ASMODÉE - Chlorosis (Great Dane/Season of Mist) - 25/05/2009 @ 07h51
Il y a les groupes qui attirent la merde comme des aimants et il y a ASMODÉE. L’exemple aussi typique qu’énervant du « Ah mais ouais, c’est énorme, original et donc fait pour cartonner » qui se prend systématiquement les pieds dans le tapis lorsqu’une porte s’ouvre à lui. Leur dernière mouise en date est la mise en sommeil d’APPEASE ME, le label de Vindsval de BLUT AUS NORD, qui les avait signés il y a deux/trois ans après le sabordage (oui, déjà) de leur précédent label, SACRAL PRODUCTIONS. Alors que l’on se disait ces Bordelais, dont le seul réel défaut est d’avoir toujours refuser la facilité, avaient enfin trouvé une maison de disques à l’écoute de leurs aspirations artistiques, les voilà qu’ils se prenaient encore le genre de retour de bâton dans la chetron dont ils semblent avoir le secret, et ce sans passer par la case départ ni toucher 20,000$ bien sûr. Or à l’écoute de leur troisième album, j’en suis à la limite à me demander si ces types-là ne sont pas des sado-maso qui s’ignorent. Des types qui aiment avoir mal et souffrir comme pour mieux attiser leur colère intérieure et ainsi nourrir d’autant mieux leur fièvre créatrice. Vous trouviez ‘Âmes de Ruine’ (2002) bien alambiqué ? Vous considériez que son successeur ‘Simulacres’ (2004) à deux doigts de montrer à SPIRAL ARCHITECT qu’ils n’ont pas le monopole du cœur mais aussi du riff arithmétique ? Alors z’avez intérêt à avoir le cœur bien accroché car ‘Chlorosis’ met la barre encore plus haut, au point de donner presque le tournis.

Si en 2002, on parlait déjà d’un AT THE GATES en version plus hystérique, deux ans plus tard l’ajout d’influences techno-thrash, CORONER en tête, et de plans progressifs les avaient éloignés encore plus de leurs désormais lointaines racines black-metal dont ils n’ont conservé aujourd’hui que le type de chant criard. Or justement, ‘Chlorosis’ va donc encore plus loin, primo en aboutissant à un résultat encore plus complexe et plus personnel, et secundo en ajoutant une tension sourde permanente. Loin, très loin du simple refrain/couplet, chaque morceau réussit à ne jamais atterrir là où l’on attendait sans pour autant que le tout perde en cohésion. Sa particularité vient de la place prédominante prise par son instrument trop souvent négligé dans le metal extrême : la basse. Bien présente dans le mix, sans être non plus envahissante, à la fois son interaction avec les guitares et sa façon de répondre à son compte un thème principal voire de le réinterpréter sont pour beaucoup dans la réussite de ce disque. Et puis il y a ces textes, naviguant entre français (majoritairement) et anglais et aussi barrés que la musique qu’ils soutiennent. Tous basés sur les écrits d’autres auteurs (les quatre premiers morceaux tournent d’ailleurs d’un seul et même concept emprunté au poète Henri Michaux), ils paraîtront peut-être pompeux et prise-de-tête pour le plaisir de l’être à certains. Mais le tout a le mérite de confirmer cette volonté globale de sortir des sentiers battus et d’offrir une œuvre complète et cohérente de bout en bout, essentiellement produite de main de maître au Drudenhaus studio par NebXort d’ANOREXIA NERVOSA.

