Léon, Sparda, Lazareth, Valdombre - ANTIQ RECORDS par PAMALACH - 3631 lectures
Passionné et passionnant, Léon d'Antiq n'a esquivé aucune question et nous a gratifié d'une interview riche et authentique.


Salut Léon ! Avant de nous faire l'historique du label, est-ce que tu peux nous dire comment tu présenterais "Antiq" à un néophyte ?
Salut à VS & à ses lecteurs !

ANTIQ est un label qui existe depuis 2009, spécialisé dans les musiques à images fortes. Les groupes que nous sortons ont un concept bien marqué, et cela se ressent à la fois dans la musique, l'imagerie et les illustrations. A la tête d'ANTIQ il y a deux personnes, mais je peux aussi dire que dans ANTIQ il y a les membres de plusieurs groupes qui gravitent autour ou dans le label. Les concepts que les groupes d'ANTIQ abordent sont proches de l'histoire, des sciences occultes et des religions, et généralement essaient de retranscrire et convertir ces atmosphères et concepts en musique.
ANTIQ s'attache principalement à créer de beaux objets, de belles pièces, dont nous aurons encore la fierté d'ici plusieurs années. Que les premiers clients qui ont le « ECHAFAUD-Ballades de Pendus » sur papier bleu (brouillon d'examens de Saumur) enlèvent la jaquette du boitier DVD et regardent au revers. Et ce n'était que le premier CD d'ANTIQ…
Formats audio, longueurs, concepts et styles : aucune limite n'existe tant que le concept peut faire frémir les auditeurs ou l'équipe d'ANTIQ.

Il y a aussi une distribution, où des groupes de l'Underground du monde entier sont représentés et continuent d'affluer. Parfois de l'ambient, du porn-grind, des groupes de ritual ambient complètement obscurs venus de Russie… du black, du death, du stoner, du doom, en tous genres. En CD, en K7, mais aussi en vinyle, et même en tee-shirts.
Le label ANTIQ est présent cette année au HELLFEST, comme les années passées, n'hésitez pas à passer nous voir. Le Hellfest est une belle manifestation du fourmillement musical actuel, et la présence d'Antiq au HellfestMarket est bien la preuve de l'enracinement UnderGround du festival pour ceux qui crient à la trahison.


Parlons un peu de l'histoire d'Antiq. Est-ce que tu peux nous expliquer la genèse du label ? Comment t'est venu l'idée de te lancer dans un projet de la sorte et comment s'est passé le contact avec les premiers artistes ?
En fait nous étions trois. Nous venions de terminer l'enregistrement de Hanternoz-Linceuls d'Ecume et nous n'étions même pas encore au stade de se demander comment nous pourrions le promouvoir. En Allemagne, d'où je revenais à l'époque tout juste, j'avais exercé un prosélytisme metal assez culotté, puisque j'avais essayé de promouvoir deux ou trois démos (Hanternoz et autre chose je crois) depuis le jour où j'étais arrivé. Donc nous ne nous posions même pas la question, mais j'avais cette envie de posséder en grande quantité les objets, de les faire passer, de les transmettre, comme les pièces d'un savoir rare et ancien.
Et puis nous étions trois ayant joué sur ce disque d'HANTERNOZ, et nous avions des projets à côté en plus, et chacun de nous savait qu'il aurait besoin d'une structure de confiance. Et puis… nos projets étaient similaires par l'imagerie profonde et mystérieuse qui s'en détachait.
Alors tout naturellement nous avons fait ce que fait tout bon alchimiste. Nous avons transmuté les idées en matière. C'était une évidence : nous avions moins envie de nous distribuer que le besoin de nous répandre. Et faire passer ça par d'autres labels / personnes, ça serait « contenir » le flot qui nous submerge. Et immédiatement ont afflué les productions d'ANTIQ.

Un label est normalement dès sa première sortie submergé de demandes de groupes en tout genre. Nous avons mis du temps à recevoir ce type de demandes car dans un premier temps c'est nos propres idées qui débordaient d'ANTIQ.
Il n'y a donc pas eu vraiment d'idée initiale, une nécessité plutôt… tous ces projets si différents mais si évidents une fois qu'ils sont mis côte à côte. Il n'y a pas vraiment eu de premiers groupes, juste des projets qui nous touchaient tous les trois ou qui s'étendait à une de nos connaissances dans le cadre de La Chambre Ardente (qui n'était pas satisfait de son premier label).
Et puis l'un de nous a dû partir, mais il continue à collaborer étroitement, apportant chacune de ses précieuses idées, de ses conseils.


Est-ce que l'araignée et la police du "A" du logo ont une signification particulière pour toi ?
Pour ANTIQ, oui… qu'est-ce qui ressemble plus à une araignée qu'un A... au bout d'un fil, elle tend les pattes en avant. Prête à fondre sur sa proie. C'est étonnant que ravir s'emploie tant pour désigner l'action d'une musique sur l'auditeur ravi que pour désigner une action de prédation. Ou même la prise de force d'une femelle par un mâle. De là vient le terme héraldique « rampant » (du latin rapere, « enlever, violer, arracher »).
Une araignée rampante donc, au sens « en chasse » et au sens de sa reptation, qui n'est pas du tout lâche ou peureuse, mais prudente et distinguée. L'araignée ne court pas, elle galope.

Donc, à l'image Louis XI, maître de Saint Michel et magicien du savoir de percer les cœurs humains, l'araignée d'ANTIQ sonde les fils de sa tanière et tisse chaque jour. Elle est discrète, elle travaille beaucoup, elle a plusieurs yeux. C'est bien plus qu'une marque et son logo, c'est une entité et son blason. Pour nous ça a une signification aussi… c'est ce qu'on a vu mûrir, grandir, évoluer. Oui, ça a une signification.


Histoire de te situer un peu musicalement, est-ce que tu peux nous raconter comment tu en es venu en écouter du metal et comment ta passion pour le style a évolué avec les années ?
Mon intérêt pour la musique a bien évolué depuis la fondation du label, on peut le dire. Notamment à partir du moment où on a ouvert la distro. Bizarrement, les candidatures de groupes sur le label n'ont pas tellement influencé mes goûts, vois-tu. Par contre, je suis plus sélectif, je sais immédiatement en quelques écoutes (voire à la première dans bien des cas) si je vais aimer ou pas.
Et puis, je me suis beaucoup plus ouvert aux musiques ambient ou raw black vraiment bruitiste.
Mais j'ai fait tellement de bonnes découvertes. J'en ai parlé aux clients, très souvent, et beaucoup ont été marqués par certaines références. Je suis heureux si certains ont pu se procurer ce qu'ils recherchaient, et encore plus s'ils ont pu faire des découvertes. Rien ne me fait plus plaisir que quand on vient me voir pour me reparler d'un album que j'ai conseillé/produit. Cela efface toutes les contrariétés qui peuvent apparaître quand on se consacre à un label.

