AYREON - The Theory of Everything (InsideOut) - 16/01/2014 @ 08h01
Depuis une quinzaine d’années maintenant, la kronik d’un nouvel Ayreon commence invariablement par cette question: « mais qui donc Lucassen est-il allé chercher cette fois-ci encore ? ». Car vous n’êtes pas sans savoir que, s’il compose tout et tout seul, l’ami Arjen met un point d’honneur à faire participer une kyrielle d’intervenants pour ce qu’il faut bien appeler une œuvre gargantuesque. (voir liste en fin de kro* pour le casting).

Du beau monde en perspective de toutes façons. Cependant, il est intéressant de noter la présence exceptionnelle de « vieux lions » du progressif oldschool. Ainsi on croise les noms de John Wetton, Rick Wakeman, Keith Emerson et Steve Hackett. (C.V dans la même liste). Je ne sais pas comment il s’y prend pour attirer autant de pointures mais cela force le respect. La qualité de son travail et un charisme évident ne doivent pas y être étrangers.

Une nouvelle fois donc A.A.Lucassen a sorti l’argenterie pour nous en mettre plein les yeux et les oreilles. De cela, impossible de douter. (Et c’est d’ailleurs ce qui nous fait saliver plusieurs semaines avant la sortie de l’album). Outre la pléthore de participants, il nous propose pour ce 8e effort studio (**) un 4e double album conceptuel comme il se doit et un sujet hautement transcendant - et quelque peu surnaturel pour moi – qui a pour fondement une théorie de la physique quantique : La théorie du Grand Tout ou Théorie Universelle ! Je ne tromperais personne en faisant croire que je sais de quoi il retourne. Pour résumer et à l’attention des feignants je joins le lien qui explique tout ou presque. (merci à http://www.astronomes.com/le-big-bang/theorie-tout/)

En vérité, cette théorie sert de base au concept dont voici la trame simplifiée: Un professeur (JB) découvre le génie caché d’un enfant autiste (Tommy Karevik) et tente de convaincre ses parents de le soumettre à toute une batterie de tests visant à l’insérer dans un protocole de soins qui « devrait » le conduire à la guérison.

Voilà, c’est un peu court mais cela permet tout de même de mieux cerner le concept et le rôle des interprètes. Je vous laisse méditer sur le sujet complexe et source d’innombrables questions d’ordre métaphysique pour en revenir au contenu même de l’objet qui nous intéresse et quel objet ! Attention, l’offre est généreuse comme d’habitude. Vous avez le choix entre : 1) la version grand luxe 5 disques. Vous avez bien lu, 5 disques ! 2 CD et 3 DVD. (40 € environ). Pour cette version, vous bénéficiez en plus du double album, d’une version instrumentale, d’un livret de 48 pages, le making of, une interview de Lucassen et tout un tas d’autres informations aussi inutiles qu’indispensables au fan transi d’admiration. 2) Une version vinyle + 2 CD. (30 € environ). 3) Pour un peu moins que ça, un coffret 2 CD + DVD (22 € environ). 4) Moi j’ai fait simple : le boitier cristal pour 17 €, point barre. Bref, le choix du roi ! Si vous avez les moyens, n’hésitez pas à vous faire plaisir !

Les présentations faites, quid et quo modo de la musique ? Au risque de surprendre et pour la première fois s’agissant d’une œuvre « Lucassienne », il faut plusieurs écoutes appliquées pour pénétrer sans se perdre dans le trip du thaumaturge hollandais. Problème numéro un, accrocher aux wagons en raison de la construction même de chaque album. Entrons dans le détail pour mieux comprendre : Le premier CD comporte 22 titres pour 45 minutes. Les morceaux sont donc assez courts et s’enchaînent pour former 2 suites : PHASE I: SINGULARITY (23:29) et PHASE II: SYMMETRY (21:31). Le second disque est également conçu de cette manière ; 20 titres, la même durée et 2 suites : PHASE III: ENTANGLEMENT (22:34) et PHASE IV: UNIFICATION (22:20).

Mais à l’origine, il était question d’un format de 4 x 20 minutes, un peu (beaucoup) à la manière du Tales From Topographic Oceans de Yes. Dommage que cette dernière architecture n’ait pas été retenue. Cela aurait permis une accroche plus aisée et par là même, une plus grande fluidité de l’écoute. A ce propos, je vous déconseille le format MP3. La coupure entre les titres est insupportable à moins que vous ayez un lecteur adapté. Par contre, cette configuration permet à qui le souhaite d’extraire un morceau en particulier.
Pour en revenir au fond du projet, si ce n’est le concept, rien n’a changé. Les grandes lignes de la patte Lucassen sont plus que jamais présentes et rassureront ceux qui suivent le bonhomme depuis ses débuts et apprécient ce mélange souvent réussi de métal, de rock prog et d’ambiances space opera qui ont fait le succès des productions précédentes. Souvent réussi oui, mais pas du tout évident ici.

Et c’est sans doute l’unique (?) mais indiscutable point noir de ce nouvel opus : sa délicate accessibilité. Autour de son thème central sur lequel je ne reviendrais pas, les idées développées foisonnent sans lien ni cohésion apparente. C’est un fait troublant mais bien réel et qui finit par nuire de manière assez gênante au déploiement de la trame musicale, cette dernière n’étant elle-même pas exempte de complexité gratuite ou injustifiée.

