CELESTE - Animale(s) (Denovali) - Selection VS du 24/01/2014 @ 07h55
Un nouveau disque des lyonnais est toujours un petit événement. Parce qu’ils étaient parmi les premiers (les premiers ?) à jouer ce que tout le monde joue aujourd’hui : un mix entre le plus métallique des hardcore, le post-hardcore et le black metal. Et parce qu’ils l’ont toujours fait mieux que n’importe quel suiveur. Que peuvent bien apporter les patrons du genre au style qui se trouve au somment d’une vague qui finira inexorablement par redescendre pour n’épargner que les plus vaillants parmi lesquels nous trouverons à coup sûr CELESTE ? Et bien ils apportent un peu de neuf. Pas de franche révolution mais une petite évolution au niveau sonore, au niveau de la durée et de l’atmosphère que véhicule le disque. Bon, ceux qui n’ont toujours vu en eux qu’un groupe de post adolescents intellos-arty-faussement torturé, ne modifieront pas leur jugement. Les autres, ceux qui suivent le groupe depuis le début remarqueront que CELESTE poursuit sa marche en avant. « Animale(s) » est toujours du pur CELESTE mais diffère (un peu) des autres disques.

Dans sa durée déjà, 70 minutes disposées sur deux disques de 6 titres construits de la même manière, en miroir. Rien n’a été laissé au hasard. « Animale(s) » est l’album le plus long du groupe et celui sur lequel il prend le temps de distiller plus d’ambiances. On se sent moins frontalement agressé constamment, la chape de plomb qui ne laissait passer aucune lumière se fissure pour laisser filtrer quelques rails venant trancher la compacte noirceur de l’ensemble. Même si « Laissé pour compte comme un bâtard » ouvre le disque dans la violence, le sang et les larmes, le son global est moins opaque, instinctivement, on discerne mieux ce qui se passe, comme si la pénombre avait remplacé les ténèbres. La voix se fait un poil plus claire aussi, les paroles sont plus compréhensibles (ou alors est-ce juste parce que je me suis habitué à ce type de chant…), le chant moins abrasif. Le groupe lyonnais a poussé plus loin son côté post, poli le son pour amener des nuances de gris foncés à sa noire entreprise et, ma foi, ce n’est pas plus mal. La constante agression de « Misanthrope(s) » le rendait un peu trop hermétique, ici, on entrouvre les rideaux et on nous permet même de respirer via les instrumentaux « X » et « Y ».

Le son est toujours hyper compact et monolithique, les guitares semblent capables d’abattre des murs mais cette fois la section rythmique et les basses sont plus présentes, moins noyées dans les distorsions et les riffs black metal. La batterie notamment possède un son exemplaire, le meilleur depuis les débuts du groupe. Le travail sur les toms notamment est d’une grande qualité et cela aussi amène un peu de nouveauté et de nuance dans le son du groupe. De la profondeur aussi. On retrouve la cohérence du groupe, son homogénéité et sa capacité à tout ensevelir sous des murs de guitares noirs comme la suie sur des titres comme « Au pied d'une bicoque peu séduisante » ou « Empreinte d’Erotisme » qui envoient du très gros comme le groupe a toujours su le faire. Mais au-delà de ces titres classiques, les lyonnais proposent des choses plus mélodiques, ou plus plutôt, plus mélancolique sur « Cette silhouette paumée et délabrée qui sanglote et meurt ».

Maintenant la question est de savoir si un double disque, soit 70 minutes de musique, se justifie. Oui et non, en grande partie. « Oui » car CELESTE prouve qu’il est efficace sur la durée, sur l’enchaînement des titres qui lui permet d’expérimenter plus de choses, de construire sur le long terme. Les plaisirs sont plus variés, quelques arpèges, des instrumentaux, du hardcore hyper métallisé, du black metal furieux, des patterns de batterie nouveaux et la durée permet aussi au groupe, plus que jamais, de déployer ses ailes post hardcore. Tout ce qui fait la saveur du groupe finalement. « Animale(s) » se rapproche de « Nihiliste(s) » (dans une version redux si je puis dire) pour toutes ses raisons et ça tombe bien, c’est l’album que je réécoute le plus souvent car il est une chouille plus varié que les suivants qui ne sont que noirceur, espérance et agression. On peut répondre que « Non » car ce double disque se termine sur une outro dispensable, attendue et assez peu inspirée au vu de ce qui l’a précédé.

