- NOLENTIA par RAF (NOLENTIA) - 3267 lectures
TOUR REPORT
Du 10 février au 24 février, les Grind/rockeurs de NOLENTIA ont effectué une tournée à Cuba, en compagnie des toulousains de DRAWERS, des Suisses de SICKRET, des Nancéens de LA HORDE, et des Hongrois de SUPERBUTT.

Au programme : Du Grind, du Rock, de la sueur... 
Et plein d'autres choses, à découvrir dans ce Grind Report vécu de l'intérieur, rédigé par Raf, le Bassiste/chanteur de Nolentia....

Enjoy !



Mardi 10 février :
Début de l'aventure : Déposé vers 8h à l'aéroport de Blagnac. Les Drawers sont pour la plupart déjà là, accompagnés de leurs équipiers de choc : Jay (sonorisation), Alex (préposé aux lumières), Nash (photo et vidéo), ainsi qu'Elise et Céline qui feront leur voyage de leur côté.

L'enregistrement des bagages est censé finir à 9h25. Les zozos arrivent sur le gong et se font enregistrer… à 9h25. Première sueur froide dont je me serais allègrement passé, mais c'est ça de partir en voyage avec des enfants... Le châtiment est néanmoins immédiat puisque avec un surpoids de 7 kg, la valise de Vince bourrée de matos batterie va lui coûter la coquette somme de 100 € à régler immédiatement. Satan est cruel avec les branleurs.

Arrivés à Roissy, après un vol express "Toulouse-Paris" où on a à peine le temps de raconter une blague belge, le changement est, lui aussi, très rapide. Juste le temps de s'acheter quelques saines lectures (pour ma part ce sera Charlie Hebdo, Lui et Midi Olympique), et de se poiler devant la rencontre impromptue entre Ghis et un écran de l'aéroport situé à la hauteur fatale de 1,85 m - Ce qui, pour un viking, correspond à un encadrement de porte de hobbit... Une fois n'est pas coutume, voici une bonne occasion de se réjouir de son propre mètre 70.

Les vols Air France sont désormais à la pointe de la technologie avec un écran personnel incrusté au dessus de la tablette (oui ça fait longtemps que je n'ai pas volé dans un coucou moderne). Au programme : jeux & films (récents et classiques). 
Grâce à cette orgie cinématographique, le voyage passe tout seul.

A l'arrivée, l'horloge locale annonce 18h alors que la biologique persiste à vouloir indiquer minuit. 
Nous sommes accueillis chaleureusement par une partie de l'équipe de l'Agence Cubaine du Rock et en premier lieu par David, le grand chambellan de cette tournée. Après un passage au guichet de change, nous voici dans un bus qui nous mène tout droit à notre hôtel situé au centre de la Havane. 

Il fait nuit (et encore plus dans nos têtes) mais les premières images de l'île nous maintiennent éveillés. David nous briefe sur ce qu'on pourra faire jusqu'au départ le surlendemain, vers la première date. Un petit tour dans un resto en plein air et voici que l'on goûte enfin à notre premier cocktail.
Cette longue journée s'achève sur ce doux avant-goût de ce qui nous attend pour les deux prochaines semaines…


Mercredi 11 février :
Pour cette première journée dans la capitale, le but du jeu est de s'imprégner de l'ambiance locale. 
Les premiers constats frappent l'œil, l'oreille et le nez, le tout grâce/à cause des véhicules qui circulent à travers la ville : un défilé permanent de vieilles bagnoles des années 50, souvent de marques américaines (Chevrolet, Dodge etc.) qui klaxonnent à qui mieux-mieux, et confèrent à l'atmosphère un caractère suffocant peu engageant. 

Dans notre balade nous sommes rapidement identifiés comme touristes (et rockeurs) et nous ne tardons pas à nous faire un « ami » qui nous suit avec enthousiasme pour tenter de récolter quelques pesos…
Ouaip, bon n'oublions pas qu'en tant que touristes on représente une manne financière non négligeable pour une population qui gagne en moyenne entre 15 et 20 dollars par mois. Les Cubains sont donc adeptes du système D et des petits boulots qui leur permettent de surnager… 

La ville est un ensemble d'habitats en dur assez disparates, entre des maisons coloniales et d'autres plus récentes, le tout donnant un sentiment de vétusté, voire de délabrement. Notre parcours exotique à travers le vieux La Havane nous fait découvrir une ville pourtant plutôt sympathique et agréable à parcourir. 

