Jus et Liz - ELECTRIC WIZARD par SEB ON FIRE - 3506 lectures
C'est par un doux matin d'automne que le duo à la tête d'ELECTRIC WIZARD nous a rencontré dans les sous sols sombres du Black Dog, bar bien connu des metalleux parisiens. Pour une personne normale 11h c'est une bonne heure mais pour les membres d'ELECTRIC WIZARD, c'est beaucoup trop tôt. C'est donc autour d'un café qu'ils ont répondu a nos questions.


Il est très tôt ce matin alors comment allez vous ? C’est la première fois que vous venez faire de la promo à Paris ?
Jus : Ça va merci. Ça ira encore mieux après ce café.
Liz : Oui on est là aujourd'hui pour le travail uniquement, on est arrivé hier et voila.


Vous sortez un nouvel album « Time to Die ». En quoi ce disque est différent de vos précédents albums ?
Liz : Ce disque est plus agressif, moins fantastique, moins ésotérique…
Jus : Il est plus sérieux, nos précédents albums étaient plus métaphoriques, plus orientés films d'horreur. Celui-ci est plus vrai, plus en prise avec le réel. Nous étions dans un sale état d'esprit quand on l'a composé. Il est plus heavy, plus négatif aussi. Enfin je crois (rire)


Cet album suit les traces de Black Masses ou Witchcult Today mais avec, je trouve, un côté plus direct. Etait-ce voulu dès le départ et aviez vous l’idée de base de l’album?
Liz: Ouais, plus ou moins… Tous nos albums s'inspirent de ce que nous ressentons et de ce que nous expérimentons dans nos vies au moment où nous les composons et il s'est passé pas mal de choses durant la composition et l'enregistrement de celui-ci qui différent vraiment de Black Masses même si tous nos albums sont une vraie expression de nous-même et de ce qui nous arrivent durant cette période.


Comment est né ce disque en terme de composition, d’enregistrement ?
Liz : Le tout début de la composition remonte à quelques années. Il nous a fallu plusieurs années pour l'écrire avant d'enfin rentrer en studio.
Jus : Quand on rentre en studio, on a préparé des démos des morceaux composés. En fait on enregistre des démos tout le temps dans notre home studio garage. On a plus travaillé cet album en amont que d'habitude parce que nous ne voulions pas perdre de temps en studio, on voulait être prêt. On a beaucoup plus joué et répété cet album avant l'enregistrement que ce que nous faisons habituellement. On l'a conçu un peu comme Electric Ladyland, enfin c'était l'idée. Ce disque a beaucoup grandi et évolué, on enregistrait 24h avant de repartir sur les routes, ce qui lui donne un côté très organique. On a pris du temps pour proposer quelque chose de qualité, au niveau des arrangements aussi. Puis on a eu pas mal de trucs à la con aussi qui nous ont empêché de finir l'album plus tôt. C'était un long processus. Beaucoup trop long même à un moment, tu veux juste finir ce putain de truc (rire).
Liz : C'est difficile de quantifier mais c'est un album qui a pris du temps à se faire. Tout a été long.


C’est toi Jus qui a enregistré, produit et dessiné l’artwork du groupe…
Jus : Oui, évidemment, on a toujours conçu et dessiné la plupart de nos illustrations. J'invente souvent les dessins, les artworks puis on travaille ensemble avec Liz, on est un peu la « team design » du groupe. Personnellement, j'aime qu'un groupe soit totalement impliqué dans plusieurs niveaux, ça le rend plus intéressant, plus profond et plus cohérent. On essaie d'aller le plus loin possible, de connaître le groupe en profondeur, on crée un monde, un univers dans lequel la musique n'est qu'une composante. Si on laisse quelqu'un d'autre s'occuper des illustrations, ce sera son interprétation, c'est moins vrai, moins en prise avec la réalité de l'album. On essaie de faire des artworks de qualité, d'y exprimer les sensations du groupe, d'exprimer notre vision.


