CARACH ANGREN - This Is No Fairytale (Season of Mist) - 23/02/2015 @ 09h01
CARACH ANGREN a, dès son premier album Lammendam (2008), été reconnu comme une des meilleures formations actuelles de Black Sympho, genre assez moribond ces dernières années. Un premier album qui pour beaucoup n’aura jamais été confirmé, Death Came Through A Phantom Ship (2010) était vu comme plat, Where The Corpses Sink Forever (2012) avait rebuté de par sa production… et les Hollandais sont souvent vus comme un groupe linéaire qui n’arrive pas vraiment à accoucher de morceaux forts. Mais la majorité des amateurs de Black Sympho reconnaît les mérites de ce groupe qui existe tout de même depuis 12 ans, que ça soit pour la qualité de ses arrangements orchestraux, les talents de son chanteur Seregor ou encore les textes très fouillés. A ceci j’ajouterai tout de même des tubes comme "The Carriage Wheel Murder" et "Lingering in An Imprint Haunting"… mais le groupe a encore et toujours besoin de dépasser son premier et excellent album Lammendam. This Is No Fairytale réussira-t-il cet exploit ? Moi j’ai envie d’emblée de dire oui, il s’agit de mon avis du meilleur album de CARACH ANGREN à ce jour. Le plus travaillé, le plus marquant, le mieux produit, le plus inspiré, la meilleure performance, le plus réussi. Les Bataves se la jouent Magritte, ceci n’est pas un conte de fées, cette histoire n’est pas joyeuse mais l’album qui en découle, lui, est bel est bien splendide.

CARACH ANGREN ne va pas révolutionner son style de Black Sympho, qui s’il s’inspire de grands noms a déjà sa personnalité propre, qui finalement était présente dès Lammendam. Riffs tranchants, blasts agressifs, trémolos salvateurs, vocaux géniaux, orchestrations bien dosées et pas du tout pompeuses, tout y est. On est dans la lignée de Where The Corpses Sink Forever, on ne retrouve donc pas le trop-plein de sympho de Death Came Through A Phantom Ship et c’est tant mieux, This Is No Fairytale est même en grande réussite au niveau des riffs, qui chose importante sont nettement mieux mis en avant que sur Where The Corpses Sink Forever, en partie sabré par la production maigrelette des grattes. CARACH ANGREN a trouvé son équilibre au niveau du son, mais ce qui mène la danse ce ne sont donc pas les orchestrations, ni les riffs en fait, ce sont bel et bien les lignes vocales de Seregor. Je trouve ce vocaliste énormissime depuis Lammendam et album après album, il fait étalage de tous ses talents de « conteur » BM. C’est tout simplement le meilleur chanteur de Black Sympho en activité, loin devant les autres, qui progresse à chaque fois et varie son jeu : chant black déclamé, passages plus death, accès théâtraux, chant simili-clair plaintif quand l’histoire l’exige… Et l’histoire exige de belles performances. This Is No Fairytale, ce n’est pas une histoire pour enfants, c’est cependant un conte pour enfants, mais en version macabre et gore. CARACH ANGREN continue à s’inspirer de la littérature fantastique, et cette fois-ci le groupe néerlandais s’essaye à une version contemporaine et sordide de Hansel & Gretel, dont vous pouvez en découvrir deux chapitres avec les magnifiques lyrics video concoctées par Costin Chioreanu, et j’espère au fond de moi que tout l’album aura droit à ce traitement, tant l’histoire apporte une plus-value à cet album de Black Sympho qui pourrait être considéré comme convenu ! Mais CARACH ANGREN travaille l’ensemble de son œuvre et a décidemment ce petit truc en plus. Le synopsis de son quatrième full-length : deux enfants vivotant dans une famille composée d’un père violent et d’une mère camée, vont fuguer et se retrouver kidnappés et violentés par un psychopathe déguisé en clown qui est persuadé de répondre aux exigences d’une sorcière…

