NUCLEAR ASSAULT - Out of Order (I.R.S.) - 18/01/2014 @ 23h57
Entre des programmes TV relativement variés et une production cinématographique US largement favorable à notre famille musicale, un gamin curieux ne manquait pas d'opportunités de découvertes il y a 20 ans. Chez moi l'abonnement à canal + était plus que rentabilisé. Voici le pitch de Warlock: The Armageddon: "Tous les 600 ans, Satan a l'opportunité de s'échapper de l'Enfer. Le prologue se déroule dans un passé médiéval où un ordre druidique empêche l'Armageddon de justesse grâce à des pierres runiques, avant d'être presque entièrement massacré par des chevaliers chrétiens. Le reste du métrage se déroule dans l'Amérique moderne, avec l'apparition du Warlock qui se met en quête des pierres. Pressentant sa venue, les descendants de l'ordre, qui vivent dans une petite communauté rurale, se préparent au combat." Oscillant entre fantastique et horreur, ce film réalisé en 1993 par Anthony Hickox (après un 1er volet signé Steve Miner) avait tout pour me plaire, à commencer par son casting. Julian Sands (Arachnophobie, Le Festin Nu) campe le Warlock, sorte de Méphistophélès aristocratique particulièrement cynique et cruel (voir ses mises à mort dignes de Freddy Krueger). Face à lui, un couple de jeunes druides sexy, Chris Young et Paula Marshall, entouré de vieilles gloires, dont Steve 'L'Arme Fatale' Kahan et Charles 'The Thing' Hallahan. Certains auront peut-être aussi noté le caméo du héros de Gremlins, Zach Galligan. Pour clôturer le tout, le morceau du générique n'est autre que le Something Wicked de Nuclear Assault. Ayant décidé d'acheter le 1er album du groupe qui me passerait sous le nez, il a fallu que je tombe sur Out of Order. Ah jeunesse innocente...

Avant de me faire l'avocat du diable (transition toute trouvée) en tentant de défendre un album cloué au pilori et désigné par l'écrasante majorité comme le plus mauvais album du groupe, petit rappel biographique:

1984: Fondation de Nuclear Assault par Dan Lilker (bass) et John Connelly (vocals/guitars), tous 2 ex-Anthrax.
1985: Arrivée du soliste Anthony Bramante et du batteur Glenn Evans. Enregistrement des 1ères Demos.
1986: Signature chez Combat records. Sortie de l'EP Brain Death puis du 1er album Game Over.
Tournée européenne avec Agent Steel et Atomkraft.
1987: Sortie de l'EP The Plague et changement de label.
1988: Sortie du 2ème album Survive. Succès critique et commercial.
Le groupe tourne massivement (1ère partie de Slayer), y compris en tête d'affiche (avec Acid Reign).
1989: Sortie du 3ème album Handle with Care. Leur style évolue et le succès se confirme.
Nuclear Assault en tournée mondiale avec Testament et Savatage.
1990: Le Handle with Care Tour est immortalisé sur VHS.
Divergences et autres side-projects ont raison de la cohésion du groupe. Les rumeurs de split enflent.

Replacer ce 4ème album studio dans le contexte de son époque est important. On le sait, l'industrie du disque était en pleine mutation. Après un cycle de rythmiques frénétiques et hargneuses, l'heure était à la remise en question pour les thrashers de tous poils. Mid-tempos et atmosphères prenaient l'ascendant, des albums tels que Persistence of Time (1990), The Ritual et Renewal (1992) en témoignent. Avec une activité scénique importante et 3 albums enregistrés en 4 ans (sans compter les EPs et autres singles), l'émergence de tensions au sein du quartet new-yorkais était prévisible (le contraire aurait été surprenant). Si Dan Lilker nous a habitué à jongler entre divers instruments et projets (S.O.D. puis Extra Hot Sauce), cette fois la mécanique va s'enrailler. En 1990 le bassiste hyperactif fonde Brutal Truth qui va rapidement devenir sa priorité (et accessoirement une légende du grind).
Sa fièvre émancipatrice gagne aussi les autres membres de Nuclear Assault, rompant l'alchimie 80s. Le batteur Glenn Evans se signale la même année avec le 1er album de C.I.A., projet solo dans lequel il se charge de tout, y compris la production. L'enregistrement de l'album de John Connelly Theory concentre l'attention de l'intéressé au point de négliger celui de Nuclear Assault au printemps 1991. Les crédits d'Out of Order le prouvent, l'investissement du frontman a été minimal. S'il semble avoir participé au processus de composition, John Connelly partage et concède le chant à plusieurs reprises et surtout, la plupart des rythmiques ont été mises en boite par le soliste Anthony Bramante. Pour Nuclear Assault le changement c'est maintenant.