Quel est le concept derrière « Time To Die » ?
Liz : Il a plein de significations. Toutes les significations auxquelles tu peux penser en fait. Bien sur on souhaite la mort de quelqu'un, parfois nous même on se regarde et on se dit qu'on aimerait mourir, ça touche tous les niveau de la mort.
Jus : C'est dirigé contre des individus, contre la terre entière, la race humaine mais aussi contre le business de la musque, contre la scène doom metal, contre des gens qui nous entourent constamment. On avait trouvé des titres moins génériques mais cette phrase « Time to Die » revenait sans cesse comme si on allait être tués. C'est aussi un cri de haine ou un appel à l'aide : « Please…quelque chose ne tourne pas rond dans ce putain de monde. C'est la merde. »


Sur cet album on trouve plusieurs chansons longues, dépassant les 10 minutes. Est-ce intentionnel ?
Liz : Ho non, pas du tout.
Jus : Quand on est entré en studio, les démos étaient encore plus longues, 15 ou 20 minutes pour certains morceaux mais quand il faut enregistrer, tu dois être plus concis mais parfois quand tu choppes le bon groove, tu ne peux pas t'arrêter alors tu continues encore et encore. On voit comment ça se passe, si on se sent bien dans un morceau, on ne peut jamais décider de la longueur d'un morceau avant de commencer à jouer. Tout dépend du feeling.


Quelles sont vos influences dans Electric Wizard parce que vous semblez avoir un univers très riche.
Jus : Inconsciemment je suis influencé par plein de choses. Je n'ai pas besoin de chercher des influences précises dans les films ou les livres que j'aime, ils sont à l'intérieur de moi, font partie de moi. Ce n'est jamais conscient, je ne me dis pas ho tiens ça vient de tel film, ça vient de tel livre, non, ça ressort naturellement parce que ça fait partie de moi. J'écris toujours mes paroles au dernier moment, je retranscris sur papier ce qui est dans ma tête. C'est un melting pot de tout ce qu'est Electric Wizard. 90% du temps, quand je commence à écrire, je ne sais pas du tout de quoi je vais parler, je laisse mon esprit s'exprimer. J'écris les trois quart de mes paroles en studio, au dernier moment. Je n'essaie pas d'être spécialement pertinent ou intelligent dans mes lyrics, ce sont mes pensées au moment où j'écris, je ne cherche pas les figures de style ou une façon particulière de dire les choses, je les écris comme je les sens, c'est beaucoup plus honnête comme ça, je trouve.


Vous avez sorti une vidéo pour le titre « Sadio Witch ». A quel degré êtes-vous impliqués dans la mise en scène de ce clip ?
Jus : Ça fait plusieurs années que l'on essaie de faire une vidéo de ce style avec le groupe. Une vidéo qui représente vraiment le groupe mais on a toujours été dépassé financièrement et logistiquement pour pouvoir faire quelque chose de qualité. On doit aussi accepter de travailler avec d'autres personnes sur ce projet. On doit ouvrir un peu la porte de notre monde pour laisser cette personne entrer. On savait que le clip serait bon sinon on n'aurait pas mis autant de temps à le faire. La personne qui a fait le clip possédait les mêmes influences que nous et nous lui avons donné les clés de notre univers pour voir où elle pouvait aller. Et elle à réussi, elle a compris et est parvenue à restituer l'esprit d'Electric Wizard. L'idée était de créer un court métrage plutôt qu'un clip traditionnel.

Electric Wizard I am Nothing AcidVideo from Electric Wizard on Vimeo.



Personnellement, le clip me fait penser aux films occultes de la Hammer, aux films de Jean Rollin ou ceux avec Coffin Joe…
Jus : Oui évidemment, tout cela fait partie de nos influences et c'est cool que le clip te fasse penser à tout ça. On s'est aussi inspiré de Kenneth Anger, Jess Franco, Jean Rollin que tu as cité. Tous ces petits films occultes, malsains, sataniques et underground qui correspondent vraiment au monde d'Electric Wizard. On ne voulait pas d'un clip dans lequel un groupe joue dans une fête où tout le monde est bourré. Ce clip représente la direction qu'Electric Wizard va suivre dans le futur.


