SYNOPTIA - Shades of Ancient Memories (Autoprod.) - 08/12/2012 @ 21h29
Popularisée par des classiques tels que Bloody Kisses et Icon, le gothic metal n'a eu de cesse de croître et se développer à l'échelle mondiale. Avec un temps de retard, la France a elle aussi fini par succomber aux charmes de ce metal atmosphérique et émotionnel. En l'espace de quelques mois, de nombreuses formations vont ainsi voir le jour (vers 1996/1997). S'en suit une période de rodage bien nécessaire, intervenant à une époque où l'underground était en pleine mutation... Souvenez-vous des CDR remplaçant progressivement nos bonnes vieilles K7. En 1999 Lycosia et Penumbra sont les premiers à franchir le cap de l'album complet, les autres faisant preuve d'initiative et de solidarité en s'organisant en association. Epsilon née donc en juin 2000 et regroupe alors (par ordre alphabétique): Anthemon, Damage to Property, Dying Tears, Liturgy of Decay, Synoptia et The Old Dead Tree. Ma découverte de Synoptia intervient cet été-là grâce à une promo étendue et le soutien de Metallian en particulier.

Petit rappel biographique. Fondé en 1997, Synoptia propose l'année suivante sa 1ère Demo, Le Vaisseau Fantôme. Influences heavy metal, chant en français, line-up friable, distribution confidentielle (100 copies), il faut bien débuter quelque part. Emmené par Agone de Rochronde (chant & basse) et Ezechiel de Lioncourt (guitariste soliste), Synoptia recrute en 1999 de nouveaux membres, dont la choriste Ambre et le guitariste rythmique Syd (le frère d'Ezechiel). Influencé par le trio de Peaceville, le style des Parisiens s'oriente vers un gothic metal atmosphérique aux frontières du doom, alors que les textes sont désormais en anglais. C'est l'heure de la 2ème Demo, L'Anathème de Caïn, qui fait parler d'elle et se voit notamment distribuée par Holy records. Passé le cap de l'an 2000, les choses s'accélèrent pour Synoptia. Leur 3ème enregistrement (que je considère comme un album), Shades of Ancient Memories, paraît en février et fait carton plein grâce au boulot de leur manager Alexandre Belot. Chroniques dans la presse française, passages en radio, distribution en région parisienne, dans les réseaux FNAC, Virgin, Gibert, sans oublier la VPC (Holy, Adipocere).

C'est donc par le biais du superbe inédit The Dirge, dispo sur le sampler fourni avec le n° 20 de Metallian (et la compil' de l'asso Epsilon) que j'ai découvert le combo parisien. Coup de coeur et achat de Shades of Ancient Memories directement au groupe dans la foulée. Sur le livret pas grand-chose à dire pour la simple et bonne raison qu'il est minimal. Même les crédits ne sont pas complets. Qui s'est chargé des claviers et autres samples, pourtant très présents, sur cet album? Agone de Rochronde? Ezechiel de Lioncourt? Obi-Wan Kenobi? La réponse D? Ça m'intéresserait de le savoir. Côté production on se doute que le lieu d'enregistrement se trouve quelque part dans Paname et on sait qu'un certain Tony s'est chargé de leur bricoler un bon son, mais je n'aurais pas craché sur un peu plus de précisions. Ce n'est pas non plus indiqué mais Fall et Demise, sont des versions réarrangées et réenregistrées de morceaux présents sur la Demo L'Anathème de Caïn. M'enfin l'essentiel reste la musique et à ce niveau Synoptia ne déçoit pas. Leur style a mûri et la production est à la hauteur, Shades of Ancient Memories mérite donc bien l'hommage d'une chronique.

"Un univers raffiné et crépusculaire dont l'empreinte marque durablement votre esprit." Metallian (avril 2000)

On sait tous, pour y avoir été confronté, que les introductions relèvent le plus souvent du remplissage. Pourtant dès les premières mesures de l'instrumental Lux Incerta, on se retrouve happé dans l'univers de Synoptia. [Le nom de Lux Incerta vous dit quelque chose? C'est normal, on y reviendra plus tard.] Piano et claviers orchestraux nous environnent, nostalgie et mélancolie sont les premiers mots qui viennent à l'esprit. Mais si les arrangements ont un impact réel, une valeur ajoutée aux compositions, ils sont au final assez peu utilisés, hormis dans l'intro sinistre de Demise qui développe une tension orageuse, menaçante appuyée par les samples et des vocaux robotisés. Néanmoins Shades of Ancient Memories repose avant tout sur un bon travail des guitaristes alternant rythmiques doomisantes et nombreuses mélodies. Inutile de tourner autour du pot, l'album référence servant de point de repère, de comparaison, c'est le fameux Eternity d'Anathema. Synoptia trace son propre sillon, mais force est de constater que la parenté est bien là. Et qui s'en plaindrait quand on voit le résultat?

