Thomas (chant) - COMITY par TONTON - 1674 lectures
Jeunes prodiges, petits génies hyper doués, chefs de fil d’une nouvelle scène hybride qui se moque des étiquettes, voilà autant de qualificatifs que l’on peut retrouver un peu partout dans les médias dès qu’il s’agit de COMITY. Après un concert époustouflant lors de l’Undergrind Fest j’ai voulu pousser le bouchon plus loin pour savoir se qui se cache derrière cette débauche d’énergie. Qu’est-ce qui fait courir COMITY


VS : Bon pour commencer, je voudrais qu'on fasse un point rapide. On parle beaucoup de COMITY et tout particulièrement depuis la sortie de l'album l'année dernière. Tout le monde s'accorde à décrire le groupe comme un concentré de petits prodiges mais on
Thomas : ok, je vais essayer de faire court. Alors François et moi (Thomas) on a monté COMITY en 96, mais de cette première mouture il ne reste que lui et moi. On était très jeune et on débutait mais on avait quand même une certaine volonté de faire bien les choses, et c'est ce qui a conduit, je pense, à différents changements de line-up... En 99, Guillaume, l'actuel batteur nous a rejoint, il venait d'avoir 16 ans mais il était bien motivé et il a beaucoup travaillé, tout comme nous tous. Yann est entré dans COMITY en 2001 suite au split de son groupe AFTERLIFE et au départ de Matthieu, notre ancien gratteux. Et enfin Alex, ancien CONCEPT OF ELATION a pris la basse en septembre 2002 pendant l'enregistrement de l'album. Avec COMITY, on a plusieurs enregistrements à notre actif: 2 démos (une en 98 et une en 2000), des morceaux enregistrés pour des compils, un split avec XII et dernièrement, l'album (enregistré mi-2002).
Voilà, sinon puisque tu sembles le demander, on a tous joué dans pleins de groupes avant et même pendant COMITY mais ça serait trop long à détailler et ça ne parlerait pas à grand monde (c'était souvent d'obscurs groupes parisiens ou clermontois).


VS : Comment s’est construit le style de COMITY pour finalement arriver au résultat présent. Avais-tu une idée précise en tête lorsque tu as débuté avec le groupe ? Sur le split avec XII on sent que le groupe se cherche encore un peu alors que sur l’albu
Thomas : ben, en fait, on n'a jamais vraiment réfléchi à l'orientation musicale que devait prendre le groupe. Tout évolue naturellement, tu vois, on a commencé avec un mélange de grind death et de hxc old school et on peut dire que ce style ne nous correspond plus vraiment aujourd'hui. En fait, le groupe a connu une évolution plutôt lente à tous les niveaux, on a mis du temps à se construire et à se stabiliser et c'est pour ça que le split avec XII est si maladroit, c'est parce que c'était un premier jet, une première tentative. Disons que maintenant l'album c'est la base de notre travail et que l'on continue d'évoluer et de progresser (enfin j'espère).


VS : Justement parlons un peu de l’album qui est sorti l’année dernière. Peux-tu nous dresser un premier bilan de la chose. Il ressort une personnalité et une assurance presque insolente de la part d’un « jeune » groupe comme COMITY. Avez-vous le sentimen
Thomas : ben, déjà, on peut dire que nous prenons toujours beaucoup de plaisir à jouer les morceaux qui composent cet album sur scène, nous en sommes toujours satisfaits même si nous avons beaucoup progressé musicalement, dans notre vision des choses et notre façon de composer. Certains morceaux de "The deus ex-machina..." datent de bientôt 3 ans, et le plus important pour nous c'est qu'ils tiennent toujours la route aujourd'hui. Nous avons beaucoup travaillé sur cet album, autant musicalement qu'humainement, tout est venu naturellement et je pense que ce que tu ressens à son propos vient du fait que pour nous, c'est une "production" complète, où tout est en osmose. Osmose entre les musiciens et osmose entre le concept, le visuel, les textes et la musique. Je pense que les gens ressentent que c'est fait avec sincérité et plaisir. Par contre, je ne crois pas que ce soit un album d'exception ni au niveau musical ni au niveau du concept... C'est à la porté de n'importe quel groupe de sortir un album comme le notre, mais pour nous, ça a représenté beaucoup de travail et d'introspection. Je ne crois pas au talent... et en toute sincérité, je sais que nous n'en avons pas particulièrement de toute façon. Cet album est simplement exceptionnel pour nous, en tant qu'individus et en tant que groupe, puisque malgré ses erreurs et ses approximations, il pose les bases de ce que l'on veut faire, même si on voudrait pouvoir aller beaucoup plus loin.