Au final, là où le bât blesse, c’est justement dans cette politique sans répit du ‘toujours plus’ : toujours plus de riffs, toujours plus de virage à 90°, toujours plus d’éléments surprenants… ASMODÉE ne tient pas en place deux secondes, comme éternellement en chasse après un idéal indéfinissable, et essayer d’écouter cet album à la durée pourtant raisonnable (48 minutes) en entier revient presque à vouloir dompter du premier coup un taureau à peine relâché de la cage où il croupissait depuis des années. Le groupe a SA vision et n’en démord pas, quitte à n’offrir que peu de passerelles pour ceux qui aimeraient jouer aux montagnes russes. Sauf que cette dite vision est si forte et surtout si originale qu’on a du mal à reprocher à ASMODÉE ce manque d’accessibilité. Après, le fait que malgré son talent évident le groupe n’ait pour l’instant trouvé de distribution qu’en France laisse rêveur sur ce conglomérat public/labels/scène à qui décidément l’individualisme et le désir de s’élever au-dessus de la masse gluante font apparemment hélas de plus en plus peur…
Olivier 'Zoltar' Badin


Le simple fait de constater que, quelques sept années après les balbutiements discographiques d’ASMODEE, la carrière des charentais, n’a toujours pas pris la tournure internationale qu’on leur prédisait serait suffisant pour s’interroger sur les capacités auditives du music business. Il faut dire, comme le souligne Maître Zoltar (Gloire à toi Ô grand Zozo pourfendeur de médiocrités) que la « lose » a été le pain quotidien d’Asmodée depuis quelques années mais cela n’explique pas ce dédain des gros labels pour l’un des groupes français aussi créatif que sous-estimé. J’entends déjà les anti-chauvinistes de base me faire un procès d’intention alors que je m’interroge sur les bouchons de cérumen trop tenaces de l’intelligentsia des maisons de disques qui n’auront pas jugé judicieux d’ « investir » dans un groupe à la personnalité trop prononcée. Alors, chapeaux bas aux burnées de Great Dane qui ont repris le flambeau dans une époque ne se prêtant guère aux risques, fussent-il artistiques.

Si « Simulacres » et « Symptômes de ruines » nous avaient un peu chahuté les sens en leur temps, Asmodée pousse le bouchon encore plus en avant dans un troisième album complexe dans lequel se télescopent un véritable concentré de violence, une poésie omniprésente aussi bien crachée en français qu’en anglais et des penchants progressifs hypertrophiés. Il est même surprenant de constater que malgré son côté très incisif -qui coupe le second poil avant même qu’il ne se rétracte- « Chlorosis » conserve une mélancolie sous-jacente qui ne s’exprime pleinement que lorsque qu’Asmodée daigne laisser vagabonder sa musique dans des passages plus simples et atmosphériques. Avec « Chlorosis », ASMODEE n’exorcise pas ses démons mais pense plutôt ses blessures de l’âme dans un condensé de musique décadente. Je sais déjà qu’ils ne seront pas forcément réjouis par cette référence aujourd’hui trop commune, mais il y a presque quelque chose de « Baudelairien » dans cette noirceur poétique.

Alors, il est vrai que c’est un peu du sport de s’enfiler en boucle un album comme ce « Chlorosis ». Pourtant, il est aussi vain de chercher à dompter ce disque que de tenter de le décortiquer avec précision. En fait, il suffit juste de s’y abandonner ; de prendre la déferlante de plein fouet et d’en savourer tout l’impact.
En ces heures, où l’écriture de chroniques dans un webzine me paraissait presque vaine, ce disque arrive à point nommé pour me donner envie d’en écrire… allez disons, encore quelques centaines…
Tonton

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Rédigé par : Olivier 'Zoltar' Badin & Tonton | Olivier Badin 16/20; Tonton 17 | Nb de lectures : 12384




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Commentaire
gonzo63
Membre enregistré
Posté le: 25/05/2009 à 09h34 - (71274)
le premier album s apelle symptome de ruines et non ames en ruines.Sinon c est un groupe avec une vrais personnalité.Leur album simulacre fait partis de mes albums preferé.Je vais me procurer cette galette au plus vite

RH-ECHOES
Membre enregistré
Posté le: 25/05/2009 à 09h38 - (71275)
Album tout à fait excellent et sans concessions, A acheter de toute urgence !

