MISERY LOVES CO. - Misery Loves Co. (MNW Zone/Earache) - 13/02/2016 @ 22h22
18 novembre 1995.

Une belle journée, froide mais ensoleillée. Une journée idéale pour taquiner quelques canettes entre potos à l'heure de l'apéro, bien installés en face de l'Elysée-Montmartre, histoire de se mettre en jambes pour la date parisienne de PARADISE LOST sur la tournée "Draconian Times". Le panard, ouais, quelque chose qui ressemble à ça, pour sûr. Les hecto éclusés, nous voilà à peine entrés dans la salle que les notes de basse vrombissent et saisissent nos esgourdes, des hurlements habités résonnent au loin, éructés par un énergumène en grande forme. L'ambiance prend aux tripes : riffs saccadés et section rythmique guerrière, la poudre du Grand Nord fait mouche et ses effluves titillent les naseaux. MISERY LOVES CO, c'est son petit nom, a sorti l'artillerie lourde ce soir. Et pour cause : en formule duo sur album, Patrick Wiren (braillements) et Orjan Orkloo (Tony Micelli) passent au format quintet sur scène, épaulés par quelques mercenaires dont Jim Edwards (guitare), Marre Ericksson (basse) et Olle Dahlstedt (batterie). Une équipe de choc en mode attaque frontale, qui, malgré sa jeunesse relative (le groupe n'a alors que deux petites années au compteur) connaît déjà son sujet metal-indus fracassant sur le bout des pistons. Tchouk badaboum.

La meilleure preuve ce soir-là est apportée par l'hymne "My mind still speaks", qui, telle une tornade déchaînée, ravage et régale les premiers rangs d'une violence sourde et parfaitement maîtrisée. Hagards, nous voilà comme balayés par ce tour de force catégorie F5 qui ne laisse aucun répit avant d’embrayer manu militari sur le couplé qui tue "Kiss your boots / Need another one". Kiaïïï ! Les rangs sont serrés, l'ambiance monte d'un cran, ‘va falloir réagir et mouiller le maillot les copains parce que le metal en fusion délivré ici appelle au blitzkrieg, und schnell. D'autant que nos bougres se débattent comme de beaux diables, électrisés par la réponse unanime d'une fosse qui répond présent à l'appel du riff en béton armé. 'Faut dire qu'y a d'quoi, le triplé gagnant balancé ici sans ménagement constitue la clé de voûte de la recette MISERY LOVES CO, il sera d'ailleurs complété par le missile "Sonic attack", face indus braquée sous les feux de la rampe. Plus un ou deux autres morceaux dont le nom se noie dans la brume de mon cortex vieillissant. Oui, l'alcool c'est mal. Skål !



Ah, j'allais oublier. Quand même. PARADISE LOST a fait le boulot en tête de ligne, délivrant un show propre et réglé au poil de cul, gros son au rendez-vous et une bonne moitié du set consacré à son black album rien qu’à lui. Une superbe prestation qui a régalé petits et grands. Point à la ligne.

"Misère, amour et autres petits tracas du quotidien". Tiens, ça ferait un bon titre de bouquin ça. Un peu comme l’interminable soap cul-culte "Amour, gloire et beauté" et ses 7000 épisodes consommés au-delà de la DLC. Bon, MISERY LOVES CO n’a pas duré aussi longtemps mais la décennie qu’a passé Patrick et Orjan à persécuter nos oreilles s’est avérée suffisamment productive avec trois superbes albums explorant chacun à leur manière des horizons musicaux différents, du metal-indus guerrier des débuts au post-rock organique et mélancolique qui hante "Your vision was never mine to share", chant du cygne des deux Suédois. Et pour sûr, les gaillards savent y faire quand il s'agit de mettre la main à la pâte. Mon premier a traîné ses godillots chez MIDAS TOUCH, obscure formation de speed/thrash des années 80 élevée au son de la Bay Area avant de fonder ALPHA SAFARI avec Ulf Cederlund (N'TOUMBD), une fois MISERY LOVES CO enterré. Quant au second, celui-ci a participé à un paquet de galettes en tant que claviériste ou monsieur Bip Bip Boum Boum (aka le maître des samples et du beat) notamment sur la verticale IN FLAMES 2002-2014. Ajoutez-y quelques prestations ambiancées chez les copains vikings de THYRFING ou les powerthrashers musculeux de DARKANE et le compte est bon, mon cher Bertrand.