"Once Upon A Time…", il était une fois un conte noir et sanglant, tout sauf heureux et bucolique, mettant en exergue la violence et la mort. Une intro qui nous met tout de suite dans une ambiance de nuit d’horreur et ce 4ème album de CARACH ANGREN est lancé avec "There’s No Place Like Home". Un chef d’œuvre qui se pose directement comme un des meilleurs morceaux de Black Sympho jamais composés, ni plus ni moins, un véritable hit du genre. Riffs simples mais incisifs et envolées symphoniques sont à l’unisson comme jamais, menés bien évidemment par l’exceptionnel chant de Seregor. Chaque phrasé déclamatoire est un régal, mention spéciale au passage sur la mère, rendant ce morceau irrésistible du début à la fin qui, plus théâtrale au niveau du chant, est absolument délicieuse. Le décor de l’histoire est planté, comme une scène d’exposition, et met déjà mal à l’aise de par son côté résolument sordide et inquiétant. Le récit est alors lancé par "When Crows Tick On Windows", et encore une fois CARACH ANGREN excelle dans la mise en place des instrumentations, des enchaînements et des structures, on se surprend facilement à taper du pied, et une nouvelle fois Seregor porte le tout vers le haut en menant parfaitement son récital (tous ses styles de vocaux y passent avec grande classe), rendant ce morceau de 6 minutes particulièrement passionnant. Le final est tout bonnement magnifique, poignant voire émouvant, grâce au traitement des vocaux qui se font déchirants à cause de contexte de l’histoire (« No, she is dead, she is dead ! Mother is dead ! Nooooo ! Oooh, why, mother, goodbye ! »). Un passage inoubliable, et les hollandais ne s’arrêtent pas en si bon chemin alors que leur anti-conte va connaître sa première évolution avec "Two Flies Flew Into A Black Sugar Cobweb". D’une durée de près de 8 minutes, ce morceau est le plus travaillé et le plus varié de This Is No Fairytale, entre accélérations blindées de riffs thrashy ou de trémolos et de blasts, et breaks changeant l’ambiance tout en permettant de faire vivre l’histoire. Une histoire encore et toujours racontée par Seregor et ses vocaux inimitables et accrocheurs, ce morceau multipliant les moments forts (tout le passage sur le clown est génial, et que dire de cet assaut vocal à partir de 0’42). Avec ce trio débutant l’album, CARACH ANGREN est tout simplement au sommet de son art et son Black Sympho n’a jamais été aussi bien goupillé qu’alors, et ce à tous les niveaux, inutile de dire que le groupe vient de poser une pierre angulaire dans sa carrière avec ces tueries.

De tuerie, il va en être question pour la suite de ce non-conte de fées, mais suivons le chemin de l’histoire mené tout d’abord par cet interlude qu’est "Dreaming of A Nightmare in Eden", où le scénario contemporain de This Is No Fairytale croise la fameuse histoire de Hansel & Gretel, dans une version plus glauque et cauchemardesque, servant de pont semi-onirique pour les mésaventures de nos deux gamins capturés par un clown malfaisant. Et pour ce morceau exclusivement orchestral, Seregor va bien évidemment se poser comme le maître de cérémonie, avec une première partie narrée et chuchotée très théâtrale et croustillante, embrayant sur une seconde partie bien plus agressive et noire, ou chaque phrase fait mouche, le chanteur se posant de morceau en morceau comme un véritable performer dans le petit monde du Black-Metal. Ensuite "Possessed by A Craft of Witchery" démarre avec les meilleurs riffs du disque et on se dit que CARACH ANGREN va tout démonter. Pourtant ce morceau de 6 minutes met hélas en évidence un des défauts décriés des hollandais, qui est la linéarité de leur art metallique. Il est alors vrai que ce morceau mouline un peu dans le vide, alignant les instrumentations BM et les effets sympho, et cette partie du récit est moins intéressante que le reste, Seregor y est d’ailleurs moins en vue, hormis sur la fin plus incisive. Une baisse de tension un peu dommageable, mais ça reste du bon CARACH ANGREN, on ne s’y trompera pas. D’ailleurs le groupe se réveille sensiblement pour "Killed and Served by the Devil", piste la plus rentre-dedans de l’album et une des plus agressives de toute la carrière de CARACH ANGREN. La batterie dicte un tempo vicieux entre dépotages et bons breaks et les riffs tranchent, à l’unisson des paroles ici bien sanglantes et evil, et inutile de préciser que Seregor magnifie le tout grâce à des lignes ultra-déclamatoires d’une efficacité rare. "The Witch Perished in Flames" est tout comme "Possessed by A Craft of Witchery" le morceau le moins intéressant de This Is No Fairytale d’un point de vue musical (certains trémolos sont bien trop convenus), mais on se laisse prendre au jeu de l’histoire, surtout qu’elle touche à sa fin et que nous en sommes à un des moments-charnière, et Seregor sait comment rendre le récit prenant grâce à de subtiles variations de voix et toujours grâce à ces lignes mordantes à souhait. Il est alors temps de clôturer ce conte bien noir avec un "Tragedy Ever After" mystique, aux paroles plus imagées, et à l’ambiance ténébreuse qui est parfaitement posée par la musique qui se fait plus mélodique, preuve que CARACH ANGREN a réussi un tour de force avec une cohérence à toute épreuve de son concept. Un concept porté par son histoire qui réserve d’ailleurs un grand final pour le moins surprenant !