Lorsque le morceau-titre démarre, impossible de ne pas remarquer la qualité du chant d'Agone. Un chant clair, mélodieux, émotionnel, racé. Je me souviens avoir pensé "On tient sans doute le Vincent Cavanagh français."
Bien sûr tout n'est pas parfait, le placement étant parfois approximatif comme sur Demise où les lignes de chant me semblent hésitantes et bancales, mais dans l'ensemble la performance d'Agone est prometteuse. Je suivrais désormais sa carrière avec attention. Par ailleurs j'admets ne pas être client du registre d'Ambre que je trouve plus effacé qu'éthéré et donc par conséquent relativement dispensable. Efficace lorsqu'il s'agit de doubler les parties d'Agone (Time), elle en devient inutile en solo (Shades of Ancient Memories) voire gênante lorsqu'elle intercale ses parties avec Agone (Demise). Concernant la section rythmique, Matt d'Agora oeuvre dans un registre typiquement doom assez bourru à la Richard Miah (batteur originel de My Dying Bride), quant à Agone son jeu de basse est relativement sobre et discret, hormis l'intro de Fall renvoyant immanquablement à Duncan Patterson ou MDB.

J'en viens au plat de résistance, les guitares. C'est LE motif de satisfaction de Shades of Ancient Memories. J'en parlais plus haut, l'alternance de rythmiques doom et d'arpèges translucides définit le style Synoptia. Ezechiel et Syd nous offrent un panel très complet et surtout très inspiré, véritablement digne des grandes heures du trio de Peaceville. Chacun des 6 morceaux (en exceptant l'introduction Lux Incerta) regorge d'interventions en tout genre (arpèges, mélodies, leads, soli) et toutes font mouche, car débordant de feeling. Quelque part entre le Daniel Cavanagh d'Eternity et le Gregor Mackintosh de la période Icon/Draconian Times, Ezechiel fait honneur à ses aînés (les soli de Time et Paradoxal Prisoners). Sorti quelques mois plus tard, l'inédit The Dirge témoigne d'une progression incontestable de Synoptia qui a récupéré son batteur originel, Anhydre. Production plus nette et puissante, composition plus dense et compacte (donc plus efficace), interprétation mieux maîtrisée, plus carrée, ces progrès sont sûrement à mettre à l'actif des concerts donnés par les Parisiens.

Malheureusement The Dirge sera le testament du groupe qui splitte à l'automne 2000 suite à des divergences d'ordre musical. Du split de Synoptia émerge 3 projets. Le confidentiel Obsessive Dolls d'Ambre, The Silent Agony de Pierre et J.E. (ex-Ezechiel et Syd), et enfin Lux Incerta d'Agone et Anhydre (qui se désengagera assez vite). The Silent Agony nous offrira un unique album (Silence of Insanity - 2003), alors qu'il faudra 12 ans d'efforts à Agone et son collègue Arkham (ex-The Old Dead Tree) pour les imiter (A Decade of Dusk - 2012). Néanmoins il faut souligner que parallèlement à Lux Incerta, Agone est aussi le bassiste/chanteur de Penumbra depuis 2001. Le chant clair masculin sur The Last Bewitchment (2002), Seclusion (2003) et la Demo 2007 c'est lui. Pour finir, le split prématuré de Synoptia les a privés d'un fond de notoriété et de reconnaissance qu'ils auraient pourtant mérité. Mais c'est justement tout l'intérêt des chroniques Remembers, qui permettent partages et (re)découvertes. Voici The Dirge, le dernier morceau composé par le groupe:




Rédigé par : forlorn | 2000 | Nb de lectures : 1127


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Commentaire
VS-papy
Membre enregistré
Posté le: 09/12/2012 à 14h42 - (28593)
un mec qui aime Mathieu Gaborit ne peut être qu'un type bien (mais il peut aussi se gourrer de kro pour son comm)

forlorn
Membre enregistré
Posté le: 04/02/2013 à 15h53 - (28864)
Ajout du dernier morceau composé par le groupe.

Alcyone
Membre enregistré
Posté le: 04/01/2016 à 15h37 - (31849)
Découvert à l'époque grace à la compil Epsilon, l'écoute de cet album me procurait la même émotion que celle du silent enigma d'Anathema. Je trouve cela dommage qu'ils n'aient pas persévéré.
L'unique album de Lux Incerta sorti à ce jour est très intéressant...

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