Pour en revenir à cet album éponyme, MISERY LOVES CO joue ici la carte du direct à la carotide. Les quatre morceaux cités quelques lignes plus haut en constituent la plus belle illustration. Carré, puissant tout en jonglant avec quelques mélodies frissonnantes, le metal mâtiné d'indus proposé ici est simplement irrésistible d'autant qu'il est produit avec ce fameux doigté suédois par la fine fleur des armateurs locaux, d'Adam Kviman à Sank en passant par Thomas Hedqvist. Un brassage fascinant mis en évidence par un fil rouge commun aux trois loustics : l'efficacité. A peine le temps de d'extasier que "This is no dream" donne le ton et change la donne. Cassure. On croirait le coquin tout droit sorti d'un album de SKREW avec ses relents plus indus, virevoltant sous ses faux airs de disco désaffectée au fin fond d'une zone d'activités noyée dans la grisaille. Et si on dansait ? Ben non en fait, parce qu'avec "Happy?", l'envie de bouger meurt instantanément au son d'un récital froid et désabusé. On navigue ici à vue entre spleen et lourdeur : Droopy sors de ce corps. Deux petites minutes après s'être envoyé le bruyant interlude "Scared" derrière les tympans, il est temps de passer aux choses sérieuses. Car aucun morceau, aussi fort et musclé soit-il, n'arrive ici à la cheville de la huitième piste, "I swallow". Une rythmique tribale façonnée dans une ambiance de plomb qui vous conte la fin du monde en cinq minutes abyssales. Où la tension est palpable à chaque seconde, épaulée par une boîte à rythme magistrale qui concasse autant qu'elle broie. Le noir suinte par tous les pores, ce sombre goudron qui se nourrit du désespoir se fige...définitivement.

Deep, down, loads
I swallow
Breathe, sore, fist
I swallow - I swallow
Deep, down, loads
I swallow
Breathe, sore, fist
I swallow
I swallow


La frappe est méthodique. Chirurgicale. Meurtrière. Et laisse l'auditeur essoré, sonné. Pas facile de passer à autre chose après une telle décharge d'intensité qui en appelle autant aux dernières oeuvres des géniteurs de GODFLESH qu'au désespoir mécanique insufflé sur le premier méfait d'un certain PITCH SHIFTER. So british en somme, mais avec des cornes et des couilles de viking en sus. Tout comme ce "Private Hell" qui ne baisse pas la garde pour autant : les regrets très peu pour bibi, l'a pas tort le bougre. Un refrain entêtant, des rythmiques au groove imparable couronnées d'atmosphères bien lourdes appuyé par un Patrick aussi à l'aise dans le registre viril quand dans les parties plus claires. De la belle ouvrage. Hein Johnny ? Hein ? Et le coup de boule asséné par un "The Only way" gras du bide et bourru qui se vautre dans le thrash bien direct, ça te cause Johnny ? Le genre de truc qui live te retourne une salle du premier au dernier rang. Ouais, un rejeton qui fleure bon le FEAR FAC' en mode poutrage sur "New breed" tiens...*soupir*.



Il est presque (déjà?) l'heure de se quitter. Vous prendrez bien une dernière lichette ? "Two seconds" fera l'affaire. Plongée finale dans une mélasse indus qui vient (encore) nourrir son désespoir au son d'embardées monolithiques et d'une boîte à rythme vicelarde et binaire, ça fleure bien bon l'overdose, la respiration se fait haletante, cette chaleur angélique irradie une dernière fois les veines.
Puis l'explosion finale.
Al, sort de corps...bordel !

The body of the junkie
2 seconds
Before the needle reaches its target
Give me 2 seconds
2 seconds
A lifetime


Rendez-vous dans quelques mois pour en savoir plus sur la suite de l'histoire MISERY LOVES CO car le duo des terres glacées est de retour. Et ça va se savoir...


