Chris Mainpar (Chant) - CHRIS MAINPAR (STRIKE BACK) par GARDIAN666 - 1745 lectures
Dans le cadre de ce dossier consacré aux textes, il semblait équitable et logique de de donner la parole à un des représentants de la scène hardcore française, STRIKE BACK, qui a gentiment accepter de répondre à nos questions, par le biais de son chanteur, Chris Mainpar.


Est-ce qu'avant de jouer dans Strike Back, tu écrivais déjà des textes ou histoires ? Ou est-ce que c'est apparu avec la création du groupe (parce qu'il fallait quelqu'un pour s'en occuper par exemple...)
Chris Mainpar (Chant): Non, je n'ai jamais vraiment eu une âme d'écrivain. Néanmoins, j'ai toujours écrit les textes et ça m'a semblé naturel. D'un point de vue technique déjà, je dois écrire les textes pour trouver le bon flow, les moments de respiration et de bonnes intonations. J'ai beaucoup de mal à chanter des textes écrits par quelqu'un d'autre déjà de ce point de vue.

De plus, chanter est quelque chose de très personnel et c'est pour cela que je préfère écrire mes textes car je peux retranscrire des émotions ou faire passer un message qui signifie quelque chose pour moi. Je pense que ça se ressent aussi bien en live qu'en enregistrement quand un chanteur vit ses paroles. De toute façon, j'ai toujours été nul pour chanter une reprise, sûrement parce que je ne m'approprie pas le texte à 100%.


Généralement, au sein de Strike Back, les paroles sont créées avant, en même temps ou après la musique ? Ou tout simplement, cela se produit durant ces 3 phases ?
J'écris toujours les paroles après la musique. J'ai besoin de ressentir l'âme du morceau pour coller des paroles qui iront dessus.

Parfois un morceau va me sembler plus joyeux parfois plus sombre, parfois plus hargneux. En tout cas j'ai toujours un ressenti par rapport à l'ambiance musicale et elle va me guider dans la rédaction des textes.

Après il y a toujours quelques retouches mais généralement la musique change très peu.


Pour quelqu'un qui ne connaît pas le groupe, quels sont les principaux sujets que vous abordez ?
Déjà l'écriture est très simple. J'essaie de faire des textes très compréhensibles à l'image des groupes de Youth Crew, sans fioritures, ni métaphores alambiquées.

Les sujets sont très classiques pour le style que nous faisons et dépendent de mon état d'esprit du moment. Je peux parler de la scène Hardcore en général, des rapports humains, de la société et de son évolution, des épreuves que je traverse, des observations que je fais.

Parfois je réécoute d'anciens morceaux et je me rappelle qu'à cette époque j'étais dans un état d'esprit très positif où je me disais que tout était possible, sur d'autres par contre ça va être l'inverse. Au final si je reprends les 10 ans de textes que j'ai écrits, j'ai un résumé des phases par lesquelles je suis passé.


Vous écrivez et chantez uniquement en anglais, pensez-vous que le hardcore "exige" ce genre de chant en anglais ou bien est-ce par goût personnel ou par soucis d'internationalité ?
Je n'ai jamais accroché sur un groupe chantant en français, en espagnol ou allemand. Je n'ai jamais non plus cherché à écrire en français et franchement je ne sais même pas si j'en serais capable. Pour moi l'anglais colle naturellement à ce style de musique. C'est une langue qui est aussi plus directe que le français et plus simple à utiliser pour faire passer un message. Le français laisse trop la part à une certaine interprétation. L'anglais s'est donc imposé naturellement, je n'écoute que des groupes qui chantent en anglais, le groupe à un nom anglais, les paroles suivent.


En combien de temps écrivez-vous un texte ? Est-ce quelque chose de spontané, ou qui demande de la réflexion et du recul ? Certains ont besoin de 2 heures, une nuit, plusieurs jours... vous vous situez dans quelle tranche ?
Je peux écrire un texte en 2h une fois que je suis lancé. Par contre l'idée directrice, le thème va mûrir dans ma tête pendant plusieurs jours, voire semaines. Parfois nous allons composer un morceau et il va rester sans paroles pendant un bon bout de temps avant que je me lance. Écrire c'est aussi avoir de l'inspiration et ça ne se commande pas. Il y a des périodes propices à l'écriture et d'autres non.


