CODE - Augur Nox (Agonia/Season of Mist) - 31/12/2013 @ 08h05
Le changement de chanteur est toujours une phase très délicate pour n’importe quel groupe de musique un minimum reconnu. Dans le cas de CODE, c’est quelque chose de risqué et on dirait même que ça va coûter cher : sur VS, plutôt plébiscité pour ses deux premiers albums, CODE semble avoir fait fuir tout le monde et les news concernant cet Augur Nox ont été peu commentées ou commentées négativement. Avouons que le départ de Kvohst, chanteur clair de BM éminemment reconnu pour ses diverses contributions (DØDHEIMSGARD, VOID, DECREPIT SPECTRE) et bien sûr pour ses qualités vocales, a refroidi l’enthousiasme concernant ce groupe anglo-norvégien de Black progressif et avantgardiste mené par Aort. Du coup, ce dernier a quasi-totalement remanié son line-up suite au (second) départ de Kvohst en 2010, Kvohst qui rappelons-le se consacre désormais uniquement à son projet typé Dark-Folk HEXVESSEL, et du line-up de Resplendent Grotesque (2009) ne reste que Andras… qui n’avait fait qu’un lead à l’époque. Inutile de dire que CODE (que je ne peux orthographier avec les crochets sinon ça donne ça) a donc fait table rase du passé et va presque prendre un nouveau départ (et non un nouveau nouveau crépuscule) pour Augur Nox son troisième album. « Le CODE a changé » comme dirait Dany Boon en 2009 dans le film de Danièle Thompson.

Le style n’a pas radicalement changé pour autant. CODE pratique toujours un Black-Metal avantgardiste progressif quelque peu dandy et décadent. Mais si Nouveau Gloaming et Resplendent Grotesque se distinguaient par la folie et les atmosphères, Augur Nox est plus contrôlé, plus direct. Donc moins complexe, moins travaillé et moins étrange, mais non dénué d’intérêt et surtout, toujours avantgardiste et décadent. Si CODE avait vraiment trouvé sa personnalité avec Resplendent Grotesque, album sensationnel mais pas abouti et un peu trop court, ici les influences vont à nouveau ressortir. Mais ce sont des influences glorieuses, les VED BUENS ENDE, FLEURETY, et tout ce qui ressemble à ARCTURUS période La Masquerade Infernale, dont VULTURE INDUSTRIES. Et d’ailleurs CODE se rapproche désormais de la nouvelle référence en termes de Metal avantgardiste norvégien, surtout que le chant du nouveau venu Wacian est assez proche de celui de Bjørnar E. Nilsen. Un chant de qualité, mais hélas un chant peu original (jusque dans les screams Black), confirmant que la succession de Kvohst est très, très difficile à mettre en place.

Le départ de Kvohst et son remplacement qui ne comble pas forcément les attentes, ainsi que le côté plus « simple » de Augur Nox font donc que cette nouvelle offrande de CODE est boudée, peut-être à raison et ça me désole un peu. Car je ne fais pas partie des déçus, au contraire je trouve cet Augur Nox tout à fait excellent. Je n’en attendais rien de particulier 4 ans après Resplendent Grotesque qui m’avait laissé un petit goût d’inachevé, et je suis le genre de personne qui s’adapte aux changements plutôt que de m’apitoyer sur le passé. Les extraits m’ont convaincu, et l’écoute de l’album entier n’a fait qu’enfoncer le clou. Album divisé en trois actes dont le premier, sobrement dénommé « I » à l’arrière du digipack, est le plus intéressant. Car oui, et oui pour du Metal avantgardiste/progressif, CODE a pondu un quatuor de tubes ! "Black Rumination", "Becoming Host", "Ecdysis" et "Glimilght Tourist" sont bardés de riffs directs terriblement accrocheurs, accompagnés de chants variés et des écarts instrumentaux plus décadents qui font mouche, et même d’accès Black efficaces. Si un morceau comme "Smother the Crones" faisait office de hit pour CODE, il a ici quatre successeurs potentiels qui sont tout bonnement excellents et qui font la force de ce début d’album en fanfare.

