FORBIDDEN SITE - Sturm und Drang (Solistitium) - 22/12/2012 @ 21h30
En voulant découvrir un groupe, avez-vous déjà ressenti une forme d’appréhension sous prétexte que son univers vous était inconnu ? C’est exactement cette impression que j’ai eu avec FORBIDDEN SITE une formation de Black Metal originaire de Grenoble où j’avais élu domicile. Malgré mes préjugés, j’ai tout de même eu la curiosité de poser une oreille sur leur premier album « Sturm Und Drang » attiré par sa pochette à la mise en scène aussi séduisante que déstabilisante. Et bien m’en a pris car en 1997 mes connaissances en matière de Metal se limitaient aux formations populaires du Thrash, du Heavy ou encore de Metal Alternatif, à quelques exceptions près. Les divers courants extrêmes restaient pour moi un mystère et la musique de FORBIDDEN SITE joua un rôle déterminant dans mon évolution. L’affirmation de mes gouts et la vision que j’ai aujourd’hui du Metal et ses possibilités sont dues en partie à ma découverte de cette formation !

Avant d’en venir à la genèse de « Sturm Und Drang » précisons d’emblée que réduire FORBIDDEN SITE à une simple formation de Black Metal est quelque peu réducteur vu le caractère avant-gardiste de leur musique, qui reste inégalé à mes yeux et leur rejet pur et simple d’une étiquette de quelque nature que ce soit (cf les trop rares interviews du groupe souvent passionnantes et enflammées). Unique, est un adjectif pertinent pour décrire leur musique bien qu’elle soit assez proche de la démarche artistique d’un MISANTHROPE alors au sommet (et qui sortait son chef d’œuvre « Visionnaire » la même année). Soit un Metal violent mais aussi très mélodiques avec un soin apporté sur les atmosphères et les textes souvent en Français écrits de manière poétique. Bref, de quoi constituer une authentique scène Metal du terroir, à l’image de ce qui se passait dans les pays scandinaves, si le destin n’en avait pas décidé autrement…

L’aventure FORBIDDEN SITE commence en 1993 après la rencontre du Batteur / Parolier Arnault De Stael et du Guitariste / Chanteur Romarick D’Arvycendres (leurs vrais noms furent progressivement remplacés par ces pseudonymes à consonance aristocratique). Les 2 hommes partageaient en dehors du Metal, un penchant pour la grande musique, la littérature, la poésie et l’histoire Française et Européenne principalement. En formant ce groupe, l’idée était de jouer un Black Metal à la vision claire et définit par l’enrichissement de toutes leurs influences. Par la suite, 2 démos sont sorties (Catharsis en 94 et Renaissance Noire en 96) et le duo fut épaulé par le Bassiste Matthieu Froideval tandis que les candidats au poste de second Guitariste se succédèrent, jusqu’à l’arrivée de Ludovic Tournier (alors futur HIMINBJORG et producteur de renom) pour le premier album. Enregistré entre Grenoble et Lyon, « Sturm Und Drang » sort en 1997, et son titre fait référence à un mouvement littéraire, politique et musical du même nom, venu de l’Allemagne du 18ème siècle.

Ainsi, la littérature et la poésie jouent un rôle prédominant dans le concept d’un groupe fermement décidé à rendre hommage aux plus grands auteurs du XIXème siècle comme Victor Hugo (Son poème « Et Nox Facta Est » est d’ailleurs récité sur un échange théâtrale dans l’introduction du morceau « Der Sieg Der Finsternis ») ou encore Gérard De Nerval pour le magnifique texte d’ « Aurélia » inspiré d’une de ses nouvelles. A l’écoute des morceaux, il ne fait aucun doute que nos 2 protagonistes connaissaient leur sujet et maitrisaient parfaitement les langues utilisées (Française, Allemande, Anglaise et Latine) à mille lieux d’un simple excès de mégalomanie. La musique classique est aussi célébrée par des orchestrations toutes en retenue (interprétées par Romarick également responsable des arrangements de claviers) et des voix féminines, placées judicieusement, afin d’accentuer cet aspect. Le thème d’introduction « Ars Gallica » nous plonge directement dans l’ambiance baroque présente tout au long du disque. Un chant façon Opéra, quelques vers de Victor Hugo plus une suite d’accords saturés pour un emprunt aux œuvres de Berlioz et Bizet qui ne s’apparente pas vraiment à du plagiat, mais plutôt à un exercice de style en forme d’hommage.