Avec sa barbe plus fournie que le « leader maximo », Ghis suscite la réaction sur son passage, qu'elle soit de surprise, d'admiration ou d'amusement. On entend souvent des « Fidel ! » sur son passage, et autres commentaires que mes faméliques souvenirs de 2ème langue ne me permettent pas d'interpréter. 
Après l'effort, le réconfort. La jonction se fait le soir avec les Drawers et nous iront casser la croûte en accompagnement de mojito, pina colada, ou daiquiri…Jusqu'aux derniers Cuba libre dégustés ensuite en cercle restreint.


Jeudi 12 février :
Après environ une heure de sommeil pour cause de dommages collatéraux éthyliques, nous montons pour la 1ère fois dans le bus de tournée qui nous trimbalera à travers l'île. 
Un car dans le haut du panier des transports, avec un parfum d'années 80 chez nous. 
Seul problème, la clim' imposée par le chauffeur pour s'éviter la buée, faisant choper la crève à quelques-uns d'entre-nous alors qu'il fait 25° à l'extérieur (en hiver, je précise). 

Avec de nombreuses pauses tout au long d'un trajet jonché de routes accidentées et une bonne douzaine d'heures de bus qui nous ont fait traverser le pays d'Ouest en Est, nous arrivons à Holguin, dans un hôtel luxueux : chambres agréables, piscine et bar à cocktails autour de buffets et restos fort bien pourvus, on sait qu'on est au sein d'un lieu « privilégié » où les quelques Cubains présents font partie d'une élite financière.

Vendredi 13 février :

Malgré un centre-ville un peu éloigné et le fait et que tout soit prévu sur place pour garder le touriste sous la main, on tente une escapade dans le cœur d'Holguin, à déambuler le long des places carrées de la cité. Rien de très culturel, mais de quoi prendre un peu la température de la ville…

Le 1er concert de la tournée est prévu à deux pas de l'hôtel, en plein air et à côté du stade de base-ball (sport phare du pays). 
A notre arrivée en bus au pied de la scène (comme des rock stars..!), les gens sont déjà là et attendent le début des hostilités en se chauffant avec les tubes métal balancés à travers une sono soviétique mais pas avare en watts. Après un groupe local pas mauvais reprenant notamment des standards de Metallica, La Horde ouvre le bal des enragés devant un parterre jeune et fougueux. 

Après un bon concert de DRAWERS malgré des conditions techniques pas évidentes, nous démarrons notre set, non sans quelques difficultés, avec tous les pépins classiques qui peuvent arriver sur un plateau de scène. Au final, nous attendions mieux de notre propre prestation, mais les copains nous font relativiser nos impressions de plateau. 
Et puis, beaucoup de jeunes Cubains viennent nous demander des photos ou du merchandising du groupe, ce qui nous surprend beaucoup. On tente de finir de se consoler en regardant la prestation des groupes suivants mais aucun ne nous emballe vraiment. C'est donc avec l'espoir de meilleurs lendemains qu'on repart à l'hôtel à pied pour un dodo réparateur.


Samedi 14 février :
Départ d'Holguin en début d'après-midi pour un trajet assez court d'environ 2 heures en direction de Bayamo, où l'on tombe dans un hôtel de masse, très ostentatoire. 
Une piscine centrale avec le reggaeton (sorte de dance mélangée avec des voix autotunées dégueulasses) à fond les ballons. Dur. Le décalage est encore plus saisissant qu'à l'hôtel précédent, surtout un jour de St-Valentin !
Jeunes filles apprêtées et petits coqs sur leur 31 se sont donné rendez-vous pour une soirée endiablée… à laquelle nous ne participerons pas. 

Eh oui, ce soir on va tous au ciné…! Un lieu a priori improbable pour un concert de métal, mais c'est pourtant là qu'on va envoyer la purée : une grande salle avec 300 sièges, et un espace entre la scène et le 1er rang pour se chatouiller les articulations.
Le son est plutôt correct et les conditions sur scène incomparables avec ce qu'on a connu la veille. Le tir est ainsi largement corrigé et notre fine équipe soulagée d'avoir donné un visage plus convaincant.
On nous demande des photos et notre stock de cds/t-shirts commence à se faire ronger. Drawers clôt la soirée en beauté, rideau !