Les paroles de votre dernier album sont très centrées sur la scène hardcore en elle-même et souvent très critiques envers la nouvelle génération. Aviez-vous l'idée de tirer un constat de ce que vous voyez tous les jours sur scène ou était-ce plutôt une façon de tirer la sonnette d'alarme sur une scène en perte de repère ?
En effet, j'aborde à plusieurs reprises ce sujet. Je pense que je suis juste nostalgique d'une certaine époque, la fin des années 90 où j'ai découvert cette musique.
Pour moi ça a été quelque chose de fondamentale. Je me suis découvert une passion et cette passion a eu une énorme influence sur l'identité que je me suis forgé, mon état d'esprit, ma façon de voir les choses et de me comporter.

A travers les groupes que je découvrais, j'essayais toujours d'en savoir plus, de me documenter, de m'ouvrir à de nouveaux messages de nouvelles façons de penser et aussi à peser le pour et le contre et à laisser certaines choses de côté. Parfois je me demande quelle personne je serais si je n'avais pas découvert cette musique et rencontré les amis que je me suis fait par la suite… Franchement je ne sais pas. J'ai eu une approche très scolaire de la chose, je lisais les paroles, parfois avec un dictionnaire à portée de main. Bref j'étais à fond.

Aujourd'hui je n'ai pas vocation à tirer une sonnette d'alarme et je n'en ai pas la légitimité. Je suis quelqu'un d'assez fataliste et je pense que la scène évolue comme elle doit évoluer. Le fait qu'elle parte dans plein de directions différentes montre entre autres sa complexité. Ceci étant dit je ne me reconnais pas du tout dans cette scène où l'image prédomine. J'ai l'impression que la musique et le message sont passés au 2nd plan au profit d'une approche complètement superficielle de la chose. Tous les groupes qui ont forgé ma jeunesse et qui ont eu une influence sur moi et des dizaines d'autres kids sont passés complètement aux oubliettes au profit de groupes franchement médiocres et qui n'ont pas grand-chose à dire. Cette scène évolue à l'image de notre société dans une espèce d'immédiateté, dans une approche superficielle des choses, dans un mensonge, une hypocrisie et une jalousie permanente. Et internet n'a franchement pas arrangé les choses. Tu sais, il y a 10 ou 15 ans, pour trouver du son, découvrir des groupes, il fallait vraiment être motivé aujourd'hui on a tout à portée de clics. Je suis même sûr que la majorité des gens qui disent graviter autour de la scène n'écoutent même pas de musique. Je pense aussi qu'il y a des gens qui se prennent vraiment trop au sérieux dans cette scène et qui feraient mieux de voir l'impact réel qu'ils ont. Il ne faut pas oublier que la scène Hardcore en France est proche du néant alors au lieu de se tirer dans les pattes à longueur d'année les gens feraient mieux de s'ouvrir et d'être plus solidaires.

Ceci étant dit plus de 10 ans après le début de STRIKE BACK, notre ligne directrice elle ne changera pas, je dirai toujours ce que j'ai envie de dire et nous jouerons toujours la musique que nous aimons.


Vous abordez aussi des thèmes cher au straight edge, quelle est l'importance du straight edge dans Strike Back et dans votre vie de tous les jours ?
Nous avons au sein du groupe, 2 sympathisants de la cause SxE. Néanmoins, nous ne sommes pas un groupe SxE et chaque membre est libre de mener la vie qu'il souhaite et d'avoir ses idées et opinions. Pour en revenir au sujet, je suis quelqu'un de modéré et j'essaie de ne pas tomber dans les excès. Cette approche des choses me permet d'avancer dans la vie et de ne pas avoir de regrets. Je ne pense pas que la prise de drogue ou d'alcool à haute dose soit compatible avec la vie que je souhaite avoir et les projets que je souhaite mener à bien. Le but de ces chansons est uniquement de rappeler aux gens qu'il faut faire attention.


On sait le hardcore très attaché à certaines valeurs, que vous n'hésitez d'ailleurs pas à mettre en avant dans vos textes. Ces valeurs sont-elles le point central de vos textes et du groupe ?
Un groupe se doit d'évoluer tout en restant cohérent par rapport au pourquoi nous faisons de la musique. Depuis le début nous gardons la même ligne directrice. Musicalement nous faisons la musique que nous aimons, sans se soucier de ce qui est à la mode ou pas. Au niveau des textes je dis ce que je veux que ça plaise ou pas. Je n'ai pas vocation à représenter qui que ce soit ou à parler pour un groupe de personne en particulier. Après comme dirait Booba « si t'aimes pas t'écoutes pas et puis c'est tout »


Vous arrive-t-il de vous documenter avant d'écrire vos textes ou préférez-vous vous concentre sur ce que vous connaissez et écrire avec votre cœur ?
Non j'écris mes textes comme je l'entends. Généralement ça sort tout seul.


