NIRVANA - Cobain : Montage of Heck par Brett Morgen (HBO Docs) - 25/06/2015 @ 07h43
Bien que cela fasse déjà plus de vingt ans que Kurt Cobain nous ait quitté, la légende de NIRVANA est toujours aussi vivante, intense... et lucrative. Depuis ce triste jour d'avril 1994, les livres, reportages et analyses sur le suicide de Kurt Cobain n'ont cessé de se multiplier aux profits du matériel directement issu du groupe, se limitant il est vrai, à une poignée de disques, une home video, un live, des dizaines d'interviews et les fameux carnets/notes de Kurt Cobain. Du coup, si certains observateurs sincères ont tenté de faire subsister une certaine idée de NIRVANA et de son état d'esprit, d'autres se sont allègrement engouffrés dans la brèche du sensationnalisme et du putassier, amenant Cobain et son œuvre à l'exact opposé de ce qu'il souhaitait éviter, voire de ce qu'il condamnait fermement et sans détour (les propos tenus par les musiciens à l'époque corroborent largement mes dires).
Par exemple quand je lis "Les portes drapeaux de la génération X", "L’icône du grunge " ou "Le chanteur emblématique des 90's" je me demande si l'on parle bien de Cobain et de NIRVANA. Tous ces termes balancés à l'emporte pièce, c'est précisément ce que Cobain disait NE PAS VOULOIR représenter pour son public, le blondinet ayant toujours préféré laisser parler d'autres artistes de la scène Grunge, plus enclins à "disserter" sur la vie en donnant de déroutantes leçon de vie sur la façon dont il fallait comprendre la musique et son univers. Une sorte de police du bon goût alternative en quelque sorte.
Je peux tout à fait comprendre que quelqu'un qui à découvert NIRVANA après le suicide de Cobain fantasme l'histoire du groupe en projetant des événements qui ne sont pas nécessairement en lien avec la réalité... mais quand on a connu l'ascension de NIRVANA faut quand même pas raconter n'importe quoi et asseoir le groupe à une place qu'il n'occupait pas. Je n'invente rien, je n'extrapole pas, il suffit simplement de reprendre les propos du vivant de Kurt Cobain. Tout y est dit.
C'est précisément à ce niveau que Morgen prend un départ pertinent en expliquant que lors des 20 dernières années un nombre incroyable de projections, fantasmes et inventions de toute sorte avaient polluée la véracité de l'épopée du groupe. "J'ai souhaiter donner la parole aux personnes qui auraient été présentes à l'enterrement de Kurt Cobain même s'il n'avait pas été célèbre". déclare t-il en exergue du commentaire dans une petite interview fort intéressante de 10 minutes. On retrouve donc pèle mêle les parents de Kurt Cobain, son ex petite amie, Krist Novoselic, Courtney Love et de nombreuses vidéos et documents audio issus des archives privées de la famille Cobain. Si on note que Grohl est présent via les images d'archives, aucune interview de lui "actuelle" n'est proposée dans le documentaire... et cet absence fait quand même un peu bizarre quand on sait l'importance du bonhomme dans l'histoire de NIRVANA (le réalisateur explique que Dave Grohl à bien été interviewé mais que les délais n'ont pas permis que son intervention soit incluse au montage final).
Malgré cette absence plus que visible, c'est une belle collection de témoignages inédits et assez émouvants, tous certainement possible grâce à la présence de la fille de Kurt, Frances Cobain, qui de par sa participation au projet a pu rendre possible l'intervention d'autant de protagonistes visiblement pas tous en bon contact les uns avec les autres.