Entre un intitulé explicite ("hors-service") et un visuel vraiment merdique, l'affaire ressemble à un sabordage. N'ayant pas vécu l'âge d'or du thrash et ne connaissant rien du groupe à l'époque, leur évolution ne pouvait en rien me gêner (à condition que l'inspiration soit au rendez-vous). Avec le recul il faut admettre qu'Out of Order résulte autant d'une croissance naturelle que d'une volonté d'expérimenter. Les mid-tempos qui se taillent la part du lion sur cet opus pointaient déjà le bout de leur nez sur Handle with Care (voir Trail of Tears) et si l'utilisation de parties acoustiques a pris une importance inattendue à l'initiative de Glenn Evans, ce n'est pas vraiment une nouveauté (l'intro de Brain Death ayant ouvert la voie dès 1986).
Out of Order se distingue de ses prédécesseurs par des parti-pris radicaux:
- la quasi-disparition des tempos speed (pourtant leur marque de fabrique)
- le partage des vocaux, Anthony Bramante et Dan Lilker n'étant pas à leur avantage (Doctor Butcher, Hypocrisy).
- l'usage de claviers par Dan Lilker (Stop Wait Think) et John Connelly (Save the Planet).
- une production pour la première fois signée Glenn Evans.
Avant de rentrer dans les détails, abordons le dernier point. Epaulé par Casey McMackinun, technicien au palmarès sympathique (Motörhead, Megadeth, Dark Angel...) habitué à bosser avec eux, Glenn Evans ne s'est pas vraiment troué mais en dénaturant leur son il a contribué à accroître la fracture entre Nuclear Assault et ses fans.
Un peu trop propre, sa prod manque de puissance et de hargne, en grande partie à cause de guitares rythmiques sous-mixées (flagrant sur Too Young to Die) souvent masquées par la basse envahissante de Dan Lilker, les nombreux soli d'Anthony Bramante, voir certains arrangements. Les remastering effectués récemment (fin 2013) par Glenn Evans lui-même corrigent cet état de fait. Faites le comparatif sur youtube, vous verrez.

Concernant les compos, il y a à boire et à manger (le propre des albums hétérogènes?). Au temps évacuer le négatif en premier, Out of Order s'achève par Ballroom Blitz, une reprise punkisante aussi calamiteuse qu'incongrue de Sweet, groupe de glam anglais des 70s. Vous m'en voudrez pas de préférer assez largement la version de la bombe Tia Carrere dans Wayne's World. Je comprends la déception des fans de longue date, car le sentiment d'avoir à faire à un groupe en perte d'inspiration est net, malgré d'indiscutables qualités instrumentales. Entre speederies inconsistantes (Quocustodiat, Hypocrisy) et mid-tempos poussifs (Doctor Butcher ou Resurrection et ses influences doom/death), Nuclear Assault déçoit. Ceci étant, tout n'est pas à jeter non plus loin de là.
Même s'ils accusent quelques longueurs, des morceaux comme Fashion Junkie et Preaching to the Deaf ne sont pas dénués de qualités (intro et crescendo intéressants pour le 1er, dialogues vocaux et abondance de soli pour le 2nd). Sur les 10 compos originales d'Out of Order, 4 titres ont mes faveurs. Sign in Blood ouvre les hostilités et possède tous les atouts qu'on est en droit d'attendre d'un groupe de cette trempe: intro accrocheuse, super riff, énorme groove, refrain efficace, backings de bucherons et super soli. Difficile aussi de résister à Too Young to Die. Sa rythmique ferait jumper un cul de jatte et son alternance avec des passages acoustiques fonctionnent au poil. Stop Wait Think représente ce qu'Out of Order aurait du être dans son ensemble, l'alliance parfaite du speed/thrash 80s au groove atmosphérique représentatif de ce début de décennie. Après une excellente intro claviers/guitares acoustiques les New-Yorkais démarrent pied au plancher pour une cavalcade hargneuse enfin conforme aux attentes des vieux fans. Quant à l'instrumental Save the Planet, cette compo de thrash progressif signée Anthony Bramante dévoile un groupe capable de moments de bravoure qu'on n'attendait plus. Outre les excellentes parties de guitares acoustiques, on notera un surprenant solo de claviers signé John Connelly. Alors oui à l'heure du bilan, Out of Order est incontestablement le maillon faible de la disco de Nuclear Assault. Mais soyons justes, les New-Yorkais ont au moins eu le mérite de faire bouger les choses, d'exploiter une autre facette de leur musique.

Out of Order marque le début d'un inévitable déclin pour Nuclear Assault. La conséquence immédiate de cet échec conduit aux départs de Dan Lilker et Anthony Bramante, le 1er étant occupé à enfanter un monstre (Extreme Conditions Demand Extreme Responses), bricoler des side-projects (Malformed Earthborn, Exit-13) et jouer les mercenaires (Holy Moses), le second retournant à l'underground (les groupes Phantom puis Mudgod). John Connelly et Glenn Evans prolongeront l'aventure le temps d'un 5ème album studio honorable, Something Wicked, avec 2 membres de Prophet, le bassiste Scott Metaxas et le guitariste Dave DiPietro.

