Welkin - WELKIN par PAMALACH - 3251 lectures
C'est quand on lit une interview comme celle de Welkin qu'on se dit qu'on devrait écouter plus souvent les bassistes... et qu'on devrait d'ailleurs TOUS se mettre à la quatre cordes ! En effet, quand on écoute Welkin, difficile de ne pas avoir envie d'envoyer les basses.


Salut ! A quel âge as-tu commencé la basse et depuis combien de temps pratiques-tu ? Es-tu autodidacte ou as-tu pris des cours de basse ou d'un autre instrument?
Salut, j'ai commencé la basse à 15 ans en empruntant celle de mon frère, soit 15 ans de basse. J'étais déjà fan de metal et j'ai commencé à retrouver à l'oreille ou à l'aide de tablatures (pas toujours justes) les riffs de mes groupes préférés de l'époque. Plus tard, lorsque je me suis mis à composer, j'ai commencé à grattouiller sur une guitare classique qui m'offrait plus de possibilités harmoniques. Je n'ai jamais pris de cours, c'est la composition qui m'amène à travailler la technique et mon jeu.


Comment es-tu tombé dans le metal?
Comme beaucoup de gens de ma génération grâce à Metallica. J'empruntais alors les CD de mon frère qui écoutait Metallica, Scorpions et Maiden... Puis Sepultura, Slayer avant de plonger dans les méandres du metal sombre.


Écoutes-tu uniquement du metal ? Peux-tu nous parler de tes influences musicales "hors metal"?
J'écoute principalement du metal et du hard rock des 70's. Je prends beaucoup de plaisir en écoutant Pink Floyd, Led Zeppelin… J'aime leurs sons, leurs jeux, la façon dont ils exploitent leurs instruments et la diversité des univers musicaux qu'ils arrivent à produire.


Quel est le premier bassiste sur lequel tu as flashé ? Est-ce lui (ou elle) qui t'a poussé vers la basse plutôt que la guitare?
Les premières notes de basse qui m'ont chatouillé l'oreille sont celles de Steve Harris, Dave Ellefson, Jason Newsted ou Cliff Burton. Ils représentent mes premières influences et m'ont permis de découvrir la richesse de cet instrument.


Quand as-tu intégré ton premier groupe? Quel est ton parcours musical avant Angmar ? Quels sont les formations auxquelles tu participes actuellement?
J'ai formé mon premier groupe Artefact (Heavy Dark bas normand) en 1996 avec lequel nous avons réalisé une démo « Chrysalis » en 2000 dont nous avons fait la promotion sur une trentaine de concerts dans la région. Une réelle expérience scénique et une approche en studio. Le projet est en suspens depuis la séparation du groupe en 2002. Depuis 2000, je suis bassiste, et compositeur dans Angmar, et j'occupe le rôle de bassiste dans Annthennath (Rochefort) depuis 4 ans.


Quel matériel ou quelle marque de basse a ta préférence? Préfères-tu les 4, 5 (voire plus) cordes?
Je n'ai pas de préférence particulière. Chaque marque a un son particulier qui la caractérise. Je joue sur une basse luthier depuis 9 ans. Je ne désirais pas avoir le son de tel musicien ou tel groupe mais mon son, celui que j'ai ajusté en atelier (« Kopo » près de Rennes). En essayant différents modèles de ses créations, le choix du bois, des micros, de la touche, du preamp, etc… se précisait petit à petit. Je joue actuellement sur une basse 4 cordes qui ont encore plein de choses à me raconter, mais si un jour je me sens contraint avec seulement 4 cordes, j'opterai pour une six cordes (une grave et une aiguë).


