YES – Close To The Edge - Remasters - 01/02/2009 @ 11h54
Certain trouveront déplacé de trouver une kronik de YES dans la rubrique « remember » de VS. Ils diront sans doute « Quel rapport avec le métal ? ». Eh bien plus qu’ils ne croient dans la mesure où de nombreuses formations « métal » ont revendiqué soit une influence soit une filiation avec le quintet britannique. C’est le cas par exemple de Dream Theater (bien évidemment) mais aussi de P.O.S et d’Opeth qui toutes utilisent des structures ou des architectures directement inspirées de la manière dont YES composait sa musique. Il était donc normal de revenir sur ce « monument » de rock progressif que constitue son 4ème album.


En 1972, la guerre du Vietnam fait rage. C’est le Bloody Sunday en Irlande du Nord (30 janvier), le Watergate aux Etats-Unis qui entraînera la chute de Nixon (17 juin), L’Allemagne encore appelée R.F.A, remporte le premier championnat d’Europe de football de son histoire (18 juin). Toujours en Allemagne, les J.O de Munich sont entachés par l’assassinat de onze athlètes israéliens par des terroristes palestiniens (5 septembre). Enfin on célèbre en grandes pompes la naissance de la 3ème chaîne de Télévision Française (31 décembre).

Voici en vrac, quelques évènements qui ont marqué cette année-là. Il y en eut un autre, plus léger mais tout aussi important dans ma vie. Je veux parler de la sortie du 4ème album de Yes. La loi des échelles de valeurs n’ayant pas de règles précises, cet événement-là est en bonne place dans mon almanach personnel du rock.

Quel est le paysage musical de l’année 1972 ? En dehors des niaiseries pour midinettes que propose la scène française –exception faite d’Ange, Atoll, Au Bonheur des Dames, de Manset, Magma ou Martin Circus – la vraie actualité est ailleurs. Deep Purple sort un "Machine Head" dont on va beaucoup parler sur fond d’engueulades et surtout un "Made In Japan" d’anthologie. Led Zep écrase tout sur son passage avec son célèbre « IV » album. On entend Bowie, Stevie Wonder, Elton John sur toutes les radios ; les Beatles ne finissent pas de mourir tandis que les Stones caracolent en tête de tous les hits parades avec "Exil On Main Street".

Mais, depuis 2 ou 3 ans, venue d’outre-Manche, une vague musicale que l’on n’appelle pas encore « rock progressif » mais tout simplement « pop », fait fureur sur les campus et dans les lycées de l’Hexagone. Quelques noms commencent à émerger de la masse; Pink Floyd bien sûr qui a déjà quelques longueurs d’avance sur les autres, mais aussi Jethro Tull avec son emblématique flûtiste et frontman, Ian Anderson ; Genesis qui invente le (ba)rock ou rock médiéval en composant des titres qui sont de véritables petites pièces de théâtre ; l’étrange Van Der Graff Generator qui deviendra culte mais qui ne le sait pas encore. Sans oublier King Crimson qui, déjà en 1969, avait pondu un véritable OVNI, "In The Court Of The Crimson King", toujours considéré à ce jour comme l’album fondateur du rock prog. Et puis il y a ELP, déjà décrié en raison des élucubrations « clavistiques » et boursouflées de son mentor Keith Emerson.

Bref, une vague progressive qui va submerger l’Europe et le monde ; partout naissent des formations qui prennent pour modèles les « dieux » britanniques avec plus ou moins de bonheur. En Italie, P.F.M, Banco Del Mutuo Soccorso (qui deviendra Banco), Le Orme, Locanda Delle Fate en sont les plus remarquables. Ils ajoutent à l’énergie et à la virtuosité anglo-saxonne une finesse et un classicisme bien latin. En Allemagne où Tangerine Dream et Kraftverk donnent naissance au mouvement électro tandis que Can, Embryo, Amon Düül, Ash Ra Temple, Popol Vuh et bien d’autres inventent le rock choucroute (krautrock).

Mais, les maîtres incontestés de la scène rock prog habitent Londres et ont choisi en toute simplicité le patronyme YES. Surdoués, pompeux, magiques, virtuoses, techniques, extravagants, tous les superlatifs, élogieux ou caustiques, ont été épuisés pour qualifier ces cinq musiciens. A l’époque du mensuel « Best », ils ont tous figurés dans leur discipline respective à la première place dans la rubrique « meilleurs instrumentistes du mois ». Tout aussi impressionnant qu’inutile. (Moi, j’avais un faible pour la bande à Page). Anecdotique mais révélateur de la course à l’échalote que se livraient, bien involontairement, les aristos du rock.

