DISMAL EUPHONY - Soria Moria Slott (Napalm) - 26/10/2013 @ 21h02
Mon Dieu ! Telle fût ma première réaction en tombant sur ce disque improbable à sa sortie, et quinze ans après, je continue d’avoir cette même réaction dès que je le sors de l’étagère… Ce disque a été un des premiers disques de métal véritablement underground achetés à la découverte de ce cher Metallian dont les débuts en tant que canard périodique fait encore fantasmer bon nombre de vieux croulants sur VS.

C'est que jusqu'alors, j'étais surtout attiré par les sirènes du heavy à la Black Sabbath ou King Diamond puis avait même un temps abandonné cette sphère musicale au profit d'un jazz-fusion (pourtant) ringard (depuis, je me fouette tous les matins aux orties pour expier mon péché).

Metallian donc. Ce canard m'a permis de prendre conscience que tout un pan de la musique metal extrême m’était carrément inconnu. Rapidement, je suis allé faire un tour dans une grande enseigne de ventes de disques pour y ramener quelques disques jugés comme essentiels (et ils le sont toujours, à mes yeux du moins). C'est même en réalité à peu près les seuls que je pouvais trouver à côté des autres genres qui cartonnaient à l'époque (qui se souvient de ces stickers rouge qui signalaient les disques black métal distribués par Tripsichord à la FNAC?) : Draconian Times de Paradise Lost, Ravendusk in my Heart de Diabolical Masquerade, Far Away from the Sun de Sacramentum, excusez du peu.

Par chance, la ville dans laquelle j’étudiais alors voit l’implantation d’un magasin spécialisé dans la musique underground. Associé à la lecture plus qu’assidue de Metallian (à force de lire et relire ces premiers numéros, j’étais capable de citer des pans entiers d’interviews ou de chroniques, du grand n’importe quoi!), c’est à son contact, à un rythme effréné, que je prend connaissance des groupes essentiels qui composaient alors la scène extrême : In The Woods, On Thorns I Lay, Diabolical Masquerade, Gehenna, Arcturus, My Dying Bride, Mephistopheles, Ancient Wisdom, Primordial, Rotting Christ, Solefald (bon, vous avez peut-être là un aperçu non exhaustif des chroniques Remember que je proposerais, peut être, un jour).

Donc, je tombe par inadvertance sur ce groupe, Dismal Euphony, dont je ne sais rien, mais quatre arguments plaident rapidement en sa faveur :
1. la pochette, absolument dégueulasse (il n’y a vraiment pas d’autres mots) qui peut sans conteste échoir dans les premières places des artworks les plus ignobles, mais qui a l’indiscutable avantage de présenter une jeune et très jolie fille, nue, dans un cascade (si, si, pas sous la cascade, mais DANS la cascade). Et Dieu sait, si en ces temps de disette sexuelle, cette nudité était importante (rires frustrés).
2. le groupe est signé sur Napalm Records, label naissant, défrichant le style black métal qui connait alors un renouveau certain, et produisant souvent des groupes autrichiens (la patrie du label) ou suédois/norvégiens, aux visuels pseudo-sombres et terriblement amateurs.
3. le groupe est norvégien, et le caractère exotique était alors pour moi essentiel (disons que tout ce qui n’était pas français était exotique et surtout, il fallait absolument éviter les groupes français).
4. La lecture des titres sur le dos de la pochette laisse entendre que le groupe essaie de faire les choses bien, en encadrant les titres principaux d’un « Prolog » et d’un « Epilog ». Professionnel jusqu'au bout des ongles ?

Que nenni! J’embarque le précieux et une fois le disque mangé par la platine, les bras m’en tombent. Mais qu’est-ce que c’est que cette MERDE ? Mon Dieu ! Non pas que les groupes que j’écoutais jusqu’à ce jour bénéficiaient d’une production digne des meilleurs studios américains, mais là, j’avoue que je reste perplexe (façon polie de dire que j’ai bien failli soumettre le disque à l’ordalie par le feu, tant la production semble relever de l’amateurisme le plus complet). Si l’époque était propice aux one-man-band, dans lesquels certaines tâches étaient dévolues aux machines avec plus (rarement) ou moins (souvent) de bonheur (mmmhhhhh ce son de batterie priceless chez Diabolical masquerade), dans Dismal Euphony, tout était joué par des musiciens derrière de vrais instruments. A l’écoute de ce disque, je me suis pris à regretter les programmations, tellement la production et le mixage sont maladroits.