Niveau amplification et effets, quel est ton matériel actuel?
Je joue sur ampeg V4 depuis un an, c'est un ampli à lampes de 1971 (loin d'un son moderne) pour guitare comme pour basse. Je me contentais avant d'un ampeg à transistor mais j'ai voulu changer pour des lampes, car la profondeur des graves se fait naturellement sans avoir à pousser les basses de l'ampli. De plus, les lampes compressent naturellement le son, ce qui permet de le rendre à la fois plus précis et plus constant.
Au niveau effet j'utilise la walve drive EBS pour gonfler mon son sur certains passages. C'est une pédale à lampes que j'exploite en saturation, elle respecte énormément l'instrument ainsi que les fréquences basses.
Ce sont les répètes, les préprod, les différentes sessions à l'échoes studio ou au caveau studio qui m'ont permis d'ajuster mon son et mon jeu, de faire sortir le son désiré avec l'effet voulu ou d'adapter le jeu pour que ça sonne.


Jouer au doigt ou au médiator. Quels sont selon toi les avantages des deux techniques dans le metal extrême? Exploites-tu les deux?
L'attaque de la note est très différente, le son produit également. Je préfère jouer aux doigts, cela me permet d'avoir un son plus rond et moins incisif qu'avec un médiator. Je trouve que le passage d'une corde à l'autre est plus naturel, ainsi que les débits à trois doigts sur des passages ternaires ou sur des notes jouées en triolet. Le jeu aux doigts permet également de bloquer les résonances des cordes les plus graves lorsqu'on joue une ligne arpégée par exemple, ce qui peut éviter un chaos sourd dans les infra basses.
En revanche le médiator permet de laisser les résonances (ex. "my friend of misery"). Alors j'adapte la position de la main droite pour que mon pouce ne repose plus sur les micros graves, mais caresse la corde la plus grave comme je jouerais sur une guitare classique. Le médiator permet également d'atteindre plus facilement des débits élevés en jouant en aller retour. En revanche, je ne cherche pas à jouer le plus vite possible, je préfère souvent adapter un débit moins rapide pour que le son puisse se développer. Plus l'intervalle de temps est court entre chaque attaque de corde, moins celle-ci n'a le temps de vibrer, et le son émis est plus agressif (du fait des attaques rapprochées) et moins rond.


Ne trouves-tu pas dommage que de nombreux bassistes de metal extrême se contentent de suivre la dominante des riffs des guitaristes. Peut-on uniquement expliquer ce phénomène par le syndrome "Geezer Butler" (Je joue comme mon collègue pour grossir le son)?
Je trouve dommage en effet de réduire la basse au son grave du groupe (ce qui n'est évidemment pas le cas de notre ami Geezer). L'instrument offre aussi des possibilités rythmiques et mélodiques qui façonnent les riffs, permettent de les consolider ou de les enrichir. Jouer la dominante du riff est une des manières de consolider le riff.


Accepterais-tu de jouer dans un groupe où on te demande ce genre de parties simplistes uniquement ? Peut-être un groupe défouloir pour rigoler?
Pour rendre service à la rigueur mais cela ne m'intéresse pas. Si c'est pour jouer de la guitare sur une basse autant demander à un guitariste. Je préfère composer mes lignes pour les jouer comme je le ressens, ce sont ces aspects créatifs et sincères qui m'attirent dans la musique.


Vois-tu la basse comme un instrument qui sert de support entre la batterie et les guitares ou penses-tu qu'il s'agit d'un instrument qui a sa place au premier plan à égalité avec les guitares?
Je pense que tous les instruments doivent être audibles donc en ce sens à égalité et aucun en premier plan particulièrement. Oui bien sûr la basse sert de support aussi bien rythmiquement que mélodiquement. A la basse sur un riff, je jongle avec les différents plans guitares, leurs débits et accentuations mais aussi avec le rythme de la batterie et sa grosse caisse. Je peux me permette d'accentuer un de ses aspects ou plusieurs, tout en gardant le rôle de support, en jouant une note dominante du riff en rebond par exemple.