Je ne sais pas vraiment comment j'ai commencé à en écouter. Ça a été au début, du plus loin que je me souvienne dans mon enfance, peut-être 5 ans, un sentiment de morbidité, ou de noirceur. Je ne sais pas si le fait que je m'étende là-dessus est si important, mais disons que je me sentais pas proche de tout ce qui était « mortuaire », mais lui appartenant. Je passais vraiment des heures devant la grille d'une chapelle funéraire à observer l'autel et les sculptures de crânes ailés… je croyais qu'ils étaient réels. Ça m'effrayait et j'y retournais, à chaque récréation dans le square. Des heures passées à tenir la grille et appuyer mon front contre le fer, en scrutant le tombeau vide.
Les autres enfants jouaient, et moi j'attendais que la Mort elle-même me parle.


Sparda :

Personnellement, j'ai découvert le metal au début des années 2000, à l'orée de l'adolescence. J'ai d'abord été séduit par sa violence, mais au fil des années, j'ai trouvé que beaucoup de choses tournaient en rond, et j'ai été un peu lassé par la vacuité des thèmes lyriques de la plupart des groupes. Puis je me suis ouvert à d'autres styles, et me suis trouvé notamment une passion pour la musique et les instruments traditionnels, musique que j'adore aujourd'hui hybrider avec le metal ou l'ambient.


Tu me disais une fois que Antiq est comme obsédé par le temps qui passe. Comment cette "angoisse" propre à chacun de nous prend sens dans ton travail avec le label ?
Léon :Obsédés, ou conscients, oui… nous faisons beaucoup d'allusions au temps. Un label est fatalement soumis à la pression de faire les choses « en temps », de ne pas perdre de temps, etc… Nous l'avons finalement assumé pour le faire entrer dans le concept même du label.
Regarde comme le Temps est joueur : jamais je n'aurais imaginé que certaines choses prendraient si peu de temps, et d'autres seraient si longues. Ce qui nous caractérise, c'est qu'on travaille avec le temps. Ce n'est pas un ennemi, c'est notre allié. Comme celui des com'. Le temps nous a accordé d'avoir raison sur beaucoup de nos productions : nous ne nous en sommes pas remis à de vagues notions d'économie, de gestion… Nous nous en sommes remis à la seule réalité : le Temps. Et en lui faisant confiance, il nous a donné raison sur plusieurs points, que tu cites, YeleSolma, Cathédrale de Glace, Hanternoz, Ê, La Chambre Ardente.
Dans certaines anciennes news sur VS même, des gens reviennent longtemps après pour recommenter. Comment ne pas imaginer que le sablier a mis la main sur toutes les choses que nous avons faites pour les rendre bonnes - ou pires !
ANTIQ, c'est aussi bien la box d'ORDO BLASPHEMUS qui a pris 6 mois de réalisation à Antumnos, que l'album de RÉGIMENT et les 5 ans qui nous séparent des prémices du projet. Et BRAQUEMAARD ? L'enregistrement a déjà 5 ans. Le « Monstres et Merveilles » de Grylle n'a pris que quelques semaines à peine.


Sur les premières prod' du label, une des caractéristiques communes était la production particulièrement crust qui les reliaient les unes aux autres. A partir de "E", les choses ont commencé à évoluer pour en arriver aujourd'hui vers des prod' beaucoup plus travaillées. Tu parlais à l'époque de chrysalide pour définir cette évolution. Est-ce que tu peux nous expliciter un peu ce que tu entendais par là ?
Eh bien, comme un insecte qui connaît plusieurs stades, plusieurs évolutions. Notre son a mué, nous avons pris du temps et de la distance pour faire nos productions. Cela met plus de temps à être réalisé et à sortir, mais le son est meilleur… nous sommes entourés de plus d'acteurs, plus pros.
Derrière chrysalide, je mettais le sens de « maturation », tissage, cocon, et finalement mûrissement, stade plus adulte. J'espère que nous évoluerons encore et encore.
Bien entendu, il y a des périodes de silence où le label ne sort rien… Tout cela est une pensée cohérente, complète, qui agit comme un organisme.
Comme il y a eu des remarques (mais il y en aura toujours, je ne me fais pas d'illusions) sur le son ou les compositions des groupes : je ne SUBIS PAS le son ou la composition des groupes d'ANTIQ. Je l'aime, je la produis et dans le cas de certains projets, c'est moi ou un autre d'Antiq. Vous ne comprenez pas que J'AIME les sorties telles qu'elles sont ??? Elles sont parfaites pour moi, c'est tout, il n'y a rien à y changer. Si vous ne comprenez pas pourquoi j'aime ou je produis ça, allez donc écouter les productions d'autres labels, il y en a des tas. Je ne comprends pas pourquoi certains se croient obligés de vouloir graviter autour d'Antiq alors que clairement ce n'est pas leur musique. Certains lecteurs ont une mentalité très négative de commenter ce qu'ils n'aiment pas, et à terme cela vous fermera à des choses merveilleuses.
Tu te rends compte qu'on m'a sorti « Orphaned Land », groupe à concept oriental qui se ressent dans la musique ? Alors qu'outre Ê que la modestie m'oblige à taire, j'ai produis THEORIA ? C'est un peu comme si je te disais pour l'oriental : « Tu sais, je n'aime pas trop Chemirani ou Jubran, je préfère Faudel ». Et pour le médiévalisant : « je n'aime pas trop Sopor, je préfère OMNIA ».


Comment se passe la "signature" avec un artiste ?
Très simplement en général. Nous n'avons maintenant sur le label que des groupes dont les membres sont des amis proches ou font partie de la sphère étroite du label.
Donc nous sommes au courant très à l'avance de l'album qui va être fait, et c'est tout naturellement que nous commençons à parler de l'objet en lui-même. Par exemple pour Ordo Blasphemus cela fait un moment que nous étions au courant de cette sortie, et comme ils font partie de notre cercle d'amis proches, on a vu le double album prendre forme peu à peu.
Il y a très très peu d'artistes en dehors du label que nous aimerions avoir sur le label. Nous ne sommes pas l'abri de bonnes surprises / découvertes, cela dit.


