YOUR SHAPELESS BEAUTY - Sycamore Grove (Adipocere) - 12/05/2012 @ 22h21
Toute fin des années quatre-vingt-dix : un temps où le Metal français finissait de peaufiner les dernières coutures de cette tenue du combattant qu’il portera fièrement quelques années plus tard, et qui forcera –enfin…- le respect partout où il s’en viendra. Parmi les artisans minutieux de cette tenue, pour certains à la renommée malheureusement bien plus évanescente que celle d’autres aujourd’hui : Your Shapeless Beauty. Groupe dont on imagine l’œuvre en question ici telle un entrelacs moiré sur le plastron du Metal de France : Sycamore Grove.

Sycamore Grove, comme une atmosphère languie au vent voilé de larmes, comme une pesanteur qui contraint l’être vers son tréfonds le plus endolori. Monde dont on foule pourtant par mille fois les terres avec un désir désespéré, un inextinguible désir de connaître encore une longue et pénible mélancolie, ce spleen beau duquel on ne veut à aucun prix sortir.

La voix empruntant majoritairement au type Black-Metal, très agressive donc, apparaît étrangement comme un garde-fou, comme la porteuse de la seule lumière dans cette grisaille qui n’en finit plus. Seulement, dès lors qu’elle se fait parlée, qu’elle se fait murmurée, elle joue les vilaines et en ajoute, elle aussi, à la peine. Peine que s’évertuent à faire ressentir avec force efficacité les instruments guitares et basse, qui, elles, ne se déparent ainsi jamais d’une expression mélodieuse certaine. Et s’il arrive aux guitares de se faire tantôt plus acérées, tantôt plus pesantes, ce n’est jamais que pour exhausser mieux encore les sentiments difficiles qui étreignent l’auditeur. Ici, point besoin de brutalité frontale pour faire mal, point besoin de dégoulinant grossier pour parvenir au versement de larmes. Fines sont les lames qui cisèlent, fins sont les esprits qui les manipulent. Fins à user même, toujours judicieusement, de guitares sèches dont les complaintes se font, par contraste avec le son puissant de l’ensemble, plus intenses encore. Son puissant affilié aux genres Death-Metal/Doom-Metal de l’époque mais qui ne définit pas le style joué par les guitares, qui, lui, s’approche bien plus souvent des expressions sombres d’un Metal mélodique à la Dark Tranquillity des débuts, parfois même à la Iron Maiden des moments noirs.

La batterie ne se veut, elle, que leur accompagnatrice efficace, dont les rythmes divers s’emploient uniquement à marteler avec application tous les outils de torture dont se servent les maîtres d’œuvre : d’une lenteur affolante lors de l’un ou l’autre passage, jouant à d’autres moments d’une vélocité presqu’apaisante, rythmant généralement dans le mid-tempo, temps idoine au développement de l’atmosphère vaste et riche voulue par les autres instruments. Le clavier, permanence arachnéenne de l’ensemble, use de multiples sonorités pour s’assurer la perte rapide de celui qui s’est aventuré dans ce monde : une entrée qui se fait sous les délicatesses d’un Bach étrangement attentionné... trop attentionné. Puis, selon les moments : appel du lointain par quelque nappe ou pattern à la simplicité en trompe-l’œil ; orgue dont les invocations aux allures christiques en appellent à la contorsion passionnée de l’être qui l’écoute ; synthétiseur aux strates multiples de ci, au souffle unique de là, ou surplombé par un piano à la subtilité perverse, ou accompagné, par exemple, de murmures comme des hurlements effrayants.

Le tout -ajouté d’effets sonores distillés toujours avec intelligence, ajouté d’intermèdes (dont la reprise instrumentale sous une forme plus élaborée d’une instrumentale présente sur la démo précédent cet album) qui font de l’écoute de cet album une sorte de marche ininterrompue de la souffrance- est une œuvre rare, dont l’art sublime est de parvenir à imager richement, par une ambiance multiple et singulière, et par là, de parvenir à toucher l’âme très profondément, et ce, sans jamais se déparer d’une véritable beauté, dont les contours troubles sont esquissés d’une encre très noire, celle que versent des mots qui le sont plus encore.

