NIRVANA - Nevermind (Geffen) - 15/04/2012 @ 13h56
« C'était très étrange... « Nevermind » était l'album numéro un que j'aimais depuis des années...et c'était d'autant plus difficile parce que Nirvana avait les mêmes influences Punk Rock américaines que nous. C'était très dur de les voir rencontrer un tel succés... »
King Coffey The Butthole Surfers


Il est bien évident que Nirvana n’était pas un groupe de metal. Ils ont pourtant fait leur trou dans bon nombre de discographie de metalleux. Certains disent que le Grunge et Nirvana ont fait beaucoup de mal au Metal au point de "tuer" certains groupes. Peut être bien après tout.
Cependant, il faut bien reconnaître que la scène metal savait (et sait toujours d’ailleurs) se faire mal toute seule en s’auto-plagiant, en se dénigrant, en s’enfermant et en se ridiculisant.
Certains portent Nirvana et Cobain au niveau du génie. D’autres parlent d’imposture et de mauvaise musique. Comme d'habitude, la réalité se trouve certainement entre ces deux points de vue extrême.
J’ai écouté Nirvana alors que Cobain était vivant (ce qui me classe directement chez certains comme étant un vieux). J'étais au collège quand Nevermind est sortit et j'ai pu voir une foule d'individus se mettre à écouter une musique "violente" alors qu'ils se réservaient d'habitude aux sonorités de Dr Alban. Cela créait des ponts de discussions entre ceux qui écoutaient du rock...et les autres. Il y avait bien d'autres groupes de rock qui y arrivaient, mais c'était pas pareil.
Même si on pouvait sentir un peu de miel couler des chansons de Nirvana, cela n'empêchait pas la violence d'être la principale instigatrice des déflagrations du combo. Je me souviens qu'a l'époque, il arrivait que les DJ's passent du "Hard" en boite (eh oui j'ai été quelques fois en boite). A chaque fois que j'ai entendu Nirvana passer en discothèque il y a avait toujours une échauffourée dans un coin de la salle avec deux types qui se bousculaient dans un mini pogo. Cela entrainait la désapprobation des autres "Dançeurs" qui ne pouvaient plus bouger à leurs aises. C'est un peu le souvenir que me laisse Nirvana, le loup qui rentre dans la bergerie, la tache de camboui sur le pantalon blanc immaculé.

« Quand un groupe comme Nirvana sort de l'underground, cela exprime un vrai phénomène culturel. Ce n'est pas un simple coup commercial »
Kim Gordon « Sonic Youth »


J’ai tout de suite adoré leur musique mais comme beaucoup de metalleux, je ne l’ai avoué qu’après coup. Je veux dire que je l’ai dit quand j’ai réalisé la musique en général était une trop belle chose pour l’enfermer dans des catégories. J’ai évidement perdu quelques points de crédibilité chez mes amis les plus hardcore. Qu’importe, car cela ne me semblait pas incohérent d’aimer Nirvana et Napalm Death.
Mais je ne passe pas sous silence que les crados étaient gonflants à bien des égards. Leur attitude et leurs déclarations étaient parfois très hautaines et ils pourrissaient avec des mots fort peu élégants quantité de leurs « camarades » de jeu.
Le groupe semblait pourtant s’oublier un peu rayon critique car les contradictions étaient légions avec eux.
Pourquoi se plaindre du succès de « Teen spirit » si c’était pour continuer à sortir moult et moults clips et singles tous plus vendeurs les uns que les autres ?
Comment oser critiquer les performances de certains groupes quand Nirvana livrait des prestations live parfois plus que « médiocres » (Ils ont été à l’ouest plus d’une fois) et même à la limite du pitoyable.
Quand on veut donner des leçons à tout le monde, il faut être soit même impeccable.
Je découvrais alors une des contradictions de l’esprit « alternatif » où l’outrecuidance se disputait avec l’incohérence et où les converses pourries arpentaient parfois des hôtels luxueux en prétendant essayer de niquer le système. Et pourtant…

Pourtant, il était bien là cet album de tueurs. A l’époque, à moins de vivre dans une grotte, tout le monde connaissait « Smells Like Teen Spirit ». Certains pouvaient ignorer qui était le groupe ou qui l’avait composé mais la mélodie était universelle. Aidé par la production de Butch Vig, « Nevermind » ne mettra pas longtemps avant de se vendre comme des petits pains et aidé par MTV qui jouera le clip en boucle, le groupe fera le tour du monde des télévision en peu de temps.