Vous avez sorti il y quelques années "Bokor" de Yele Solma. A un niveau personnel, c'est une de mes plus grandes claques de ces dernières années. Est-ce que tu es fier d'avoir pu permettre qu'un tel skeud voit le jour ? Est-ce que Lazareth proposera un jour une suite à ce fabuleux projet ?
Lazareth :

« Ifona na katombé nirigo na fo. Liunga koro ysonga no kitunga fo na. Dare mo ni. Surefonga na, no koton ibron na kitibo natou. Jitou no paronga nisso n'ga ni fougo. Bare n'n'a mo. Yele ji Solma gabori hussu borongaboudou. Na fonga no.

Ceci n'est pas une traduction de mon amour pour Yele Solma, juste quelques mots en français. Yele Solma va sûrement proposer un disque, voire vinyle dans le temps prochain. La cigale. Il s'éloigne des idées insulaires dont il avait parlé pour reprendre un périple plus axé sur les mythologies africaines. Le sorgho. Pas de culture propre exactement. Juste une lecture plus large des aspects mystérieux de l'Afrique Équatoriale. Le soleil, sûn, Rhap. Actuel Gabon, Congo, Congo ancien Zaïre et Cameroun. Nous proposerons un sujet conséquent. Actuellement une piste fait l'objet depuis fin 2013 du barreur des eaux. Igna foutou ni songa li. »


Dans les commentaires de "La Chambre Ardente" sur VS, on lit que certains lecteurs sont persuadés que le groupe a avant tout une dimension humoristique. Est-ce tu es au parfum du pot aux roses ou as-tu un autre regard sur tout cela ?
Léon Je ne sais pas… Je ne peux pas vraiment te dire. Je suis aussi étonné et incertain que les lecteurs, que les auditeurs. J'attends la suite mais de ce que je sais, La Chambre Ardente n'est pas près de renoncer à la sainteté de son message. Ça ressemble pas au personnage, en tout cas.
En tout cas, il y a une suite du premier album qui est en préparation, mais je ne peux pas donner de dates exactes.
J'ai demandé par mail une réaction à l'intéressé lui-même sur les dimensions humoristiques de son projet :

Valdombre :

« Hallelujah, Hallelujah, en vérité je vous le dis :

✥ Voici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des sacrificateurs et des Lévites pour lui demander: Qui es-tu?

Il déclara et ne le nia pas, oui il déclara: Je ne suis pas le Christ.

Et ils lui demandèrent: Quoi donc? Es-tu Elie? Et il dit: Je ne le suis pas. Es-tu le prophète? Et il répondit: Non.

Ils lui dirent alors: Qui es-tu? Afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu de toi-même?

Il dit: Je suis la voix de celui qui crie dans le désert. ✥

Alors, suis-je vraiment la Lumière ? Et suis-je là pour faire des grimaces et des gesticulations, et que les visages se tordent du rire et de la plaisanterie ? »


Cathédrale de Glace est aussi un album que j’apprécie beaucoup... mon avis a d'ailleurs évolué sur ce disque par rapport à ce que j'avais écrit sur la chronique. Le voyant à présent sous un jour plus positif, es-tu sensible aux albums qui se révèlent avec le temps ?
Je suis heureux que tu aies fait une bonne découverte et que tu sois revenu positivement à cet album. Moi je l'ai beaucoup écouté après sa sortie, et aujourd'hui encore je l'adore vraiment. Il est vraiment prenant. Plusieurs personnes qui n'écoutent normalement pas de black se le sont procurés et l'ont adoré. Il coule de source, il fond littéralement sur la platine cet enregistrement.
Comme je l'ai adoré dès le début, tu vois je ne peux pas dire qu'il s'est révélé à moi. Mais je vois ce que tu veux décrire et pour moi c'est la même chose. ImpetuousRitual, Shaarimoth, Messe Noire, j'ai dû apprivoiser aussi ces grands noms dans mon esprit.
Dans les productions du label, je me prends à revenir positivement à presque tout, en ce moment, à Chambre Ardente, à Echafaud, aussi.
Pour autant, je ne reste jamais longtemps sur des anciennetés, et comme on m'a pas mal aguiché à propos d'une suite à Cathédrale de Glace, j'attends avec impatience.

Mon collègue et ami Sparda a le même point de vue d'ailleurs :

A l'heure où les gens consomment de la musique comme ils vont au McDo (s'empiffrer de burgers dégueulasses pour les chier tout de suite après), les albums qui se révèlent avec le temps sont le dernier bastion des mélomanes. Il n'y a rien de plus jouissif que d'écouter un Ruins of Beverast pour la 50ème fois et de découvrir une mélodie qui nous avait échappé jusque là… Nous sommes très fiers si certaines de nos productions peuvent procurer ce genre de sentiment.


Au niveau des nouvelles sorties du label, il y a Régiment dont nous avons entendu parler sur VS via plusieurs News. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?
RÉGIMENT est un projet qui a déjà 4 ans, composé de 4 membres issus de formations hexagonales nombreuses : Isarnos joue dans ANUS MUNDI, WORMFOOD, ÖXXÖ XÖÖX, LUGNASAD ; Marc a joué dans AORLHAC et fait partie du line up live de PESTE NOIRE, H. dans HANTERNOZ, Ê et GRYLLE, GdW était dans BORGIA.

Le concept est STRICTEMENT axé sur la guerre de 14-18. C'est un album sur notre perception depuis les anciens papiers de famille et les souvenirs de cette guerre de nos pères. Le groupe ne prétend pas en avoir une connaissance supérieure ni une vision fantasmée. C'est ce que la guerre de 14 évoque par les lettres, les objets anciens, pas ce que la génération présente peut croire qu'elle a été.

La vision de la France est celle d'une patrie, d'une nation, rassemblant toutes ses forces, y compris celles de son empire : tous ses enfants qui se battent, sont égaux et libres.

Musicalement, c'est un black/death parfois vraiment furieux, et parfois sautillant et enjoué, avec d'énormes influences heavy. Quelques interludes permettent de se reposer. Le son est puissant et entièrement mixé et mastérisé par un Allemand ! RÉGIMENT comprend quelques paroles en allemand, et il fallait rendre justice à l'excellent travail de l'ingé-son : Gnarl de VERDUNKELN, qui a travaillé sur RUINS OF BEVERAST et TRUPPENSTURM. Une grande Nation compte de grands Ennemis ! Justice leur soit rendue, car tous ont souffert.


