NIGHTFALL - Athenian Echoes + Eons Aura (Holy) - 26/10/2013 @ 21h02
On garde toujours un souvenir assez net de nos premières fois. Dans le cas présent, tout a commencé avec Hate Over Blood. Cette compilation m'a permis de faire un certain nombre de découvertes marquantes, parmis lesquelles les Français d'Astral Rising, Dark Tranquillity période The Gallery et donc les dieux grecs de Nightfall... Lorsqu'on remonte le fil du temps, on constate que les Atheniens collectionnent les 'first' en étant:
- le premier groupe signé par Holy records (en mars 1992), ouvrant la voie à d'autres compatriotes (Septic Flesh et On Thorns I Lay en tête).
- le premier de cette fameuse génération grecque à dégainer un album longue durée, la sortie de Parade Into Centuries (en septembre 1992) devançant de plusieurs mois les opus d'Horrified, Necromantia, Rotting Christ et Varathron.
- l'un des premiers groupes grecs à effectuer une tournée européenne: le Macabre Dance Tour en 1994 avec Celestial Season et Sadness (+ Sadist sur certaines dates).
A l'avant-garde de son époque, Nightfall était non seulement un pionnier, mais un incontestable leader, proposant un metal versatile et puissant, gorgé de mélodies et d'atmosphères épiques. Retour sur leurs années de gloire...

Efthimis Karadimas (vocaux/basse/claviers) fonde Nightfall à Héliopolis dans la banlieue d'Athènes au début de l'année 1991. Il peut alors compter sur les guitaristes Mike Galiatsos et Chris Adamou, ainsi qu'un batteur de session. Inspirés les Grecs enregistrent rapidement une Demo, Vanity, dont les 300 copies ne tardent pas à s'arracher. C'est un flyer réalisé au culot qui leur vaut d'être signés par Holy records. Rejoint par l'excellent batteur Costas Savidis, le quartet entre au Praxis studio au printemps 1992 pour mettre en boite son 1er album, le prometteur Parade Into Centuries. Au programme un doom/death atmosphérique racé aux structures progressives, porté sur les arrangements et les mélodies. Vocaux versatiles (parfois déformés), bon travail guitaristique (riffs, soli, acoustique), section rythmique très active et parfaitement mise en valeur, sans oublier les claviers et les samples apportant une touche mystico-mythologique. J'insiste sur la qualité de la production qui confère un aspect très consistant, organique à leur musique, notamment le son de la batterie 100% humaine. La lecture des crédits révèle l'important degré d'implication d'Efthimis Karadimas (textes/musique/production/logo).

Au printemps 1993 l'entité Nightfall expérimente avec un single 'Oh Black Queen, Oh You're Mine'. Les 2 morceaux qui le composent sont enregistrés avec l'aide de guests, dont un certain Sotiris Vayenas (Septic Flesh). Le plat de résistance, Macabre Sunsets, est commercialisé en décembre et témoigne d'une grosse évolution. De doom/death il n'est plus vraiment question, à tel point qu'Holy records leur invente une étiquette sur mesure: Epic War Metal. Globalement plus agressif (black/death), Macabre Sunsets repose sur des contrastes plus marqués et bénéficie d'arrangements plus fouillés. Toujours très investi, Efthimis Karadimas s'appuie néanmoins sur un nouveau venu, le claviériste George Aspiotis, dont l'influence sera déterminante par la suite, même s'il ne sera jamais considéré comme un membre à part entière de Nightfall. Un bémol tout de même. La production plus frèle de ce 2ème album inaugure notamment ce fameux son de batterie synthétique qui nuira à la crédibilité du pourtant très bon Costas 'BAR' Savidis (de son vrai nom Kostas Savvidis). Régulièrement sold-out, Macabre Sunsets me tiendra en échec de longues années. Il préfigure Mystic Places of Dawn de Septic Flesh qui se situe dans une veine similaire.