« On aurait jamais pu s'attendre à un tel succès. On pensais juste avoir fait un disque génial. Il y avait de super chansons très pop... en fait, c'était pas vraiment un groupe punk. Enfin, ils étaient punk dans l'attitude, mais ils écrivaient de super chansons. »
Butch Vig


Le succès fulgurant et inattendu déboussola Nirvana qui espérait au mieux un succès « à la Sonic Youth ». A la place, les maisons de disques déménageaient en masse vers Seattle et signaient sans faire de détails les groupes officiant dans la région. Cela aura au moins permis de braquer les feux sur de grands groupes qui auront profité du ras de marais Grunge pour se faire connaître.
Peu de temps après la sortie de Nevermind, Nirvana commença à essuyer des critiques et se vit accuser de trahir son esprit originel. On voyait même à l’époque des tonnes de mecs qui avaient le culot d’affirmer avoir découvert le trio avec le premier album « qui était quand même beaucoup mieux que la merde Nevermind» (Si tant de personnes avaient découvert le trio avec « Bleach », Nirvana aurait déjà été habitué au succès planétaire dés le premier album).
Entre les arrivistes et les mythos qui prétendaient avoir tout compris au Punk Rock, on était servi. Avec son caractère sauvage mais sensible, Nirvana entraînait avec lui (pour le meilleur et surtout pour le pire) tout une cohorte de « mous » peu familiarisé au punk mais ne jurant que par la voix éraillé du blondinet.
Cobain déclarera d'ailleurs « Les bourrins, les machos qui ont achetés Nevermind comme ils ont acheté les albums de GNR ou de Metallica, je ne les comprendrais jamais. J’ignore qui sont ces gens la. Ce n’est pas eux auxquels je voulais m’adresser. »

Bien que ce type de déclaration paraisse un brin too much, on verra, après la sortie de Nevermind, les affreux refuser les premières parties de U2 et GNR, insulter régulièrement leur public et saboter certaines de leur prestations en arrivant incroyablement défoncés sur scène (surtout Cobain). Parfois magique, le groupe a parfois été pitoyable.
Je ne me rappelle plus qui avait dit que dans un power trio il ne pouvait y avoir qu’un seul musicien qui pouvait être mauvais. Dave Grolh et Krist Novoselic tenait la baraque quand Kurt Cobain pouvait parfois chanter faux et/ou jouer désaccordé. Cependant quand il était en forme (ou lorsqu’il avait envie) Kurt Cobain pouvait se montrer plus rigoureux et déployer beaucoup d’énergie.
A ce propos il existe des groupes très connus qui n’ont pas de riffs rentrés au panthéon de la guitare. Il est de bon ton pour un guitariste de connaître le riff de « Smoke on the water », « Paranoid », « Enter Sandman » (j’en passe et des meilleures car la liste est longue) « Smells Like Teens Spirit » et « Come as you Are ».
J’ai vu des tonnes de groupes reprendre « Territorial Pissing » et des dizaines de guitaristes s’essayer à « Lithium ». Alors Kurt Cobain mauvais technicien peut être, mais riffeur de grand talent, ça ne fait pas un pli. Rien qu'à ce niveau, Cobain avait énormément de talent.

Après la sortie de « Bleach », Cobain et Novolesic déçu du jeu de Chad Channing décidèrent de chercher un nouveau batteur et tombèrent sur la perle rare avec un jeune cogneur issu d'un groupe de Hardcore de Washington DC « Screams ». Dave Grolh, avec son jeu puissant et instinctif impressionna d'emblée Cobain qui disait à l'époque qu'il ne connaissait personne qui tapait aussi fort sur un drum kit. Autant musicalement qu' humainement, Nirvana venait de trouver son batteur. On ne peut pas dire que le garçon était un grand technicien mais il cognait bien dru et savait meubler l’espace sonore d’une manière brutale et efficace. Rythmes simples, peu de breaks, utilisation importante des cymbales et une énergie hérité directement du punk le Dave avait bien compris comment booster les riffs de Cobain.
Novoselic était plutôt un bon bassiste. On entendait très bien la basse dans Nirvana qui faisait groover le tout avec puissance et rondeur. En outre, le Krist (il avait changé l’orthographe de son prénom pour mieux coller à ses origines Slaves) jouait souvent des lignes différentes de celle de Cobain. Bref, le trio collait bien.
Le son clair et puissant de l'ensemble était un peu éloigné du bordel sonore que Nirvana générait en live. Mais il faut reconnaître que le son de Nevermind était un bon compromis entre la sauvagerie et la clarté.