Quelles sont les autres sorties qui vont paraître les mois suivants ?
Eh bien toutes nos sorties paraissent en même temps à vrai dire. Nous voulons nous concentrer sur de belles sorties, de beaux objets. En dehors de Régiment et de son livret de 12 pages, il y a Braquemaard et le patch exclusif offert avec les 100 premiers CD au prix normal. Du death vraiment brutal exécuté à la façon old-school. La box d'Ordo Blasphemus en bois sort également, entièrement travaillée et marquée au fer et vernie par les membres du groupe eux-mêmes, garnie de 2 cassettes imprimée, dispo avec CD et/ou tee shirt. Un vraiment bel objet !
Enfin deux cassettes, une rehearsal de Grylle appelée « Les Nuits sur les Monts » qui sort avec un beau livret dans un étui noir enluminé à la feuille d'or, et une cassette bien belle d'Ashtar, un excellent groupe de black/doomatmospheric venant de Suisse.

A plus long terme :

Courant 2015 ou début 2016 sortira le premier album de « Créatures », le one man band d'horror metal. La musique met en scène les échanges verbaux entre les habitants d'un village au Moyen Âge, terrifiés par d'horribles monstres.

Si vous avez aimé Yele Solma, il y a aussi un nouveau projet solo sur lequel Sparda (du label ANTIQ ) commence à travailler : DORMIN. Il s'agira d'ambient rituel inspiré des musiques mongoles et tibétaines, joué uniquement avec des instruments et percussions traditionnels (pas d'électronique).


Antiq partage un lien fort avec l'Orient. Vous nous aviez fait partager votre périple en Turquie via un petit Road Book paru sur VS, vous avez sorti l'album des Syriens de Theoria et tu es un passionné à la fois des musiques metal du Moyen Orient autant que de la musique traditionnelle. Qu'est-ce que tu trouves de particulier dans la culture metal des pays du Moyen Orient ?
Et oui, tout cela est vrai…
Ils sont plus authentiques. Ils « découvrent » ce que beaucoup ici ne font qu'imiter. Paradoxalement, ils imitent beaucoup les gros groupes connus, mais ils le font avec une dimension de « découverte ». Ils découvrent qu'ils peuvent les imiter.
En Orient, tu as plus de joie, c'est moins une carrière ou une envie d'échapper à la vie d'esclavage de nos latitudes. J'ai préféré voir là-bas un groupe de jeunes mecs jouer 3 fois la même reprise de Slayer, que voir pour la première fois un groupe français jouer ses compos.
L'herbe n'est pas plus verte ailleurs… simplement on préfère le fourrage par ici. Mais nous avons une culture, une histoire… des bibliothèques qui vous sont ouvertes, ou des campagnes, ou des rues mal famées. De l'inspiration. Pourquoi un tel vide ? Pourquoi une telle vacuité ?
Et en Europe, et notamment en France, on se complaît, inlassablement, sempiternellement, à copier et imiter les mêmes horreurs finlandaises sordides. C'est pas du folk metal, ce qui serait le metal du peuple en anglais : au sens propre, Skyclad en tête. C'est du « flock metal », littéralement. Cherchez la définition de flock en anglais.
Et tant d'autres, qui imitent en permanence, ce qui se fait, ce qui s'est fait. ET QUI SONT :

Infatigables, insupportables et parfaitement grotesques, ces bousiers, Sisyphes insectoïdes poussant la petite boule de merde qui leur permettra la reproduction, espérons-le du moins ! Et ils la poussent, ils continuent à porter vers le haut l'essentiel de toute leur existence, le centre de toute leur courte vie sur la scène, la petite boulette de manure qu'ils veulent porter au pinacle des espérances. Sur les grandes pyramides des petites ambitions.


Les musiques extrêmes (et en particulier le Black et le pagan) se basent souvent sur des événements historiques marquants de nos civilisations. Quel sont à ce niveau les groupes qui t'ont le plus impressionné par la profondeur et la richesse de leurs références ?
En dehors du label ? Borgia. Sans conteste pour moi un des groupes français ayant abordé des thèmes lyriques et visuels recherchés et soignés avec une profondeur inégalée. Cette bête trouva la force et l'image de Paris. Là où d'autres groupes sont le château, image évidente, Borgia, c'est aussi la ville, le spectacle de ses souterrains antiques et leurs secrets, ses maisons et hôtels. Dans sa trajectoire de météore, Borgia a réussi le pari de tenir toutes ses promesses : un groupe alchimique en France, qui a changé le metal en or.
Avec une noirceur plus profonde, Anceisural Eritance, le Comte d'Anjou dont le cor résonne toujours. Marbré de noir et de blanc comme le dallage d'un tombeau. Et pourtant si coloré, le nerre sire ne fut jamais tant évoqué.
Dans le label : tous.
Je dois aussi évoquer les classiques Drudkh, Skyforger ; Nagelfar (De), Karl Sanders.
Et le bon Aorlhac, aussi. Alors Borgia serait la Vouivre, Aorlhac le Spadassin, et Anceisural le noir faucon.
Les références historiques sont souvent l'occasion de légitimer un discours ou un autre par le passé. C'est une manière de montrer qu'on a raison de défendre un point de vue ou un autre, ou qu'on n'est pas seul. « Titus Victorieux » de Seigneur Voland, ou Arghoslent, c'est le premier degré de la référence. On ne parlera pas de Marduk et autres, dont les références sont au degré 0, malgré d'excellents morceaux.
Après, d'autres font des références plus cachées et entièrement noyées dans un concept complet créé ex-nihilo, beaucoup plus brumeux, comme Botanist, Darkspace, Trist (De), Enemite.
Certains n'ont tout simplement qu'une image très diffuse, presque astrale : Inquisition, Kthrss…
Et le beau travail, l'œuvre finale, quelque chose comme Ruins of Beverast, avec l'immensité des lectures possibles.
Ce qu'ANTIQ essaye de faire, c'est de mêler le plus habilement possible, les concepts créés et les évènements réels pour donner une atmosphère bien propre à chaque groupe.
Dans cette scène, souvent gangrenée de poseurs, on se cache trop souvent derrière « je fais de la musique avant tout ». En oubliant les thèmes lyriques. L'imagerie est souvent présente, même légèrement, et cela crée déjà une profondeur. Mais alors quand il n'y en a pas... indigence, pauvreté. J'aime quand il y a plusieurs degrés de lecture et que la musique, lecture, peinture, m'apporte quelque chose. Les groupes que j'ai cités plus haut, à différents niveaux, proposent cet anamorphisme musical. Je tourne le poste et j'écoute différentes mélodies. J'ouvre le livret et j'y découvre plusieurs lectures.
Les personnes curieuses du label ANTIQ auraient tort de croire que ce ne sont que des groupes à images. Ce sont aussi des groupes à pensées. Les groupes habitent ces concepts au quotidien, il ne s'agit pas d'un costume à enfiler pour les photos promos.


