A. - REGARDE LES HOMMES TOMBER par SEB ON FIRE - 22420 lectures
Nous sommes aller donner la parole au grand gagnant du referendum 2015 avec leur album Exile ! Profitez de l'occasion pour découvrir le groupe et son dernier opus !



Salut A. tu peux nous présenter sommairement le groupe ?
Oui, on est cinq dans le groupe avec T.C notre nouveau chanteur qui vient d'arriver. Il y a R.R à la batterie, un autre A la basse, J.J à la guitare et moi à la deuxième guitare.


Maintenant qu’on connait tout le monde, tu peux nous dire comment le groupe s'est formé ?
On est tous de Nantes où on jouait dans différents groupes et on se connaissait tous sans pour autant être une vraie bande de potes. J.J avait composé des morceaux tout seul chez lui, dans son coin, pour un projet solo et le bassiste, qui est mon meilleur pote, me les a fait écouter. J'ai trouvé ça tellement mortel que j'ai absolument voulu jouer avec eux mais, à la base, tout était composé pour une seule guitare. Je leur ai dit que je voulais absolument jouer dedans et qu'à deux guitares on pourrait enrichir les mélodies, etc etc et voila, tout simplement. Avant ca, on a tous eu de nombreux projets, mais on s'est principalement rencontré par le biais d'un groupe Nantais qui s'appelait Die Die Die…


Die Die Die ! J’étiais super fan de ce groupe ! T’as joué dedans donc ? Dingue.
Mais oui. Au départ, Regarde les Hommes Tomber vient de la mort de Die Die Die, un groupe un peu spécial, avec un chanteur complètement fou, qui a duré 6 mois avec, en point d'orgue, un concert mémorable au cours duquel notre chanteur a ramené une tête de cochon dans un lieu vegan… comme tu l'imagine ça c'est très mal passé. On n'était pas Kickback mais on s'est tapé la pire réputation de la scène hardcore française en un seul concert. Quand le groupe s'est arrêté, J.J qui avait composé plein de morceaux a voulu relancer la machine en solo. Il avait des titres en stock mais sans toutes les parties hardcore originelles de Die Die Die parce que ce n'est plus ce qu'il voulait faire. Je jouais de la basse dans Die Die Die à l'époque , j'étais le petit jeune qui n'avait encore rien fait et j'ai appris énormément à leurs cotés d'ailleurs. Depuis, on a tous fait d'autres choses, d'autres projets et d'ailleurs, sur le dernier album de RLHT, on a réutilisé un ancien riff de Die Die Die.


C’est cool, j’adorais Die Die Die, t’imagines même pas. J’ai plus eu de nouvelles d’un coup, je demandais ce que devenait ce groupe mais personne ne savait me répondre. Et là…
C'est fou parce que c'était pas très connu Die Die Die, ça fait plaisir en tout cas. Ben tu vois ça a duré 6 mois et ça s'est arrêté d'un coup. On a enregistré une démo puis un trois titre qui n'est jamais sorti. Quand j'étais plus jeune, avec mon frère, on écoutait du punk/hardcore et du black metal, on n'était pas beaucoup, dans ce temps là, à écouter les deux styles et on se demandait si un jour, un groupe allait mélanger les deux univers. On pensait que ce n'était pas possible, c'était trop différent puis est arrivé « No Surrender » avec leur riffing si particulier et Die Die Die s'est formé juste après sa sortie. Avec Die Die Die on répétait dans un local au fond du jardin du guitariste qui était aménagé avec bougies, des crânes, mais aussi des trucs super kitsch et un peu dégueulasses… Ensuite, avec RLHT on a répété dans ce même local, le groupe s'est vraiment formé dans cet endroit, avec la même atmosphère, on répétait dans le noir total sur les cendres encore chaudes de Die Die Die. On avait d'ailleurs entièrement refait la déco, et niveau light ça ressemble beaucoup à nos concert actuels : très peu de lumières pour jouer pratiquement dans le noir.


