BAY LAUREL - Bitter Intoxins (Noxious) - 29/12/2012 @ 21h40
A l'aube de l'an 2000, les scènes metal et gothique n'ont jamais été aussi proches. Dans le sillage des mentors Type O Negative et Paradise Lost, les groupes de la 1ère génération ont évolué, raffinant un peu plus leur son à chaque étape (Moonspell par exemple). La génération suivante a par contre dès le départ développé un style hybride, au sein duquel le gothic rock, l'electro-pop et d'autres influences se mélangeaient au metal avec plus ou moins de bonheur (la scène finlandaise). En marge de cette nouvelle vague, on trouvait aussi des combos de gothic rock musclant leur jeu, injectant des éléments metal dans leur musique pour l'actualiser. C'était le cas de Love Like Blood et du groupe qui nous intéresse ici.

Ma découverte de Bay Laurel s'est faite par le catalogue VPC d'Holy records.
Je sais ce que certains d'entre vous pensent et ils ont raison. La plupart des descriptions étaient largement exagérées et certaines, relevant d'une imagination débordante, dissimulaient de bonnes grosses bouses bien conventionnelles. Pour m'être fait avoir à plusieurs reprises je connais le truc. Avant l'arrivée du net on avait que rarement l'occasion de tester un groupe avant achat. C'était une autre époque, désormais révolue. Après moult tergiversations, j'ai donc finalement pris cet EP en pensant "si je me loupe je limite la casse". Je ne résiste pas à l'envie de citer le descriptif des 2 premiers albums de Bay Laurel.

Under a Clouded Sky: Leur superbe premier album, proche des mélodies d'Amorphis...
un très bon album chaloupé et voluptueux.

Days of Joy: Un album étonnant par ses richesses musicales, très rock et expérimental
avec une prod énorme et un côté intimiste incroyable.


Le verdict? Je donne raison à Holy records sur ce coup-là, bonne pioche. Découvrons donc qui se cache derrière Bay Laurel. Fondé en 1993 par le chanteur Rikard Löfgren et le guitariste Anders 'Anton' Karlsson, ce groupe suédois connaîtra une instabilité chronique de son line-up tout au long de ses 8 années d'existence (split en 2001). A noter que leur batteur originel, présent sur le 1er album Under a Clouded Sky, n'est autre que Tobias Gustafsson (The Project Hate MCMXCIX, Torture Division, Vomitory, ex-God Among Insects). Si par un hasard extraordinaire (google?) un 'expert' de la scène anglaise [Joy Division, Bauhaus, Sisters of Mercy, Fields of the Nephilim, The Mission & co] se perdait sur cette kro, j'imagine qu'il saurait précisément nous dire ce qu'il en est, distinguant les influences avérées des éléments personnels. J'admets des connaissances limitées en matière de gothic rock, mais Bay Laurel m'apparaît comme un groupe sachant allier tradition et modernité, intégrant expérimentations et recherche sonore à des compositions aussi élégantes qu'efficaces.

Venons-en à cet EP, Bitter Intoxins, paru en 1997 chez Noxious records. [Pour la petite histoire, Noxious, au même titre que No Fashion, était une sous-division du label House of Kicks basé à Stockholm.] Cet EP se compose de 4 reprises et d'un vidéoclip, son intitulé est de circonstances. C'est l'occasion de parfaire notre culture musicale, de sortir la tête du gros death et des machins en -core le temps d'un 4 titres. Et les Suédois ont plutôt bon goût car ils ont choisi de reprendre Leonard Cohen, David Bowie, The House of Love et Depeche Mode. Vous le sentez venir et vous n'allez pas y couper: le track by track.

1/ First we Take Manhattan (reprise de Leonard Cohen)

Poète, romancier, mais aussi auteur/compositeur/interprète, la carrière de Leonard Cohen est riche, multiple et se poursuit depuis la fin des années 50. On dénombre au bas mot plus de 1 500 reprises de ses chansons. Après un début de carrière orienté folk, le Québécois accueille la révolution synthétique à bras ouverts. First we Take Manhattan est extrait de son album I'm your Man paru en 1988, le 1er de sa période synthétique. Ce 8ème opus aurait pu déplaire, diviser, mais contre toute attente I'm your Man sera un succès, particulièrement en Scandinavie. A noter que quelques années plus tard, le Sirenia de Morten Veland (ex-Tristania) reprendra à son tour ce morceau. De la finesse d'interprétation (les guitaristes !) à la qualité de la production, c'est le carton plein, Bay Laurel ayant brillamment réussi son travail d'appropriation. Je ne saurais que trop vous conseiller de le vérifier en comparant la reprise de Bay Laurel à la version originale de Cohen via leurs clips sur youtube.

la version originale de Leonard Cohen: http://www.youtube.com/watch?v=JTTC_fD598A
le clip de la superbe relecture de Bay Laurel:



2/ Heroes (reprise de David Bowie)