En plus d'être dans Antiq, tu es aussi musicien. Peux-tu nous parler des groupes dans lequel tu t’investis ?
Eh bien on va en retenir quatre surtout ; disons.
Dans Hanternoz, je compose et je fais la guitare et les instruments anciens. Nous nous apprêtons à enregistrer le nouvel album, je peux dire qu'il sera dense. Nous aimerions suivre cette progression par des petites séquences vidéo, pour montrer notre quotidien. Nous avons eu plusieurs propositions de live assez intéressantes, nous pouvons y réfléchir.
Dans Ê, je compose tout et je fais les instruments anciens aussi. Je me suis donné le temps de faire une pause et j'espère trouver le temps de réaliser une suite à Kherubîm que j'ai adoré faire.
Dans Braquemaard, je fais la basse et les voix. L'album a été long à faire mais nous touchons au but final. C'est un des groupes avec AE dans lequel j'ai le plus aimé joué, avec un aspect punk/death très cradingue. Avec Lazareth, nous réfléchissons activement à une suite, et nous avons même évoqué la possibilité des lives.
Enfin je peux parler de Grylle, où je tiens les rênes et où je fais un certain nombre d'instruments. On sort une cassette en boîte collector dorée à la feuille, un joli objet limité à 36 pour les fans exclusivement. Un recueil de titres enregistrés en montagne avec Aliunde et Lazareth, un live donné devant les chouettes, les grillons et les bêtes des bois. Ambiance ultra vinifiante et dionysiaques hurlements dans l'ivresse des nuits d'été. Je travaille sur le nouvel album également, on devrait enregistrer cet été.


L’appétence d’Antiq pour l’histoire trouve-t-elle un écho dans la religion et/ou la spiritualité ?
Ah bien évidemment. Outre Ê, qui est versé dans l'étude des cultes mésopotamiens, on peut citer Hanternoz, Ordo Blasphemus et La Chambre Ardente.
Hanternoz a une forme de spiritualité bien particulière, puisqu'il s'agit d'un mélange de nombreuses croyances populaires bretonnes et médiévales. On peut d'ailleurs associer la spiritualité d'Hanternoz à celle de Grylle qui est la même puisque c'est moi qui donne la ligne à suivre pour les deux groupes. Ainsi quand je dis « Dieu » je pense au concept de Dieu, qui qu'Il soit : Allah, le Dieu des Chrétiens, les Dieux anciens, Schammash, plusieurs ou un, ou même un anti-Dieu, qui serait une forme de Dieu quand même. Je dirais donc, « Dieu » en général.

Ordo Blasphemus a un développement personnel de la spiritualité et de l'occulte, qui était plus marqué dans les débuts.

Et surtout, La Chambre Ardente. Le groupe a une réelle spiritualité qui a été énormément et longtemps discutée… On retrouve notamment une sorte d'interview et de chronique dans un livre sur le christianisme et le metal, il faudra retrouver le lien. Camion blanc ou noir, c'est possible, je ne sais plus l'éditeur. Je ne sais pas si c'est déjà sorti non plus.

Bien entendu, histoire et spiritualité sont fondamentalement liées. Spiritualité et musique aussi. Pourquoi la musique serait une des premières manifestations de l'art ? Pourquoi la musique serait-elle pratiquée depuis la période néolithique (et les premiers lithophones) ? Tu vois, pour moi la musique est fondamentalement liée au sacré. Que ce soit de l'occulte blasphématoire, du christianisme extrême et emporté, ou la somme de croyances d'une tradition ancienne et païenne, il s'agit d'habiter la musique. Tous les groupes d'ANTIQ, TOUS, ont cette dimension. Croire en la patrie et en l'homme – culte de Mahom ! pour Régiment, honorer les superstitions anciennes dans le Hanternoz de mon paganisme ancestral, rendre hommage aux Dieux de la Mésopotamie, croire en l'homme et en son intelligence pour Theoria…

Tu vois ça en revient à la fin de la réponse 15. Énormément de groupes assez mauvais sortent souvent le côté « on ne croit pas en Dieu ni en Diable ». « On ne croit à rien ». « On croit en nous ». « Nous sommes là pour nier l'existence de Dieu ». « Rien n'existe, Pas de Dieu ni de Satan ». Et bah c'est un beau lot de fumisteries. La musique c'est religieux, c'est tout. Le fait même de quitter son quotidien, sa normalité, pour lancer des notes comme ça, c'est de la hiérophanie. Il n'y a qu'à voir le lien entre la musique et les dieux dans les premières civilisations : tu crois que les flûtistes des fresques égyptiennes, les éromènes séduisant les vieillards au son des flûtes phrygiennes, ne sont que des séducteurs sans atouts autre que leur corps ? Non, ils en appellent aux Dieux. Ils constituent le lien sacré entre le divin impalpable et l'indéfinissable force du désir. La danse en appelle à l'érotisme, mais faire de la musique, c'est en appeler au pouvoir des dieux eux-mêmes.

Et les dieux de la musique ? Musique savante d'Apollon, musique effrayante et sauvage de Pan, le chant sacré d'Inanna (saluons Beherit !), et les mille douceurs des Houris d'Allah. Musique, Muse – de toutes les formes d'art, la musique a pris le nom des déesses même qui l'inspiraient aux hommes… Je dois continuer avec le Moyen âge ? La Tapisserie de l'Apocalypse, qui au plus fort de la destruction du monde par le Dieu des chrétiens, représente des anges… chantant, jouant de l'orgue, de la lyre. La guerre de cent ans ? Jamais la musique de cour bourguignonne ne fut si belle à la fin de cette guerre : Binchois, Busnois, Dufay, Ockeghem. Au même moment, le culte des Saintes explose : Sainte Barbe, la Vierge, Sainte Madeleine, Sainte Jeanne d'Arc, à tous les angles de rue à Tours, Bourges, Orléans.

Et les damnés de l'Enfer, sur le tympan d'Amiens… en file, serrant leurs bras sur le torse : ils chantent comme les anges de Jésus, ils hurlent, ils se lamentent et ils crient, ne les entendez-vous pas chanter les psaumes de Lucifer ?

