Alex - ALEX - DEADLIGHT ENTERTAINEMENT par VSGREG - 4262 lectures
On continue dans notre série d'interview de label managers récents qui se sont lancés en plein crise du disque avec aujourd'hui Alex !



Peux-tu te présenter aux lecteurs et notamment ton parcours musical de la découverte des musiques saturés aux groupes que tu écoutes aujourd'hui ?
Compadres, il nous faut à tout prix écraser les combattants de la liberté avant la saison des pluies ! Et rappelez-vous : il y aura un bel âne tout neuf pour quiconque me ramènera la tête du Colonel Montoya !
Pardon, je me suis trompé de discours.
Alex né Alexandre, à Foix en Ariège il y a 33 ans. J’ai été confronté très tôt à la musique, plus ou moins saturée. Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre, celui où la découverte de musique non populaire se faisait par un proche et non par Youtube ou Facebook. Mon oncle et mon cousin étaient branchés par des trucs comme ACDC, Maiden, Marillion (mon cousin avait d’ailleurs l’affiche géante de « Script from a Jester’s Tears », le genre de visuel qui te scotche l’œil) etc. Quand Terminator 2 est sorti en 92, il était difficile de passer à côté du clip « You Could be Mine » des Guns et ce fut un gros coup de cœur pour quelques copains et moi et on a décidé de s’intéresser à ça. Puis le collège, de nouvelles rencontres, de nouvelles découvertes. A partir de là ce fut l’escalade, premiers concerts, puis j’ai commencé à pratiquer un instrument à 15 ans et j’ai fini par jouer comme guitariste dans le groupe Fornication de 2000 à 2002.


Comment est né l'idée de créer le label Deadlight ?
Fin 2006, un ami a décidé de monter un label et m’a demandé de l’aider. Le label s’appelait Plague Within Records et a duré une grosse année durant laquelle on a sorti les albums de Joe Frustration (projet solo du chanteur de Tears of Frustration, hardcore du New Jersey) et Advocated Apocalypse, one man band d’indus martial de mon patelin.
J’ai décidé de quitter le navire au bout d’un an car je n’étais plus sur la même longueur d’onde que mon partenaire. Mais avant ça j’avais proposé au groupe toulousain South Impact de leur sortir leur album. Ça sonnait comme une promesse et j’ai voulu la tenir. Du coup j’ai dû sortir quelque chose comme « je monte mon label pour sortir votre album, ensuite je verrai bien ce qui m’arrivera »


Quelles ont été tes motivations et objectifs lorsque tu t'es décidé de lancer ce label ?
Outre la raison citée précédemment, j’ai posé d’emblée les bases du label : sortir des disques et artistes de qualité, en mettant à l’honneur les bonnes relations humaines. Deadlight a toujours été voué à être de l’artisanat et les contacts et échanges se doivent d’être d’excellente qualité et primordiaux. Franchement, je me vois mal produire l’album d’un groupe avec qui je ne m’entends pas humainement. Après je dois avouer être un vrai passionné de musique et du format physique en particulier. Ça peut sembler évident de lire ça dans l’interview d’un gars qui gère un label mais c’est essentiel de partir de ce principe. Tu ne peux tout simplement pas te lancer dans une telle aventure si tu n’aimes pas la musique ni acheter des disques. Ça peut sembler brutal, mais vendre des disques alors qu’on en n’achète pas, c’est être un vrai fils de pute. Ça sonne comme « la musique c’est gratuit aujourd’hui mais y’a encore des crétins pour y passer des sous et je vais m’en faire sur leur dos ».



D'une simple idée à la sortie d'un premier opus il y a un long chemin, quelles sont les étapes que tu as du suivre et les difficultés auxquelles tu as fait face ?
Le nom je l’avais en tête depuis 98, quand Gehenna a sorti son album « Adimiron Black » où figurait le single « Deadlights ». C’était à l’époque de mon premier groupe et j’avais tellement aimé le nom que je voulais que le groupe se nomme ainsi. Ca ne s’est pas fait du coup j’ai gardé le nom dans un coin de ma tête.
Pour faire naitre ce projet, il m’a fallu outre, rassembler la somme pour payer le pressage, apprendre sur le tas, faire face à pas mal d’obstacles, notamment faire mes preuves en tenant compte du fait que j’ai été dès le départ géographiquement isolé (et je le suis toujours) et que pour aller chercher et convaincre des artistes il a fallu que je bosse. De plus, j’avais très peu de contacts avec des artistes et des groupes étant donné que je n’avais plus de réelle activité musicale depuis des années.