Après au niveau des ventes, ça ne nous concerne pas, nous on s'en fout un peu. Ce sont juste des considérations de label. Je sais que l'album est sold out depuis peu, on en avait tiré 1000 je crois.
Ca peut paraître peu mais ça correspond, je crois, à peu près au public susceptible d'être intéressé par ce type de son en France. Et puis, je pense que beaucoup de monde l'a gravé également, et c'est une bonne chose, comme ça un maximum de personne a accès a notre musique. Si vous ne le trouvez pas en rayon, n'hésitez pas à le charger sur le net.


VS : Aller beaucoup plus loin ? Mais dans quelles directions au juste ? Plus extrême ? Plus rapide ? Plus abstrait ? Plus conceptuel ? Et puisqu’on en parle, explique-nous tout le concept qui entoure l’album. Ce premier disque a-t-il changé votre vision d
Thomas : Disons que quand je parle d'aller plus loin, ce n'est pas forcément en terme de violence ou de technique. En fait, en gardant les bases du groupe, on peut pousser tous les paramètres plus loin. Je ne parle qu'en mon nom, mais pour ma part, en ce moment, je suis bien en train de triper sur la composition classique et ses infinies subtilités... On essaie quelque part d'appliquer les mêmes idées à COMITY. Faire d'un morceau un labyrinthe ou chacun retrouve son chemin en quelque sorte. Tout est à développer, on a plein d'idées communes au classique, comme travailler une trame mélodique sans jamais la dévoiler en entier pendant plusieurs minutes, jouer sur les fausses pistes, des faux démarrages, donner des indices sur la suite du morceau en essayant de rester subtil, travailler les breaks de façon originale, travailler la tension du morceau entier, l'espace sonore etc, etc, etc... Il y a des dizaines de critères à développer qui sont très excitants pour nous, on entrevoit doucement tout le chemin que l'on pourrait encore parcourir avec ou sans COMITY. "The deus ex machina" nous a quelque part aidé à comprendre tout ça et donc a forcément participé à l'évolution de notre perception de la musique. Pour ce qu'y est du concept du disque, tout est expliqué sur le net sur notre site, ainsi que dans maintes interviews que l'on a données que vous pouvez aussi trouver sur notre site (www.comity.fr.fm).
Pour ce qui est des propositions extérieures, on a effectivement eu certains contacts, des petites structures qui nous distribuent à petite échelle au Japon, aux USA, au Benelux, en Indonésie, etc... Et il y a effectivement un label qui voulait utiliser la licence pour les USA, c'est la structure du chanteur de THE RED CHORD qui avait bien flashé sur notre son lorsqu'il était venu tourner en Europe. Mais pour l'instant, il n'y a pas vraiment de suite concrète, on n'en sait rien au final.


VS : Je ne serais pas trop surpris qu’un label US s’intéresse à vous. COMITY semble taillé pour le marché américain qui est friand de styles atypiques. Je pense en particulier à des labels comme Deathwich, Willowtip ou Relapse qui sont toujours à la poin
Thomas : c'est gentil ce que tu dis, mais je ne crois pas qu'un label comme relapse s'intéresse un jour à un petit groupe français vu la pelleté de groupes géniaux et encore bien meilleurs que nous qu'il possède déjà...
Mais c'est clair que ce serait un grand honneur pour nous de se faire reconnaître, en quelque sorte, par ses pairs. Après, dans la perspective d'une signature, il faudrait aussi voir ce qu'ils proposent réellement car nous ne sommes prêts à aucun sacrifice à aucun niveau.