J’ai connu Regarde Les Hommes Tomber à l’époque du premier album qu’on m’avait vendu comme un groupe de black alors qu’en fait pas vraiment. Perso je voyais plutôt ça comme un groupe de post hardcore très sombre. Quelle était votre optique en tant que groupe ?
Comme je te disais c'est J.J qui a composé les morceaux. En fait il a besoin de composer constamment, c'est un vrai compositeur. Par exemple pour cet album, il a composé trente titres qu'on n'a pas utilisés. Il aime être tout seul chez lui, avec son chat et sa guitare, à composer. Il a composé les premiers morceaux de RLHT dans l'optique d'un projet complètement solo, ça n'a jamais été destiné à être joué en concert ou ce genre de chose. Il a juste rassemblé ses influences sans vraie ligne directrice, donc ça donnait un truc quelque part entre le black metal à la Emperor et beaucoup de post-rock, post-hardcore. Puis nous, de notre côté, quand on a rejoint le projet, on a répété pendant un moment sans le dire à personne, juste pour faire de la musique, sans vrai but précis. Chacun a rajouté sa pierre à l'édifice pour former l'entité Regarde Les Hommes Tomber. De mon côté je suis venu au black par le biais de groupes post hardcore ou de black un peu atmosphérique comme Drudkh, dont je suis ultra fan, qui me permettait de retrouver la violence avec des émotions présentes dans le post hardcore mais avec une touche particulière, presque archaïque, très ancienne, en plus que je retrouvais un peu ça dans le groupe. Quand je jouais les morceaux, il se passait plein de choses dans ma tête, c'était très particulier. Et je pouvais dire, comme j'avais rien composé des premiers morceaux, que j'étais fan de la musique que je jouais. On a ensuite construit toute la thématique du groupe en partant de là, du nom.


Un peu comme toi, quand j’écoute RLHT, j’ai pas mal d’images qui me viennent en tête. La musique m’évoque quelque chose, non as de biblique mais de mystique ou de mythique.
Au tout départ, on ne voulait pas de chanteur, enfin plutôt on ne savait pas, on se disait que l'un de nous chanterai. On avait tous nos backgrounds différents, death metal, post.hardcore, black metal. C'est aussi à l'époque où j'étais à fond dans le mysticisme et j'écoutais des trucs comme Deathspell Omega. Puis j'ai vu le titre du film de Jacques Audiard, « Regarde les Hommes Tomber » et ca a été comme une révélation pour moi, il fallait que je fasse quelque chose avec cette phrase. Finalement c'est de cette phrase qui est devenue le nom du groupe qu'a découlé tout le reste. On a hésité et débattu longtemps avant de l'accepter et finalement, on s'est rendu compte que tout partait de cette phrase. Quand je pense à « Regarde Les Hommes Tomber » en tant que phrase, je visualise des choses anciennes, bibliques, ésotériques. Ensuite, pour encore creuser cette veine ancienne et épique, je voulais vraiment employer des gravures donc j'ai bossé sur ça, sur des visuels qui allaient dans cette direction. Ensuite j'ai un pote qui parle extrêmement bien anglais, qui étudiait la Bible à la fac et je lui ai demandé un texte un jour, un dimanche, en lui donnant les grandes lignes, les thématiques et quelques heures plus tard, j'avais un texte parfait.


Donc la personne qui écrit les paroles est extérieure au groupe ?
Oui et non, à chaque fois on le crédite sous le nom de Enoch. Il ne compose pas et ne joue pas de musique avec nous mais il garde une place importante dans le groupe. En discutant avec lui on développe les thématiques, on travaille le thème. On à la matière première, la musique, les grandes lignes et en discutant avec lui, on affine tout ça. Il nous propose des textes, et surtout une idée de placement.


C’est drôle parce que depuis le début quand je pense « Regarde les Hommes Tomber » j’ai une image précise qui me vient en tête c’est « La Chute de Lucifer », le gravure de Gustave Doré. Et ce que tu me dis me confirme mon impression que le groupe est très cohérent de A à Z
Complètement. C'est ça, tu as tout compris. C'est comme ça depuis le tout premier concert du groupe, qui était instrumental d'ailleurs, et qui nous a permis d'être signés sur notre label. D'ailleurs coup de chance, premier concert et on tape dans l'œil de Gerald, le patron des Acteurs de l'Ombres Production. Il voulait qu'on sorte un album rapidement et nous on voulait que tout soit cohérent, dans les moindres détails. On a toujours pensé que les visuels (artwork, pochette, t-shirts) du groupe étaient aussi importants que la musique. Pour te dire, quand on a eu fini le cycle du premier album, on est reparti de cette phrase « Regarde les hommes tomber » pour imaginer le second. Donc tout est toujours intimement lié au nom du groupe. C'est notre objectif, proposer un concept cohérent et homogène.