Le fait de se lancer dans un marché qui est en plein crise depuis des années n'a pas freiné ta motivation ? Aujourd'hui qu'en est-il des résultats des ventes et de la rentabilité de ton travail ?
Quelques fois et avec le recul, je me demande ce qui m’a pris de vouloir me lancer dans une initiative qu’on peut qualifier de suicidaire. Il n’est pas rare de lire dans des interviews de gérants de labels que si on leur avait dit qu’un jour on volerait la musique et qu’on trouverait ça normal, ils auraient surement fait autre chose.
A l’époque je ne me rendais pas bien compte de l’état catastrophique du monde de la musique et je pensais aussi que les musiciens avaient une attitude respectueuse. Mais ce n’est pas toujours le cas. Tu signes un groupe et les mecs t’acclament comme un sauveur, limite ils te veulent comme le parrain de leur enfant mais si leur groupe marche pas c’est de ta faute.
Aujourd’hui ça va. Je n’ai plus à me plaindre coté relations et ventes. Les groupes avec lesquels je travaille jouent le jeu et je ne travaille plus avec des emmerdeurs. Et ça c’est un réel soulagement.
Et où le marché de la musique physique est en crise et ce n’est pas ce « grand retour » du vinyle dont on nous rabat les feuilles qui inversera la tendance. En règle générale et au-delà de la musique, la tendance actuelle est au vintage. On a des supers appareils photo aujourd’hui mais pour que ça fasse bien il faut les publier sur Instagram avec un filtre polaroid (je pense que nos parents auraient rêvé d’avoir d’aussi belles photos qu’on peut en faire aujourd’hui sans trop s’ennuyer). Attention, c’est très cool de voir qu’on refait du vinyle. Perso, j’en ai sorti très peu et en comparaison avec ma collection de CDs, j’en possède assez peu également. J’aime ce support pour la mise en valeur des artworks, pas forcément pour le son car je ne me sens pas assez affuté des oreilles pour constater ça (mon chat devrait en parler mieux que ça. Il a des oreilles très grandes : on y perdrait ses clés). Par ailleurs, c’est « amusant » d’entendre aujourd’hui « je ne jure que par le vinyle car le son est mortel, le support aussi et ça vaut son prix élevé » alors qu’il y a 10 ans on entendait « rien à foutre de payer de la musique on peut l’avoir gratoche, rien à foutre de pas avoir de support et un son un peu moins bon ». Souvent les mêmes.


Je suppose que tu es sollicité par pas mal de formations, quels sont les éléments qui font que tu vas t'intéresser de près à un groupe au point d'envisager une signature ?
Il y a un minimum de 200 groupes par an qui nous écrivent (je dis « nous » car même si je suis seul à gérer le label, j’englobe les artistes. Et puis nous aimons).
Je marche au coup de cœur en fait. Il faut que ça soit un tout : la musique, le concept, l’esprit. Même le nom en fait. Pour parler de noms, un jour je remarquais dans le lot de requêtes un nom particulier et je me suis dit "C'est quoi ce nom bizarre et à rallonge LOS DISIDENTES DEL SUCIO MOTEL???". Quelques moi après on me parlait de FLASHFALCON et je me disais "avec un tel nom, ça peut être qu'extra". Et plus récemment, mon ex comparse dans FORNICATION me sortait "je monte un nouveau groupe, ça s'appelle WITCHTHROAT SERPENT" et j'ai là aussi trouvé le nom génial. Comme quoi.




Tu partages de temps en temps sur Facebook des extraits d'échanges que tu as avec certains groupes qui cherche une signature. Quelles sont les anecdotes les plus farfelues ou amusantes que tu as à l'esprit ?
Malheur, il y en aurait tellement ! Pèle mêle
« il faut que tu nous voies sur scène on démonte tout. Alors organises nous un concert par chez toi comme ça tu pourras nous voir »
« salut on aimerait signer sur Deadlight Records (sic). On a un EP à sortir mais on veut pas le sortir en format physique. Du coup, on s’arrange comment ? On aimerait plus de visibilité «
« Notre album vient de sortir sur tel label, on a eu telles chroniques. On aimerait signer chez vous. »


Mais je prends toujours le temps de lire, écouter et répondre. Même si les démarches sont souvent du copié-collé c’est la moindre des politesses que de répondre, même de manière négative. Bien entendu ça m’est arrivé d’envoyer balader des groupes car tout le monde n’accepte pas de se faire recaler et ne sait pas garder son tact.

Il y a comme toi quelques labels récents qui émergent encore ces dernières années, résistants face à la loi du marché ! As-tu des liens avec d'autres labels ou label managers français ?
Ce constat est exact et il est enthousiasmant ! Nous aimons ! Il faut continuer à faire de la musique et à la faire vivre, que ça soit par des labels mais aussi par des webzines, fanzines, radios, vpc etc.
Au niveau français j’ai de bons rapports avec les gars de Neverdead, Drakkar, Kicking, Throatruiner, Apathia, M&O Music, Osmose, Trendkill, Hell Prod