Pourtant, ça aurait pu démarrer plutôt bien. Premier titre, le bien-nommé « Prolog » est une courte introduction aux synthés qui sert à justifier le caractère symphonique dans les catalogues de VPC de l'époque. Quand on y pense, qu’est-ce qu’on a pu nous prendre pour des cons... Il suffisait qu'un groupe aligne trois mauvais accords de synthé pour qu'il se voit affublé de la mention « symphonic dark metal avec voix féminines », « grandiose majestic norwegian black metal »... Cyril Lignac qui recycle le vieux ragoût de mémé en un "sublime de bœuf carottes sauce au miel sur son lit de concombres et son panaché de salade" n’aurait pas fait mieux.

La première vraie claque arrive dès le second titre. En fait de claque, le riff d'introduction fait plus l'effet d’un bon gros pétard mouillé : on comprend très rapidement qu’on a affaire à un disque au son infiniment faiblard et au mixage plus que douteux, avec ce son de batterie abominable, fait à partir de barils de lessive Omo. Je ne parle même pas du son des guitares, grésillantes et placées tellement au fond du mix qu’on peine à en distinguer les inflexions. Les seuls moments où elles sont intelligibles et à peu près définies sont pendant les interludes acoustiques.

Vous allez me dire qu'on nage donc en plein scénario catastrophe dès ce premier titre, ce à quoi je vous répondrai que vous n'avez pas tout à fait tort.

Sauf que… et bien sauf que cet opus pourrait bien être un de mes disques préférés dans le style. Si on fait fi de cette production et ce mixage qui plombent littéralement le disque et si l'on n’est pas trop regardant sur la qualité de jeu des protagonistes (en même temps, ce n’était pas le premier groupe à sortir un disque avec des bases techniques chancelantes, il suffit de se recoller le tout premier Dimmu Borgir pour avoir une idée de ce que tempo élastique veut dire), il nous reste un disque plutôt étonnant.

Un peu bordélique même : chaque titre regorge de parties différentes et c'est la raison pour laquelle je n'en ferai pas une analyse détaillée. Par paresse uniquement, car il y a ma foi beaucoup à dire sur chacun d'entre eux. Mais pour vous donner l'envie de jeter une oreille sur ce disque, je dirai qu'il foisonne de mélodies fort bien troussées et qui raviront votre compagnon de douche sifflotant gaiement alors que vous vous baissez pour ramasser la savonnette. Sans être à proprement parler un disque de folk metal au sens strict du terme, on peut imaginer que certaines mélodies ont été inspirées des mélodies traditionnelles scandinaves, tant sur la forme que sur le fond : l’utilisation d’une flûte, les inflexions mélodiques, les harmonies qui soutiennent ces mélodies sont autant d’éléments qui permettent d’établir ce lien de parenté. D’ailleurs, il est intéressant de remarquer que bien avant l’avènement de tous les groupes de folk metal qui font un carton aujourd’hui, quelques groupes scandinaves avaient plus ou moins défriché le terrain en procédant à des emprunts aux musiques traditionnelles (Storm en premier lieu avec lequel ce disque partage un certaine ambiance, ou encore le premier The Third and The Mortal).

La plupart des morceaux sont relativement complexes dans leur construction, avec des enchainements de parties réalisés avec plus ou moins de bonheur. Certaines arrivent parfois un peu comme un cheveu dans la soupe, mais la plupart du temps, les claviers et les vocaux féminins servent de liant et permettent à la sauce de prendre. Les sonorités des claviers sont comme souvent à cette époque un peu kitsch, mais encore une fois, les mélodies sauvent clairement la baraque. Quant aux voix féminines, elles participent au succès de ce disque, plutôt bien exécutées et placées, avec une intonation souvent assez juste. Les voix masculines sont hurlées, et avec les parties de guitare saturées (souvenez vous, celles dont je disais qu'elles étaient au fond du fond du mix), elles rattachent l'album à la sphère black métal. Pour autant, cette dualité vocale ne permet pas à mon sens de rattacher le groupe à la ribambelle de groupes estampillés Beauty and the Beast, car souvent, ces groupes étaient d'obédience death ou doom. Ici, il n'en est point. Si des comparaisons devraient être faites, j'ai envie de rattacher le groupe, pour une raison que je ne saurais expliquer, à ce groupe norvégien relativement obscur et pourtant terrible, Obtained Enslavement, époque the Shepherd and the Hounds of Hell ou très éventuellement au groupe compatriote Tristania de l'époque Widow's Weed, même si ce dernier, nettement plus gothique et posé, défonce littéralement Dismal Euphony en terme de qualité de jeu et d'enregistrement. Pourtant, les mélodies et les idées de Dismal Euphony auraient pu aisément rivaliser avec celles de Tristania, si ce n'est cette qualité d'enregistrement (oui, oui, j'en remets une couche, encore…vous pouvez me dire que je fais une fixation et vous aurez sûrement raison).

