LOVE LIKE BLOOD - Snakekiller (Hall of Sermon) - 29/03/2014 @ 23h06
Hormis son contenu et la promo, savez vous ce qui donne de la valeur à un album? Réponse: Ce que l'on en fait. Les transformer en oeuvre d'art contemporain de type frisbee ou cale pour meuble? Boarf, you're funny, guys. Blague à part, il n'y a rien de mieux que lui associer émotions et souvenirs via des évènements marquants et des rencontres. Prenons par exemple cet album de Love Like Blood (qui tire son nom d'un morceau de Killing Joke). Je l'associe à une VHS et un magazine. Ma découverte de ce groupe allemand remonte à 1996 avec le 1er volume des Beauty in Darkness. Au programme, le clip de Heroes, reprise du classique de David Bowie, dévoile un gothic rock tel qu'il se pratiquait chez les Anglais quelques années plus tôt. Verdict? Une version agréable, mais un peu datée et manquant de personnalité. 2 ans plus tard, en novembre 1998, j'achète le 1er numéro d'Elegy chez mon buraliste. Un coup d'oeil au sommaire et à son sampler... Tiens, Love Like Blood, je connais ce nom... Cette fois l'évolution est nette et le résultat autrement plus convaincant.
Voyons donc à qui nous avons à faire...

Il s'agit d'un pionnier du gothic rock allemand fondé en 1987. Au fil de ses enregistrements, le groupe des frères Gunnar (basse/compos) et Yorck Eysel (chant/paroles) va progressivement se détacher du modèle anglais (The Sisters of Mercy, Fields of the Nephilim & cie), troquant le raffinement initial des claviers et autres guitares acoustiques pour une approche plus directe et moderne lorgnant vers la sphère metal. Les années 90s se distinguent par pléthore de croisements génétiques, dont le gothic metal initié par Type O Negative et développé par Paradise Lost (dont chaque album ou presque a influencé des légions de groupes). Parties d'un extrême balbutiant, de nombreuses formations ont muri, jusqu'à obtenir une subtile synthèse de metal, de gothic rock et d'influences diverses (electro, pop, indie, world...). De l'autre côté de la barrière, les Allemands de Love Like Blood ont fait le chemin inverse. A l'époque on a fini par réaliser que des publics autrefois antagonistes se mélangeaient, au point d'être amalgamés par des médias généralistes avides de sensationnel.

"Quand nous avons débuté, nous étions le seul groupe à faire ce type de musique en Allemagne, et il n'existait pas de scène pour ça. Il a fallu drainer des fans petit à petit. Ça a pris du temps avant de jouer devant un public vraiment réceptif. Il n'y avait pas non plus de festivals ou de magazines comme c'est le cas aujourd'hui."
Yorck Eysel (dans le n°1 de novembre/décembre 1998 d'Elegy)

Les premiers signes d'évolution chez Love Like Blood sont audibles dès leur 3ème album Odyssey (1994). Mais ce n'est pas tout. Fait méconnu, Yorck Eysel est aussi un cadre de longue date de Nuclear Blast. Je ne détaillerais pas ses fonctions, pour les plus curieux direction l'organigramme du label allemand (voir ici). Recentrons nous plutôt sur la carrière de son groupe. De 1995 à 1998, Love Like Blood connait un passage à vide. A la question d'Elegy "Pourquoi avez-vous mis autant de temps à accoucher de ce nouvel album?" Yorck Eysel répond: "Le groupe s'est arrêté pendant un an car la situation devenait critique avec les musiciens de l'époque. (NdF: le batteur originel Jochen Schmid et le guitariste Colin Hughes) Nous avons aussi connu une sorte de traversée du désert sur le plan créatif. Nous n'étions pas sûrs de la direction que nous voulions prendre. (...) Mon frère et moi avons finalement décidé que nous devions tout reprendre à zéro. Nous avons écrit des chansons tous les 2, puis nous sommes entrés en studio avec des musiciens invités. Tout ça a donc pris beaucoup de temps."

L'entité Love Like Blood souffle sa 10ème bougie en choisissant d'aller de l'avant. Leur nouveau mode de fonctionnement s'accompagne d'un changement de structure. Exit Rebel records, sous-division de SPV chez qui sont sortis leurs 3 opus précédents [An Irony Of Fate (1992), Odyssee (1994) et Exposure (1995)]. Les Allemands referment ce premier chapitre de leur histoire avec l'inévitable best of: Swordlilies. Ceci fait, Love Like Blood rejoint les rangs de Hall of Sermon, label de Tilo Wolff, maitre à penser de Lacrimosa. Cependant encore aujourd'hui la genèse de Snakekiller m'apparait confuse. Lors de la promotion, Yorck Eysel a déclaré travailler avec Esa Holopainen (Amorphis) aux guitares, A.C. (Lacrimosa) à la batterie et Suzanne D'Iavollo (Moonchild) aux claviers et chant féminin. Ce line-up très alléchant ne participera malheureusement pas à l'enregistrement de ce 5ème album, pour, je le suppose, des raisons d'ordre contractuel et de disponibilité. Love Like Blood change également de lieu, privilégiant le studio Abyss d'un certain Peter Tägtgren (Hypocrisy).