VS : Je vois ce que tu veux dire en parlant de labyrinthe mais le problème c’est que parfois on peut s’y perdre complètement et je crois que cela peut être le cas dans une approche trop pointue. La musique est un langage. Ne crois-tu pas qu’en boostant to
Thomas : Oh tu sais, on fait d'abord et surtout de la musique pour nous, c'est un trip assez nombriliste c'est clair. Le but c'est de faire le meilleur son possible à nos yeux, ce que les gens en pensent ne peut en aucun cas influer sur nous. Après, c'est clair que ça peut être un grand honneur d'être apprécié par d'autres, on se sent moins seul dans notre délire, mais ce n'est pas le but.
Malgré tout, je peux comprendre quand tu parles d'approche trop pointue, mais encore une fois, selon moi c'est aux gens de chercher, de découvrir et d'interpréter les choses comme ils le peuvent ou le souhaitent.Je sais que ça n'a rien à voir mais je trouve ça comparable aux délires très persos de David Lynch. Ce mec fait clairement les choses pour lui, c'est du pur égotrip mais beaucoup de gens s'immergent dedans. Après je ne nous compare pas du tout à lui, ce serait très prétentieux, mais si je parle de lui c'est pour éclairer une démarche. C'est toujours le même problème des spectateurs passifs ou actifs, et je ne critique aucun des deux. Tout le monde n'écoute pas de la musique pour les mêmes raisons...
Après, il est clair que pour ce qui est de faire des disques, le débat est encore ouvert... Je crois qu'il faut savoir au final, en dehors de l'aboutissement que représente le support lui même pour chaque individu y ayant participé, reconnaître une part d'égocentrisme et de recherche de justification par les gens. Je crois qu'il y a aussi quelque part une notion de partage désintéressé, du moins je l'espère, mais après...



VS : Oui, c’est clair que si on n’est pas un minimum réceptif on a un peu le sentiment de se retrouver avec une étagère IKEA à monter sans la notice (déjà qu’avec c’est pas toujours clair…)
Thomas : C'est clair que c'est le principal reproche auquel on a droit. Les gens trouvent notre musique prétentieuse avec ses histoires de concepts, d'intellectualisation de la musique, etc... Mais, encore une fois, nous prenons la musique comme un égotrip, tout est crée dans le but de faire plaisir à soi dans un premier temps, et peut-être aux autres par la suite.
C'est vrai que ce genre de reproches nous fait quand même régulièrement nous remettre en cause en tant qu'individu, mais cela n'interfère pas directement avec la musique... En gros, cela ne représente que notre vision propre des choses, c'est de cette manière que nous envisageons d'écouter et de faire de la musique. Nous ne sommes surtout pas meilleurs ou moins bons que le voisin, on est juste différent... Si un mec écoute de la zique pour se défouler ou faire du karaté dans le pit c'est très bien, je respecte tout à fait ça. D'ailleurs, j'adore le grind ou le metal hxc, je n'émets aucune échelle de valeurs, surtout qu'un groupe simple peut envoyer carrément plus que beaucoup de trucs plus complexes.
Avec COMITY, nous cherchons juste à réfléchir au pourquoi du comment du bruit que nous mettons en scène, comme chaque être humain construit sa vie en se remettant en question. De toute façon en art, tout est intellectualisé, tout est parti pris, que ce soit conscient ou non, puisque tu mets en scène de façon abstraite un sentiment, que ce soit la haine, la beauté ou je ne sais quoi d'autre. Par exemple quand un groupe de true black metal sataniste met en scène la haine, la misanthropie ou la dépression, ce n'est qu'une représentation, ce n'est pas la musique en elle-même qui a la haine, lol, c'est le sentiment qui est intellectualisé.


VS : C’est vrai qu’un groupe de true black mettant en scène l’arrivée du printemps avec sa zic, ça ferait un peu désordre…
Thomas : Il est clair que la mise en scène des émotions est le but de la musique du groupe, c'est la définition de ce que nous voulons faire. Toutes les techniques que nous développons sont une tentative de mise en forme de l'émotion. D'ailleurs la forme vient avant le sens donc je ne peux pas dire que c'est toujours simple de transformer en notes ce que tu as dans la tête, puisque tu ne sais jamais d'où vient l'inspiration...
Pour ce qui est de nos ressentiments personnels, c'est une question très complexe. Je crois que nous prenons beaucoup de recul par rapport à cela, il faut savoir travailler avec un vrai second degré et un détachement certain. C'est aussi ce que j'entends par intellectualisation des sentiments. Après, je ne sais pas si c'est une espèce de barrière, de façade que l'on met entre nous et les sentiments mais ce qui est sur c'est que nous avons tous dans le groupe une personnalité, une sensibilité et des expériences différentes. Et pourtant chacun s'y retrouve... En fait, je crois que chacun est à même de se plonger dans des choses très introspectives sans avoir de réelles raisons de mettre fin à ses jours, lol. Et puis pour citer Brel: "Heureux l'imbécile. Et je n'aime pas la bêtise, parce que la bêtise c'est de la fainéantise"