« Animale(s) » est un disque de CELESTE un peu moins méchant, haineux mais plus insidieux, plus lourd aussi, qui fonctionne sur l’usure. Le groupe diversifie ses frappes pour une efficacité différente, plus diffuse même si attention on reste sur du violent, du noir, du « qui fait mal » mais qui, à la manière d’un Integrity, sait aussi se la jouer vicelarde en jetant du sel sur les plaies encore ouvertes. A la fourbe, en traître. Cette traîtrise est nouvelle et bienvenue dans la panoplie des lyonnais qui se placent dans le très haut du panier, un peu à part d’ailleurs, de la scène française, tous styles confondus. Ils poursuivent leur sans faute et apportent une nouvelle pierre, essentielle à leur discographie. CELESTE est le genre de groupe que l’on ressent physiquement, « Dans ta salive, sur ta peau ».

En écoute - 299 téléchargements


Rédigé par : Seb On Fire | 18/20 | Nb de lectures : 13802




Auteur
Commentaire
Velvet Kevorkian
Membre enregistré
Posté le: 24/01/2014 à 09h24 - (110801)
Ta kronik donne franchement envie, surtout quand tu dis que le groupe se fais un tantinet plus lumineux et se renouvelle.



AnusFraicheur
Membre enregistré
Posté le: 24/01/2014 à 09h37 - (110802)
Pas encore écouter, le format double album me fait un peu peur, vu la densité de la musique de Céleste, mais la chronique semble bien me donner tort!

Vision Of Beuh
Membre enregistré
Posté le: 24/01/2014 à 11h44 - (110804)
Faut que j'écoute celui la. Je n'ai que Nihiliste mais en matière de haine marquée au fer rouge, le groupe se pose la. En tout cas, ele fait bien envie ta kro, Seb.



ralph
IP:82.243.217.101
Invité
Posté le: 24/01/2014 à 12h13 - (110806)
J'ai pas très bien compris comment le double disque pouvait se finir sur une intro...mais à part ça kro intéressante et qui donne envie.

Seb On Fire
Membre enregistré
Posté le: 24/01/2014 à 12h38 - (110807)
Ah, il fallait bien sur lire "Outro", je vais corriger ça.

grinder
IP:62.23.59.106
Invité
Posté le: 24/01/2014 à 13h32 - (110808)
Je connaissais pas du tout ! C'est excellent ! Quelle densité ! La démonstration qu'on a pas besoin d'être rapide pour être rapide et/ou intense !
Grosse claque pour ma part !

pyofan
Membre enregistré
Posté le: 24/01/2014 à 14h38 - (110809)
Tout comme grinder !!!! jolie claque !

âpre, dense et méchant !

j'adore !!



Velvet Kevorkian
Membre enregistré
Posté le: 24/01/2014 à 16h26 - (110810)
Penchez-vous aussi sur le reste de leur discographie, vous ne serez pas déçu.



Xkg
IP:90.84.145.11
Invité
Posté le: 25/01/2014 à 13h04 - (110816)
Ça bute !

MrGuitoune
IP:86.66.218.66
Invité
Posté le: 29/01/2014 à 17h09 - (110831)
Album qui bute et bien sombre, mais puissant en même temps! La chro correspond bien à l'album
beau boulot Seb!

jeje29
IP:193.106.225.67
Invité
Posté le: 19/02/2016 à 21h54 - (119457)
Bravo aussi à Denoovali Records qui propose une version vinyle magnifique encore une fois. Les photos sont superbes.

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