Dimanche 15 février :

Au réveil, mon compagnon de chambre est introuvable, après avoir juré de prendre un dernier petit verre et de venir se coucher dans la foulée.
Inquiétude, des précédents me reviennent en mémoire... Au fur et à mesure des minutes qui s'égrainent sans rien voir venir, les scenarii se font de plus en plus dramatiques : outrage à agent en état d'ébriété ? Invectives à un autochtone suivies de représailles ? Noyade dans un caniveau ? Comment vais-je annoncer ça à sa famille ?! 
Toutefois décidé à affronter la réalité, je m'aventure en dehors de la chambre (sans possibilité de retour puisque c'est le disparu qui a les clés et les portes sont autobloquantes...). 

Arrivé dans le grand hall de l'hôtel, je tombe sur David et lui explique la situation. Un large sourire éclaire son visage : « Vince ? Il est sur un canapé à l'étage, il a passé toute la nuit à discuter avec les techniciens… ». L'annonce de sa mort à ses proches est reportée sine die et j'en suis fortement soulagé.
A part cette blagounette de joueur de tambour, cette journée ressemble à la précédente : le cœur de ville étant trop loin à pied, un découragement général nous fait nous retrouver pour un cocktail entre 2 séances de lecture ou de roupillon. 

Ce soir nous rejouons au même endroit, au Ciné, mais décidons d'y aller au dernier moment pour se reposer au maximum. Du coup le convoi Drawers-Nolentia (11 personnes) prend des bicy-taxis c'est-à-dire des vélos avec un attelage permettant de trimbaler 2 personnes à la force du mollet. Je monte avec Ghis et je me dis que celui qui nous prend a dû perdre à la courte paille... 
Après vingt minutes de souffrances, notre chauffeur nous pose, exténué, sur une place qui ne ressemble en rien au lieu où on est censé jouer. Je lui explique que nous allons au cinéma, pas au théâtre. Le jeune homme se décompose à l'idée de devoir poursuivre l'effort mais nous rembarque courageusement pour un trajet tout aussi long, jusqu'à destination...

Comme on pouvait s'y attendre, il y a un peu moins de monde que la veille au Cine Cespedes (je vous passe les blagues potaches à la vue de ce nom !). La salle se remplit néanmoins peu à peu, et le groupe local, qui oeuvre dans un Death bien bourru, fait le boulot comme il se doit.
Notre prestation ressemble à celle de la veille et il en est de même pour les autres groupes, avec une mention pour Sickret, dont le néo-métal efficace fait des dégâts devant la scène, où quelques costauds tentent de marquer leur territoire avec virilité. 

A la fin de son concert, chaque groupe a droit à son lot de poignée de mains, photos ou demandes d'autographes et il y a toujours quelques rencontres agréables et/ou surprenantes à se mettre sous la dent....!


Lundi 16 février :
Après un dernier mojito, nous faisons route en début d'après-midi vers Camaguey, ville coloniale située au cœur du pays, et qui fête d'ailleurs ses 500 ans d'existence cette année. 
Le long voyage est rythmé par les parties de Mario Kart en réseau, les nombreux arrêts le long de la route où l'on se restaure sur le pouce au gré des spécialités locales, ou encore les frasques éthyliques de quelques-uns dans le bus (ouch, les ravages du Havana Club...).

L'hôtel à Camaguey est très accueillant et on ne tarde pas à se laisser happer par le savoir-faire d'un Mister cocktail de compétition, qui a d'ailleurs bien remarqué nos looks peu équivoques et nous diffuse un live de Metallica. Cela suscite forcément un débat sur le groupe, et particulièrement sur son batteur controversé… mais ces réflexions de haute tenue métaphysique finissent par avoir raison de nous et nous déposons finalement les armes/verres.

Mardi 17 février :

Couchés tard mais réveillés tôt, un "Desayuno" varié et copieux nous attend, comme toujours mélangeant le sucré et le salé. Cette fois-ci, il y a carrément un serveur préposé à la cuisson des œufs à la demande : classe et requinquant…
La suite de la journée est toutefois ponctuée par des incartades digestives peu enviables.
Cloué au lit par une (Fidel) gastro, le moral n'est pas au mieux… Imodium mon amour.