VS : Oui, un peu comme dans certains ouvrages de philo où chaque lecteur pense se reconnaître particulièrement. La musique de COMITY touche tout un chacun à différents niveaux de perception.
Thomas : Je ne sais pas si on peut comparer notre musique à quelque chose d'universel, mais ce qui est sûr c'est que nous faisons quelque chose de très subjectif, et donc chacun peut y trouver ce qu'il veut, même si pour nous chaque chose est clairement définie.
Pour ce qui est du violoncelle, je crois que ça vient surtout de l'idée de pousser les morceaux au maximum en studio, de peaufiner les ambiances, l'espace sonore. Il y a une opposition avec la scène où la musique doit rester très brute, très rock. Ajouter des instruments n'est qu'une seule des nombreuses façons de rendre la musique plus profonde et intimiste, cérébrale. J'aime bien avoir l'impression que le son ne s'adresse qu'à moi. Contrairement au live où le partage est, quelque part, de rigueur.
Donc, dans l'absolu, ça ne nous dérangerait pas de rajouter des sections cuivres ou autres, si on y trouve un intérêt en studio. Nous devons rester libres...


VS : Pour passer à un sujet plus grave. Fred de JUDOBOY est décédé la semaine dernière dans un accident de la route. Je sais que les membres de COMITY et JUDOBOY sont très liés. J'imagine le choc que vous avez pu ressentir en apprenant la nouvelle.
Thomas : Je comprends tout à fait la démarche mais après je ne sais pas si c'est forcément une bonne chose d'étaler sa peine publiquement, je pense que ça doit dépendre de la personnalité de chacun. Personnellement je n'aime pas trop ça. C'est vrai que Fred était un ami et ça a été un choc pour chacun d'entre nous et pour tous ceux qui le connaissaient parce que c'était vraiment un mec en or. Après je pense qu'il est mort heureux, en rentrant de tournée... Quelque part ça empêche peut être de subir ta vie pendant 50 ans.
En tout cas, avec COMITY on est d'ors et déjà en train de plancher sur une reprise de JUDOBOY, on ne compte par forcément la sortir ou la jouer live, c'est vraiment pour le trip, mais si on a l'occasion de l'utiliser, pourquoi pas? Je sais aussi que Phil Wagner de LAST QUITE TIME compte organiser un concert en sa mémoire, c'est une très bonne initiative, je pense et j'espère qu'on en sera.


VS : Etaler sa peine ? Je ne sais pas trop. Ça peut être aussi une façon de faire son deuil. En tout cas, tiens-nous informé au sujet de ce concert hommage.
Thomas : Pour ce qui est de nos projets, nous rentrons en studio en mai pour enregistrer un ep 2 titres dont les titres sont prêts depuis déjà 9 mois. Ca s'appellera "The Andy Warhol sucks e.p", et ces morceaux viendront en fait compléter la version US de "The deus ex-machina..." à sortir en juillet là-bas, puisqu'un label sortira ce disque en licence pour l'Amérique du Nord et peut-être notre prochain album.
Nous en profitons aussi pour sortir cette version album + e.p. en France à la rentrée, puisque le disque est quasi épuisé. Pour ce qui est du dvd, ça risque en fait d'être un montage de vidéos live pour un espèce de clip sur de la musique enregistrée plus de la vidéo avec un vrai son live. Enfin, on verra! Mais ce qui est sûr c'est que le dvd ne sortira pas seul, on le mettra en bonus d'un prochain disque.
D'ailleurs, en ce moment, on met un frein sur les concerts puisque nous sommes en plein milieu de la composition d'un nouvel album et nous y bossons dur. On garde seulement 2 ou 3 dates par mois.
Pour ce qui est du split avec FATE, c'est toujours en cours mais ça s'annonce très compliqué à mettre en place, tant au niveau de la composition que des emplois du temps des groupes vu nos actualités à tous les deux. En gros, ce n'est pas encore pour tout de suite... Voilà.