Les deux autres actes, introduits par les interludes "Δ" et "Rx.", vont plutôt mettre en exergue les ambiances propres au style avantgardiste « norvégien », dans la lignée des morceaux posés de Nouveau Gloaming donc. "Garden Chancery" demeure un morceau assez appuyé et même agressif par moments, tout en étant marié à un côté « dandy » évident, ensuite les morceaux s’allongent et les atmosphères évoluent quelque peu. "The Lazarus Cord" nous offre une intro percutante, mais ensuite ce sont les mélodies et les lignes vocales claires qui sont mises à l’honneur, même si la musique de CODE reste toujours très contrastée, en témoigne ce final de morceau acoustique et dépouillé. "The Shrike Screw" poursuit dans cette lignée douce-amère (avec des rythmiques en béton) mais l’ambiance s’assombrit. CODE a néanmoins trouvé son équilibre et va l’affirmer sur le troisième acte de l’album. "Trace of God" est à nouveau direct et accrocheur et permet à Wacian de se lâcher sur ses différents vocaux, s’il n’est pas exceptionnel le nouveau vocaliste du groupe a une certaine ressource et de la versatilité bienvenue. Une qualité vocale qui s’exprime encore dans le plus posé et progressif "Harmonies in Cloud", très typé VULTURE INDUSTRIES mais qui n’aurait pas fait tache dans The Tower. C’est enfin "White Triptych" qui va clôturer les 54 minutes de Augur Nox avec des riffs entraînants, et surtout une gestion parfaite de la balance Black / avantgarde, montrant qu’en vérité CODE n’a absolument pas perdu sa superbe même s’il a partiellement abandonné sa folie et son inventivité.

Donc si vous attendiez que CODE pousse encore plus loin ce qu’il avait fait sur Resplendent Grotesque, et si vous avez du mal à imaginer du CODE sans Kvohst, vous serez déçus par Augur Nox. Mais si l’on oublie les deux précédents opus et que l’on considère ce disque comme étant un nouvel avatar du Metal avantgardiste école norvégienne, nous avons tout de même un beau bijou entre les oreilles. CODE est allé à l’essentiel, nous livrant des morceaux très accrocheurs et des ambiances peu originales mais léchées et enivrantes. Si avec ce nouveau départ, CODE a un peu régressé et doit améliorer certaines choses (production, chanteur qui doit trouver sa voie), en allant plus loin il peut facilement pondre un chef-d’œuvre. Je pense que Augur Nox mérite bien plus de considération que « mais y’a plus Kvohst, c’est nul », et si vous faites l’effort d’oublier le passé CODE pourrait bien vous surprendre, dès à présent ou pour la suite (maintenant que Kvohst et ses humeurs changeantes n’est plus là, espérons que la stabilité et la productivité soient au rendez-vous). Un album « simple » de Metal avantgardiste avec des touches de Black progressif bien fichu, qui est tout simplement excellent et bardé de morceaux et de riffs forts, c’est ce qu’il faut retenir de Augur Nox pour l’apprécier à sa juste valeur.



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Bandcamp - 108 téléchargements


Rédigé par : ZeSnake | 16/20 | Nb de lectures : 11880




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Commentaire
grozeil
Membre enregistré
Posté le: 31/12/2013 à 09h13 - (110571)
Jamais eu l'occasion de me pencher sur le cas de ce groupe, je vais le faire de ce pas. A la première écoute, j'ai l'impression que Code est à Arcturus ce que Caladan Brood est à Summoning, mais comme le nouveau Arcturus se fait attendre, ça passe plutôt bien.

HexV
IP:88.178.217.91
Invité
Posté le: 31/12/2013 à 09h37 - (110572)
excellente chronique que j'attendais, ayant laissé un commentaire peu enthousiasmé dans une des news du groupe...
et je me retrouve totalement dans ce qui est dit, à ceci près que Nouveau... était excellent et Resplendent... encore meilleur et là il manque quand meme un petit quelquechose. Le coté un peu plus direct des compos, en plus de la voix du nouveau chanteur font que non, malgré mon envie, j'arriverai pas à aimer cet album...

Moulinexxx
Membre enregistré
Posté le: 31/12/2013 à 10h59 - (110575)
Kvohst ne se consacre pas qu'à Hexvessel, il est aussi le chanteur de Beastmilk, très bon groupe de post-punk.

Stockwel
IP:88.164.187.76
Invité
Posté le: 01/01/2014 à 23h51 - (110588)
Un bon album, dans la lignée de Resplendant Grotesque.
Cependant pour moi ces 2 albums n'arrivent pas à la cheville du chef-d'oeuvre Nouveau Gloaming, dont je ne retrouve pas du tout les atmosphères glaciales.
Maintenant on est plus dans l'avant garde, on pense à Enslaved, Arcturus,... alors que sur Nouveau Gloaming je ne pensais à rien d'autre, l'atmosphère dégagée était du pur BM même avec tous les chants clairs.


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