Maintenant à vous de choisir:
- la version intransigeante: Out of Order est une sombre merde inécoutable
ou
- la version indulgente: Out of Order est un album partiellement loupé

Sign in Blood: https://www.youtube.com/watch?v=WpN0FrndFaw
Stop Wait Think: https://www.youtube.com/watch?v=SQgQ9tXssgM
Save the Planet: https://www.youtube.com/watch?v=HVcSXv9cVCI


Rédigé par : forlorn | 1991 | Nb de lectures : 1316


Auteur
Commentaire
hammerbattalion
Membre enregistré
Posté le: 19/01/2014 à 02h11 - (30449)
Ah oui, tout à fait d'accord, le maillon faible à deux ou trois exceptions près. J'ai découvert Nuclear Assault avec cet album que j'ai acheté à sa sortie. Trop mou, trop indigeste, même pas mélodique comme The Ritual par exemple. Je l'ai revendu presque aussitôt et ai mis beaucoup de temps à jeter une oreille sur leurs (fantastiques) premiers skeuds.



nocturnus1977
Membre enregistré
Posté le: 19/01/2014 à 07h02 - (30450)
Merci pour cette superbe chronique.
Avec mes potes on avait découvert Nuclear Assault sur le tard (1994) et après le sympathique Handle With Care, cet album fût une suprise. Et plutôt une bonne... Les compos transpirent la liberté, la qualité de composition. Les mecs savent écrire des titres et osent pas mal de chose (encartade death ou passage acoustique).
Je suis fan de cet album malgré qq titres moins bons.



raziel
Membre enregistré
Posté le: 19/01/2014 à 09h24 - (30451)
J'ai toujours cet album en K7. Beaucoup de souvenirs lycée...

Mais il est vrai que c'est leur album le plus faible. Et la pochette reste culte...de laideur.

Il arriva pourtant au bon moment, celui des grandes évolutions, des grandes transitions comme mentionné dans la chro. Mais il est raté, la faute à des envies d'ailleurs du gars Lilker surtout.

Morbid Tankard
Membre enregistré
Posté le: 19/01/2014 à 15h40 - (30455)
Quelle déception à l'époque. Ils se sont écroulés d'un coup.



nocturnus1977
Membre enregistré
Posté le: 19/01/2014 à 20h33 - (30457)
au passage, j'adore le titre "Fashion Junkie"

Arioch91
Membre enregistré
Posté le: 20/01/2014 à 15h28 - (30461)
De cet album, je ne me souviens que d'un titre, Resurrection, avec sa grosse voix death durant les refrains.

Et aussi le chant de Connely, bien poussif.

Qualitativement parlant, pour moi NUCLEAR ASSAULT s'arrête à Survive. Après...



Globox666
IP:78.248.28.114
Invité
Posté le: 20/01/2014 à 21h48 - (30462)
J'ai découvert Nuclear Assault avec cet album et même si je lui ai préféré légèrement "Handle With Care", ce groupe est toujours resté dans mon cœur avec cette galette.

"Resurrection" "Sign In Blood" "Too Young To Die" "Doctor Butcher" entre autres sont des petites boucheries !

goldbeurk
IP:195.244.180.59
Invité
Posté le: 23/01/2014 à 16h59 - (30464)
Et bien moi j'aimais bien cet album, comme les précédents, même s'il y a moins de hargne ....

heartwork
Membre enregistré
Posté le: 23/01/2014 à 22h16 - (30465)
a part sign in blood et ballroom blitz que j'aime bien (on retrouve tout l'humour du groupe dans la façon de l’interpréter) tout le reste est franchement pas terrible.Heureusement que l'album suivant "something wicked" (trop sous estimé a mon avis) relève le niveau (et leur meilleur dernier album a ce jour car celui de la reformation est plutôt mauvais aussi (a part Long hair asshole) mais ce dernier m'aura donné l'occasion de les voir enfin en live.




Dragounet
Membre enregistré
Posté le: 09/10/2014 à 22h44 - (31262)
Encore une superbe chronique, merci.
Pour ma part j'opte pour le parti de l'indulgence.
Le terme qui résume le mieux mon ressenti sur cet album est "creux". Il sonne creux, la moitié des compos sonne creux; comme il l'est si bien évoqué on sent un méchant manque de cohésion et de motivation de la part de ses auteurs.
Quelques titres sortent du lot et c'est déjà pas si mal, mais tout de même méchamment en deçà de ce qu'ils avaient pu fournir depuis le début de leur carrière.



1EDH4GSyaQ
IP:5.188.211.170
Invité
Posté le: 10/03/2017 à 13h30 - (31961)
Macher ekdam jal jhiarye tate holud nun makhiye niyo, and little bit of atta. Tel khub garam haye gele tar por-e mach bhejo. R ekta side puro bhaja na hawar age otake narabe na

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