La force du groupe c’est qu’on peut l’apprécier pour la musique uniquement mais si on possède les bonnes clés, on peut vraiment découvrir l’entièreté de la profondeur de l’univers qui est proposé. Et on sent le travail sur la composition, l’écriture, les design. Par exemple sur la construction de l’album où chaque titre est à sa place et ne peut pas être déplacé.
Ca fait plaisir parce que c'est tout à fait ça qu'on s'efforce de faire. On s'est beaucoup pris la tête sur l'ordre des morceaux et l'agencement de l'album. Pour les concerts c'est la même chose, on veut vraiment proposer une expérience en accord avec le disque et le concept du groupe. Par exemple en répéte, on laisse toujours trainer les riffs, les larsens pour trouver l'enchainement parfait avec le titre suivant, ça nous éclate en tant que musicien. Par contre, parfois, c'est con mais si je joue un larsen trop fort, ça va me gâcher le morceau. Pour en revenir à ta question, oui on travaille beaucoup les ambiances, les atmosphères et tout ça se retrouve sur le disque en ce sens où on essaie vraiment de trouver l'enchainement parfait entre les titres.


D’ailleurs vous avez changé de chanteur entre les deux albums ?
Oui c'est ça. A la base, on était un groupe instrumental puis avait trouvé un chanteur, T.C, un ami d'ami. Il s'est pointé en repét et sa voix collait pile poil avec la musique du groupe seulement voila, deux jours plus tôt on avait reçu un mail d'Ulrich d'Otargos qui voulait absolument collaborer avec nous alors qu'on n'était personne. On était vraiment impressionnés qu'un pro comme ça veuille bosser avec nous donc T.C, de lui-même, s'est effacé et nous a dit clairement d'y aller avec Ullrich. Ensuite, quand Ulrich a quitté le groupe, on a rappelé Thomas. Personellement, j'étais un peu dubitatif alors que les autres n'avaient aucuns doutes sur lui. Donc il est venu en répét', il a joué avec nous et il est devenu évident pour tout le monde, moi le premier, que c'était lui qu'il nous fallait. D'ailleurs je suis vraiment content du travail qu'il a fait sur l'album, sa voix est excellente et apporte quelque chose en plus à Regarde Les Hommes Tomber.


Il apporte quelque chose de presque mystique qui colle parfaitement avec le groupe, mais sa voix possède une touche un peu tragique, archaïque qui incarne parfaitement, l’esprit du groupe.
Il a vraiment bien bossé en tout cas. Et très vite, on l'a un certes un peu guidé, on l'a même bien fait chier mais oui, on est vraiment super content du résultat final.


Et alors quand vous avez trouvé votre chanteur, il a fallu enregistrer tout ça. Comment ça s’est passé concrètement ?
Le premier album avait été enregistré dans un hangar gigantesque avec notre ingé son. Pour le deuxième, on voulait passer au niveau supérieur et bosser avec un, entre guillemets, « vrai producteur ». Notre batteur qui est ultra fan des sons de batteries de Francis Caste, voulait vraiment bosser avec lui et enregistrer chez lui. Puis c'est le gars qui a enregistré « No Surrender » de Kickback, Arkhon Infaustus ou encore Svart Crown, qui sont des potes, et qui nous l'ont chaudement recommandé. Son studio est situé à Belleville, un quartier de Paris qui est complètement pété qui se retrouve dans son son et dans son studio. C'est d'ailleurs pour ça que Necroblasphème ont appelé leur album « Belleville ». Les sessions se sont super bien passées et le travail avec Caste a été super enrichissant. Tout est naturel dans notre album, tout est fait aux instruments, on n'a pas utilisé de claviers ni rien du tout mais on voulait faire un truc un eu différent, avec un son crade et tout. Les guitares sont vraiment impeccables et le son de batterie est dingue et totalement naturel grâce a un de nos potes qui nous a dégotté une batterie avec des futs énormes qui possédait un son incroyable. Notre problème maintenant c'est qu'on trouve ce son de batterie tellement parfait que ce sera impossible de le refaire plus tard. Autre point important, Francis nous encouragé à ne pas enregistrer au clic pour avoir un rendu plus proche de nos concerts, et ça se ressent beaucoup par rapport au précédent album.