Vous avez sorti un e.p « Legalize Drugs and Murder » avez vous toujours envie de tuer tout le monde et est-ce que la drogue joue un rôle important dans l’univers d’Electric Wizard ?
Liz : Hooo oui, on veut toujours tuer tout un tas de monde.
Jus : Et après je pourrais fumer tes os mec… Concernant la drogue c'est difficile à dire. Ces derniers jours avec le travail, les interviews, la promo, je n'ai pris aucunes drogues et ça se ressent, c'est difficile, je suis un peu énervé (rire)… Les drogues sont une chose personnelle, j'ai une vie à vivre dans le groupe et en dehors et tout ça est une partie de ma vie que je n'ai pas envie de changer.


Pour en revenir au film, vu la portée très symbolique et évocatrice de votre musique, n’avez-vous jamais eu l’envie de vous impliquer dans un projet de cinéma, de bande originale ou quelque chose dans ce milieu là ?
Jus : Oui bien sur.
Liz : Ho oui !
Jus : C'est quelque chose qu'on aimerait faire mais il y'a beaucoup de pression sur nous en tant que groupe de rock et tout ce que cela implique. On a fait beaucoup d'album, ça fait un moment qu'on traîne dans le milieu de la musique, on devient vieux et on aimerait dépasser ce stade purement musical pour essayer d'autres choses. Je n'ai pas envie qu'on devienne ce groupe de rockeurs de quatre-vingts ans.
Liz : On travaille sur des histoires, des scénarios, des scripts de films mais tout est dans nos têtes pour le moment, on y pense beaucoup.
Jus : On commence par mixer nos albums sans les voix et c'est parfait, ça sonne ou ça pourrait sonner comme de la musique de film, enfin un certain genre de films. Je peux voir des scènes quand j'écoute notre musique sans paroles.
Liz : Moi aussi je peux imaginer pas mal de scènes, d'images…
Jus : Les vocaux, les paroles indiquent une direction, donnent un sens à la musique, sans eux, tu peux laisser travailler ton imagination, c'est très intéressant.


D’ailleurs dans vos disques vous avez toujours utilisés les samples ou des extraits de films, est-ce une chose à laquelle vous penser en amont de l’écriture ?
Jus : Les samples sont souvent tirés des mêmes choses, souvent je sais ce que je peux utiliser et comment les utiliser. Je ne cherche pas désespérément des samples à mettre dans les chansons, je ne me dis pas « houlala, qu'est ce que je vais mettre ici… ». Si je n'ai pas d'idée je n'en utilise pas et on passe à autre chose. Ici, je suis tombé sur de vieilles cassettes qui collaient parfaitement avec la tonalité de l'album, ça faisait sens, je devais les utiliser. Parfois on me dit que c'est de l'arnaque que telle ou telle chanson n'est composée que d'un long sample mais c'est faux, c'est de la connerie, même si un morceaux est basé sur un sample, je me suis cassé le cul à l'écrire, l'enregistrer, l'arranger. Ça me prend énormément de temps, je ne colle pas simplement un sample et ça fait un morceau, j'y ajoute des choses, je joue de la guitare par dessus avec la même application que pour n'importe quel titre. C'est une manière différente de travailler, ça apporte de nouvelles sensations, ça permet d'ajouter quelque chose, d'aller plus loin dans la musique. C'est une manière différente mais créative de travailler.


Matt Greening a récemment quitté le groupe, vous pouvez nous en dire plus là-dessus ?
Jus : Aucun groupe n'aime parler de sa cuisine interne même si ça fait partie de la vie d'un groupe. C'est toujours compliqué d'en parler publiquement. Forcément c'est quelque chose qui ne nous réjouit pas, ce que tout le monde peut comprendre. On ne voulait pas que les choses tournent comme ça mais c'est le monde de la musique qui veut ça, chacun doit avancer. La vie n'est pas une chose facile tu sais. Mais Simon Poole est de retour avec nous, on le connaît bien et ça fait un moment qu'il joue avec nous et les choses se passent bien.