Un musicien qui fait sa musique gratuitement, il la lance en l'air pour les dieux, ou le Dieu, ou les muses ou même pas pour quelque chose qu'il puisse nommer. Il la lance parce qu'elle veut être lancée et qu'une force incroyable, inexplicable le pousse. Les auditeurs l'attrapent, cette musique, par hasard. C'est collatéral, c'est de la chance, c'est presque non voulu.
Un musicien qui ne croit fondamentalement en rien, « ni Dieu, ni Diable, rien d'autre que ma gueule », il lance sa musique pour quoi, s'il ne croit en aucune force supérieure ? Il la jette à ses fans sa musique. Donc il fait de la musique parce qu'on le lui demande, pas parce qu'il en a envie. Exactement comme les prostituées jouaient de la musique sur commande dans bon nombre de civilisations (où une prostituée de bon niveau était aussi une bonne instrumentiste). Ce musicien nihiliste raccroche la séduction de son art au même phénomène que les prostituées voulant séduire utilisaient. Il se sert de la musique pour avoir des fans, mais il ne sert pas la musique.
Tu veux que je te dise pourquoi je pense que le haut Moyen Âge est aussi appelé « les âges sombres », parfois ? Parce qu'on a gardé peu de traces de la musique qu'on y jouait.
Rien n'est plus beau que la musique, car Dieu se cache derrière.

Arrêtez d'enlever le divin, le diabolique et le spirituel de la musique, vous la videz de sa substance.


Je n'ai pas l'impression qu'Antiq soit très politisé ou obnubilé par le satanisme ou le paganisme. Est-ce que c'est une façon de creuser des sujets un peu inhabituels dans le métal comme par exemple avec Yele Solma et le vaudou ou la Chambre Ardente et son christianisme borderline ?
En effet, même si nous reconnaissons une essence humaine et naturelle dans le phénomène politique, nous en sommes éloignés tant au sens actuel de « politique » qu'au niveau de ses valeurs.
Le paganisme, c'est cette force qu'il y a en chacun d'interpréter à la lueur de son terroir ce en quoi il croyait.
Yele Solma, ou « magie sombre » en moré, porte l'essence des croyances ancestrales et des contes de l'Afrique. Il s'agit de bouche à oreille, de témoignages parfois réels, qu'en sait-on après tout ? On parle parfois de créatures qui auraient traversé les âges, plusieurs âges de la Terre, et dans le continent inexploré, se terrent. Des créatures, à mi-chemin entre la magie et le réel, dont on raconte l'apparition. Ce n'est pas satanique, mais faire appel à des forces sombres qui peuvent, qui veulent faire irruption ici. Entrer dans le corps d'autres créatures, ou prendre des apparences. Quand ANTIQ rééditait « Bokor », j'étais bien dans l'ambiance, j'ai causé de ça avec un Béninois, qui a d'abord pas mal rit de ces « histoires de bonne femme », a-t-il dit. Je lui ai demandé ce que lui, il en pensait. Là il m'a dit : « tu sais… là-bas, mais oui, mais… c'est ce qu'on raconte… tu sais, lààà. Des histoires, là. Parfois ça arrive… ». Et quand j'ai insisté, il m'a simplement raconté que dans le village de sa famille, alors que toute la population était dans l'église, ils ont entendu un bruit sur le toit. Lorsque tout le monde fut rendu dehors, ils se sont rendu compte qu'un homme était « tombé » sur le toit. Alors, il s'agissait, m'a-t-il dit, d'un sorcier qui était tombé du ciel alors qu'il se rendait à une assemblée de sorciers, gêné pendant son vol par le bruit de la messe. Et alors il s'est fait pousser des seins de jeune fille pour prouver qu'il avait des pouvoirs. Et donc, les gens du village l'ont battu et il s'est enfui. Puis la télé locale en a même parlé !

La Chambre Ardente, complètement possédée par le verbe de Dieu, s'élève au plus sacré, livre toute son âme. Il y a finalement assez peu d'informations disponibles hormis celle de l'époque du premier album dont la promo était assurée par le groupe lui-même et un peu par Antiq pour l'édition française. Je pense qu'à l'avenir la promotion de ce groupe se fera entièrement par Antiq.
Là encore, nous ne nous sentons pas particulièrement une envie de sortir de l'ordinaire, mais cela s'impose à nous. Certains s'insurgent parce que c'est différent de la même chose dont ils s'abreuvent inlassablement. Nous ne voulons pas provoquer avec, pas plus que nous ne voulons être un label qui signe tout ce qu'il peut du Tiers Monde pour pouvoir simplement afficher des ramifications exceptionnelles avec le Burkina. Nous faisons ce que fait tout label honnête avec lui-même est forcé de faire : une sélection drastique, et nous signons ce que nous aimons. Et le jour où La Chambre Ardente ou un autre groupe fait une musique qui ne nous emballe pas et ne nous motive pas à miser dessus, ils pourront considérer de se faire signer ailleurs.

Il y avait un jeune Irakien, dans un camp de réfugié au Pakistan, qui faisait de l'ambient très inspiré Légions Noires… très anti-religieux son projet. Ses parents tués devant ses yeux… Le côté survival était bien évidemment curieux. Et puis, las... le concept n'était pas mon truc : la rancœur et l'amertume sont des sentiments très négatifs quand même, et on doit être prudent quand on les traduit dans l'art. Enfin je n'aimais pas trop sa musique. On ne va pas produire un album par pitié ?!? Je n'ai plus de nouvelles de lui.

Je ne suis pas obnubilé par grand-chose, mis à part quelques marottes personnelles, mais j'ai quelques centres d'intérêts. Et surtout, je m'intéresse à ce que me racontent les groupes d'Antiq, quels que soient leurs objectifs, leurs thèmes, ou la manière de les dire.
C'est inhabituel, oui… et c'est aussi original, de fait. Et c'est bien réalisé, car réalisé avec le cœur et l'intention de personnes qui y croient dur comme fer, alors eux ils croient en ça, et nous dans ANTIQ, on croit en eux et en ce qu'on fait.