Sycamore Grove est un album unique que le destin a fait manquer la marche du succès. Il serait heureux que son souvenir, lui, ne manque pas celle du rappel salvateur.

Récital pour une Agonie Céleste: https://www.youtube.com/watch?v=7cDd2k1eXRM .


Rédigé par : dareka | 1999 | Nb de lectures : 1532


Auteur
Commentaire
mydrin
Membre enregistré
Posté le: 13/05/2012 à 03h34 - (27454)
très belle chronique pour un très très bon album, à posséder absolument



forlorn
Membre enregistré
Posté le: 13/05/2012 à 11h27 - (27457)
Belle chronique pour un excellent album en effet.
La progression depuis la Demo éponyme est énorme, et le choix d'employer un vrai batteur judicieux.
Récital pour une Agonie Céleste était une excellente carte de visite pour le groupe sur le sampler Metallian.
Sycamore Grove est ce que YSB a proposé de meilleur, leur sommet créatif.



Lordjok
Membre enregistré
Posté le: 13/05/2012 à 14h16 - (27463)
Effectivement super album...à l'époque je l'écoutais en boucle, je l'ai même acheté deux fois car je me l'étais fait piqué.
Au passage qu'en est il de l'album Phoinike est il vraiment sorti un jour? je ne l'ai jamais trouvé... de plus leur site internet ne semble plus trop être mis à jour...
je suis preneur de toutes infos sur le groupe...



YouMustPay
Membre enregistré
Posté le: 13/05/2012 à 16h50 - (27464)
album unique et d'une extrême richesse musicale!



Youpimatin
Membre enregistré
Posté le: 14/05/2012 à 13h59 - (27471)
Fabuleux album.
Pour Phoinike, apparemment il est sorti début 2011 chez Adipocère avec Francky Constanza à la batterie...



Clalire
Membre enregistré
Posté le: 14/05/2012 à 16h34 - (27473)
sympa cette chronique ! cet album est vraiment excellent, dommage que ce groupe n'ait jamais percé ! j'aime beaucoup leur album suivant "My Swan Song"...

et oui en effet leur nouvel album semble bien être sorti, mais alors en toute discrétion !! incroyable !

Clalire
Membre enregistré
Posté le: 14/05/2012 à 16h34 - (27474)
j'ai oublié la note :



NUMENOR
Membre enregistré
Posté le: 15/05/2012 à 23h45 - (27476)
Chronique très fluide à la lecture, ça fait un bien fou, et cela rend hommage à cet album également.

RBD
Membre enregistré
Posté le: 12/06/2012 à 23h11 - (27629)
Un très beau groupe presque de chez moi ! Je les ai souvent vus en live à l'époque, on observait bien leur évolution... Ils n'ont pas eu le succès qu'ils méritaient.
Vive la Camargue libre !

jmabate
IP:78.225.3.60
Invité
Posté le: 02/05/2013 à 08h43 - (29288)
j'arrive tard sur ce "remember" !
merci pour à vous VS et vous lecteurs.
pour info...pour des raisons obscures, phoinike n'est pas sortie et devrais l'être bientôt (fin 2013 ou début 2014)
@+
jmarc

corbac
Membre enregistré
Posté le: 17/09/2013 à 17h24 - (29843)
Ca fait longtemps que je ne l'ai pas écouté mais j'avais beaucoup apprécié à l'époque.

Une info manque à la chronique, à savoir la piste cachée avant la 1ère piste. Comme pour la Masquarade Infernale d'Arcturus, pour l'écouter il faut mettre play et rembobiner.



forlorn
Membre enregistré
Posté le: 19/09/2013 à 00h41 - (29845)
Rajout en fin de kro d'un lien pour le morceau 'Récital pour une Agonie Céleste'.

GabinEastwood
Membre enregistré
Posté le: 20/09/2013 à 09h42 - (29849)
J'ai découvert le groupe avec "Recital pour une agonie céleste" présent sur Metallian, j'ai acheté l'album dans la foulée chez Adipocère et j'ai adoré !!

Une ambiance froide et étrange et malheureusement ce groupe a été totalement sous-estimé c'est vraiment dommage



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