Julien Truchan - JULIEN TRUCHAN (BENIGHTED) par PAMALACH - 2762 lectures
Avec ses lyrics en anglais, en français et en allemand, Benighted s'amuse autant à percuter nos corps avec son metal furieux que nos esprits avec ses thématiques inquiétantes, tordues et sinueuses. Chef de service de la clinique des bouchers stéphanois, Julien a apporté quelques éclaircissements sur la nature de ses inspirations et sur cet univers pathologico-psychiatrique qui semble être sa principale source d'inspiration.


Est-ce que, avant de jouer/chanter dans Benighted, tu écrivais déjà des textes ou histoires ? Ou est-ce que c'est apparu avec la création du groupe/quand tu as rejoint le groupe (parce qu'il fallait quelqu'un pour s'en occuper par exemple...)
Non, je ne m'étais jamais livré à l'expérience de l'écriture, j'ai vraiment commencé à le faire avec Benighted et si au tout début c'était plutôt une corvée, quand on s'est mis d'accord sur le concept qui allait donner son identité au groupe au regard de la musique qu'on jouait, j'ai vraiment commencé à adorer ça et à vouloir pousser la chose loin.


Généralement, au sein de Benighted, les paroles sont créées avant, en même temps ou après la musique ? Ou tout simplement, cela se produit durant ces 3 phases ?
Je procède toujours de la même façon, c'est-à-dire que la musique m'inspire le thème de la chanson sur lequel je rumine quelques temps et je place ensuite un chant en « yaourt » avant d'adapter les textes dessus en tout dernier lieu. Ça me laisse une grande liberté au niveau des placements de voix.


Pour quelqu'un qui ne connaît pas le groupe, quels sont les principaux sujets que vous abordez ?
Les maladies psychiatriques.


Dans le civil, tu es infirmier dans un hôpital psychiatrique et tu as pu dire que ton travail t'influençait beaucoup dans l'écriture de tes lyrics. Comment se rejoint ta pratique professionnelle avec ton travail d'artiste ?
Tous les textes de Benighted sont inspirés directement par mon travail et mon expérience de ce type de pathologies. On essaie de proposer des textes qui collent à a réalité de la maladie mentale en essayant de sortir de tous les clichés qui sont souvent utilisés, par exemple peu de personnes savent vraiment ce que peut être la schizophrénie et se bornent à croire qu'il s'agit de plusieurs personnes en une, ce qui est complètement faux… Ce que je trouve très intéressant par rapport à la brutalité de notre musique, c'est que la réalité des pathologies psychiatriques est encore bien plus cruelle que les idées reçues qu'on en a.


Est-ce que les textes que tu écris te permettent de pouvoir prendre de la distance avec la folie que tu rencontres dans ton quotidien et est-ce que cela t'aide à relativiser les durs moments que tu as pu passer dans ton travail ?
Sûrement oui, c'est un très bon exutoire pour ma part, et Benighted m'apporte beaucoup de ce côté-là aussi.


As-tu déjà relaté dans des lyrics des histoires vraies que tu as pu rencontrer chez des patients ?
Oui, mais je ne cite jamais de nom ni d'histoire trop précise afin de respecter le secret professionnel et bien sûr les patients. Je trouve aussi important de souligner que si dans l'esprit des gens, elles passent le plus souvent pour des gens « dangereux », les personnes qui souffrent de maladies psychotiques entre autres sont avant tout fragiles et vulnérables et que le premier danger est souvent pour elles-mêmes.


Une fois les textes écrits, ils doivent être chantés ; je suppose qu'il vous est déjà arrivé de devoir passer du temps à reformuler certaines phrases et certains passages pour qu'ils soient les plus simples et meilleurs possibles à chanter : est-ce un exercice vraiment difficile et épuisant, ou finalement pas si tortueux qu'on peut l'imaginer ?
Oui, ça se produit assez souvent pour arriver au résultat le plus percutant possible, mais ce n'est pas si difficile, c'est même plutôt un plaisir de s'essayer à « qu'est-ce qui fonctionnera le mieux » !


