WINGS - Diatribe (Woodcut) - 31/10/2015 @ 21h12
1987-1992 ou l'adolescence de la scène extrême scandinave. Une période charnière traversée par d'innombrables formations à l'existence éphémère et à l'influence parfois déterminante. Moins en vue que ses voisins suédois et norvégiens, la Finlande n'a pourtant pas démérité. Profitons-en pour rendre un rapide hommage à des précurseurs tels que Stone, Rytmihäiriö, Protected Illusion ainsi que S.D.S. (futur Convulse), Violent Solution (futur Amorphis), Abhorrence, Repulse (futur Xysma), Deformity (futur Sentenced), Putrid (futur God Forsaken), Desecrator (futur Vomiturition) ou encore Cartilage pour avoir essuyé les plâtres. Et justement un mot sur ces derniers. Le bilan de ce quintet de death metal comprend 2 Demos et un split avec les Suédois d'Altar (pour les curieux voir ICI). L'après Cartilage voit 3 d'entre eux se recentrer sur Vomiturition, le frontman Mikki Salo s'embarquer dans la création d'un label (Woodcut Records) et le guitariste Karri Suoraniemi bricoler un projet solo: Wings. C'est le menu du jour.

Sous le pseudo de Gabriel Suoraniemi, le Finlandais enregistre en 1992 Bitterness, une K7 promo 2 titres que son pote Mikki Salo se charge de distribuer. Une jeune structure française se montre intéressée: Adipocere. Ayant déjà produit une flopée de 7" vinyl ainsi que le 1er album de leurs compatriotes God Forsaken, le label de Christian Bivel donne sa chance à Wings. L'année suivante, Gabriel Suoraniemi met en boite un EP, Thorns on Thy Oaken Throne, avec l'aide du batteur de Cartilage et Vomiturition, Kai Hahto. Le morceau Under Autumn Trees est issu de Bitterness, alors que A Canticle to Forlorn est une nouvelle compo où les vocaux sont délégués à August Hyvärinen. Dans la lignée de Cartilage, cet EP présente un death old-school typique de l'époque alternant phases rouleau-compresseur et accélérations, le tout saupoudré de mélodies funéraires et de claviers discrets. Ce premier pas motive Gabriel Suoraniemi à faire de Wings un groupe à part entière. Kai Hahto devient membre permanent au même titre qu'August Hyvärinen désormais guitariste. Le bassiste Harry Kessunmaa complète la formation qui se rode avec The Sun, une Demo autoproduite qui parait en 1994. L'évolution est en marche...

Bien sûr à l'époque pas d'internet ni même de samplers pour nous guider, piocher dans l'underground relevait le plus souvent de la prise de risque et se traduisait par un achat à l'aveugle. Ma route a croisé celle des Finlandais au détour des pages du catalogue VPC de Holy records, l'étiquette "Original Progressive Doom" et la description "Par le producteur de Sentenced, un album très recommandable, mélodique et novateur, une excellente découverte!" ayant éveillé ma curiosité. Mais j'admets m'être rarement débarrassé aussi vite d'un album que ce Diatribe. Si son passage en prix cassé et le split du groupe dans la foulée semblent donner raison à l'ado que j'étais, c'est un peu trop facile. Notez au passage le contraste entre la description du label de Philippe Courtois et les références au Death Metal que l'on trouve sur le net (metal-archives, Woodcut records). Vous le sentez, il y a matière à discuter. Presque 20 ans après, j'ai redonné sa chance à Diatribe et décidé de l'évoquer de façon précise et équitable.
Mieux vaut tard que jamais, n'est ce pas?


Outre son visuel de bac d'occases, Diatribe est la première référence de Woodcut records (qui se spécialisera dans les groupes locaux comme Alghazanth, Horna, Throes of Dawn). Ahti Kortelainen (Impaled Nazarene, Sentenced) signe la production. La lecture des crédits démontre une volonté des Finlandais d'expérimenter, notamment par l'utilisation de claviers/samples. Et effectivement lorsqu'on découvre cet album, on s'aperçoit vite que le death old-school n'est plus au programme. Remise en question et prise de risques étaient monnaie courante à l'époque, nombre de formations doom/death évoluant vers le gothic metal ou prenant un virage death n'roll / stoner avant l'heure. Cet album de Wings se situe justement dans le no man's land qui existait avant que de solides passerelles entre les genres ne soient érigées. Imaginez la rencontre d'un groove à la Alastis/God Forsaken et de mélodies/expérimentations à la Paradise Lost/Tiamat millésime 1992. Ce genre de comparaisons ne parlant qu'aux plus anciens, disons qu'il s'agit d'un doom/death lorgnant vers le gothic metal et surplombé de vocaux principalement rauques. Nous avons effleuré la surface, maintenant plongeons dans le bain.

