- TIM RIPPER OWENS + SANDSTONE + STEREOXYDE + STONECAST par STéPHANE - 1006 lectures
Le 29/09/2012 au Korigan à Luynes (13).



La carrière de Tim « Ripper » Owens est à la fois prestigieuse et chaotique. Prestigieuse parce qu'il a été le chanteur de deux grands groupes de Heavy Metal : JUDAS PRIEST et ICED EARTH. Chaotique parce qu'il n'est resté à chaque fois que quelques années au sein de ces groupes, avant d'être remplacé par... son prédécesseur. Et depuis, il va de projet en projet, avec forcément moins de rayonnement (et de qualité, il faut bien le reconnaître).

Deux mots d'ailleurs sur les albums que Ripper a enregistré avec JUDAS PRIEST, les injustement décriés « Jugulator » (1997) et « Demolition » (2001). Ce sont deux opus à réhabiliter, et qui n'ont finalement rien à envier aux deux albums que PRIEST a sorti depuis le retour d'Halford en 2003. « Jugulator » est la suite logique de « Painkiller », un Heavy Metal flirtant avec le Thrash, et accessoirement l'album le plus brutal de leur longue discographie. « Demolition », quant à lui, est beaucoup plus aventureux, et à l'arrivée un des albums les plus expérimentaux de JUDAS (avec « Point of entry » et « Turbo »).
Depuis qu'il s'est fait virer d'ICED EARTH, Tim a monté le projet BEYOND FEAR en 2006, avec un album de Heavy Thrash moderne moyennement inspiré. Il a aussi sorti un album solo en 2009 (« Play my game ») qui, malgré son impressionnante liste d'invités prestigieux, n'est lui aussi que partiellement inspiré et pas totalement à la hauteur des grandes qualités vocales du bonhomme. Ce qui nous amène à la conclusion que Ripper est capable de donner le meilleur de lui-même quand il est drivé par de bons compositeurs, son talent en la matière étant objectivement limité.
Notons que le bougre continue d'épaissir son CV, puisqu'il chante depuis 2008 pour cette diva d'YNGWIE MALMSTEEN (avec qui il a enregistré deux albums) et qu'il est venu aussi poser sa voix sur les deux disques du projet de Richard Christy (accompagné de Jason Suecof et Steve DiGiorgio) : CHARRED WALLS OF THE DAMNED.
Tim « Ripper » Owens est donc un homme très occupé. Et si vous rajoutez à ça le fait qu'il tourne de temps en temps avec HAIL! (groupe de reprises au line-up interchangeable) et récemment avec le projet DIO DISCIPLES, dans lequel Ripper rend hommage à l'une de ses idoles, entouré du dernier backing band de Ronnie James.
Bref, on se demande comment Ripper parvient encore à trouver du temps à consacrer à sa carrière solo, mais finalement il y arrive puisqu'il vient de terminer une tournée européenne en solo.



En ce samedi 29 septembre à Luynes (à côté d'Aix-en-Provence), nous avons d'abord droit à deux groupes locaux en première partie de Ripper. STONECAST, qui pratique un Heavy Manowarien qui me laisse totalement de marbre (notons quand même qu'on retrouvera Rhino, ex-membre de MANOWAR justement, à la batterie sur leur prochain album). Suivi de STEREOXYDE, qui eux donnent dans un Metal Maidenien (chanté en français), lui aussi dépourvu de personnalité. Pas étonnant étant donné que les membres de ce groupe officient aussi dans un cover band d'IRON MAIDEN (dont ils nous fendront ce soir d'une reprise de « The number of the beast »).
On passe à des choses plus sérieuses avec les irlandais de SANDSTONE (qui ouvrent pour Ripper sur toute sa tournée européenne). Je ne connaissais pas du tout ce groupe, et je suis plutôt agréablement surpris. Ils pratiquent un Heavy Metal assez technique et classieux (on pense à QUEENSRYCHE par moments), avec un chanteur au look et à l'attitude Rock pas déplaisant. Il est entouré de musiciens fort compétents, qui font montre d'une belle cohésion et qui en veulent. Une bonne surprise en somme.



Le Korigan est une très petite salle, d'environ 200 places, qui a vu passer bon nombre de grands groupes de Metal ces sept dernières années. Et c'est une déception de ne pas la voir complètement remplie ce soir (elle doit l'être au 4/5) pour la première date solo de Ripper en France, surtout vu le pedigree de l'ami Tim Owens.
La scène du Korigan a heureusement connu de légers travaux. Elle qui était quasiment à même le sol, est aujourd'hui devenue une vraie scène surélevée. Et les enceintes de la salle sont elles aussi mieux disposées qu'avant.
Passons enfin à ce qui nous intéresse le plus : la prestation de Tim « Ripper » Owens.