Avec des paroles comme celles de "Newbie in this Game" ou "Fuck Your scene" vous dressez un portrait sans appel de la scène hardcore. Est-ce que ces textes vous ont apportés des inimités ou des remarques négatives ?
Non pas spécialement. Notre public est généralement assez âgé et partage en partie ce discours.


Une fois les textes écrits, ils doivent être chanter; je suppose qu'il vous est déjà arrivé de devoir passer du temps à reformuler certaines phrases et certains passages pour qu'ils soient les plus simples et meilleurs possibles à chanter: est-ce un exercice vraiment difficile et épuisant, ou finalement pas si tortueux qu'on peut l'imaginer ?
Ce n'est finalement pas si compliqué. Avec le temps et l'expérience, tu sais que certains mots et expressions sonnent mal et ne sont pas efficaces. Au contraire d'autres mots fonctionnent à chaque fois et ont plus d'impact. Au niveau de la prononciation et du flow c'est pareil. J'essaie de faire quelque chose d'audible, et qui rentre dans le crâne donc il ne faut pas utiliser trop de mots non plus. Les phrases courtes sont généralement plus propices à cela.


Pourriez-vous écrire pour quelqu'un d'autre et pourriez-vous inversement chanter des paroles écrites par un autre ?
J'ai beaucoup de mal avec les reprises. Chaque chanteur écrit pour lui-même en fonction de son flow, des intonations qu'il souhaite mettre et de sa technique propre. Je pense qu'il faut s'approprier les textes pour les faire vivre et avoir un bon rendu. J'ai déjà écrit des paroles pour un autre groupe mais comme j'ai chanté la chanson ça ne compte pas. A part ça on ne m'a pas sollicité.


Souvent les appréciations sur un groupe portent en premier lieu sur la musique; quand des gens vous félicitent et vous complimentent pour vos textes, cela doit j'imagine, aussi vous faire plaisir, de nos jours les auditeurs ne prêtant peut-être plus trop attention aux paroles; que pensez vous de cela ?
Ça n'arrive pas souvent en effet. En premier lieu il y a un problème de compréhension, et oui, tout le monde ne parle pas anglais. Ensuite tout dépend de l'approche que l'on a du truc. Lire les paroles et saisir le sens c'est une démarche qui consiste à approfondir un petit peu plus sa connaissance d'un groupe et être curieux et ce n'est pas le cas pour tout le monde. C'est sûr qu'une personne qui n'écoute du hardcore que parce qu'il aime mosher et se défouler, tu peux lui mettre des paroles à la Michel Sardou, tant qu'il y a des moshparts il sera content.


Le livret d'un album est d'une grande importance; au-delà du fait qu'il contienne des photos et illustrations, c'est surtout la disposition des paroles qui le rend utile: l'auditeur se plonge davantage dans l'univers du groupe, l'appréhende un peu mieux, peut aussi interpréter les textes à sa manière ou s'y retrouver... C'est en définitive un élément indispensable au groupe, vous partagez ce point de vue ?
Tout à fait, j'achète toujours des CD et je ne télécharge jamais. J'aime voir la gueule des musiciens, découvrir leur univers, les images et illustrations qui leur tiennent à cœur et l'identité qu'ils se créent. Je me rappelle les premiers CD de NYHC que j'ai achetés, je voyais des photos des mecs de Warzone, Sick of, Madball, etc… c'était sympa. En tout cas, j'ai toujours été déçu d'ouvrir un livret et de ne pas y voir les paroles. C'est pour cela que nous les mettons toujours.


Pour finir, je vous laisse le mot de la fin, si vous avez quelque chose à ajouter, c'est tribune libre !
Merci à VxS Webzine pour l'intérêt montré à STRIKE BACK et aux chroniques faites au cours des années. Merci aussi à tous les gens qui soutiennent le groupe, viennent nous voir et nous encouragent. Pour 2012, attendez-vous à avoir du nouveau son.

Myspace du groupe
Facebook du groupe

Un grand merci à Seb on Fire pour le coup de main donné !


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