AFTER THE LAST SKY - There’s No Light at the End of the Tunnel (Power It Up) - 04/04/2012 @ 08h06
La créativité musicale est souvent synonyme d’injustice. Eternelle absence de reconnaissance, immuable incompréhension du public face au génie… Mais est-ce réellement toujours le cas ? Pourquoi l’art ne pourrait-il pas, également, se fourvoyer dans sa créativité, et n’être qu’un ersatz musical ?
Ces questions se posent à moi à l’écoute de "There’s no light at the end of the tunnel".

Ce premier album d’AFTER THE LAST SKY n'est pas dépourvu d'audace et d'inventivité. Mais ce petit plat mijoté avec noirceur manque souvent de consistance.
Piochant allégrement dans les courants culinaires à la mode, le quatuor anglais s'improvise tour à tour cuisinier d'un troquet de routier, chef étoilé, pizzaiolo et cuistot dans un resto U. Pour la cohérence des goûts, il faudra repasser. Mais l'ensemble se laisse pourtant déguster, si ce n'étaient les trop longues plages orientées Post/culinaire, évoquant un NEUROSIS neurasthénique, ou un BARONESS débranché.
Car oui, ATLS brasse large. Et s'autoproclame instigateur du BlackCore. En plus de ses égarements intimistes et pesants, le groupe s'inspire en effet, et en grande partie, des spécialités culinaires américaines (DEAFHEAVEN, XASTHUR) et française (DEATHSPELL OMEGA), mixées avec de nombreux plans issus d’un Grind corrosif (AGORAPHOBIC NOSEBLEED). Pour un résultat plutôt frais, presque novateur. Presque...

Pour être précis, la mixture proposée par nos jeunes insulaires se veut GrindBlackCore/PostCrustSludge, puisque la mouvance internet pousse à l'élaboration d'étiquettes toujours plus délirante que le voisin.
Mais plutôt que de me fourvoyer dans un assemblage hasardeux de styles musicaux, je préfère revenir à la bonne vieille méthode descriptive : avec une approche structurelle variée, "There’s no light at the end of the tunnel" utilise la violence radicale du Grind moderne, les cris éraillés du Black et les grunts du Death, sur lesquels se greffent des rythmes peu variés, violents et blastés, ou basiquement mid-tempos. Les riffs puisent autant dans le Sludge, dans le punk, dans le Death, dans le Thrash que dans le Blackcore, mais toujours avec une inspiration en berne. Important, cette absence d'inspiration fondamentale, sans quoi nous serions en présence d'un exceptionnel cru musical. Ce qui n'est évidemment pas le cas.

Je suis médisant, car "There’s no light at the end of the tunnel" porte néanmoins quelques qualificatifs attractifs, tels que ‘rageur’, 'pesant', 'violent' ou encore 'oppressant'.
Si j’omets l'aspect bancal, l'absence de cohérence musicale, et l'assemblage trop mécanique des influences stylistiques, je reconnais que cet opus possède un certain charme. Prenant, captivant, et résolument extrême, cet opus attrape l'auditeur par les parties intimes, le secoue dans tous les sens, le fait tourner au-dessus de lui sans ménagement, et se plait à alterner douces caresses langoureuses avec la langue et mastication rageuse des deux testicules avec les canines. Les amateurs devraient apprécier...
"There’s no light at the end of the tunnel" comporte ainsi des titres courts, énergiques et violents, évoquant un KILL THE CLIENT se prenant pour DEATHSPELL OMEGA. "There’s no light at the end of the tunnel" comporte des titres étirés, lourds et lancinants, évoquant un DYSTOPIA jouant au NEUROSIS. "There’s no light at the end of the tunnel" comporte des titres d'ossature classique, évoquant un CLINGING TO THE TREES OF A FOREST FIRE tournant au ralenti.
Un assemblage de styles et d'influences, donc.

Malheureusement, cet album n'est 'que' ça : un assemblage de style, aussi riche et attractif que l'étiquette musicale à rallonge proposée plus haut.
Dans le plaisir culinaire, je recherche avant tout la passion, l'authenticité, le goût. AFTL est aux antipodes de ces attributs. Ses créations se veulent gastronomiques, mais ne le sont justement pas, car piochent dans différentes tendances gastronomiques, en oubliant le principal : l'authenticité, le goût.
On se retrouve donc avec un repas constitué d'une multitude de petits plats, bien décorés, bien présentés, puisant à la fois dans le classique que dans la gastronomie moléculaire, alliant l'innovation de l'émulsion de gambas à la robustesse d'un bœuf bourguignon. Mais qui, une fois en bouche, ne possède guère plus de goût qu'une pâte brisée garnie de blancs en neige.
Un flop, qui laisse néanmoins entrevoir d'envoutantes perspectives, si le groupe réussissait à se recentrer un peu plus sur lui-même, et non sur ses influences.

http://www.afterthelastsky.co.uk/ - 119 visite(s)

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Rédigé par : ..::Ju::.. | 09/20 | Nb de lectures : 11389




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