités grâce à ses excellents arrangements (la basse est un régal), avec un fond Black qui se sert du Thrash et du Death pour gagner en efficacité. Les japonais se montrent déjà très accrocheurs et n’hésitent pas non plus à travailler leurs ambiances grâce à un beau break, qui laisse alors le Metal extrême repartir de plus belle dans un final très salvateur.

Un départ à fond qui va ensuite laisser place à toute la créativité du trio japonais. "Chaos Ruler" surprend alors avec son ouverture monumentale à la BEHEMOTH, avant que COHOL ne se serve du côté massif du Black/Death polonais pour repartir en cinquième vitesse, tout en proposant des schémas rythmiques de dingue (certains assauts de guitare sont d’un tranchant rarement atteint) et des somptueuses montées de trémolos. "Depressive", seul extrait de Rigen dévoilé officiellement, fait encore évoluer le paysage sonore de COHOL avec cette intro mystique en spoken-word, qui laisse ensuite place à des rythmiques percutantes particulièrement inspirées, puis à un déluge Black/Thrash qui applique le côté technico-agressif mais aéré d’un MELECHESH à merveille avec un touché plus personnel, blindé de riffs tout simplement géniaux (le passage à 2’26 est un pur appel à headbang et la dernière partie tout en trémolos est explosive à souhait). COHOL est en forme de compétition, enchaîne les tueries, et livre avec "Funeral March" un morceau plus « moderne » particulièrement marquant, il y a de tout là-dedans, entre accélérations Black/Thrash, assauts Black/Death et trémolos crus, mélodies même (mention spéciale au final épique), le tout avec cette fantastique science des enchaînements rythmiques qui fait mouche et fait vraiment tout le sel de Rigen, avec des moments tout simplement énormes !

"Endless Ember" maintient la tension avec toujours ces suites rythmiques génialissimes, et COHOL se permet encore quelques subtilités, jouant ici avec sa guitare lead pour nous offrir des moments mirifiques et encore des trémolos propices à l’agitation frénétique de cheveux (longs), alors que l’on réentend la voix parlée, qu’un sympathique petit solo est de la partie, et que la majeure partie du morceau est constituée de longs blasts qui laissent les mélodies s’exprimer et le chanteur s’égosiller. Les morceaux s’allongent et COHOL étale donc tous ses talents, "Arche Pathogen" débute tout doucettement mais les japonais envoient de suite leurs dernières forces en termes de blasts et trémolos furieux, avec toujours des rythmiques Black/Death incroyables, alors qu’un autre solo laissera ensuite place à un final mid-tempo monumental, appuyé par d’étonnants chœurs et des mélodies particulièrement libératrices. "The End of Acute Phase" clôt les hostilités de manière un peu plus sombre, mais les rythmiques efficaces et gros assauts blastés sont toujours au rendez-vous, avant que Rigen ne s’achève sur une longue litanie de riffs appuyés et de leads légèrement dissonants, accompagnés de cette touchante voix parlée qui nous fait donc quitter le Japon dans une atmosphère noire et apocalyptique, le calme et la désolation après la guerre.

La guerre, c’est que nous a balancé COHOL, mais pas de la même façon qu’un ABIGAIL ou qu’un ENDLESS DISMAL MOAN. Une guerre ordonnée, efficace et rapide (39 minutes, ni trop, ni pas assez), avec comme armes des rythmiques, des blasts et des trémolos, le tout avec une organisation sans faille et un plan d’attaque maîtrisé. Cet album venu de loin n’est donc pas le 666ème album de Black à casquette sans intérêt, c’est un disque qui manipule avec brio le meilleur du Black/Death et du Black/Thrash pour porter le Black-Metal le plus bastos à un niveau rarement atteint d’intensité, d’inspiration et d’efficacité. Rigen est un disque tout simplement monstrueux, incroyable parfois, porté par un trio pétri de talent qui a su capitaliser sur des bases connues pour livrer un Black-Metal, ni vraiment traditionnel ni complètement moderne, particulièrement brillant et percutant. Quand le meilleur de MELECHESH et d’ABSU sans leurs oripeaux orientaux et ésotériques croise la puissance et la classe d’un BEHEMOTH le tout sauce samouraï, avec de la rigueur sur la forme et une touche personnelle sur le fond, cela nous donne la tuerie qu’est Rigen ce deuxième album de COHOL, un nom à retenir tant son talent pour manier rythmiques et trémolos et triturer le Metal « extrême » à sa façon est fait pour dépasser les frontières, et Osmose a su les capter dans leur course vers le succès. Comme je le dis toujours dans mes bilans de fin d’année concernant l’album de l’année à venir, « de toute façon ça sera une surprise ou un groupe (re)venu de nulle part qui gagnera », et même s’il reste 6 mois de sorties à défricher pour se décider COHOL se pose comme un challenger plus que sérieux, car son Rigen est une grosse tuerie et je m’emballe. HASHTAG DINGUERIE. HASHTAG LA DÉGLINGUE. ALL HAIL COHOL. Amen.



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Rédigé par : ZeSnake | 18/20 | Nb de lectures : 10049




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Commentaire
ptit vs gregory
IP:90.29.227.190
Invité
Posté le: 03/07/2015 à 17h40 - (117159)
arkha sva, en black japonais, c'est pas négligeable

Will
IP:86.200.180.209
Invité
Posté le: 03/07/2015 à 19h37 - (117160)
Ce disque est tout simplement indispensable.

Pat
IP:81.4.120.35
Invité
Posté le: 03/07/2015 à 20h26 - (117161)
C'est assez moyen mais ça s'écoute

itto ogami
IP:90.40.84.23
Invité
Posté le: 03/07/2015 à 21h45 - (117162)
Navré mais entre le Japon et le Black c'est une longue et grande histoire d'amour mais il faut un peu fouiller et ne pas s'arrêter à ce que les labels occidentaux sortent par chez nous.

l
IP:86.197.173.34
Invité
Posté le: 05/07/2015 à 14h00 - (117169)
Classé post-black peut être parce qu'ils ont sorti un split avec Heaven in her Arms y a un ou deux ans (groupe un peu plus connu en occident), split sympa mais pas exceptionnel, j'irai écouter celui-ci du coup.

Sakrifiss
IP:202.212.15.244
Invité
Posté le: 07/07/2015 à 14h30 - (117188)
T'as lu mon dossier sur le black japonais au fait ZeSnake ?
Yvonxhe est très bon aussi...

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