Reste au final un alignement de hits absolument imparable. 12 chansons ( plus le ghost track « Endless Nameless ») qui sont un bouillonnement de punk, de gros riff, de roulements dévastateurs et de mélodies assassines. Que cela soit avec les singles où avec les morceaux plus confidentiel (l'incroyable « Lounge Act », la venimeuse « Stay Away » ou la planante « Something in the Way ») on ne s'ennuie pas une seule seconde et on se demande comment on peut raisonnablement faire aussi fort...sans trop sembler le faire exprès.
Muni d'une pochette qui aura marqué toute une génération, Nirvana aura réussi avec Nervermind à offrir aux ados des années 90 un successeur crédible à un album comme « Nevermind the Bollocks ». Load up on guns and brings your friends...


Rédigé par : pamalach | 1991 | Nb de lectures : 1375


Auteur
Commentaire
dallas
Membre enregistré
Posté le: 15/04/2012 à 14h18 - (27350)
Tu as tout dis Pamalach,un album un peu honteux a l'epoque lorsque l'on etait un true. Mais quel album!! Son successeur In utero est tout aussi mythique,la prog' moins leché plus crade est rempli de hits.




hammerbattalion
Membre enregistré
Posté le: 15/04/2012 à 14h48 - (27353)
J'avais précommandé Nevermind après avoir entendu un extrait de Smells... En le recevant la vendeuse s'était foutu de moi: "ouarf c'est quoi ce groupe avec un bébé nu sur la pochette", la pauvre. Aussitôt revendu par contre, pas par hontre mais je n'aimais pas le côté bruitiste et simpliste de la chose. La seule qualité que je leur reconnaitrai, c'est d'avoir rendu has been toute cette scène pop glam qui polluait notre musique.



evil
Membre enregistré
Posté le: 15/04/2012 à 15h52 - (27356)
Depuis il y a eu aussi la version des 20 ans de l'album, ça ne nous rajeunit pas...

Nirvana, c'est du métal, n'en déplaise à certains...je ne vois pas trop de différence niveau son avec le Black Album sorti en même temps....



comedian
Invité
Posté le: 15/04/2012 à 16h05 - (27359)
Nirvana n'est pas du metal, ne t'en déplaise.
Guitare saturé et cris = metal, c'est la définition de mon arrière grand mère. M'enfin, ça ne veut pas dire que ce n'est pas bien (même si perso j'ai toujours détesté ce groupe). Et même son que le Black Album... Heum... Comment te dire...




Eddy le Quartier
Invité
Posté le: 15/04/2012 à 17h01 - (27361)
Si c'est du metal, il se drogue :-)

CHUCK MAURICE
Membre enregistré
Posté le: 15/04/2012 à 19h42 - (27362)
J'ai adoré comme (preque) tout le monde à la sortie, mais maintenant je trouve que ce groupe a tres mal vieilli et je ne supporte plus la voix nonchalante de COBAIN qui donne envie de se défenestrer.

Je préfère nettement un SOUNDGARDEN ou un PEARL JAM dont la musique est bien plus intéressante et moins simpliste.

MrGuitoune
Membre enregistré
Posté le: 15/04/2012 à 19h47 - (27363)
Belle Kro, album incontournable

RBD
Membre enregistré
Posté le: 30/05/2012 à 23h05 - (27531)
Nirvana n'est pas du Metal mais a eu un impact certain chez nous. Et encore aujourd'hui, de manière diffuse et d'autant plus large, sur toute la scène Rock Indé, Noise et Cie. Pour moi qui n'était encore qu'un petit gamin du lycée, le phénomène Nirvana a joué un rôle déclencheur vers ce genre de musique plus spontanée, bourrine, à gros son, et anglophone. Même si quelques mois plus tard j'appréciais plus d'autres groupes Grunge, même si quelques mois encore après je me mettais au vrai Metal, je dois rendre hommage.



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