Tu as un jeu très technique. Ne t'a-t-on pas déjà traité de "guitariste frustré", comme si la basse était l'instrument au rabais du "chauffeur des musiciens" ?
Non, le public est plutôt agréablement surpris d'entendre des lignes de basse et justement de basse. Lorsqu'une ligne mélodique me vient à l'esprit, je n'entends pas un instrument précis, mais une sorte de complainte que je traduis en notes. Ensuite le groupe travaille ensemble pour que l'émotion dégagée soit proche de ce sentiment. Au final, cette ligne peut être jouée à la basse, à la guitare ou chantée. Lorsque je travaille une ligne pour la basse, je l'adapte avec les autres instruments au niveau harmonique (ce qui sonne le mieux) et rythmique (en fonction de ce que fait la batterie) et le jeu (l'effet rendu : lourd, frénétique, dégringolant, glissant, oppressant, violoncelles suintant…). La ligne de basse peut alors me demander plus ou moins de travail technique en fonction de ce que j'ai composé.
Il serait prétentieux de vouloir faire sonner des lignes de guitare avec une basse et vice-versa. Ce sont deux instruments complémentaires mais très différents. C'est la nature de l'instrument (ce qu'il est, son son, le nombre de cordes, l'absence ou la présence de fret, les micros…) et sa fonction (ce que tu lui fais sortir et ce qu'il te permet de jouer) qui le caractérise.


Comment penses-tu que le public considère le rôle du bassiste? Penses-tu surprendre les auditeurs avec ta manière d'aborder l'instrument?
Je ne sais pas quel rôle attribue le public à la basse mais pour moi chaque bassiste a son propre rôle, son propre jeu, bref sa touche personnelle (comme chaque musicien) et exploite son instrument pour déverser son ressenti. Je pense qu'attribuer un rôle à chacun serait castrateur : se limiter à son rôle (s'il y a) serait à mon avis s'imposer des contraintes et serait un frein à la création.
Surprendre le public n'est pas le but. S'il est surpris tant mieux, mais la finalité pour moi c'est de mettre mon ressenti dans les riffs.


Comment définirais-tu ton rôle de bassiste dans les différents groupes dans lesquels tu as joué ? Comment participes-tu aux compositions?
Mon rôle dans Annthennath et de composer mes lignes de basse. Lorsque n°6 m'a demandé de rejoindre Annthennath, il m'a laissé carte blanche pour la composition de mes lignes en me disant « je veux de la basse jouée par un bassiste ». N°6 m'envoie ses compos finalisées à la guitare, je m'en imprègne et après les avoir digérées, je travaille mes idées en les collant sur les riffs. Je les adapte ou les supprime après plusieurs écoutes et échanges avec les membres du groupe.
Dans Angmar, c'est différent, on compose les morceaux à trois depuis la création du groupe et maintenant à quatre depuis que Wortan nous a rejoints. Chacun apporte ses compos et on les fait mûrir ensemble en répète, on travaille les arrangements en fonction des idées nouvelles de chacun. Mes lignes influencent les guitares et la batterie dans le sens ou tout est modifiable au fur et à mesure des répètes, et c'est l'interaction entre les instruments qui dessinent le morceau final.


Niveau son de basse, quels sont les albums de référence pour toi?
"Paranoid" notamment le morceau « Planet caravan » où la basse ne fait pas juste « grossir le son ». Les albums de Pink Floyd évidemment, le son de "Peace Sells", de Cliff Burton, j'aime aussi bien le son de Peter Steele (RIP), de Negura Bunget, de Shining, chacun dans son registre mais un son et un jeu qui sert le propos et qui a une identité.


Sur scène, as-tu une place attitrée (par ex, sur le côté gauche en retrait ou au milieu parce que tu es le seul à bouger avec le chanteur)?
Je joue sur le côté et souvent cela dépend des emplacements des amplis sur scène. Pour éviter les changements de plateau trop long, les groupes jouent sur les mêmes amplis. Quand les conditions le permettent, je joue à droite (vu du public), mais nous n'avons aucune contrainte scénique. Pour le chant, on se répartit les voix avec Fog et Mreich. Il n'y a pas un chanteur dans Angmar mais des voix, il y a deux micros en façade et un pour Fog derrière ses fûts.