Et dans cette carapate effrénée, l’album "Close To The Edge" se situe d’emblée comme le bolide intouchable qu’il continue d’être plus de trois décennies plus tard. Décrié ou encensé, il incarne la définition même de ce que peut être le rock progressif poussé dans ses retranchements les plus ultimes. Paroxysme des sons, pompiérisme des claviers de Rick Wakeman et ses grandes orgues d’église emportées dans un monstrueux crescendo, architectures complexes des thèmes, superpositions en couches multiples et imbriquées de structures d’une richesse ahurissante. En 3 pièces et 39min à peine, YES synthétise le meilleur (le pire ?) de son style propre et du genre. Il y a d’abord la monumentale suite éponyme et ses montées de claviers tous azimuts , les solos tordus de Steve Howe auxquels répond la Rickenbaker grondante et bondissante de Chris Squire, la voix angélique de John Anderson qui plane au-dessus des breaks fous de Bill Bruford. Puis le magistral "And You & I" où finesse et doigté se partagent l’affiche. Pour finir sur un exotique "Siberian Kathru" jamais égalé depuis. Enfin, pour parachever ce délire il y a les textes obscurs, abscons, empruntés à la mythologie hindoue (le Sidharta).

En 1972, YES est à l’apogée de son histoire, il ne fera jamais mieux mais il feint de l’ignorer. Des lignes de failles et des dissensions commencent à apparaître notamment avec Wakeman. Le groupe ne s’approchera du génie de "Close" qu’à de trop rares occasions, sur quelques titres disséminés ici ou là dans la suite de sa discographie. Citons le double et indigeste "Tales From Topografic Oceans" (1973), le très étrange "Relayer" (1974) et "Going For The One" (1977) qui marque la fin de son âge d’or. Son line-up est sans doute le meilleur qu’il ait affiché. Avec "Close To The Edge", les Britanniques ont écrit l’une des plus belles pages du rock progressif, composé l’album absolu dans un genre qui, faute de se remettre en question finira par disparaître dans la seconde moitié des années 70, étouffé par une arrogance et une fatuité mortelle.


Rédigé par : Karadok | 1972 | Nb de lectures : 1545


Auteur
Commentaire
canibool
Invité
Posté le: 01/02/2009 à 15h14 - (26457)
quand j'ai écouté cet album, je n'ai plus jamais écouté DT de la même façon... c'était devenu banal. Yes ils ont vraiment tout inventé dans le prog. bon yen a d'autres c'est vrai, genre king crimson, mais eux ont vraiment posé une marque flagrante sur tout un genre et ça s'entend bcp bcp quand on écoute les groupes cités en début de kro.

oupss!!
Invité
Posté le: 01/02/2009 à 15h16 - (26458)
je suis complétement fan de cet album, et métal ou pas tout metalleux se doit de l'écouter une fois...

black thoughts
Membre enregistré
Posté le: 01/02/2009 à 20h56 - (26465)
Le seul album de Yes qui tourne régulièrement chez moi



Submeat
Membre enregistré
Posté le: 01/02/2009 à 23h31 - (26466)
Je suis pour les chroniques de King Crimson ou de Yes !!
D'autres groupes du style que je ne connais pas ce serait cool aussi !

WhiteNoise
Membre enregistré
Posté le: 01/12/2013 à 14h33 - (30254)
Le meilleur de yes pour ma part... !



walkingbedd
IP:194.254.117.28
Invité
Posté le: 02/12/2013 à 16h48 - (30265)
Moi je dirai enfin un bon album à chroniquer.....Ah? ça fait longtemps qu il est sorti?

Amduscias
Membre enregistré
Posté le: 04/12/2013 à 08h04 - (30270)
Fan absolu de ce disque. Tout est là, en matière de Rock progressif, ça jongle et ça flirte parfois avec le too much, ça frise le mauvais goût (le long break d'orgue interminable, où à chaque fois on se dit, ensuite, que "bon, finalement ça passe"), les morceaux à rebondissements... J'adore.
Je mettrais Relayer dans le même panier, Wakeman ne joue pas dessus, du coup on évite les débordements de claviers, et quel album dantesque, construit plus ou moins de la même manière que Close To The Edge (trois morceaux). Avant Close c'est pas mal, après Close il y a des moments chouettes mais on tombe trop souvent dans la surenchère (Tales From Topographic Oceans, le baba au rhum du prog, très vite indigeste.)
Non vraiment, avec Close To The Edge, on tient je pense le top du top de la discographie du groupe, et peut être même de tout le Rock Prog 70's. (Ca reste à débattre, les fans de Genesis ou de Crimson ne seront sûrement pas d'accord !)



walkingbedd
IP:194.254.117.28
Invité
Posté le: 10/12/2013 à 11h51 - (30304)
Suis d accord avec serge,(tas pensé aux petites olives fourrées aux anchoix), mais egalité avec Drama.

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