En combien de temps écrivez-vous / écris-tu un texte ? Est-ce quelque chose de spontané, ou qui demande de la réflexion et du recul ? Certains ont besoin de 2 heures, une nuit, plusieurs jours... vous vous situez dans quelle tranche ?
C'est très variable, ça peut être en une heure, mais je reviens toujours sur mes textes quelques jours après pour avoir du recul et corriger si certaines tournures ne me vont pas finalement. Je peux aussi mettre plusieurs mois pour un seul texte. Le plus long est pour moi de cibler le thème du morceau et d'en développer au moins deux niveaux de lecture et d'interprétation par celui qui va les lire. La plupart des textes soulignent des signes cliniques de la maladie psychiatrique en question et ont plusieurs sens.


Souvent les appréciations sur un groupe portent en premier lieu sur la musique ; quand des gens vous félicitent et vous complimentent pour vos textes, cela doit j'imagine, aussi vous faire plaisir, de nos jours les auditeurs ne prêtant peut-être plus trop attention aux paroles; que pensez-vous de cela ?
C'est vrai que  beaucoup accordent plus d'importance à la musique et à la qualité du chant plutôt qu'aux paroles, mais je trouve que ceux qui font cet effort-là gagnent en crédibilité et en identité. J'aime beaucoup les groupes indissociables de leur concept et leur image. Et c'est clair que ça fait très plaisir quand quelqu'un vient te voir en disant qu'il aime beaucoup tes textes, ça donne envie de se torturer encore plus la tête pour les suivants, un peu comme un nouveau scenario à construire !


Le livret d'un album est d'une grande importance ; au-delà du fait qu'il contienne des photos et illustrations, c'est surtout la disposition des paroles qui le rend utile : l'auditeur se plonge davantage dans l'univers du groupe, l'appréhende un peu mieux, peut aussi interpréter les textes à sa manière ou s'y retrouver... C'est en définitive un élément indispensable au groupe, vous partagez ce point de vue ?
Complètement, c'est le reflet de l'ambiance que veut créer un groupe pour mettre sa musique en valeur, le visuel qui annonce le son! C'est très important au sein de Benighted et j'aime vraiment le travail qu'a fait Sven d'Aborted pour le livret de notre nouvel album, « Asylum Cave », on plonge vraiment dans la cave et le délire du schizophrène de l'histoire.


Vous chantez majoritairement en anglais mais aussi parfois en français. Comment fais-tu pour choisir quand un texte va être chanté en français ou en anglais ?
Le choix se fait quand je trouve le titre qui colle à l'ambiance du morceau, le texte arrive toujours après le titre et certains phrasés importants me paraissent parfois plus efficaces dans une langue ou l'autre, ce qui influe aussi sur le choix. Sur le nouvel album par exemple, on trouve également un texte en allemand, « Fritzl », je trouvais que cette langue collait parfaitement au morceau (et pour cause), et que c'était aussi une bonne façon de remercier tous nos fans germanophones qui nous soutiennent depuis si longtemps !


Est-ce que vos textes se sont adaptés à votre changement de « style » depuis les débuts du groupe ?
Oui, le concept des maladies mentales s'est beaucoup précisé à partir de l'album « Insane Cephalic Production » pour la simple raison que je ne travaille en psychiatrie que depuis 2002, et qu'avant je « tâtonnais » juste sur ce thème comme beaucoup, sans trop savoir de quoi je parlais d'ailleurs ! Hé hé ! Depuis, pour chaque album on s'efforce de se renouveler avec un concept solide et différent des précédents pour que chacun ait une identité propre !


Quels sont tes modèles au niveau de l'écriture ?
Honte à moi mais je ne prends vraiment pas beaucoup de temps pour lire, j'en suis resté aux Lovecraft, Tolkien et autre Stephen King…


Le mot de la fin est pour toi.
Merci beaucoup à toi et rendez-vous à tout le monde sur les prochaines dates et festivals ! Stay sick !


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