AJUNA - Prisoners Of The Sun (Quality Steel) - 14/01/2014 @ 08h00
Le Black-Metal est un genre singulier dans l’univers des musiques extrêmes. Largement fondé par le suédois Quorthon de Bathory et les suisses de Celtic Frost dans les années 80, il doit son nom à Venom un groupe anglais puis finalement sa promotion à la Norvège qui s’en empare et en édicte les codes façon Dogme de Lars Von Trier. Dans les années 90, naît même le Black Inner Circle, gardien du temple et de la bible satanique, dont la mission consiste à décréter religieusement que le Black-Metal est Norvégien ou n’est pas. A l’origine, le style, au moins dans sa forme norvégienne, naît du rejet du Death Metal, surproduit et trop technique. Le Black est alors au Death ce que le Punk fut à la musique Hippie. Longtemps les codes, production crade, guitares très médium jouées cordes ouvertes, rythmes épiques et martiaux et blasts ultra-rapides, perdurent et s’imposent à tous les groupes réclamant la précieuse étiquette. Puis, suivant l’essor du Metal, ringardisant le hard-rock au passage, le Black Metal se popularise jusqu’à produire des groupes partageant les têtes d’affiche des plus gros festivals du monde (Immortal, Marduk,…). Et enfin, comme le Metal a fini par se métisser avec à peu près tous les autres styles, le Black Metal s’est lui-aussi inévitablement ouvert. On parle désormais de Post-Black, de Black-Progressif, de Black-Psyché (ou comment trouver le diable en gobant du LSD !) ou encore d’Avant-Garde-Black-Metal et de Black-Folk ! Comme quoi, même les plus extrémistes finissent par fricoter ailleurs…(*)

Ajuna, dont le nom signifie « jeûne » en espagnol décrit sa musique de manière un peu pompeuse sur son site : « Our music is psychological and pre-conscious. Collectively, we have created an introverted universe that resolves around emotional suffering, parallel realities, eccentric philosophy and death » (**). Sacrée promesse ! Effectivement, Ajuna n’exploite pas l’imagerie blasphématoire et musique et paroles tendent à illustrer le désespoir et la mort. Pour y parvenir, Ajuna ajoute au Black Metal originel quelques sonorités « Post », notamment dans l’utilisation parcimonieuse de riffs ou arpèges dissonants et de parties de batterie syncopées et renforce le chant typiquement Black par une voix Death. Côté production, le groupe se distingue en misant sur un son naturel, notamment au niveau de la batterie. C’est tellement rare que l’effort est louable et si cela fonctionne parfaitement dans les moments les plus aérés, c’est plus délicat pour les parties rapides et extrêmes, soutenues par le jeu en blast-beats qui tendent forcément à devenir brouillonnes voire parfois difficilement audibles.

Alors, « Prisoners Of The Sun » irradie-t-il de ses rayons glacés ?
« Tribute » ouvre l’album en déployant des mélodies en tremolo qui se frayent un chemin dans le chaos de vagues rageuses. La fin martiale amène « Medicin » où les arpèges portent un désespoir vaguement post-metal avant de partir sur développement direct, efficace et varié. « Invisible Cut » amène une longue intro Doom/Death avant d’être rattrapé par un classicisme qui en casse l’intérêt. Vient « Suntomb » dont l’entrée en matière rappelle Behemoth. Ce morceau efficace offre un riff central bien senti et se conclut par une belle fin. « Kaos » porte bien son nom et toute la panoplie des codes du genre est réunie pour aboutir au passage le plus épique de l’album. Enfin, les deux morceaux qui achèvent l’album sont des réenregistrements de versions déjà parues sur le 1er EP du groupe en 2012 et particulièrement réussi. Avec un côté plus aventureux et Noisy, l’album se clôt clairement sur son versant le plus captivant. Mention spéciale à « Death ».

« Prisoners Of The Sun » contient des points forts comme l’articulation parfaite des deux voix et le pari sur la production naturelle et presque chaude assez osée pour le style. L’album est varié comme les morceaux qui le composent. C’est presque dommage que le groupe soit rattrapé par une forme de classicisme, cherchant peut-être à rendre son œuvre plus directe et efficace, car les deux derniers titres, issus de leur 1er EP, « Death In The Shape Of Winter », démontrent qu’ils possèdent une composante expérimentale, notamment dans l’aspect Noisy qu’ils déploient. Ajuna est un groupe à suivre pour voir quel aspect de sa musique il choisira de développer. Soit il se fondra dans la masse, soit il sortira du lot. Le futur, même sombre d’un point de vue Black Metal, est finalement entre leurs mains.

(*) Par peur du Bûcher mais surtout par sainte éthique, je concède aux True du Culte, Historiens du genre et Passionnés que ce résumé est synthétique, donc édulcoré des traces de nostalgie Nazionale-Sozializte et des travers de la pipolisation façon Burzum. Merci d’éviter le procès en sorcellerie ;-)

(**) « Notre musique est psychologique et préconsciente. Ensemble, nous avons créé un univers introverti qui tourne autour de la souffrance émotionnelle, des réalités parallèles, d’une philosophie excentrique et de la mort. »


http://ajunamusic.com - 109 visite(s)

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Rédigé par : TheUgly | 12/20 | Nb de lectures : 11126




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