Je trouve aussi, a un point tel qu’on dirait que le disque a été enregistré dans une église avec le son des toms hyper profond et d’une très grande ampleur
Et tout est naturel, je répète. Puis c'est drôle parce que mon rêve est de jouer dans une église justement, j'espère un jour…


Est-ce que vous avez des rituels avant de jouer, de monter sur scène ?
Non, pas vraiment même si j'ai remarqué qu'une fois sur scène on ne se regarde pratiquement plus, chacun est vraiment dans son truc. Par exemple, moi, je ne sais pas pourquoi mais je regarde très souvent vers le haut, en l'air. Au début du groupe, je me prenais un peu trop la tête avec ça et du coup, je me mettais des barrières et je perdais cette énergie, ce plaisir de jouer sur scène.
Par contre ce qui a longtemps été compliqué c'était de sortir de scène et de revenir « dans le vrai monde ». Je sais qu'il me fallait parfois un bon quart d'heure avant de redescendre, c'était un Enfer. On joue dans le noir, avec des stroboscopes, de la fumée, le son est très fort etc etc… c'est très difficile. Maintenant, ça va mieux parce qu'on joue plus souvent mais tout de même…De mon côté, j'aimerais accentuer le côté religieux du groupe et ajouter un petit côté rituel pendant les concerts, à l'aide de bougies, d'encens et d'autres choses de ce genre. On ne répète pas souvent mais on aime vraiment donner des concerts. Histoire de passer au niveau supérieur, on aimerait organiser des tournées ou alors mettre sur pieds des concerts uniques, événementiels comme ça peut se faire dans le sludge, le post hardcore ou le black. Pas vraiment des happenings mais quelque chose dans ce style là pour que chaque concerts soit vraiment une expérience différente et unique. Et, d'un autre côté, on veut vraiment travailler encore plus au niveau des visuels et accentuer l'imagerie du groupe.


Vu qu’on parle d’imagerie, outre Doré et Duhrer, est-ce que vous avez d’autres inspirations picturales, littéraires ou cinématographiques ?
On est tous sensible à l'art en général mais surtout à l'art graphique. Personnellement, je suis une espèce d'éponge qui absorbe tout ce qui m'intéresse. A ce propos si je suis fan de Gustave Doré, c'est en partie aussi grâce à un manga qui s'appelle « Berserk » de Kentaro Miura dans lequel, si on regarde bien, on trouve de vraies influences de chez Doré. D'ailleurs, plus jeune, je lisais chaque numéro de Berserk en écoutant toujours les mêmes deux ou trois morceaux de black. Parmi ceux-là, par exemple il y avait « Seven Tear Are Flowing To The River » de Nargaroth. Un groupe dont je ne suis pas vraiment fan mais ce morceau était fou et collait parfaitement avec l'univers de Berserk. D'ailleurs, je suis sur et certain qu'inconsciemment tout ça nous a inspiré. La Tour de Babel qui figure sur l'album, quelque part, vient aussi de Berserk. Il y'a plein de petites passerelles comme ça qui, au final, forment un tout hyper cohérent.
Ensuite, à l'époque j'avais rencontré un groupe de graphiste, Fortifem qui ont aimé ce qu'on faisait et on décidé de travailler avec nous et eux aussi font, en quelque sorte, partie de Regarde Les Hommes Tomber.