Parlons de tes sorties, quel album es-tu le plus fier d'avoir sorti via Deadlight ?
Il y a beaucoup de sorties et artistes dont je suis fier et ce pour une raison propre à chacune. South Impact car c’est par eux que ça a commencé, Primal Age car c’était un sacré nom dans la scène française (d'ailleurs on est toujours ensemble), Los Disidentes del Sucio Motel car ils ont eu une chouette évolution, Witchthroat Serpent pour la même raison, Peter Dolving/ Iamfire car Peter était une de mes principales influences lors de mes dernières pérégrinations musicales avant de commencer le label et le premier THE HAUNTED m'avait plu lors de sa sortie. J'avais découvert le groupe sur un sampler hard n heavy en septembre 98 avec leur titre "hate song". C’est aussi gratifiant de sortir un artiste avec un background solide, une reconnaissance bien établie que de dénicher un groupe méconnu et le faire évoluer. Et parfois, c’est le groupe méconnu qui surclasse le groupe plus connu.
Et à contrario, il y a des sorties et collaborations dont je me serai bien passé. Mais si je dois être fier de quelque chose en particulier, c’est d’avoir créé un label, l’avoir fait durer et ce à une période extrêmement difficile. Encore plus en étant dans un endroit qui est de loin le pire endroit pour monter un label de rock/ metal. Et en y restant. Par choix. Je suis trop habitué à aller rendre visite à ma grand-mère plusieurs fois par semaine. D’ailleurs ce qui est amusant, c’est que quand j’étais ado j’avais été m’acheter un Hard n Heavy et dedans il y avait une liste de VPC de t-shirts et dans le lot il y avait le t-shirt de MERAUDER « Master Killer » et ça m’avait intrigué. Aujourd’hui je refais le même trajet vers mon marchand de journaux sauf que j’ai signé MERAUDER. Marrant.



Quelle est la plus belle rencontre que tu as fait depuis que tu as lancé Deadlight ?
Là aussi il y en tellement ! Encore une fois , les membres de LDDSM qui sont devenus de vrais amis, que j'ai reçu chez moi à plusieurs reprises (j'ai même eu droit à une interprétation de l'énigme du père Fourras de leur part dans mon salon), Didier de Primal Age qui est une personne adorable et intègre, Peter Dolving pour les raisons citées au-dessus, Paco ex chanteur de Flashfalcon, Brian Haught le chanteur de Synical une personne formidable, Ricktor Ravensbruck de The Electric Hellfire Club/ Wolfpack 44, les membres de V13 dont le passage chez moi fut mémorable, les gars de Confronto qui m’ont étonné par leur réactivité, leur reconnaissance, leur gentillesse, Matthew le fils de Charles Manson qui m'a pas mal conseillé lorsque j'ai eu des problèmes de santé, Crass de Crusher, Max de Mercyless
Et outre les musiciens, il y a ceux qui gravitent autour ! Ton Seb on Fire est un homme cossu ! La musique renferme tellement d’activités diverses qu’on y rencontre des gens incroyables. Ou pas. Mais j'en oublie certainement beaucoup!
Et au même titre que les bonnes rencontres, il y en a des moins bonnes. Sans compter ceux qui sont toujours là autour de toi en attendant qu’un truc leur tombe dans la gueule. J’en ai récemment fait l’expérience quand je me suis mis à rechercher une ou deux personnes pour m’aider en festival derrière mon stand. Y’a toujours des gens qui se disent prêts à t’aider mais qui une fois la mission dans les mains ne font rien. Sauf se faire passer pour un membre permanent du label dans leurs cercles d’amis ou devant leur nana.


Si tu cherches dans ton histoire personnelle vis à vis de ton cheminement musical, quels sont les disques qui ont fait celui que tu es aujourd'hui ?
Sans ordre particulier
Social Distortion « white light white heat white thrash »
Slayer « decade of aggression »
Hole “live through this”
Pantera “the great southern trendkill”
Darkthrone “a blaze in the northern sky”
Nordic Metal “a tribute to Euronymous”
Guns N’Roses “appetite for destruction”
Marduk "Nightwing"
Marilyn Manson “Antichrist Superstar”

Encore merci à toi pour cette opportunité de m’exprimer dans tes nobles pages et ton investissement dans la contribution à faire vivre les scènes et artistes que nous aimons.
Et n’hésitez pas à passer nous dire bonjour si vous croisez notre stand en fest. D’ailleurs, on sera au Hellfest!
Auteur
Commentaire
Ju
IP:171.18.2.101
Invité
Posté le: 17/06/2015 à 13h36 - (1674)
Cool! J'espère que vous en avez d'autres en stock, elles sont chouettes ces itw de boss de Labels!

Dimecahg
IP:95.141.97.226
Invité
Posté le: 19/06/2015 à 14h15 - (1676)
Bonne ligne de conduite ce Monsieur! « la musique c’est gratuit aujourd’hui mais y’a encore des crétins pour y passer des sous et je vais m’en faire sur leur dos »
Priceless.

Stormbringer
Membre enregistré
Posté le: 19/06/2015 à 18h10 - (1677)
@Dimecahg: tu serais pas politicien toi à citer des passages sans le contexte ?
Bon esprit...

cherokkee
Membre enregistré
Posté le: 24/06/2015 à 15h19 - (1680)
Sympa le principe de ces interviews, j'avoue que je ne connais pas tous ces labels.

Putain, je me reconnais tellement dans les références musicales du monsieur...



Moshimosher
Membre enregistré
Posté le: 28/06/2015 à 20h58 - (1682)
Fort sympathique comme interview... :)



BLEU NEVERDEAD
IP:90.37.37.106
Invité
Posté le: 16/07/2015 à 00h12 - (1722)
Nous Aimons.

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