Je vais être clair. J'ignore pourquoi parmi les nombreux succès jalonnant la carrière du dandy anglais c'est ce titre en particulier qui est systématiquement repris ou cité, mais il me sort carrément par les trous de nez. Non pas qu'il soit mauvais, mais on a tous été exposé à ce morceau (coécrit avec Brian Eno pour son 12ème album en 1977) des centaines de fois, tant il a pu être employé par les medias, notamment les publicitaires. A l'époque de la sortie de Bitter Intoxins (en 1997), j'avais déjà ce sentiment, ayant eu droit l'année précédente à la reprise par Love Like Blood sur le 1er volume de Beauty in Darkness (vidéocompilations éditées par Nuclear Blast). En choisissant, comme tout le monde, une relecture fidèle de Heroes, les Suédois m'incitent sans le savoir à zapper. C'est con parce qu'à nouveau leur travail sur le son est épatant, de même que le chant bien plus varié et expressif que sur la reprise de Cohen. Mais bon voilà j'ai fait une overdose de Heroes, je bloque sur ce titre.

la version originale de David Bowie: http://www.youtube.com/watch?v=Tgcc5V9Hu3g
la reprise de Bay Laurel: https://www.youtube.com/watch?v=nZhaCIkEN14

3/ Shine On (reprise de The House of Love)

Shine On était mon point d'interrogation de l'EP, ignorant tout de The House of Love à l'époque. Né à la fin des années 80 ce groupe britannique dégainera plusieurs singles, dont ce fameux Shine On en 1987, avant de pouvoir proposer un 1er album éponyme. Splitté en 1993 The House of Love s'est reformé en 2005. A l'écoute de la version d'origine, impossible de douter de l'impact que ce genre de morceau a pu avoir sur un certain Gregor Mackintosh. Impression confirmée par la reprise de Bay Laurel, bien pêchue, qui devrait trouver grâce auprès des amateurs de Katatonia période Discouraged Ones qu'un rythme plus soutenu n'effraie pas. A nouveau du bel ouvrage pour un groupe intelligent qui sait tirer le meilleur parti de ses membres au moment opportun (les arrangements de claviers sur les couplets).

la version originale de The House of Love: http://www.youtube.com/watch?v=rJIbRa-65_8
la reprise de Bay Laurel: indisponible

4/ To Have And To Hold (reprise de Depeche Mode)

Choisir de reprendre le titre le plus sombre et hypnotique de Music for the Masses (1987) est une preuve de bon goût, mais piocher dans l'album considéré par beaucoup comme le meilleur de Depeche Mode relève aussi du défi. Bay Laurel ne rate pas le coche. Leur relecture de ce titre est monumentale. Il s'agit de l'une des meilleures reprises de Depeche Mode que j'ai eu l'occasion d'entendre, sans problème. Sur cette version 2 fois plus longue que l'originale, les Suédois multiplient les parties de guitares, de la rythmique aux arpèges en passant par des leads lancinants à rendre jaloux Gregor Mackintosh. La basse et les claviers apportent une profondeur certaine.
Le chant évanescent s'adapte parfaitement à un ensemble cohérent, subtil et intense. Parler de chef-d'oeuvre pour cette reprise n'est pas exagéré et il paraît incroyable qu'un groupe aussi inspiré soit à ce point passé inaperçu.

la version originale de Depeche Mode: http://www.youtube.com/watch?v=2Le5Z8CjIzY
la brillante relecture de Bay Laurel: https://www.youtube.com/watch?v=CpT8nR3H2yg

En conclusion ce Bitter Intoxins d'apparence anodine est l'occasion idéale pour découvrir Bay Laurel et parfaire sa culture musicale. Un EP de grande qualité pour un groupe à la classe discrète mais incontestable. Enorme.


Rédigé par : forlorn | 1997 | Nb de lectures : 1017


Auteur
Commentaire
totoro
IP:88.176.81.60
Invité
Posté le: 30/12/2012 à 20h00 - (28699)
C'est parti, direction Youtube, ta chro me fait envie. Puis bon tu cites 2 fois Greg McIntosh,forcément j'y vais!


totoro
IP:88.176.81.60
Invité
Posté le: 30/12/2012 à 20h15 - (28700)
La reprise de Depeche Mode est très bonne effectivement! Plus longue et donc moins frustrante que celle, excellente au demeurant, des Deftones sur le tribute "For the masses". J'ai écouté quelques morceaux originaux de Bay Laurel sur Youtube et trouve que le chanteur a une voix assez proche de celle du chanteur de Jack Frost...Tu me diras! C'est moins froid et "guindé" que la métallisation de Love Like Blood je trouve. "Enslaved+Condemned", un album que je n'ai pas écouté depuis au moins 7 ou 8 ans...

forlorn
Membre enregistré
Posté le: 30/12/2012 à 20h40 - (28701)
L'évolution de Love Like Blood était assez opportuniste même si ça a débouché sur de bonnes choses (l'album Snakekiller que je chroniquerais un de ces 4), par contre chez Bay Laurel tout est beaucoup plus subtil et maitrisé, ils ont à mon sens un univers à la fois plus vaste et plus personnel. Pour ce qui est de la comparaison du chant avec Jack Frost, ça fait un bail que je n'ai pas réécouté le combo Autrichien faudra qu'on en reparle. ;)

forlorn
Membre enregistré
Posté le: 06/03/2016 à 19h52 - (31919)
Changement de liens pour les morceaux de Bay Laurel.
Seule la reprise de The House of Love manque à l'appel.

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