L'heure arrive pourtant de se bouger pour aller faire du Grind.
Le spot du soir consiste en une enceinte à l'air libre, sorte de cour murée, avec une scène et une arrière-scène en dur permettant de surplomber l'ensemble. Un flot continu de Cubains vient alimenter le public massé devant et aux alentours… Un groupe local de Deathcore à boîte à rythme lance les hostilités, alors que la foule continue de se presser ; et on doit bien être à plus de 400 personnes au pic de la soirée !

Drawers met le boxon à tel point que des bellâtres torses nus qui étaient venus là pour en découdre commencent à s'envoyer des pruneaux pas mûrs pour manifester leur enthousiasme. Nico pique un fard, arrête le concert et les insulte copieusement, à tel point que je me demande s'il ne va pas prendre un retour de boomerang. Finalement cette volée de bois vert fait son petit effet sur les belligérants, et le concert peut s'achever sereinement. 

Passer après ces remous n'est pas idéal, surtout que Jay jette l'éponge car il ne parvient pas à maîtriser une sono particulièrement capricieuse, nous laissant entre les mains du sonorisateur cubain, lequel s'en sort au final pas trop mal même si le son sur scène n'est pas optimal et provoque quelques flottements jamais très appréciables.
Les 1ers rangs sont partagés entre incrédulité et adhésion, certains arborant un sourire béat alors que d'autres – en particulier les plus jeunes - semblent se demander pourquoi nous faisons tout cela. Nous achevons le concert… et vice-versa pour ma part, agonisant après avoir subi un coup de marteau à chaque intervention vocale.

La Horde clôt les débats avec une certaine assurance et nous quittons les lieux non sans échanger amabilités et photos d'usage avec les autochtones.
Ghis constate peu avant le départ que quelqu'un a souhaité emprunter son portable sans daigner lui avoir demandé la permission, et c'est sur ce 1er chapardage de la tournée que s'achève cette étrange journée...


Mercredi 18 février :
Sans doute est-ce le contrecoup de la veille, mais les troupes n'ont guère bonne mine ce matin. La journée fut d'ailleurs d'une improductivité quasi-totale, se résumant à coucher sur le papier les événements des jours précédents, avant de prendre le départ (à heure cubaine) pour un long trajet en bus, toujours entrecoupé des sessions de covoiturage et de pauses incessantes.

Après une lutte permanente contre la clim' qui compte de plus en plus de victimes à son actif, nous parvenons à Santa Clara, sous une bruine nocturne assez inattendue (heureusement d'ailleurs que nous ne jouons pas ce soir). Notre hôtel se situe en plein cœur de la ville, dans l'immeuble où le Che avait soi-disant installé son QG lors de la révolution à la fin des années 50.

Après avoir découvert nos chambres, nous nous retrouvons dans un resto conseillé par David, et dans lequel nous mangeons copieusement pour une somme modique, avec même un peu de vin pour accompagner le repas. Nous finissons cette charmante soirée par un aperçu de la vie nocturne de cette ville réputée « libérale » dans ses mœurs. Des personnages extravagants défilent dans une boîte charmante aux jolies briques rouges et viennent conforter cette idée. 
Après 2 verres et les avances d'un bel étalon local, je rentre avec Vince rejoindre les quelques survivants sur le toit de l'hôtel, où une vue panoramique nous fait dominer la ville et ses environs. 

Jeudi 19 février :
Contrairement aux 3 villes parcourues dernièrement, l'hôtel se situe en plein centre, ce qui comporte l'avantage de pouvoir facilement sortir pour parcourir les rues d'une cité assez bouillonnante d'activité, et qui joue à fond la carte historico-touristique du passage du Che, de son image et du fait que sa dépouille y demeure. Une heure d'internet plus tard, et après avoir sillonné le centre pour trouver quelques cartes postales, on retourne à l'hôtel pour se reposer avant les hostilités du soir, en espérant qu'un gramme de Dafalgan pourra atténuer cette vilaine crève tout au long des 30 minutes de notre set. 