Orphan
Membre enregistré
Posté le: 25/05/2009 à 12h15 - (71282)
Ca donne quoi en live, parceque dans les videos live je trouve pas ca terrible terrible...
ca reflete bien le groupe sur scéne ?



Glouton
IP:91.168.109.1
Invité
Posté le: 25/05/2009 à 16h58 - (71286)
pochette horrible ^^

Murderworks
Membre enregistré
Posté le: 25/05/2009 à 18h04 - (71288)
Cette double chronique fait plaisir, cet album est carrément énorme. Je l'écoute quasi en boucle depuis un bon moment maintenant et je ne m'en lasse toujours pas. Et il est effectivement rageant de voir un groupe de cette qualité être quasiment ignoré.

Par contre malgré le coté encore bien barré je trouve, contrairement à la chro, qu'il est plus simple à assimiler que les deux premiers. Ce qui n'est pas du tout un reproche d'ailleurs, j'ai juste l'impression que leur personnalité s'est encore un peu plus affirmée et qu'ils ont, dirons nous, appris à maitriser le chaos. L'ambiance y est d'ailleurs toujours aussi sombre et empreinte de folie, il suffit pour s'en rendre compte d'entendre, ces hurlements totalement décharnés qui parsèment l'album.

En bref grand groupe et grand album, des baffes comme celle-ci j'en veux tous les jours. Longue vie à Asmodée comme on dit.

Prince de Lu
Membre enregistré
Posté le: 25/05/2009 à 19h13 - (71290)
Moins dense et encore moins black que ses prédécesseurs, "Chlorosis" propose encore une fois un album qu'il faut faire tourner pour l'appréhender. Le côté un peu plus aéré et moins "haine épileptique" me séduit assez, mais les riffs sont très nombreux. J'avoue une nette préférence pour des projets plus ambiancés (comme Gorath!!). Asmodée peine peut-être à trouver son public, comme pas mal de groupes très techniques, mais ce groupe est vraiment à écouter.

Prince de Lu
Membre enregistré
Posté le: 25/05/2009 à 19h14 - (71291)
Et pour répondre à Orphan, je les ai vus en live en 2006 et ça envoyait sévère. Après, c'est une musique que je trouve plutôt adapté à une écoute sur sa platine, de par la complexité des morceaux.

Arnaud
Membre enregistré
Posté le: 25/05/2009 à 19h20 - (71292)
Une des plus grosses découvertes de cette année, quelle claque.
L'ambiance est vraiment particulière (ah ce petit brin de mélancolie), le chant n'y est pas pour rien (prestation haineuse et possédée), on passe par une multitude d'émotions différentes et j'aime cette alternance de noirceur et luminosité. Des passages atmosphériques de toutes beautés vraiment prenants.
Quelle richesse...

Mais, il faut bien avouer que ce qui me fait aussi et surtout craquer sur ce "Chlorosis", c'est le côté technique que je trouve assez prodigieux, j'aime comment cela fusionne.
Quelle merveilleuse idée d'avoir mis la basse en avant, c'est fouillé, elle apporte un vrai plus et est un vrai régal.
ATHEIST qui fait du Black, c'est vraiment la vision que j'ai à l'écoute de l'album.

Magnifique voyage dans un monde étrange, riche en contrastes.



vorace kalashnikov
IP:82.247.175.179
Invité
Posté le: 26/05/2009 à 00h33 - (71294)
bonnes chros,
très bon album aux passages alternés de dépression psychédélique et de noire envolées,
les riffs ont une très belle architecture et surtout mènent toujours quelque part,
très bon groupe au potentiel musical énorme qui je l'espère attirera enfin l'estime d'un label

tartampion
IP:196.221.173.40
Invité
Posté le: 28/10/2010 à 11h31 - (88462)
Finalement pu écouter, en retard. Superbe ablum!!!

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