Nous parlions une fois de l'occulte. Penses-tu que la façon d'évoquer le sujet a changé avec les années ? Un peu comme si le vide spirituel qui caractérise nos sociétés modernes rendaient difficile le fait d aborder des sujets un peu immatériels ?
Je ne pense pas que ça le rende forcément difficile. Nécessaire, oui, en premier lieu. Difficile, pas si on a les bons outils, si on a déjà une connexion à l'immatériel. Oui, sans doute que si on est abreuvé en permanence depuis son plus jeune âge à l'égout de ces « sociétés », c'est difficile. Mais c'est nécessaire. Combien de groupes désirent « renouer » avec le sentiment démiurge, sentiment de musique diabolico-divine que je définissais plus haut… et au final, ils n'aboutissent dans bien des cas, qu'à une pâle copie… et au final, ils aboutissent dans bien des cacas.

Dans les premières années de nombreux sous-genres, il y avait un sentiment de réaction à une éducation, je suppose... donc il y avait une éducation. Prends les groupes norvégiens. Ils étaient de « bonne famille » pour certains, je crois, ils faisaient les rebelles mais ils avaient déjà un éveil à la spiritualité. Donc en le niant, ils l'encourageaient, l'exacerbaient. Ils s'appelleront toujours « Christian », pour certains d'entre eux…
A l'heure du grand vide dans les esprits, dans les cœurs, Satan et ses diables ont autant de soucis à se faire que Dieu. D'autant qu'il a un atout qui peut malgré tout jouer en sa défaveur : il est grotesque. C'est pas grave, hein. Mais ce qui est sa principale force quand tout va bien est aussi sa pire faiblesse. C'est beau de le voir réuni avec Dieu dans le combat qu'ils partagent contre l'indifférence. Quelle place pour l'Ennemi lorsque tout ne sera que platitude, monotone ronron des journées quotidiennes ?

Le troisième larron effrayant, le VIDE. Le grand rien, le néant, venant tout consumer pour laisser dominer l'insignifiance. Créateur d'anti-matière, artisan de la disparition de toutes choses et de lui-même. Puisque, lui, il règne, pourquoi apparaîtrait-il ? Il sera transparent, ne laissant voir que l'horreur des minutes s'étirant longuement. Dieu pourra s'asseoir sur un trottoir quelconque à côté du Diable qui ne se sentira pas vraiment Malin. Il allumera une gitane dérisoire, car il ne lui restera que ça, après en avoir coupé de son ongle sale un bout mesquin pour Lucifer. Plus le cœur à donner, Dieu, même à son Ennemi. Et ils regarderont passer les gens sordides, indifférents, qui jetteront même plus un regard distrait en se disant « tiens, c'est Dieu… ». Dans une ville minable, une réalité nulle à chier pour une fin pitoyable.
Aucun n'aura triomphé : que la futilité, l'instant présent..

ALORS ! Moi aussi je peux écrire des trucs infects de pseudo-réalité lugubre ?!?!§§.
Et ça ferait mouiller certaines chattes de métalleux en manque de récits noirs et sombres ! Tiens, je sais qu'il y en a qui aiment ! Ils aiment bien justifier un quotidien pour l'amélioration duquel ils ne font rien en lisant celui d'un autre. Ceux qui se touchent sur ce nihilisme à deux balles ont tout aussi bien fait de se caler devant les Chtis de la Téléréalité et les Tellement Vrais, et les Anges de la Ferme à New York. Tournez les talons, la beauté du monde n'est pas faite pour vous.

Heureusement, je peux encore être un médiateur, un interprète et un traducteur entre Dieu et le Grotesque dans la bataille qu'ils se livrent. Plus sérieusement : chacun peut l'être. L'occulte et le spirituel vous tendent les bras, car c'est la nature de l'homme de se mettre entre Diable et Dieu pour mesurer l'intensité de leur rivalité.
Trois questions sur la spiritualité, l'occulte -ce qui est caché-, voilà que maintenant je t'ai livré à quel point je pensais le monde habité par des forces incroyables, et à quel point je pensais que l'art, la musique, la peinture, la politique étaient possédées, non, mues, par ce sentiment diffus d'appartenance à quelque chose de plus grand que simplement un corps où transitent les matières de l'Univers. Combien d'atomes de personnes mortes, et d'animaux, et peut-être d'autres êtres incroyables, ont pu être avalés ?


Est-ce qu'à l'heure d'aujourd'hui, Antiq s'épanouit dans la direction que tu espérais au départ ?
Absolument. Je ne troquerais cette situation contre aucune autre au monde. Nous créons notre Histoire, nous tissons le Temps, sereinement.
Je ne dirais pas que j'espérais et que je voyais formellement la situation actuelle, mais je la devinais, je la distinguais vaguement.


Le mot de la fin est pour toi.
Il reste des lecteurs ?
Je crois que j'ai beaucoup parlé. Je suis heureux de cette tribune sur VS et de mes rapports avec l'équipe de VS en général. Merci à toi, Pamalach, merci à VS.
J'ai pu remarquer sur les récentes news d'Antiq qu'il y avait un certain nombre de commentateurs intelligents, positifs et curieux. Je veux leur dire que je lis tous leurs messages avec plaisir, et qu'ils doivent continuer à ne pas avoir peur de défendre ce qui fait tout ou partie d'Antiq, ce qui les intéresse chez nos groupes, etc. Le soutien de ces personnes est la récompense, le fruit des sacrifices que mon collègue Sparda et moi faisons, et un des plus grands plaisirs que nous retirons de notre activité.
Pour les remercier et récompenser les personnes qui suivent Antiq, nous préparons un beau site, qui n'est pas un simple webshop comme la plupart ont, mais un véritable univers, un temple de toutes les raretés et de tous les concepts, avec des articles, des interviews, des chroniques, etc.
Parlez de nous et intéressez d'autres personnes à nos sorties, c'est le meilleur moyen pour que l'Underground vive.
N'oubliez pas de venir nous voir au Hellfest si vous y êtes, faire un petit bonjour, et si vous n'avez pas trop de temps entre les concerts vous pouvez passer commande via l'adresse mail et payer avant ou sur place, et surtout récupérer votre colis directement en évitant les frais de port.


Auteur
Commentaire
GabinEastwood
Membre enregistré
Posté le: 15/06/2015 à 13h00 - (1664)
Excellente interview et très instructive. Du beau boulot Pamalach et longue vie à Antiq Records !

raziel
Membre enregistré
Posté le: 15/06/2015 à 13h17 - (1665)
Ouais bon boulot et itw sympa... qui donne envie du coup de se repencher sur quelques prods !

Lokaeda
Membre enregistré
Posté le: 15/06/2015 à 14h40 - (1666)
Les haters ont fui le Verbe comme les marchands du Temple ont fui Jésus ?

Lokaeda
Membre enregistré
Posté le: 15/06/2015 à 14h53 - (1667)
Les haters ont fui le Verbe comme les marchands du Temple ont fui Jésus ?