Comme à Holguin, le lieu du concert se trouve à côté d'un stade de base-ball, sur une espèce de promontoire qui donne directement sur la rue. La police vient barrer les accès et l'installation peut commencer.
Le 1er groupe est cubain et s'appelle Blinded : les 5 gars envoient un Death/Thrash fort honorable, bien soutenus par un batteur solide. 
Alors qu'on craignait qu'il y ait bien peu de monde étant donné la maigre poignée de chevelus regroupée à notre arrivée, on peut finalement compter environ 250 personnes lorsque les groupes de la tournée montent sur scène. Les conditions sont correctes malgré ce qu'on pouvait craindre, notamment avec une scène si haute qu'elle est un peu déconnectée du public.

Ce soir on joue en avant-dernière position, juste avant les Suisses de Sickret. Une fois le boulot fait par Drawers, nous montons sur scène avec la forme (en demi-teinte) du soir.
Si on sent en effet pas mal de fébrilité et de nonchalance (mauvaises amorces de morceaux, accordages foireux, prises débranchées, structures fantaisistes), la réaction devant est pourtant très encourageante et nous pousse à garder une niaque intacte. Avec la fébrilité du soir, on se contente allègrement de cet échange donnant-donnant. 

Puis ce sont les rencontres « habituelles » de fin de concert, entre enthousiasme à vouloir communiquer et difficultés à se faire comprendre à cause de la barrière de la langue ; nous parlant aussi peu espagnol qu'eux anglais. Un gars ne se décourage pas et nous cite plein de groupes de métal et métal extrême connus, mais s'esclaffe de satisfaction quand on lui dit qu'on les connaît également…
Le jeu dure un certain temps, puis est interrompu par un adorateur d'Odin qui veut nous faire boire dans sa corne de brume alors qu'on essaye vainement de débriefer en trio notre concert…

La soirée se termine devant l'hôtel où je donne nos galettes à un ami de David, visiblement très pointu dans ses connaissances de la scène métal extrême, avec lequel je partage pas mal de points communs, entre nos groupes préférés et le fanzinat. Il me dit avoir adoré notre concert, ce qui me touche beaucoup de sa part. Nous nous quittons non sans une dernière et chaleureuse accolade. 
Nous échouons malheureusement à retrouver les autres gars en ville et revenons à la chambre, après avoir poliment refusé les propositions d'une jeune fille de petite vertu. 


Vendredi 20 février :
La ligne droite des 4 derniers concerts est lancée, et nous partons en fin de matinée en direction de la Havane. Une partie effrénée de Mario Kart est lancée dans le bus et me met dans un état d'excitation qui me rappelle pourquoi je m'interdis d'avoir une console.
Une longue pause se fait sur une sorte d'aire d'autoroute, où nous commandons sandwiches et boissons. Le service est tellement long que notre discussion foireuse digresse sur la consommation excessive d'alcool dans le pays, et ses conséquences supposées sur la difficulté à se mobiliser pour une vie plus florissante. 

Cuba est une île qui a « choisi » une quasi-autarcie avec des barrières douanières dissuasives (environ 100% de taxes sur chaque produit importé).
Le modèle apparaît aujourd'hui de plus en plus dépassé, et la population semble aspirer à autre chose, mais ne peut que noyer son désespoir dans l'alcool en attendant l'ouverture progressive du pays. Espérons néanmoins qu'ils conservent leurs points forts en matière d'éducation (pas d'illettrisme car tous les gamins vont à l'école), de santé (gratuite et performante), voire de logement (quasiment pas de sans-abris même si la vétusté des bâtiments est réelle).

Le bus se pose devant le Maxim Rock de La Havane, où nous jouons ce soir.
Il se trouve que c'est aussi le QG de l'Agence Nationale du Rock qui est à l'origine de cette tournée, et le seul lieu de concert de l'île réellement prévu à cet effet.
Il faut reconnaître que la salle fait plaisir à voir : une vraie scène, assez spacieuse, avec son et lumières fixes, bar à l'intérieur face à la scène, une capacité d'environ 700/800 personnes. Seules les régies surélevées sur une mezzanine peuvent éventuellement laisser songeur mais pour le reste, tous les feux semblent au vert pour passer un bon moment. 