1994 est synonyme de tournée européenne pour Nightfall. J'invite les chanceux qui y étaient à nous en parler. Je serais curieux de connaitre le niveau de Costas Savidis et la place accordée à George Aspiotis. Sadist période Above the Light sur scène ça devait être quelque chose aussi... Suite à ça, Nightfall enchaine avec un EP, Eons Aura, chargé de préparer le terrain à un 3ème album très attendu. Les Grecs mettent les petits plats dans les grands, à l'image de son digipack aussi sobre que classe (temple antique noyé dans la brume en couverture, photos du Macabre Dance Tour à l'intérieur). Toujours abonnés au studio Praxis, ils n'en ont pas moins changé de technicien et ça s'entend. Exit Magus Wampyr Daoloth (Necromantia) au profit de C. Parisis. On note que le guitariste Mike Galiatsos a coproduit l'EP. Les morceaux d'Eons Aura témoignent de la maturation de leur style, une sorte de synthèse des 2 premiers albums, l'expérience et la maitrise en sus. Chaque titre développe une facette différente du groupe. Les mélodies d'Eroding avec ses étranges parties de chant clair et sa ligne de basse nous renvoient à Parade Into Centuries. Signé Mike Galiatsos, l'incroyable thème d'Ardour was I nous expédie en pleine épopée antique et encadre une partie furieuse qui n'aurait pas dépareillé sur Macabre Sunsets. Until the Day Gods Help Us All est une reprise d'Army of Lovers, un groupe de pop suédois controversé. Nightfall y exprime sa facette la plus onirique, tout en claviers orchestraux et percussions, sans la moindre once de guitare à l'horizon. Pour Thor de Manowar, les Grecs dévoilent des influences heavy metal dont on n'a pas fini d'entendre parler (voir Lesbian Show en 1997). Eons Aura est un apéritif de qualité, clairement indispensable pour qui se considère fan du groupe.

Ardour Was I: https://www.youtube.com/watch?v=PBTjKQLBdy8

"Nightfall sera, n'en doutons pas un seul instant, l'un des groupes phares des années 90s, si tant est que cet étonnant groupe grec puisse aller jusqu'au bout de son art."
Louis Bourgade (dans le Hard n' Heavy n°12 de mars 1995)

Le moment est venu d'aborder Athenian Echoes. Certains le trouvent peut-être kitsch, mais j'aime son visuel, ainsi que les illustrations du livret. Les teintes rouges se marient bien avec le caractère épique et guerrier des compositions. Au niveau des crédits, l'omniprésence d'Efthimis Karadimas dans tous les compartiments du jeu et de la production frole la mégalomanie (son nom apparaissant pas moins de 7 fois en quelques lignes). Athenian Echoes comprend 8 morceaux oscillant (en gros) entre 5 et 8 minutes. Les guitaristes signent 1 titre chacun: Iris... pour Mike Galiatsos et Monuments... pour Chris Adamou. Remarquablement construites, ces 8 compos ont fait l'objet d'un travail minutieux au niveau des structures et des ambiances (chacune ayant sa patte), ce qui ne les empèchent ni de sonner d'enfer ni de s'inscrire dans un ensemble parfaitement cohérent. En admettant qu'on puisse trouver à redire sur le plan technique, Athenian Echoes est un album hors-norme, le genre à laisser toute concurrence loin derrière (scandinaves y compris). 18 ans après j'ai rarement eu l'occasion d'aborder un disque de metal aussi racé, doté d'atmosphères aussi travaillées. La tentation du track by track est grande, mais attachons-nous plutôt à observer le travail de chacun.

Efthimis Karadimas livre ici sa performance vocale la plus versatile. Des growls d'Aye Azure au chant clair gothic déformé des 2 derniers morceaux, il y a tout un monde qu'il ne se gène pas pour traverser en nuançant à l'envie et en multipliant les pistes vocales. A noter que le chant clair oriental sur le fameux break ethnique d'Ishtar (Celebrate your Beauty) est signé George Aspiotis. Entre une paire de guitaristes plus inspirés que jamais et des claviers/samples en très nette augmentation, le parti-pris de réduire le rôle de la basse dans la musique de Nightfall était inévitable. La performance de Mike Galiatsos et Chris Adamou sur ce 3ème opus est digne d'estime, ces derniers alternant riffing black/death pied au plancher (Aye Azure, I'm a Daemond), à des plans heavy metal (Armada, My Red, Red Moon) ou carrément doom (The Vineyard, Monuments of Its Own Magnificence). Tous les soli sont l'oeuvre de Mike Galiatsos à l'exception du dernier de l'album signé Chris Adamou (qui quitte Nightfall peu après, s'évanouissant dans la nature). Je recommande le formidable final d'Ishtar et l'inoubliable mélodie d'Iris qui s'incrustera dans votre cortex pour ne plus vous lâcher.