Vu que vous avez une imagerie forte couplée à une musique fortement évocatrice, vous n’avez pas envie de collaborer avec un vidéaste ou un cinéaste pour proposer un album en forme de b.o ou de vraie collaboration ?
J.J notre guitariste est un grand fan de B.Os, il en écoute souvent et c'est un truc qui le brancherait à mort et plus globalement, c'est une idée qui nous intéresse tous. On s'est posé la question du live : « comment nous représenter pour ne pas nous mettre en avant nous mais la musique ? » On a pensé jouer en passant des films, en travaillant vraiment les lumières. Avec des néons, des stroboscopes mais d'autre l'ont fait avant nous et ça me fait un peu chier d'ailleurs parce qu'on nous l'a déjà reproché par le passé. Moi par exemple, mon souhait ce serait de ne jouer qu'avec des bougies. Comme on ne veut pas montrer juste nos gueules en train de jouer, oui on aimerait jouer avec un film qui passe derrière nous mais c'est compliqué à mettre en place parce qu'il ne faut pas non plus que ça soit trop pompeux ou que ça tombe dans le cliché. Par exemple, un truc que j'avis trouvé génial, c'est un concert de Godspeed You Black Emperor au cours duquel un film en super 8 défilait pendant que le groupe jouait et ce qui était fou c'est que le rythme du film correspondait parfaitement à la musique, le changement de plans tombaient pile au bon moment, le film se finissait à la fin du morceau. C'était incroyable, tout collait parfaitement en terme de rythme et de musicalité des images j'ai envi de dire. En fait, j'ai remarqué que sur le côté de la scène, la personne qui s'occupait du film, faisait du montage en direct. Pendant que le groupe jouait, lui, il trippait avec les musiciens et ça donnait un rendu assez incroyable.


Je pense qu’une collaboration collerait bien avec le groupe parce que votre musique st très évocatrice, elle est créatrice d’émotions, d’images très claires qui se dessinent dans l’esprit de celui qui l’écoute. Tout le monde n’a pas les mêmes images mais je suis persuadé que tout le monde ressent votre musique.
T'as tout à fait raison. Quand on a commencé à retravailler sur les artowrks de ce nouvel album, on a eu un peu de mal à s'y mettre. A la base on voulait centrer l'album sur Lilith mais c'était difficile, compliqué, puis on s'est dit qu'on pourrait reprendre la thématique du premier disque pour créer notre propre truc. C'est pour ça qu'on retrouve la Tour de Babel, c'est une figure qui nous obsède vraiment, cette idée de tour. La pochette du nouvel album est la suite de celle du premier, avec cette tour détruite. Mais tout ça est venu en fin de processus. Ca s'est fait facilement parce qu'on est reparti du nom du groupe, puis le titre « Exile » est arrivé avec le dessin, le côté biblique de cette foule qui nous intéressait dès le départ. Je voulais une thématique religieuse ou plutôt théologique et métaphysique.


Oui, quelque chose de pas vraiment religieux mais plutôt de sacré, comme quand Pasolini réalise l’Evangile Selon Matthieu qui , bien que basé sur l’Evangile et la vie de Jésus est beaucoup plus centré sur l’humain, le sacré et le mysticisme que sur la religion
Exactement, c'est là ou je veux en venir, on veut éviter tout ce qui est dogmatique mais se concentrer sur le sacré. Personnellement, depuis les attentats de janvier, je me suis plongé à fond dans la religion, dans l'islam particulièrement, parce que je voulais comprendre. Ce qui m'intéresse vraiment c'est l'idée de rituel. Le rituel que tu t'imposes comme ligne de vie. Et avec Regarde les Hommes Tomber, la musique est tellement puissante, je la vis vraiment, que quelque part, j'ai vraiment envie d'accentuer ce côté ritualiste. Les textes du premier album sont des versions un peu détournées des textes bibliques car à l'inverse du Coran, tu peux jouer avec l'histoire de la Bible qui est une collection de livres en fait. De mon côté, je suis fasciné par l'histoire d'Abraham qui est importante pour notre civilisation mais qui est, dans le même temps, totalement aberrante. Qui irait tuer son fils pour prêter allégeance à Dieu ? C'est aberrant, impensable et pourtant dans la Bible, ce personnage est érigé en héros alors que, dans les faits, il se rend coupable de la soumission ultime : sacrifier un de ses fils à la demande d'une figure divine. D'ailleurs, pour en revenir aux paroles, on n'a encore jamais écrit de morceau sur Abraham… sur le premier album, on parlait surtout du déluge puis de Caïn et Abel et sur celui-ci on voulait le centré intégralement sur Lilith qui es un thème vraiment cabalistique et qui se retrouve sous une certaine forme dans la Bible aussi. C'est aussi une figure féminine forte alors que dans la religion, la femme à toujours été mise de côté ou réduite à sa plus simple expression. Le problème est que faire tout un album sur Lilith c'est hyper complexe donc avec Enoch, on a plus choisis un épisode par morceau et le tout sera relié par un grand thème central qui sera celui de la malédiction. On parle de Lucifer, de l'Exode, on a aussi des morceaux sur Lilith donc voila après Cain et Abel sur le premier disque, ça reste cohérent aussi. Enfin j'espère.