This Is No Fairytale est alors à prendre comme un tout, pour une fois un groupe de Black-Metal fait un énorme effort pour l’écriture de ses paroles, rendant le tout passionnant et attachant, avec cet anti-conte macabre accessible et bien raconté. Et quand le tout est bien raconté par un orateur exceptionnel (énorme coup de cœur pour ma part, Seregor rules et pis c’est tout), on se laisse facilement conquérir. Ce 4ème album de CARACH ANGREN est donc tout simplement un grand disque de Black Sympho, genre qui ne sort plus grand-chose de significatif ces dernières années, et la formation batave se trouve nettement au-dessus du lot, place qui lui était promise depuis Lammendam et qu’elle n’est pas prête de quitter. Après, il est vrai que lorsque CARACH ANGREN fait dans le classique, il ne va pas chercher bien loin et This Is No Fairytale est légèrement hétérogène, avec une première partie d’album irrésistible et une seconde avec un peu moins d’aspérités. Mais cet album est de loin le plus marquant de la carrière de CARACH ANGREN, si parmi les précédents albums vous n’aviez pas trouvé de morceaux forts, vous risquez cette fois-ci de trouver votre bonheur parmi les "There’s No Place Like Home", "When Crows Tick On Windows", "Two Flies Flew Into A Black Sugar Cobweb" et "Killed and Served by the Devil", même si l’histoire de l’album ne vous intéresse pas il y a de quoi faire en termes de tubes de Black Sympho. A vous de voir mais CARACH ANGREN livre ici son meilleur disque et est en grande réussite, en grande inspiration, son chanteur est en grande forme, riffs et orchestrations sont d’excellente qualité et la production est cette fois-ci presque au top. Presque, car This Is No Fairytale is not a masterpiece, ne serait-ce qu’à cause de petites baisses de tension fatales à l’ensemble, mais de par son travail sur toutes les composantes de ces œuvres CARACH ANGREN est le meilleur groupe actuel de Black Sympho et son non-conte de fées peut d’ores et déjà figurer comme un des albums majeurs du genre pour les 2010’s.



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Rédigé par : ZeSnake | 16.5/20 | Nb de lectures : 10266




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Commentaire
Strat
Membre enregistré
Posté le: 23/02/2015 à 09h59 - (115843)
Il va falloir que je le réécoute mais, de mon point de vue, l'accent est trop mis sur les blast, et moins sur le violon/synthé comme auparavant.

A revoir en concert, car les bougres savent s'y faire en live !

Merci pour cette kro en tout cas !

dani666
IP:80.9.39.85
Invité
Posté le: 23/02/2015 à 22h13 - (115845)
Enfin voici une vraie chronique,ça fait un baille que j'en avais pas lu une comme ça sur se site.

mydrin
Membre enregistré
Posté le: 24/02/2015 à 08h43 - (115846)
il est pour moi "ni bon ni mauvais" c'est du Carach Angren commme les précédents albums : répétitif, je préfère largement le dernier Maleficentia (énorme cet album) ou Astel Oscora

mydrin
Membre enregistré
Posté le: 24/02/2015 à 17h21 - (115851)
par contre oui, très bonne chronique très agréable à lire

Schrissse
IP:77.146.7.76
Invité
Posté le: 24/02/2015 à 19h05 - (115853)
Superbe album moins accessible que les autres. Perso je trouve que ça à évolué. Par contre les paroles c'est pas du niveau des précédents.

Paroles et metal extreme
IP:81.51.203.195
Invité
Posté le: 16/05/2015 à 10h17 - (116704)
Je vois par ici ou par là que les auditeurs se plaignent du concept, des paroles... Et apparemment ça bousille le rating de l'album -cf RYM.
Perso je suis peut-être bas du front, en considérant que la voix se mélange dans le mix tel un autre instrument, et en vivant l'émotion du TOUT tel un ensemble ultra cohérent, mouvant et vivant à souhait.
Donc je dirais que c'est juste un album très, très bon. Il parlerait du taux recommandé d'hématocrite par l'OMS que je ne lui en tiendrait pas rigueur

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