VS : Nouvel album ? Comment ça se passe au niveau de la composition ? Avez-vous dévié musicalement par rapport à « The deus… ». La gestation d’un album est-elle longue chez COMITY ? Pour composer, vous êtes plutôt spontanés ou alors êtes-vous plutôt méth
Thomas : Oui, en fait, en ce moment nous préparons donc un nouvel album. On a presque 20 minutes de musique de prête. Ce qui est sûr, c'est que nous enregistrerons en décembre 2004. Au niveau de la mise en forme le disque ne sera pas divisé en morceaux. D'ailleurs, ceux ci n'auront pas un titre différent chacun. Il n'y aura qu'un seul texte, plutôt court, puisque je vais bosser sur la répétition de phrases évolutives selon les ambiances. Le titre provisoire devrait être: "...as everything is a tragedy". C'est une citation qui parle d'art, "rien n'est grave, tout est tragique" qui est donc une métaphore de la mise en musique des sentiments et de sa futilité. C'est aussi à prendre au second degré par rapport à tous les groupes pathétiques qui font les mecs torturés à mort. On va essayer d'éviter les clichés.
Sinon au niveau du style lui-même, il me parait important de travailler dans la même veine, parce qu'il serait stupide de changer de style alors que nous ne maîtrisons pas le notre. C'est un travail de longue haleine, tu n'en fais pas le tour en 3 morceaux. Comme je te disais plus haut, il y a des dizaines de paramètres à maîtriser et à faire évoluer. Nous essayons de nous y employer donc il y aura une évolution certaine, sinon on arrêterait de faire de la musique ensemble.
D'ailleurs, ça a failli arriver puisque nous avions composé 10 minutes de musique mais il n'y avait pas de progression par rapport à l'album. On a donc tout repris à zéro parce que ce n'était pas en adéquation avec nos idées. Avec le recul, nous étions déçus... C'était une grosse remise en question parce que, mine de rien, nous avions passé beaucoup de temps sur ce morceau. Nous avions mis neuf mois à composer l'album. C'est très long et c'est pour ça que pour celui là on prévoit plus de temps. En effet, nous sommes très méthodiques. On ne travaille pas à l'aide de jams ou alors très rarement. On bosse tout à la maison et nous mettons en place à la répet. Si on manque d'idées, on ne peut pas passer à autre chose ou continuer le morceau puisqu'on évite de faire du copier/coller. Par contre, souvent on revient en arrière après quelques temps pour mettre plus en interaction certaines parties. Donc, ça peut être très très long avant d'avoir une version définitive. Voilà...