Musicalement FORBIDDEN SITE n’a vraiment rien laissé au hasard, les 9 morceaux de « Sturm Und Drang » affichent une singularité rare et passer en revue chaque composition n’est pas sans difficultés. Face au raffinement et l’onirisme, la fureur est également de mise, « Sérénade Macabre » ouvre d’ailleurs les hostilités de façon brutale en évoquant la mort sur des riffs menaçants. Les vocaux rageurs et désespérés sembles s’être crées dans la douleur sur 9 minutes ponctués de breaks mélodiques en tout genre. Quand « Der Sieg Der Finsternis » s’installe sur un black furieux on est loin de s’imaginer voir ensuite le rythme ralentir et dévoiler un Metal plus gothique et son chant rempli d’émotions. Autre moment culte, le symbolique « Aurelia » véritable brulot Gothic / Doom, aux enchaînements d’accords et d’arpèges inventifs. La suite de l’album est tout aussi enivrante et navigue entre Black Metal venimeux à faire frémir plus d’un amateur de la scène norvégienne (« Dark Embrace », « Ars Vempirica ») et pièces plus posées (« Evanescence » une superbe ballade folk profondément mélancolique et « Renaissance noire » un exercice piano / voix au texte luciférien). Pour le final, le groupe a employé les grands moyens et « Pleurs Nocternels » est un authentique pavé de 12 minutes à la faveur d’un Doom Metal enchainant les arpèges glacés et les atmosphères crépusculaires.

Sur ce premier essai, FORBIDDEN SITE a bel et bien réalisé un coup de maître et parler d’excellence n’est absolument pas exagéré. Tout cela me fait dire que les 2 auteurs ont réussi là où d’autres se sont cassés les dents, tant le travail sur les compositions est titanesque. Les guitares sont bien loin de toutes considérations stériles, ici les rythmes instinctifs ont toujours le sens de l’efficacité et de la mélodie. La production brute et organique rend justice aux arrangements plus subtils sans oublier la présence indispensable de la Basse, bien entendu. Autre point fort du disque, les roulements de Batterie assurent ce qu’il faut pour un déluge sonore ahurissant. Ajoutez à cela des orchestrations réussies, des textes à tomber interprétés par un vocaliste charismatique, et vous obtenez un des joyaux du Metal Français !


Rédigé par : vincesnake | 1997 | Nb de lectures : 1253


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Commentaire
mydrin
Membre enregistré
Posté le: 23/12/2012 à 01h48 - (28646)
Très bonne chronique pour cet excellent album. J'avais découvert le titre "aurélia" par le biais d'une compile metallian. J'écoute encore souvent cet album, ainsi que le suivant. Un groupe à part qui vaut vraiment le coup. les anciens membres jouent toujours dans des groupes différents : Eden Ersatz pour Romarik et Varsovie pour Arnault.



Youpimatin
Membre enregistré
Posté le: 23/12/2012 à 11h37 - (28651)
J'adorais les ambiances de cet album.
Je l'ai toujours vu comme un Misanthrope version Black Metal.
Pas écouté depuis la sortie, je vais faire ça cet aprèm tiens



aymeric
Membre enregistré
Posté le: 23/12/2012 à 13h13 - (28659)
Je me suis encore écouté les 2 albums récemment. J'adore ce groupe !
@Mydrin : je n'ai jamais entendu parlé des groupes Eden Ersatz et Varsovie. Tu sais ce que ça vaut ?

mydrin
Membre enregistré
Posté le: 23/12/2012 à 16h18 - (28667)
j'aime beaucoup moins ces 2 groupes, c'est plus "rock" pour varsovie il y a un titre en écoute "Mademoiselle Else" sur youtube

SABBAT71
Membre enregistré
Posté le: 24/12/2012 à 10h18 - (28673)
Excellent et introuvable à aujourd'hui.
Un bien beau souvenir, avec le suivant, un poil en dessous quand même.





olivier
IP:89.3.30.222
Invité
Posté le: 24/12/2012 à 11h16 - (28675)
j'avais adoré la fantastique demo Renaissances Noires (à quand une réédition ?), et cet album m'avait un peu déçu, même s'il reste excellent.

Morbid Tankard
Membre enregistré
Posté le: 24/12/2012 à 16h45 - (28677)
Je les ai vu en concert au Gibus à Paris. J'avais trouvé cela intéressant et assez curieux.

RBD
Membre enregistré
Posté le: 06/01/2013 à 17h37 - (28722)
Forbidden Site avait l'avantage d'apporter une personnalité différente et on ne peut plus clairement française dans le Black Metal sympho alors en pleine expansion triomphante.
C'était typique des élans de jeunesse, les membres ont complètement tourné le dos à tout cela par la suite. Il avait fallu que Rose Hreidmar fasse des pieds et des mains pour qu'ils acceptent un seul concert de reformation en ouverture d'Anorexie Nerveuse, il y a des années.

Romaric Sangars écrivait de temps en temps des chroniques esthétiques sur Causeur.fr, et il anime un petit cercle littéraire dans un bar parisien.

Je n'ai pas trop aimé Eden Ersatz mais Varsovie est vraiment très bon dans un style Post-Punk aux textes en français de qualité ; même si ça a été enregistré au Drudenhaus ce n'est pas du Metal mais quelque chose plutôt entre Noir Désir et Joy Division. Ils mériteraient de persévérer et de percer.

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