Concernant les claviers/arrangements, George Aspiotis ridiculise 95% de la scène extrême de l'époque, avec une palette sonore inédite, conférant un important supplément d'âme aux compositions des Grecs. Qualifiées de méditerranéennes, ses atmosphères sont pour beaucoup dans la réussite de ce 3ème opus. Du break ethnique d'Ishtar à l'entame limite trip-hop de My Red, Red Room en passant par la formidable intro batterie/piano/samples de I'm Daemond, il vous en donnera pour votre argent. Quant à Costas Savidis, si le son ne joue pas en sa faveur, si la programmation rythmique est évidente sur certains passages originaux ou supersoniques (Aye Azure, les breaks d'Armada et d'Iris), je reste naivement convaincu qu'il joue sur un kit une bonne partie de ce qu'il nous donne à entendre. Quoi qu'il en soit, l'ado que j'étais à l'époque ouvrait de grands yeux en découvrant sa performance. Son investissement (non officiel) chez Septic Flesh a contribué à faire de lui l'un de mes batteurs préférés à ce moment là. Souvenirs, souvenirs...

Pour conclure (et faire 'échos' à mon introduction), Athenian Echoes n'est rien de moins que le meilleur album de Nightfall, ainsi que l'une des meilleures productions d'Holy records et du metal grec. Sans problème. Un chef d'oeuvre, un must-have. En un mot: indispensable.

"Sa clairvoyance et son intelligence dans l'écriture en font désormais une formation de tout premier ordre."
Louis Bourgade (dans le Hard n' Heavy n°20 de décembre 1995)

Athenian Echoes en écoute intégrale:
https://www.youtube.com/watch?v=QDhP4-5J2LY&list=PLzDMOar-1Y_xR25nEjZqCaBmw4NumHtBn


Rédigé par : forlorn | 1995 | Nb de lectures : 1234


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Commentaire
hammerbattalion
Membre enregistré
Posté le: 27/10/2013 à 00h39 - (30046)
J'ai acheté cet album à sa sortie, çà avait tout pour me plaire "epic war metal". Comme tu l'écris sur l'époque, je me souviens très bien du jour de son achat à la Fnac de NANTES, puis direction une cité U pour une petite fête entre gens de bon goût. Athenian Echoes y a fait un bide, l'album paraissait bien light à côté des monstruosités floridiennes, scandinaves et même françaises. Une écoute plus attentive le lendemain n'y a rien fait, j'ai donc laissé tomber avec les sentiment d'avoir perdu quelques sous sur l'affaire.

Forlorn, tu m'as conseillé d'y revenir, et bien non toujours pas :-), par contre je trouve les deux derniers excellents. Jolie kro, çà rappelle quand même de bons souvenirs!





raclettou
IP:82.226.143.173
Invité
Posté le: 27/10/2013 à 02h14 - (30047)
Costas = BAR, c'est aussi simple que ça! Réécouté l'album qui est excellent, il y a quelques jours et ça parait aujourd'hui évident, mais à l'époque c'était également un de mes "batteurs" préférés;) Certains passages supersoniques où ils doublent carrément le tempo, déjà très rapide, ne font aucun doute!!
L'album vieillit plutôt bien avec ses ambiances "orientales" si particulières..

Ivan Grozny
Membre enregistré
Posté le: 27/10/2013 à 05h44 - (30049)
Toujours eu du mal avec ce groupe, que je trouve assez souvent d'assez mauvais goût. S'il faut choisir un disque grec de 1995, je préfère très largement Scarlet Evil Witching Black de Necromantia.