Bien heureusement, la qualité des compositions n’est pas remise en cause ni celle des musiciens et intervenants grâce au talent du maître de cérémonie qui, une nouvelle fois, a procédé à un choix judicieux de ses « acteurs ». Le tout étant servi par une production limpide.

Mais - et je suis contraint d’y revenir – au-delà du saucissonnage exagéré des pistes, conséquence du manque flagrant de fluidité, c’est d’abord et avant tout cette carence d’esprit de corps dans la succession des thèmes qui empêche l’auditeur de se montrer totalement satisfait lorsque se sont écoulées les 84 minutes de l’album. On sort de l’écoute frustré avec le sentiment d’être passé à côté de quelque chose de « monstrueusement beau ». Comme si l’œuvre du sorcier Lucassen nous avait pour la première fois échappés, avait glissé entre nos mains sans que l’on puisse rien y faire.

S’agissant de ma passion immodérée pour le travail jusque là soigné et exemplaire de l’Architecte batave, c’est une sensation désagréable que je ne saurais accepter mais qui dans le même temps me pousse à ne pas renoncer. C’est pourquoi d’autres séances longues et attentionnées ne seront pas de trop pour en percer enfin tous les secrets et l’estimer à sa juste valeur. D’ailleurs, j’y retourne de ce pas !


*GUEST MUSICIANS
Vocalists
(Dans l’ordre d’apparition)

JB (Grand Magus) as The Teacher
Sara Squadrani (Ancient Bards) as The Girl
Michael Mills (Toehider) as The Father
Cristina Scabbia (Lacuna Coil) as The Mother
Tommy Karevik (Kamelot, Seventh Wonder) as The Prodigy
Marco Hietala (Nightwish, Tarot) as The Rival
John Wetton (Asia, King Crimson) as The Psychiatrist
Instrumentalists
Ed Warby (Hail of Bullets, Gorefest) – drums
Rick Wakeman (Yes) – keyboards
Keith Emerson (Emerson Lake and Palmer) – keyboards
Jordan Rudess (Dream Theater) – keyboards
Steve Hackett (Genesis) – lead guitar
Troy Donockley (Nightwish) – Whistles, Uilleann pipes
Ben Mathot (Dis) –violin
Maaike Peterse (Kingfisher Sky) – cello
Jeroen Goossens (Flairck) – flute , bass flute, piccolo, bamboo flute and contrabass flute
Siddharta Barnhoorn – orchestrations
Michael Mills (Toehider) – Irish Bouzouki
Wilmer Waarbroek – backing vocals
Arjen Anthony Lucassen – electric and acoustic guitars, bass guitar, mandolin, analog synthesizers,
Hammond, Solina Strings

**(7 si l’on considère que The Universal Migrator part I & II ne forment qu’une seule et même œuvre)


Rédigé par : Karadok | 10 ou 20/ | Nb de lectures : 12141




Auteur
Commentaire
Black Comedon
IP:81.246.44.244
Invité
Posté le: 16/01/2014 à 12h30 - (110740)
Grand fan du précédent, j'ai effectivement beaucoup de mal à rentrer dedans, bon j'y retourne merci pour la kro

Raph
IP:90.44.14.2
Invité
Posté le: 16/01/2014 à 14h05 - (110741)
Je n'avais pas ou peu écouté Ayreon avant...

Mais celui ci est tout simplement une pure tuerie. Rien d'autre ! La musique , les arrangements, les voix... Un Opéra magistral et plus d'une heure de jouissance auditive.
Et aucun mal a rentrer dedans pour ma part (surement une habitude au prog). Tu lances le Cd, et tu bandes, point.

20/20

Cmad
IP:109.6.178.100
Invité
Posté le: 16/01/2014 à 18h31 - (110747)
Superbe double album pour ma part, qu'il faut apprivoiser il est vrai. Je conseille d'écouter un chapitre de 20 minutes à la fois et c'est tout. Le découpage en "chansons" ne marche pas et est frustrant si on s'attend à des titres plus classique dans la discographie d'Arjen.

Khoral
Membre enregistré
Posté le: 16/01/2014 à 19h51 - (110748)
Cette œuvre est purement énorme. Énorme à bouffer. Énorme à appréhender, à digérer, mais puta**... C'est génial !



Henrik the King
Membre enregistré
Posté le: 18/01/2014 à 18h32 - (110759)
Je m'en lasse pas après un nombre suffisant d'écoutes il se déguste admirablement...
Gros faible pour les passages avec JB et Wetton!!!



SABBAT71
Membre enregistré
Posté le: 21/01/2014 à 07h32 - (110764)
Super chronique, juste et précise, qui laisse le champ ouvert à chacun de s'y retrouver ou pas. Le côté factuel et non subjectif y est pour beaucoup. Merci pour cette vision qui mériterait une suite après quelques écoutes complémentaires.
J'ai dû y revenir plusieurs fois, et c'est d'ailleurs ce que conseille "l'auteur" de ce foisonnement musical. Le déclic s'est produit après 5 ou 6 écoutes, avec paroles sur les genoux, à l'ancienne.
Son excellent et vintage, les amoureux des 70's n'y seront à mon avis pas insensibles.



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