Construit d'une façon chronologique, "Montage of Heck" prend le soin de proposer une forme assez moderne au documentaire en y introduisant des dessins de Cobain animés, des passages en animation, des documents audio inédits, des lives ultra crados, des images de répétitions de la première heure, des rush d'interview inédits et de nombreux morceaux de NIRVANA. En agrémentant le tout de larsens, bruits parasites, images morbides et extraits des carnets de Cobain, on se retrouve pris dans l'univers underground et psychotique du groupe qui colle bien a son coté le plus brut et le plus hardcore. Car bien que de nombreux éléments du documentaire soient l’œuvre d'artistes extérieurs (pour le film en animation notamment) ou du réalisateur lui même, Morgen est suffisamment connaisseur (ou intelligent...) pour avoir su saisir ce que NIRVANA véhiculait de son vivant dans des témoignages comme "1991 : The year punk Broke" ou bien évidement l'excellent documentaire "Live ! Tonight ! Sold out !" conçu à la base par Cobain et terminé par Grohl et Novoselic eux mêmes. En respectant ces lignes directrices, Morgen n'avait plus qu'à se fondre dans la toile cradingue du trio pour proposer un travail servi par de nombreuses images inédites et des témoignages des proches de Kurt. C'est précisément à ce niveau que "Montage of Heck" est singulier.

"The most intimate rock doc ever". Cette formule accolée à l'affiche du film est peut être racoleuse, mais elle dit quelque chose d'essentiel sur la moelle épinière de "Montage of Heck". Les nombreux moments de vie ordinaire de la vie de Kurt Cobain nous amènent au cœur de ce qu'était la vie du chanteur, des débuts du jeune garçon sensible et abîmé par le divorce de ses parents jusqu'au tourment du junkie pourtant amoureux de sa femme et soucieux du devenir de sa fille. Il est déroutant de voir les parents expliciter à leur manière l'ascension et la chute de leur fils, d'entendre Courtney Love se livrer d'une telle manière sur sa vie avec son défunt mari, de sentir Novoselic fébrile et au bord des larmes dès lors qu'il s'agit de parler de son ami disparu. Cette plongée dans la vie privée du chanteur a un petit coté "voyeur" qui si elle montre que Kurt Cobain était un individu normal, pose aussi la question du rapport des fans à l'artiste et de ce qui, à un moment, peut être décent et "utile" de montrer ou pas. Chacun verra, à ce niveau là, midi à sa porte.
"Montage of heck" n'est donc pas un énième documentaire à la noix sur NIRVANA. De part son caractère très particulier, il séduira certains fans quand il en rebutera d'autres. Reste qu'il demeure de part la variété des témoignages et l'envergure du travail proposé un documentaire à voir dès lors qu'on est fan de "l'autre" gaucher de Seattle.




Rédigé par : Pamalach | I hate myself and i want to die/ | Nb de lectures : 8107




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Commentaire
poupoune
IP:88.178.217.91
Invité
Posté le: 25/06/2015 à 17h20 - (117090)
ça vaut ce que ça vaut mais King Buzzo des Melvins qui était ami avec Cobain a fait savoir récemment dans plusieurs interviews tout le mal qu'il pense de ce docu dont le contenu serait pour l'essentiel basé sur du vent

charvette
Membre enregistré
Posté le: 25/06/2015 à 18h14 - (117092)
Intervew lisible sur Blabbermouth, merci Poupoune ;)

Perso je suis dégoutté d'avoir vu cette merde infâme (de 2h30) qui s'attarde bien trop longtemps sur la déchéance de deux héroïnomanes sans vraiment aller au fond des choses sur le plan musical...

En gros c'est comme regarder Some Kind Of Monster, ça brise un mythe :(

AnusFraicheur
Membre enregistré
Posté le: 25/06/2015 à 18h32 - (117093)
La question, c'est de savoir si j'ai envie de voir Cobain dans son bain ou en train manger des pates et si ça m'apportera quelque chose de plus sur Nirvana et Kurt. Et ça, j'en suis pas si sûr.

Acid
IP:78.238.125.35
Invité
Posté le: 26/06/2015 à 00h00 - (117096)
Belle chronique, et la majorité des critiques sont bonnes, à voir je pense si on aime le groupe

REBLO
IP:46.218.243.77
Invité
Posté le: 26/06/2015 à 10h19 - (117100)
Très bonne chronique, étant fan de l’univers de Nirvana, je pense que je ne serais pas déçue par le doc (mais je peux me tromper)

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