Rédigé par : TarGhost | 1994 | Nb de lectures : 853


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Commentaire
Humungus
Membre enregistré
Posté le: 14/02/2016 à 05h50 - (31907)
Je me permets de faire ici un bête copié-collé de mon post écrit à la base à la suite de leur annonce de reformation :
"Groupe que je connaissais uniquement de nom et que je n'avais jamais pris le temps d'écouter...
Du coup, voyant la flopée de commentaires dithyrambiques sur cette reformation, je décide de me télécharger la discographie en me disant que je suis peut être passé à côté d'une belle chose...
Et ben ouais les gars !
Très bon groupe que voilà. Je n'ai pour l'instant écouté que le premier album et le EP "Happy ?", mais c'est vraiment du tout bon. En même temps, étant fan de GODFLESH, MINISTRY, FEAR FACTORY et NAILBOMB (comparaison ici assez flagrante il me semble), je ne pouvais qu'adhérer à ce style de formation.
Merci donc à vous.
Aaaahhh ! Que c'était bien tout de même les 90's ! (vieux con speaking)
Par contre, assez surpris qu'ils aient pu faire la première partie de PARADISE LOST à l'époque... Cela n'a vraiment rien à voir l'un avec l'autre.
Pis surtout, faudra m'expliquer pourquoi METAL ARCHIVES annote ça comme étant du "Doom/Thrash/Industrial Metal"... A moins que cela n'apparaisse sur des albums que je ne me suis pas encore passés, y'a pas plus de Doom là dedans que de talent chez BOOBA."
Et je vois donc que TarGhost utilise également dans sa kro 3 de mes analogies... C'est donc que je ne suis pas encore si pourri que ça... ... ...

talk shit
IP:185.20.17.226
Invité
Posté le: 14/02/2016 à 08h24 - (31908)
ya aussi un peu de Neurosis 90's la dedans

matthieullica
Membre enregistré
Posté le: 14/02/2016 à 12h09 - (31909)
TarGhost, j'avais déjà beaucoup apprécié ta chronique de "Horror Wrestling" de DRAIN dans laquelle j'avais ouvert la portière-papillon de la DeLorean pour rejoindre mes années "metal & libido". (Martina Axen = chouiiiiinnngggg)

C'est avec le même plaisir que j'ai parcouru cette chronique sur ce groupe encensé par des dizaines de commentaires laudatifs cette semaine.
Vu en live en 97 avec MachineHead au Zénith.

J'ai envie de dire : les 90's !

Moshimosher
Membre enregistré
Posté le: 14/02/2016 à 16h34 - (31910)
Dommage que je n'ai pas eu l'occasion d'écouter l'album du groupe avant le concert de PL... Misery m'aurait sans doute marqué un peu plus... C'est pas mal, c'est pas mal...

En tout cas, la chronique est de qualité... merci... :)

Zblam
Membre enregistré
Posté le: 15/02/2016 à 08h25 - (31912)
Je me permets : le nom du groupe, "Misery loves co.", ne veut pas dire je pense "Misère, amour et autres petits tracas du quotidien". C'est une expression anglaise, "Misery loves company", qui veut dire qu'on se réconforte de trouver la compagnie d'autres qui sont frappés du même malheur que soi.

Ca fait des souvenirs ce groupe... La tournée avec Machine Head en 1997... Le clip de My mind still speaks sur MTV... Je vais me replonger dedans :)



Humungus
Membre enregistré
Posté le: 15/02/2016 à 18h15 - (31913)
Bon... Ben je viens de finir d'écouter les deux albums suivant celui-ci :
- Le second : Bof.
- Le troisième : Nul.
Et comme je le disais, y'a pas une once de Doom dans tout ça.

Ivan Grozny
Membre enregistré
Posté le: 15/02/2016 à 21h02 - (31914)
Rien à ajouter, du pur concentré de nostalgie 90's ce disque. Merci TarGhost pour cette chro aussi annoncée aussi écrite.

Burn
IP:82.66.214.120
Invité
Posté le: 14/03/2016 à 00h03 - (31921)
Le deuxième et le troisième album sont bien meilleurs, plus personnels !

Nomac
IP:78.192.198.249
Invité
Posté le: 14/03/2016 à 12h21 - (31922)
Et les loches de ta mère elles sont doom Humungus ?

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