Vous êtes donc prêt à défendre cet album sur scène.
Jus : Oui, ça a déjà commencé, on a fait pas malm de festival cet été, dont le Hellfest notamment et c'était vraiment cool. On va peut-être tourner en fin d'année même si personne dans le groupe et l'entourage du groupe n'a envie de tourner pendant les fêtes (rire) mais on verra. Quand on joue live, les anciens morceaux sonnent différemment, c'est une façon de leur donner un petit coup de boost mais cet album a été enregistré et écrit pour le live mais on ne sait pas encore ce qu'on va en faire, ni quels morceaux seront joués, on ne sait pas. Je pense qu'on va jouer les ¾ de cet album et que ce sera très bon en concert. On aura le temps de développer certains aspects de ces titres sur scène.


Ok, vous sortez juste un nouvel album mais vous avez une vision du futur du groupe, vers quelles directions vous voulez évoluer ?
Jus : Honnêtement je n'ai pas la moindre idée de comment Electric Wizard va évoluer, vers où on va aller. Pas la moindre (rire). Tu sais j'ai une vision très négative du monde de la musique et de la façon dont beaucoup de gens consomment la musique aujourd'hui. Je ne sais même pas si on va encore exister longtemps en tant que groupe et continuer tout ça, c'est très déprimant mais en même temps j'ai encore beaucoup d'idées artistiques à explorer avec ce groupe. On a des projets, des choses qui nous tiennent à cœur comme écrire la bande son d'un film de bikers par exemple. On à beaucoup d'idées et de projets sur lesquels on travaille où du moins, sur lesquels on aimerait travailler. On essaie de tenir bon et de continuer. On veut juste continuer à faire des choses, jouer de la bonne musique, on ne pense pas être le meilleur groupe du monde ou même le meilleur groupe de doom du monde. On sait tous que personne ne sera meilleur que Black Sabbath (rire).


Voila, si vous avez quelque choses a ajouter, si vous voulez vous exprimer c’est maintenant.
Jus : Ho, je ne sais pas trop m'exprimer vocalement avec des mots, je préfère que ma musique parle pour moi. La musique a toujours été notre moyen d'expression, ça m'évite d'avoir à parler.
Liz : Ecouter juste notre album et pensez en ce que vous voulez (rires) !


Auteur
Commentaire
sludge jm
Membre enregistré
Posté le: 24/10/2014 à 08h35 - (1353)
quoi ? ils sont venus à Paname juste pour de la promo et pas un petit gig à l'horizon ?? grhhhh!!! bah j'insiste, mais je trouve que cet album est très bon, contrairement à ce que je lis ici ou là...sinon pas de photos prises lors de l'interview ?



gardian666
Membre enregistré
Posté le: 24/10/2014 à 12h52 - (1354)
Ahaha, la vidéo de "SadioWitch" n'est plus disponible suite à une réclamation pour atteinte aux droits d'auteur soumise par Mark Greening...quelle enflure.

J'ai intégré la vidéo de "I Am Nothing" du coup.

Jus de cadavre
Membre enregistré
Posté le: 24/10/2014 à 13h18 - (1355)
L'illustration de l'album (la partie avec les yeux) fait penser au regard de Frankeinstein :)

Ivan Grozny
Membre enregistré
Posté le: 24/10/2014 à 16h18 - (1356)
Merci pour l'interview. Oui, c'est vrai il manque une photo du couple autour de leurs cafés. :-) Pour l'inspiration cinéma d'Electric Wizard, il suffit de regarder les chaînes CineFX ou Action, tout y est. Je rajouterais volontiers les cinéastes britanniques Ken Russell ou Nicolas Roeg ainsi que Alejandro Jodorowsky parmi les influences. Pour les pochettes du groupe, mes favorites sont celles de l'ancien bassiste Tim Bagshaw qui a fait les visuels de Supercoven et Dopethrone.

XXX
IP:77.201.129.36
Invité
Posté le: 24/10/2014 à 19h31 - (1357)
Elle était quand même plus marrante l'interview faite précédemment par VS^^

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