On pose ensuite nos valises dans un petit hôtel où, comme souvent, les choses marchent à moitié. Au final peu importe puisqu'on n'est pas là pour écrire l'édition 2015 du Guide du Routard. L'important c'est que je vais retrouver un pote dont je savais qu'il serait à Cuba en même temps que nous et qui me confirme qu'il sera bien là ce soir. Il nous rejoint même à l'hôtel pour un petit cocktail d'avant départ à la salle…

Lorsque la Horde entame les débats, il y a encore bien peu de monde dans la salle. Le son est fluctuant mais le groupe bien en place. Leur reprise de Toxicity (avec le concours du chanteur de Sickret) sera le paroxysme de leur set, les quelques personnes devant s'agitant pour la 1ère fois. 

Cela confirme un constat déjà opéré précédemment, à savoir la culture encore assez rudimentaire du métal en général à Cuba. La plupart des Cubains connaît les classiques, et sera ravie si on leur joue une reprise ou si on évolue dans un métal plutôt « mainstream » : cela explique notamment le succès scénique assez constant de Sickret, qui évolue dans un néo-métal « simple » et abordable pour le grand nombre.
En même temps, dans un pays aux connexions internet rares et chères, il est illusoire d'attendre du public cubain une connaissance pointue de la scène métal mondiale.
Seule une minorité a les moyens de découvrir des groupes plus « underground » ou se saigne pour en télécharger à l'occasion.

Ce soir nous jouons en 3ème position, une bonne place : pas trop tôt pour craindre le manque de monde, pas trop tard pour ne plus pouvoir profiter de la soirée.
Après une installation un peu longue de notre part (toujours cette peur de ne pas maîtriser notre son si les retours sont mal réglés), nous lâchons finalement les chevaux.
Les choses se passent plutôt bien, et même si nous ne soulevons pas toute la salle, on sent une partie du public très réceptive, alors que l'autre est plus dans l'observation des bovnis (mélange de bourrins et d'ovnis) que nous sommes en comparaison des autres groupes de la tournée. 

Nous sortons de scène avec le sentiment du devoir accompli, et cédons la place à nos potes de Drawers qui passent la surmultipliée dès la moitié de leur set et finissent en trombe…
La fin de soirée se déroule dans une ambiance très bon enfant et nous échangeons comme jamais avec des Cubains ou des étrangers de passage (dont un réfugié iranien très intéressant)… Sans doute la meilleure fin de soirée jusqu'à présent.
On s'endort avec un coup dans le nez pour un sommeil profond.


Samedi 21 Février :
La matinée est consacrée à la régénération du corps par endormissement (on appelle ça le sommeil je crois).
Faute de compère de chambre à mon réveil, et après avoir rattrapé mes notes en retard, je décide de me lancer dans une balade à pied dans le sud de la Havane.
Une 1ère pause dans un resto agréable, bon et pas cher avec une serveuse très souriante. Fort de cette énergie, je décide de faire cap vers un château en bordure de mer que j'avais repéré sur la carte. Muni d'un plan, je parviens à mes fins mais le château est manifestement en rénovation. 

Le tour pédestre continue malgré tout, je parcours les rues, dont certaines à travers des zones aux habitations visiblement très modestes. Toujours aucun sentiment d'insécurité ou même d'hostilité, et le constat d'une vie de quartier très présente, avec énormément d'échanges entre les habitants de tous âges. 

En remontant vers le centre-ville, je suis conforté dans la vision d'une cité qui se délabre de toute part, comme si aucune rénovation ne venait au secours de bâtiments pourtant défraîchis et laissés tel quel, aux outrages du temps. La population est habituée à ce mode de fonctionnement et a appris à se débrouiller, à bricoler, afin de prolonger autant que possible la vie d'objets et de bâtiments vieillissants.
A noter que cette résignation à la débrouille permanente n'empêche pas la vie de se dérouler, souvent dans la bonne humeur. 