J'ai, avec ce disque, une relation vraiment ambivalente, une relation d'amour/haine qui m'aura conduit à vendre ce disque, puis à le racheter quelques années plus tard. Je suis obligé de reconnaître que ce disque souffre de défauts qui seront pour beaucoup d'auditeurs surement rédhibitoires, mais force est de constater qu'il recèle de bons moments et de mélodies vraiment prenantes. De plus, la mixture proposée fait preuve d'originalité, celle-ci étant d'ailleurs son principal défaut, car le groupe peut sembler avoir le cul entre deux ou trois chaises. A court terme, la suite des évènements corrigera d'ailleurs un peu le tir, avec l'album suivant, Autumn Leaves : The Rebellion of Tides, peut être un peu inférieur en terme d'écriture mais plus consistant sur la forme, bénéficiant d'une meilleure production et de mélodies toujours aussi belles et prenantes. A titre accessoire, ce deuxième opus partage aussi avec Soria Moria Slott une pochette au moins aussi ignoble, sinon plus. Mais ensuite, c'est le drame : une signature avec Nuclear Blast contribuera à faire entrer le groupe dans une espèce de moule relativement insipide. En même temps que le personnel change (il perd un de ses atouts majeurs, sa chanteuse), le groupe perd en idées musicales et en personnalité ce qu'il gagne en moyens de productions, et se paie du coup un son à la hauteur. Sauf que les idées retenues par le groupe pour les deux disques suivants sont nettement moins originales et intéressantes, sans être non plus totalement nulles. Mais globalement, je continue de penser que la carrière de ce groupe est un gros gâchis si vous voulez mon avis.

D'ailleurs, j'envisage d'appeler Jacques Pradel pour partir à la recherche des membres du groupe. Allo Jacques?


Rédigé par : grozeil | 1996 | Nb de lectures : 966


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Commentaire
jaquouille
Membre enregistré
Posté le: 27/10/2013 à 07h34 - (30051)
alors moi je lui préfère vraiment Autumn Leaves - The Rebellion of Tides qui est un excellent album

Soria Moria Slott ne m'a laissé aucune véritable impression de quoi que ce soit


mydrin
Membre enregistré
Posté le: 27/10/2013 à 10h32 - (30054)
j'ai le même avis que Jaquouille, c'est pour moi un album pas très abouti par rapport à "Autumn Leaves ...." à réécouter de temps en temps.

panzerfaust
IP:83.77.74.52
Invité
Posté le: 28/10/2013 à 08h55 - (30065)
je vois pas trop bien le rapport avec Obtained Enslavement, mais cool de voire ce fantastique groupe cité dans une chro! (même si the shepherd...) est très en-deça des mythiques witchcraft et soulblight!

grozeil
Membre enregistré
Posté le: 28/10/2013 à 12h16 - (30067)
Ahaha, je me suis repassé quelques titres d'OE à la suite de ma chronique, et bon, c'est tiré par les cheveux, mais je maintiens quand même... chais pas, l'ambiance, un truc que je saurai décrire, même si OE est nettement plus méchant, direct et rentre-dedans, ça, on est d'accord. D'ailleurs, faudrait vraiment que je jette une oreille sur les deux précédents albums qui semblent faire l'unanimité.
Au rayon des analogies à la con, j'entends aussi parfois dans ce premier méfait un tout petit peu d'Ulver, période acoustique, dans les plans de guitare acoustique justement qui émaillent les titres.
J'ai aussi réécouté in extenso Autumn Leaves, et c'est un sacré album. Mais je préfère le premier, juste pour les souvenirs qu'il me rappelle. C'est donc très subjectif.

Sagal
Membre enregistré
Posté le: 28/10/2013 à 14h48 - (30068)
Je ne connais vraiment bien le groupe qu'à partir d'Autumn Leaves donc je ne ferai pas trop de commentaires sur celui-ci.
Par contre, grozeil, si tu te demandes ce qu'ils sont devenus après: Kristoffer Vold a participé à plusieurs projets/groupes peu aboutis (Mekänik, etc...), Frode a joué dans Gehenna de 2001 à 2011 sous le pseudo d'Amok, Elin, la claviériste, est morte d'une overdose, quant à Ole et Keltziva, aucune idée.
Mes sorties préférées de ce groupe restent "Python Zero" (avec l'excellent et encore très jeune à l'époque Erlend Caspersen !) et le EP "Lady Ablaze". J'aime bien "All Little Devils" mais je le trouve vraiment bizarre...

forlorn
Membre enregistré
Posté le: 28/10/2013 à 15h07 - (30069)
J'ai plusieurs fois envisagé de découvrir ce groupe, mais sans jamais franchir le pas.

Pour compléter le propos de Sagal sur les musiciens: Svenn-Aksel Henriksen, claviériste sur leur dernier album (Python Zero - 2001), a aussi été vocaliste de Chain Collector, un groupe de metal mélodique comprenant des membres de Carpathian Forest, Green Carnation et Trail of Tears.

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