VS : Cette technique de travail ne manque-t-elle pas cruellement de spontanéité ? Ce même abandon qu’on peut retrouver dans les prestations live de COMITY. Aspirez-vous à une forme d’élitisme qui tenterait de tirer la musique vers une forme d’intellectual
Thomas : Je ne crois pas que ce soit aussi simple. Malgré ce qu'on essaie de nous faire croire, il y a des centaines de façons de faire de la musique. Je ne vois pas les choses de façon aussi tranchée. Chacun cherche des choses différentes dans la musique. Je n'émets jamais d'échelle de valeurs ou de jugement par rapport à mes goûts. Il y a des choses qui ne me touchent pas mais que j'admire, comme dans le classique. L'inverse est aussi possible. Comme quand j'écoute la énième pompe de DILLINGER ESCAPE PLAN ou de CANNIBAL CORPSE.
Les seuls groupes dont on peut objectivement dire que c'est de la merde sont ceux qui font mal leur boulot. Il y a aussi des trucs très bien faits mais qui sont de la soupe prédigérée. Les deux me saoulent tout autant mais le reste... L'intellectualisation dont tu parles, c'est notre propre vision. Encore une fois, on fait de la musique pour nous. On se fout du jugement des autres. Nous ne ferons pas de sacrifices pour satisfaire d'autres personnes que nous. Notre musique n'est pas grand public. On est conscient qu'elle est difficile d'approche, alors oui c'est forcément élitiste. Je déteste ce mot bourgeois en fait. Tout le monde a les mêmes capacités, à chacun de faire l'effort ou pas...
En ce moment, on voit que la guerre à l'intellectualisation gagne tous les milieux. Déjà le mot "intellectuel" est stupide. Comme si une frange élue de la population avait le pouvoir de la réflexion... C'est une question de travail et de curiosité, pas de capacités. On tire les gens vers le bas, comme si c'était à la mode d'être stupide.
Alors oui, avec COMITY, on revendique notre manque de spontanéité. Je ne vois pas pourquoi la musique devrait être spontanée ou même efficace. On se fout des clichés, on n'a pas les tables de la loi métal tatouées sur nos peaux. Il faut être un génie pour faire un truc énorme de façon spontanée. De nos jours, je n'en connais pas... Sur scène, c'est autre chose. Là, tu fais vivre tes morceaux, et grâce au travail en amont ça devient forcément spontané. Ce sont deux approches différentes. En studio, là tu touches à l'intime, au personnel. En live, tu t'abandonnes complètement. C'est une opportunité que les gens te donnent d'être libre.


VS : Ce qui revient à dire que vous vous sentez libres en concert mais pas exactement en studio.
Thomas : C'est vrai que le studio en soit n'est pas ce qu'il y a de plus excitant, alors on essaie d'y mettre une petite part de création en rajoutant des instruments, en travaillant les ambiances, etc... Le studio, c'est d'abord le stress de ne pouvoir mettre sur galette ce que tu as dans la tête. Mais c'est aussi le plaisir futur de concrétiser ton travail. C'est clair que c'est par la scène que tu lui donnes la vie. Tu vois, comme je te le disais, sur cd tu ressens les choses de façon plus intime. La musique ne s'adresse qu'à la personne qui l'écoute. Après, dans le groupe, je sais qu'on n'écoute pas vraiment nos disques pour le plaisir. Tu n'y vois que le côté travail...
Je pense aussi en effet que notre façon de faire de la musique pourrait nous conduire dans une impasse. Mais le jour où on se sentira bloqué, on arrêtera sans regret. On passera à autre chose ou on tournera jusqu'à ce que les gens en aient marre. Mais on a encore beaucoup de chemin à parcourir, ne serait-ce que pour maîtriser les critères les plus simples de la musique, alors on a le temps...


VS : En tout cas, c’est tout le mal que je vous souhaite…
Pourquoi utiliser, sur votre site, une écriture en braille pour un interphase uniquement visuel ? N’est-ce pas paradoxal ? L’esthétisme, qu’il soit scénique ou non semble avoir une grande im

Thomas : Oui l'esthétisme revêt forcément une grande importance, puisqu'il sert/fait comprendre la musique, la met en valeur et en explique les symboles. On travaille beaucoup le sens des images au-delà de l'idée que l'on se fait de la beauté d'un point de vue personnel. En gros, dans notre idée, il faut que tous les éléments visuels expliquent et mettent en avant les idées et les émotions misent en avant dans la musique. Par exemple, sur l'album, on oppose le cardiogramme, l'intime conviction à l'infini et à l'abstrait. Le non-control que l'on peut avoir ou ressentir à propos de la vie, au niveau intime et de l'humanité. C'est une idée de dieu et de son refus...
On peut le prendre comme une descente aux enfers empiriques vers la lumière qu'on ne trouvera jamais (ouaouh, ça fait très métal gothique ça !).
C'est aussi une métaphore sur la forme de notre musique, un riff, une idée en entraîne une autre et ainsi de suite. C'est un peu comme essayer d'atteindre l'horizon... d'où l'idée de la mer et la phrase qui fait le lien au début du disque: "the horizon leads to the horizon... fucking atoms".
Pour le braille sur le site, il y a un double sens. La lutte contre la musique passive, l'aveuglement qui peut rejoindre la pochette et aussi un coté second degré, genre c'est le premier site Internet pour aveugles... J'espère que les ligues de nazis ne vont pas nous tomber dessus...
Par contre en live, on n'a aucun visuel pour l'instant, c'est très peu travaillé, très spontané. On aimerait bien développer des visuels ou un jeu de lumières spécifique, pour créer une ambiance, compléter la musique, mais en évitant de tomber dans le côté spectacle qui nous insupporte... Il y a une contradiction sur laquelle il faut réfléchir un minimum, donc ce ne sera pas pour tout de suite.