Le premier à s'illustrer sur Diatribe c'est Kai Hahto, avec un ensemble batterie/percus au rendu presque tribal sur l'intro de Sunburnt. Très à l'aise techniquement, il bénéficie d'une franche liberté d'expression et d'une production d'excellente qualité. Descentes de toms, roulements, double-pédale, utilisation judicieuse des cymbales et participation à l'enrobage sonore... Kai Hahto est un musicien talentueux, son parcours en atteste (voir CV en fin de kro). Son compère bassiste Harry Kessunmaa renforce le groove des riffs et participe à la trame mélodique, notamment sur l'expérimental Deus Ex Machina. Quant à la paire de guitaristes Suoraniemi/Hyvärinen, il faut bien admettre que leurs riffs ne sont pas toujours des plus inspirés et leurs influences assez facilement décelables (l'accroche de Cast Asunder très God Forsaken, les leads à la Gregor Mackintosh sur Equidistant). Les Finlandais compensent ce travers par des morceaux au caractère changeant parfois surprenant (Unwind sonnant comme un mix Korpse/Pyogenesis ou l'entame metal indus de Deus Ex Machina) et un bon travail d'arrangements dont Austere est assez représentatif. Arpèges, leads, harmonies, soli c'est bien fait.

Si les vocaux versent principalement dans le rauque à la Nick Holmes période Shades of God/Icon, Gabriel Suoraniemi s'efforce de varier les tessitures/effets: chant clair, grave, déclamatoire, parlé, murmuré, voix déformées ou filtrées. Au registre des surprises: l'intro d'Eden qu'on jurerait empruntée à The Gathering période Almost a Dance (même ambiance et chant clair nasillard à la Niels Duffhues) et les discrets choeurs grégoriens à la M.Pheral/Sundown sur Austere. Mais entre errances et faussetés (la fin de Thus Far), les vocaux restent en définitive le point noir de cet album. Pour clore l'instrumentation, un mot sur les arrangements. Les Finlandais ne se contentent pas de discrètes nappes synthétiques, de quelques notes de piano (Austere) et d'un gimmick (la boite à musique à la fin d'Unwind), ils passent aussi par la case samplers qui ajoutent un peu de relief à l'ensemble. Diatribe se conclut d'ailleurs par un titre synthétique de presque 8 minutes: Passion et Resurrection (clin d'oeil à leur collaboration avec Adipocere). Beat electro, samples en pagaille, multiplication des couches de claviers, voix filtrées et désincarnées... Un bon climax pour cet album aventureux.



En dépit du poids des ans et de l'épaisse couche de poussière qui le recouvre désormais, Diatribe n'est pas dépourvu d'intérêt et parlera peut-être aux amateurs de cette époque révolue où les groupes n'hésitaient pas à défricher des territoires inexplorés et tenter des mélanges de genres improbables, quitte à ce que le tout leur explose à la tronche. Une dernière chose, si Wings a splitté en 1995, les 4 Finlandais se sont recyclés avec une formation amenée à durer: Enochian Crescent.


Gabriel Suoraniemi

1991-1992: Cartilage
1992-1995: Wings
1995-2012: Enochian Crescent
2002-2008: Thales
2005: Ghost Guard
2008-2010: All Dreams Dying
2012 à nos jours: The Crescent

Kai Hahto

1991-1992: Cartilage
1993-1995: Wings
1994-1995: Vomiturition
1995-1999: Enochian Crescent
1995-2006: Rotten Sound
1997: Throes of Dawn (guest)
2000: Agressor (session)
2002?-2006?: Arthemesia
2004 à nos jours: Wintersun
2007, 2009-2014: Swallow the Sun
2013 à nos jours: Trees of Eternity
2014 à nos jours: Nightwish (session)


Rédigé par : forlorn | 1995 | Nb de lectures : 684


Auteur
Commentaire
TarGhost
Membre enregistré
Posté le: 01/11/2015 à 10h37 - (31771)
Jamais entendu parler du WINGS finlandais...chouette découverte en tout cas, notamment l'album "Diatribe" qui me fait pas mal penser au CEMETARY de "Black vanity" ou de ses compatriotes de SENTENCED époque "Amok". De la belle ouvrage mon bon monsieur !



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