Lokaeda
Membre enregistré
Posté le: 15/06/2015 à 14h53 - (1668)
Les haters ont fui le Verbe comme les marchands du Temple ont fui Jésus ?

Moshimosher
Membre enregistré
Posté le: 15/06/2015 à 15h05 - (1669)
Interview intéressante dans l'ensemble, mais parmis les choses dites et qui ne correspondent pas du tout à ma façon de voir, l'une d'elle me pousse à laisser
ce commentaire : je ne pense pas que la musique soit religieuse ! Si l'art musical, pictural... s'est retrouvé tellement imprégné de religion, c'est que celle-ci était (est) au coeur de ces sociétés, obsédaient (obsède) les auteurs (ou les commenditaires) de ces oeuvres... C'est tout ! Si tout ce qu'on te
propose à boire, c'est ta propre pisse, tu la boiras ! Ca ne veut pas dire que tu aimes ton urine ou qu'elle est le fondement de ton être...

Brefs, chez Antiq, il y a des musiques intéressantes, mais, niveau concept, pas sûr d'être toujours client... Et je n'apprécie pas trop le mépris qui s'affiche si souvent... Enfin, c'est mon point de vue...

Et... vive Orphaned Land et Marduk ! ;)

PS : il y a des musiciens qui font de la musique parce qu'ils... aiment bien les enchaînements de notes plus ou moins harmonieux, les rythmes qui leur remuent le corps, etc. C'est pas plus difficile... pas besoin de fans, pas besoin de dieux... :)



Ivan Grozny
Membre enregistré
Posté le: 15/06/2015 à 17h35 - (1670)
Oui excellente interview, cela fait plaisir de lire autant de générosité dans les réponses, que l'on soit en accord ou non avec celles-ci. Le terme « religieux » peut être trompeur, il me semble qu'en rester à la spiritualité (bien comprise) serait plus évocateur. De même que pour la politique d'ailleurs. Pour ma part, il est impossible de distinguer l'un et l'autre, le spirituel et le temporel. Chaque œuvre d'art donne une vision du monde impliquant forcément l'un et l'autre, plus ou moins consciemment et plus ou moins explicitement.

Francis Hallal
IP:213.215.62.138
Invité
Posté le: 16/06/2015 à 14h53 - (1671)
"Tournez les talons, la beauté du monde n'est pas faite pour vous"
Je suis assez d'accord avec Moshimosher sur le coté un peu méprisant affiché, voire même jugeant à mon avis.

Quant à cette idée que la musique est religieuse, ou spirituelle, je ne me retrouve pas là dedans et je n'y retrouve pas non plus les groupes que j'aime, que ce soit en punk ou en métal. Pour moi, ces deux styles particuliers sont nettement plus rattaché au peuple, au social, aux difficultés concrètes de la vie en société. Pour moi, le religieux, le sacré, et peut être même le politique, sont au pire des artifices, au mieux des outils au service un message de fond qui lui est social. Black sabbath par exemple est né en plein flower power et je ne retrouve pas dans les textes un attachement fondamental au satanisme et a tous les artifices associés. Ces gens là, étaient des laissés pour compte qui voulaient s'exprimer. Les textes de Geezer sont clairement rattachés à la religion mais parlent de thèmes généraux comme le bien, le mal etc. Pour moi, il n'y avait pas d'autre concept

En d'autres termes, je n'aime pas moi non plus les groupes vides et à ce titre, j'approuve le terme flock metal qui m'a bien fait marrer, mais je me désinterresse totalement des groupes dont le concept est plus élevé que la zique, les musiciens, et le public auxquels ils s'adressent.

Bonne suite au label quand même !!!

Lokaeda
Membre enregistré
Posté le: 16/06/2015 à 20h08 - (1672)
Il faut voir que le terme religieux est ici entendu au sens de "spirituel", où l'on tend à l'élévation de l'âme, et non pas rattaché à un corps religieux structuré (quel qu'il soit). En somme, le sentiment universel qui a mené les premiers hommes à chanter le divin/atteindre la transe par la musique.

bangala
IP:78.250.137.221
Invité
Posté le: 16/06/2015 à 23h03 - (1673)
bonne interview, très instructive avec beaucoup de références à creuser. le côté "élitiste" ne me dérange pas, bien au contraire, les mecs n'essayent pas de faire plaisir au clampins et leurs groupes ne feront jamais la mainstage des eurockéennes et c'est tant mieux.

Un con
IP:109.19.68.106
Invité
Posté le: 18/06/2015 à 04h34 - (1675)
Bonne ITW, j'ai zapper le bullshit sur l'occulte et l'histoire.
Vu que vous avaient l'air super cultivé, personne s'est rendu compte que les runes de ordo machin graver sur le coffret en bois ne voulais rien dire, que ça soit historiquement ou dans le texte ?
Un peut comme écrire Thor avec le T de TYR.

Aucun album d'Antiq ma vraiment plu (pourtant je te jure j'ai essayer d'aimer le premier Hanternoz, le concept était cool) et je ne vous est jamais rien acheté ni même télécharger, mais je suis vos sortie car c'est toujours cool d'avoir un label français monter par des petits gars venue de nul part et avec une bonne paire de couilles pour faire bouger les choses.

Vs vous fait pas mal de promo donc c'est que la machine doit commencer a bien tourné.

Sinon j'ai un pote il s'en branle de la religion et il ne recherche aucun éveil spirituel ou de bullshit sur l'histoire divine de la musique.
Il joue du funk en impro avec sa sèche car il kiff sa race, pendant que nous on prend l’Apéro.







Antiq
Membre enregistré
Posté le: 22/06/2015 à 22h30 - (1679)
"Vu que vous avaient l'air super cultivé, personne s'est rendu compte que les runes de ordo machin graver sur le coffret en bois ne voulais rien dire, que ça soit historiquement ou dans le texte ? "
En fait, c'est une "rune" ou un logo inventé : les deux "O" de Orgasme Ossuaire. Loin de moi l'idée de donner un cours, mais les runes dites "germaniques" mises à l'honneur dans nombre de groupes sont connues, modifiées et diffusées grâce à un évêque chrétien (ça casse le mythe...wiki=>Wulfila). Réinvention, réappropriation, plus que la simple ré-utilisation de poncifs.
Merci pour les commentaires, ça fait bien plaisir, que vous suiviez le label de près comme de loin, les retours et les discussions étaient très bons au Hellfest également!

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