Quelle est ta vision du rendu scénique: rendre impeccablement le contenu de l'album ou privilégier un show? Musique ou/et spectacle?
Je pense que le rendu scénique est important mais secondaire. Je préfère privilégier le rendu sonore. Sur scène, c'est lorsque l'osmose se fait entre les instruments que nous vivons les morceaux, par conséquent le rendu sonore et visuel en sort grandi. En tant que spectateur, je n'apprécie pas les shows grandiloquents, même si c'est joué impeccablement. Tout semble et est calculé, prévu à l'avance et donc pas vraiment vécu sur le moment. Je préfère les shows plus sobres où les musiciens vivent leurs morceaux, sans être trop concentrés (ou déconcentrés justement) par la représentation visuelle. En revanche, certains artifices (éléments non musicaux) peuvent venir sublimer la musique, par exemple SUP ou ENSLAVED utilisent des univers visuels appropriés à leurs musiques.


Est-ce que la pratique d'un instrument peut en quelque sorte influencer ou jouer sur ta personnalité ?
Sûrement, car il est difficile d'être en totale rupture avec l'imaginaire et la création puisqu'ils proviennent de tes émotions. Une sorte de schizophrénie où ton double contrôle un royaume malléable dont tu es gardien. C'est un autre toi en quelque sorte, qui exprime à l'aide d'un instrument des émotions enfouies, inavouables par pudeur ou par ignorance, et dont tu te laisses extirper pour mieux t'en débarrasser. Tu es intimement lié aux émotions générées qui te répondent mais que tu maîtrises. Il m'est indispensable de plonger dans cet univers profond, et me semble plus vibrant que le monde réel. En ce sens il fait partie intégrante de ma personnalité.


Qu'est-ce que tu penses de la course à l'accordage grave des guitares ? Tu penses que cela peut être nuisible au son du bassiste lorsqu'il doit s'accorder très bas ?
Il y a évidemment un travail de groupe à faire sur le son pour que chaque instrument trouve sa place dans les fréquences adaptées, et pour que le son produit respecte l'instrument (ne le dénature pas).
Je comprends les musiciens qui souhaitent expérimenter de nouvelles cordes. Lorsque tu es restreint avec ton instrument, il est tentant d'essayer d'exploiter d'autres cordes, mais je pense également que cela influe sur ta façon de composer. L'idée d'expérimenter des choses différentes avec son instrument me plaît, mais la course au plus grave en devient commune et les groupes sont souvent surproduits, et le son n'est pas assez naturel à mon goût.


Peux-tu nous donner ton avis sur ces différents bassistes ?
- Steve Di Giorgio ? : Ecœurant de technicité et de feelling !

- Necrobutcher ? : J'apprécie son groupe, son jeu de basse colle au propos, mais, au niveau du ressenti, son jeu m'intéresse moins que celui d'autres bassistes.

- Vortex ? : Aussi talentueux à la basse qu'au chant.

- John Paul Jones ? : Un musicien d'exception...

- Dan Lilker ? : Comme pour Necrobutcher...

- Lemmy ? : Tout comme Vortex, aussi talentueux à la basse qu'au chant !


Es-tu plutôt Jason Newsted ou Cliff Burton ?
Cliff Burton est pour moi celui qui a fait ronronner, chanter et crier sa basse avec beaucoup de talent et qui m'accompagne depuis la première corne au bout de mes doigts. J'ajoute que tous les bassistes précédemment cités sont tous des musiciens qui inspirent le respect, autant pour leur jeu que pour leur carrière !


Le mot de la fin est pour toi !
Merci du réel intérêt que VS porte au metal extrême, et à ceux qui attisent sa flamme.


Un grand merci à Monsieur Prince de Lu qui a participé à la rédaction des questions, joué les intermédiaires et préparé les sandwich au pâté... un sombre talent je vous dis.


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