Une des forces du groupe est de proposer un monde homogène mais réparti sur plusieurs niveaux : musical bien sur mais aussi visuel et thématiques ce qui fait que, l’auditeur, en amenant son bagage personnel peut explorer ses différent niveaux.
Avec ce groupe, je voyais quelque chose d'ancien donc les gravures se sont imposées à moi immédiatement, puis en travaillant et discutant avec Enoch on a poussé ça aux niveaux des textes qui ont apportés quelque chose de différents tout en creusant ce même sillon. C'est pareil avec la musique. Regarde les Hommes Tomber c'est un peu comme un monument si je puis dire, tu le regarde tu trouves ça beau et ça peut te suffire. Mais si tu t'intéresse tu peux entrer à l'intérieur pour approfondir sans aucune obligation, on n'oblige personne. On fait notre truc et chacun en fait ce qu'il veut. La chance qu'on a avec ce groupe c'est qu'on s'éclate à construire tout ça et on veut surtout s'effacer derrière le groupe et ce qu'il représente. Un truc qui m''a toujours frustré c'est de voir qu'un groupe qui produit une musique génial ne ressemble à rien sur les photos ou sur scène, je trouve ça dommage parce que quelque part, ça véhicule une certaine image du groupe. Nous, on préfère que ce soit le concept qui parle avec son lot d'émotions. Par exemple, un groupe qui a changé ma vie c'est Secret Of The Moon que j'ai découvert avec Antithésis, grâce à VS d'ailleurs que je remercie au passage, où vraiment j'ai pris conscience qu'il se passait quelque chose avec la musique, il se crée une espèce de vide intersidéral avec ce disque qui correspond aux concepts, à la thématique et qui se rejoignent avec la musique, je trouve ça absolument incroyable. Et voilà, toutes proportions gardées, c'est ce chemin là qu'on veut suivre avec Regarde les Hommes Tomber. Un univers cohérent, sérieux et riche et si tu a envie de t'y plonger vas-y, si tu n'as pas envie et bien ce n'est pas grave. En partant de là, même nous, au début du groupe, on ne savait pas comment se qualifier ni devant quel public on allait se présenter, on voulait sortir delà simple dénomination « metal » surtout pas « hardcore » mais on ne voulait pas non plus d'une étiquette à rallonge type « sludgydoompostblackmetal ». On a d'ailleurs eu beaucoup de mal accepter l'étiquette black metal parce qu'on a un immense respect pour cette scène et qu'on ne respectait pas vraiment les codes du black, enfin bref... Pour en revenir au groupe, pour résumer, on se voit plus comme des metteurs en scènes, la musique doit recevoir toute la lumière, nous on préfère rester dans l'ombre.


Auteur
Commentaire
Poney
IP:142.167.71.41
Invité
Posté le: 20/01/2016 à 23h56 - (1877)
Certes, les gars ont eu de la chance que Gérald des Acteurs de l'Ombre soit présent à leur premier concert et qu'il soit tombé en amour sur le groupe.
Mais merde, RLHT bosse tout en profondeur, que ce soit la musique, les visuels, les concepts ou les concerts. Ces gars en veulent, se bougent le cul et ont réussi à créer en peu de temps une identité qui leur est vraiment propre. Je ne peux que leur tirer mon chapeau métaphorique.

Max D Johnson
IP:69.67.0.27
Invité
Posté le: 25/01/2016 à 20h32 - (1881)
Excellent interview, riche, c'est le mot.
Un immense respect pour ce groupe, leur boulot, des mecs qui se raclent un peu la soupière avant de sortir quelque chose, et ça se sent / voit / entends. Leur réussite est méritée, et ira probablement en s'amplifiant !


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