Joss
Membre enregistré
Posté le: 27/10/2013 à 09h22 - (30053)
Ha merci, je l'ai attendu cette chronique. De tous les albums Holy Records écoutés dans les 90', celui-ci est sans doute celui pour lequel j'ai le plus d'affection. Je crois que c'est avec ce disque que j'ai découvert l'univers du metal extrême (avec Suomi Finland Perkele d'Impaled Nazarene) et celà un peu avant la sortie des compils metal explosion. Je ne compte plus le nombre de fois ou j'ai fait tourner ma cassette (enregistrée, avec 3 titres d'Eons aura pour optimiser la bande de 60 minutes), à la maison, en voiture ou dans le walk-man pour m'accompagner pendant mes distributions de journaux et prospectus.
Pour recentrer sur le disque, c'est effectivement un indispensable, avec une très grande richesse mélodiques et un paquets de passages à donner la chair de poule. Le sommet du disque est pour moi "Ishtar", superbe titre progressif que j'ai toujours trouvé très proche (dans sa construction) de..... "Carolina IV" (Angra). Si si, réécoutez ces titres pour comparer :-)



Moshimosher
Membre enregistré
Posté le: 27/10/2013 à 14h11 - (30058)
Très bon album ! Je me souviens encore de ce concert au Gibus avec Misanthrope en première partie. Très bon son, et ce malgré le fait que je sois au premier rang : il mettait en valeur les mélodies comme la brutalité du groupe. Excellent. J'ai même pu faire dédicacé mon livret de Macabre Sunsets (je voulais pas "massacrer" celui d'Athenian Echoes :)) par tous les musiciens du groupe. Par contre, avec le temps, c'est pas évident de savoir qui a signé où... hé, hé, hé... Que de bons souvenirs !!!

Youpimatin
Membre enregistré
Posté le: 27/10/2013 à 17h52 - (30060)
Exellente chro comme toujours et surtout quelle envie de réecouter ces chefs d'oeuvre d'un autre temps. Je ne l'ai jamais fait depuis leurs sorties à l'époque, ça me donne envie d'y replonger.



jean-francois
Membre enregistré
Posté le: 27/10/2013 à 18h45 - (30061)
belle chro, j'avais acheté la K7 et elle atourné, tourné.... serais curieux de réécouter ça

Joss
Membre enregistré
Posté le: 27/10/2013 à 19h58 - (30062)
Je l'ai fait tourner aujourd'hui (ainsi que Ophidian Wheel de Septic Flesh) et franchement ça passe toujours très bien. Je ne trouve pas que ces disques ont vieilli. Certes ils sont témoins de leur époque mais je trouve la prod' bien plus agréable que la plupart de ce qu'on entend aujourd'hui en métal. Ca respire, c'est aéré et absolument pas usant pour les oreilles.



catfish
Membre enregistré
Posté le: 31/10/2013 à 15h56 - (30075)
Rhaaaaaaaaaaa ! Mais celui-là est carrément dans mon top 5 toutes époques et genre confondus. Il y a des riffs dantesques là-dessus, les claviers sont très bien placés, on ajoute quelques transitions arrosées à l'ouzo... Bien sûr il existe des albums plus violents, mais ce n'est pas le problème. Athenian Echoes propose une musique extrêmement évocatrice, à mon sens, et aussi très particulière. Je n'ai jamais rien entendu, même chez Nightfall, qui réussisse à s'approcher de cette ambiance d'ailleurs. Bref, je continue de le reécouter régulièrement et je frémis toujours sur mes passages préférés.



RBD
Membre enregistré
Posté le: 31/10/2013 à 17h33 - (30076)
Quel travail de kro ! Quand je l’ai découvert j’avais une préférence encore plus nette que maintenant pour le style floridien. L’ouverture à d’autres styles métalliques dont quelques riffs Black, l’utilisation sans complexes de samples m’avaient donc vite dérouté malgré la production excellente pour l’extrême de l’époque.

Aujourd’hui la qualité de cet album un peu oublié apparaît clairement, je n’ai rien à rajouter à cet ample hommage.

korbendallas
Membre enregistré
Posté le: 02/09/2014 à 13h46 - (31125)
Ha ce Costas ... l'intérimaire de la scène grecque de l'époque !!! Ce son synthétique et quasi sans roulement, qui fait le charme de ces albums et notamment les premiers Septic Flesh ! Une belle BAR !

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