Le bougre entame son set par « And... you will die » de BEYOND FEAR, sur lequel la plupart de l'assistance ne réagit que très peu. Il passe judicieusement aux choses sérieuses juste après avec « The ripper » de JUDAS, et c'est évidemment un grand plaisir de ré-entendre ce morceau en live. On enchaine avec du très lourd, c'est à dire ni plus ni moins qu'un des plus grands morceaux de l'histoire du Heavy Metal : « Victim of changes » de PRIEST! Le public est forcément à fond. Ripper chante, comme d'habitude, extrêmement bien. Et je peux vous dire qu'on les sent passer ses cris suraigus dans une salle aussi petite que le Korigan! Seulement on se rend vite compte que le groupe qui l'accompagne n'a pas le quart de la classe des musiciens de JUDAS... Leur version est plus bourrine (que vient faire de la double grosse caisse sur un titre pareil?!), et ils n'arrivent pas à reproduire le feeling original du morceau (notamment sur les ponts). Je m'aperçois aussi que leur version est sensiblement accélérée par rapport à la chanson d'origine, et ce sera malheureusement le cas pour toutes les reprises de ce soir.
Ripper revient au répertoire Priestien qui est réellement le sien, avec « Burn in hell » de « Jugulator », qui fait toujours son petit effet (même si, là encore, elle sonne moins bien que l'originale). La surprise vient ensuite de cette inattendue reprise de « Don't talk to strangers » de DIO, qui vient nous flanquer des frissons sur l'intro, et nous rappeler à quel point Ronnie nous manque... Ripper a une voix assez proche de Dio quand il chante dans les mediums, l'hommage est donc à la hauteur. La tension retombe avec « Scream machine », un morceau de l'album de BEYOND FEAR. Pour remonter légèrement avec une interprétation sans grande émotion de « When the eagle cries », la ballade post-11 septembre de « The glorious burden ». Ce sera d'ailleurs le seul morceau d'ICED EARTH interprété ce soir. Ce qui est bien dommage car Tim n'a pas à rougir des deux excellents albums qu'il a enregistré avec cette formation; et ma foi, nous n'aurions pas cracher sur un petit « Declaration day » ou « Ten thousand strong » en plus.
Retour à « Jugulator » avec le brutal « Blood stained », tuerie de morceau qui fait toujours un carnage en live! Ripper replonge ensuite dans le vieux répertoire de PRIEST, avec « Diamonds & rust », la cover de Joan Baez. Malheureusement le peu de finesse et de feeling du groupe (qui la joue en électrique) fait que l'interprétation de ce soir n'arrive pas à la cheville de la sublime version acoustique présente sur le double live « Meltdown » de '98 (à mes yeux la meilleure version jamais proposée par JUDAS PRIEST).



Vient ensuite une incongruité totale : Tim s'amuse à reprendre « Flight of Icarus » de MAIDEN! La sensation déjà présente jusque là d'assister au concert d'un tribute band prend alors toute sa dimension... Mais pourquoi diable un tel choix?! Certes Ripper a chanté ce titre sur un des nombreux tribute albums auxquels il a participé ces dernières années, mais ce n'est pas une raison. J'aurais largement préféré qu'il joue une rareté comme « Heart of a killer » de WINTERS BANE (le groupe d'Owens avant JUDAS) à la place, qu'ils ont interprété sur certaines dates de cette tournée. Ripper s'attaque ensuite à « Demolition » avec l'excellent « Hell is home ». Mais c'est pour mieux revenir vers le cover band, avec une reprise de « The mob rules » de SABBATH. Là aussi, c'est évidemment très plaisant d'entendre cette chanson, mais Tim la joue déjà avec DIO DISCIPLES, alors pourquoi la jouer aussi en solo?
Ripper interprète ensuite un troisième morceau de l'album de BEYOND FEAR, « The human race ». Et on se rend compte que c'est sur ce Power Thrash bourrin que son groupe est finalement le plus à l'aise et le plus efficace. Bizarrement Owens croit visiblement plus en cet album de BEYOND FEAR qu'en son album solo, dont il n'interprète qu'un seul morceau ce soir : « Starting over ».
Dernier retour à la case « Demolition » avec le rouleau compresseur « One on one », qui fait mal. Pour terminer sur un morceau « facile », qui met bien sûr tout le monde d'accord : une reprise d' « Heaven and Hell » de SABBATH!

Comme je le disais, on a trop souvent la fâcheuse impression d'avoir affaire à un cover band. C'est dommage que Ripper se borne à exécuter (vu le groupe peu concerné qui l'accompagne, le mot est bien choisi) des reprises de classiques qu'il n'a pas enregistré plutôt que de se concentrer sur sa carrière solo, ou sur les albums d'ICED EARTH et JUDAS PRIEST sur lesquels il a chanté. J'aurais bien vu en rab un petit « Death row » ou « Bullet train » de « Jugulator ». Et il y avait aussi matière avec « Demolition » (« Machine man » ou « Bloodsuckers » par exemple). Mais Ripper préfère jouer la carte de la facilité, et c'est regrettable. Surtout avec une voix exceptionnelle comme la sienne, comme il nous l'a encore démontré ce soir.
Assume-toi un peu plus Tim!


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