Gunnar & Yorck Eysel

Le livret de Snakekiller, conçu par Gunnar Eysel, me rappelle quelque chose... Attendez... un visuel noir sobre avec des serpents en surimpression... Vous y êtes, il est très proche de celui du Black Album de Metallica (en mieux). Dans le genre détail inutile qui ne dérange que moi, les paroles des morceaux n'ont pas été imprimées dans l'ordre des plages. Quant à la production... A l'écoute de l'envoutant Phrases sur le sampler Elegy, j'ai réalisé que je tenais un classique du genre, bénéficiant d'un travail d'orfèvre derrière la console. Rien que ça ouais. L'identité sonore et le rendu 'luxuriant' du mixage (Phrases fourmillant de détails dans son crescendo final) m'ont vraiment interpelé. Concernant les instrumentistes, Love Like Blood a fait appel au guitariste Lars Johannson (de Candlemass?), à 2 batteurs, Alex Sauer (sur 8 morceaux) et Ed Warby (sur Pale Sky, Snakekiller et Lost Evidence), ainsi qu'à la chanteuse Annélie Beronius Haake (de Mindtrip). Pour info, le multi-instrumentiste Alex Sauer a depuis fait carrière dans la house music. Quant à Ed Warby, ce dernier était en pleine reconversion, profitant du split de Gorefest pour rejoindre Arjen Lucassen (Ayreon).

S'il n'en a pas l'air, Snakekiller est un vrai disque de gratte. Et si la modernité et le punch sont de la partie, le job de Lars Johannson privilégie les ambiances. Essentiellement mid-tempo, ses rythmiques se font tour à tour groovy (Ylene, This Empty Ocean), doomy (Phrases) ou noisy (Brainchild), mais s'effacent régulièrement au profit d'un entrelacs mélodique inspiré (Pale Sky, Liberation). La multiplication des pistes et la qualité du mixage apportent une profondeur appréciable. Ici tout est question de nuances et de dosages, la palme du romantisme sombre revenant à Dawnland, une composition regorgeant d'arpèges, de plans acoustiques et de leads. L'utilisation des claviers est aussi très bien pensée. Loin d'être envahissants, ils sont employés judicieusement, le plus souvent à l'arrière plan ou lors de moments clés (en particulier sur Phrases). Omniprésente, la basse de Gunnar Eysel mène régulièrement la danse (Lost Evidence, Whispering Memories). Côté batteurs, le bilan est aussi très positif. A retenir, l'intro aux percus d'Into the Snake Pit, ainsi que les parties où ils déploient leur dextérité (Pale Sky, Ylene).

Concernant le chant, Yorck Eysel ne verse plus dans la caricature d'Andrew Eldritch et Carl McCoy. L'homme a du métier et nous offre quelques refrains de derrière les fagots. Quant aux discrètes interventions d'Annélie Beronius Haake, à l'instar des claviers, elles s'insèrent de façon plutôt subtile (le chorus de Dawnland, le refrain de Phrases). Au risque de surprendre, pour les textes de Yorck Eysel, je préfère botter en touche, histoire d'éviter d'éventuels contresens et polémiques qui nous feraient oublier la musique. C'est le seul bémol que je pourrais utiliser pour atténuer la réussite d'un album tel que Snakekiller conciliant évolution dans la continuité et nouveau départ. La suite? Love Like Blood est remonté sur scène avec un line-up comprenant un guitariste reconnu: Lothar Först (Sculpture, ex-Crematory). Leurs efforts seront payants, les Allemands reprenant, au moins provisoirement, leur place sur un échiquier gothique sensiblement étoffé depuis leurs débuts.

Dans ce créneau, les enregistrements associant maturité d'écriture et production de haut vol sont rares, surtout s'agissant de gothic rock saupoudré d'influences metal (habituellement c'est le contraire).
Je vous conseille donc ce Snakekiller particulièrement accrocheur.

Phrases: https://www.youtube.com/watch?v=cYzCltxrY0s
Ylene (Born For Bliss cover): https://www.youtube.com/watch?v=fLaEq1ca_lU
Dawnland: https://www.youtube.com/watch?v=K2mEFMdRBSQ


Rédigé par : forlorn | 1998 | Nb de lectures : 1490


Auteur
Commentaire
RunForestRun
Membre enregistré
Posté le: 30/03/2014 à 12h54 - (30773)
Je ne me suis jamais intéressé à Love Like Blood... Cette excellente chro est peut-être l'occasion de réparer cette lacune ! :-)

Moshimosher
Membre enregistré
Posté le: 30/03/2014 à 13h54 - (30780)
La chronique m'a donné envie de découvrir ce groupe ! Comme souvent, quoi... :)



hammerbattalion
Membre enregistré
Posté le: 02/08/2015 à 21h41 - (31720)
Tes quatre premières lignes résument tout!

Autrement, c'est étonnant que ces gars peinaient à rassembler chez eux, vu le style pratiqué. Je vais écouter çà tiens!

forlorn
Membre enregistré
Posté le: 02/08/2015 à 23h00 - (31722)
@ hammer: Vu de 2015 la déclaration a effectivement de quoi surprendre. C'est une question de contexte.

A la fin des années 80, la scène gothique n'avait pas encore trouvé son second souffle (grâce au metal), les medias même spécialisés ne s'étaient pas encore développés (on parle bien de la presse écrite) et les fameux festivals dédiés au(x) genre(s) n'existaient pas encore... ou plutôt n'avaient pas le droit d'exister. Par exemple la 1ère édition du Wave Gothic Treffen remonte à 1987 suite à quoi le fest a été déclaré illégal. Ce n'est qu'après la réunification allemande que les choses ont lentement pu se mettre en place.

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