VS : A mon sens, des projections en fond de scène, comme le font certains groupes progressifs, additionnée d’un jeu de lumières en conséquence seraient du meilleur effet. Enfin moi je dis ça…
Thomas : Pour ce qui est du visuel je pense que de toutes façons on y travaillera tôt ou tard parce que ça fait bien 3 ans qu'on en parle entre nous.
Par rapport à la façon dont je conçois ma vie, je ne pense pas être différent du reste des êtres humains. Je me pose des questions, je cherche les réponses et j'essaie de tenir les lignes de conduite que m'apportent ces réponses. C'est pour cela que je lis beaucoup de philosophie. C'est parce que des types bien plus intelligents que moi ont pensé le monde bien avant moi, et de façon beaucoup plus certaine. Très souvent, un sentiment abstrait que j'éprouve se matérialise en idées concrètes et claires par le biais de ces auteurs. Cela me fascine. Le but de toutes façons pour chacun d'entre nous est de vivre sa vie le mieux possible. Prendre du recul grâce à la lecture apporte beaucoup de choses positives, comme perdre ses illusions sur la vie... Prendre les choses simplement puisque le bonheur n'existe pas, ne pas chercher le but de sa vie puisque la vie n'a pas de sens... etc. Ca a l'air négatif comme ça mais c'est ainsi que je ressens les choses et d'autres m'ont expliqué pourquoi, et pourquoi ce n'est pas forcément négatif.
Après, je parle en mon nom uniquement, je sais que tout le monde dans COMITY ne partage pas mes idées de manière générale, nous n'avons pas tous recours à la "philosophie" pour gérer nos vies mais pour moi c'est un besoin vital. Ce qui est sûr par contre c'est qu'au niveau musical nous réfléchissons tous dans ce sens là, parce que nous pensons qu'il est important de penser la musique afin de ne pas faire d'erreur, tout simplement de comprendre nos envies et de devenir meilleurs en cela.
Je sais que souvent on nous taxe de groupe intello. Justement pour ça. On s'en fout parce que les gens qui nous connaissent savent que l'on sait être très très con. On ne se résume sûrement pas à ce genre de choses. Et puis c'est un peu désolant que dans la bouche des gens "intello" soit limite une insulte, comme si réfléchir était un défaut ou un danger pour ton voisin...


VS : Ta playlist actuelle
Thomas : Trop de choses... depuis ce matin: PHANTOMSMASHER, MELT BANANA,
AT THE DRIVE IN, PROSTHETICUNT, TARENTULA'S HAWK, MENOLI, THE HANDS ARE SNAKEe, entombed et là tout de suite AMON TOBIN


VS : Ton commentaire final… Si tu as encore quelque chose à dire, c’est le moment ou jamais…
Thomas : ben, déjà merci à toi pour cette interview, pour le temps que tu nous as consacrés et pour la date avec CONVERGE grâce, notamment, à VS prod. Je laisse juste 2, 3 mots sur notre actu : on ressort donc en septembre une ré-édition de l'album, agrémentée d'un nouvel e.p, le tout sur united-edge records aux Etats-Unis. Le disque sera forcément trouvable en France (du moins on l'espère), et voici nos prochaines dates à ma connaissance:

09-04-2004 : (BE) BRUXELLES @ Magasin 4

10-04-2004 : (FR) BETHUNE @ théatre de poche (keelhaul,YEAAAH)

07-05-2004 : (FR) CLERMONT @ Irae Festival
(ndlr : on est un peu à la bourre sur ce coup là désolé!)

Voilà, j'espère que les gens qui auront le courage de lire cette interview ne s'ennuieront pas trop et ne nous jugeront pas sur trois conneries. COMITY ne se résume pas forcément à ça. Merci à vous et à bientôt sur la route!




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