Ce soir nous rejouons au Maxim Rock mais cette fois-ci en avant–dernier, la soirée risque donc d'être longue !
Je m'aperçois incidemment que le bassiste de La Horde boîte méchamment : il me raconte que la veille en fin de soirée, il s'est fait renverser sur le pied la barrière de sécurité située devant l'entrée. Il a dû partir le matin à l'hôpital et est revenu avec une fracture comme diagnostic, il assurera donc son concert sur un tabouret.
Ça a l'air néanmoins de bien se passer, avec toujours comme point culminant cette reprise de SOAD qui fait remuer le popotin des jeunes Cubains… 

Le public est différent ce soir et cela se ressent dès le set de Drawers, qui envoie la purée mais sans le retour qu'on pouvait attendre de leur prestation.
Le paradoxe est d'ailleurs flagrant avec la musique passée sur l'écran géant lors du changement de plateau, où la plus jeune frange du public clame son enthousiasme à l'écoute d'un titre d'Avenged Sevenfold, groupe qui n'a pourtant pas vraiment la côte dans nos rangs... On se dit donc qu'avec ce qu'on va proposer, ce n'est pas gagné. 

Les 1ères minutes confirment un public attentif (attentiste ?) dont seule une partie finira par réagir sous nos coups de boutoir et nous gratifiera de quelques hochements de tête et pogos. Soyons honnêtes, c'est moins jouissif que la veille, mais nous ne lâchons pas le morceau, car c'est quand même le pied de jouer dans une grande salle à l'autre bout du monde. 

L'ambiance est pourtant globalement différente ce soir, et à peine le concert du dernier groupe terminé, tout le monde est quasiment déjà parti, ne laissant que quelques dizaines d'amateurs jouer les prolongations dans la rue.
Nous retrouvons notre pote iranien sympa et faisons l'échange de skeuds prévu. Mon pote de Toulouse est également revenu et on papote un peu avant de se souhaiter plein de bonnes choses pour la suite : lui pour son mois de vagabondage à travers l'île, nous pour notre dernière date du lendemain…


Dimanche 22 février :
Ce matin les esprits sont grognons à cause d'un hôtel dont le je-m'en-foutisme affiché commence à faire grincer des dents : pas de PQ, pas d'eau chaude voire pas d'eau du tout, petit déjeuner minimaliste et à peine mangeable. Pour ne rien arranger l'attente du bus est encore très longue et on pense tous au temps que l'on aurait pu gagner dans le lit après une nouvelle nuit encore bien courte. 

Le bus arrive, le départ a enfin lieu et une partie d'entre nous se venge avec une nouvelle partie endiablée de Mario Kart. 
Nous longeons la côte et semblons découvrir un autre Cuba, balnéaire et plus « propret », occidentalisé et tape-à-l'œil. 

Arrivés dans les lieux du dernier concert, nous avons la surprise de découvrir de nouveau une salle de cinéma/théâtre, encore plus grande que celle de Bayamo au début de la tournée… mais le lieu risque d'être trop grand car le concert a été déplacé au dernier moment et l'affluence ne suivra sans doute pas. 
Nous en profitons pour faire des photos de chaque groupe et également quelques clichés de l'équipe au complet posant fièrement devant un mur à la gloire du Che… (des cli-Che donc. Hum.)

Nous repartons ensuite vers l'hôtel, qui, finalement, ne nous prendra pas, car il a pratiqué du surbooking... On est donc répartis en plusieurs groupes…notre tirage est assez mauvais puisque le pommeau de douche est factice et il faut donc s'accroupir sous le robinet de la baignoire pour espérer se passer un coup d'eau.
Il ne reste plus qu'un jour, et si cela en agace certains, je trouve que ça prête plutôt à sourire… et puis la plage est enfin à notre portée, à 200 m de notre logement !

La baignade qui s'ensuit est un réel plaisir, l'eau est à température alors que nous sommes en plein hiver. Nous buvons un dernier cocktail et reprenons le bus qui nous amène à la salle.
A notre arrivée, le dernier ordre de passage de la tournée est donné : nous jouerons avant-dernier, juste après les Drawers, ce qui nous laisse à tous les deux le temps d'aller se remplir la panse dans un très bon resto. Le seul bémol est qu'on rate du coup les derniers concerts de la Horde et de Sickret.

Le parterre devant lequel on joue est le plus clairsemé de la tournée (sans doute à cause du changement de ville au dernier moment), du coup l'ambiance n'est pas des plus folles. Les groupes font ce qu'ils peuvent pour jeter malgré tout leurs dernières forces dans la bataille. 
A la fin du concert, il y a une razzia sur nos t-shirts et cds à prix discount, et l'enthousiasme des jeunes cubains est le plus surprenant jusqu'à présent, eu égard à l'assistance limitée.
Comme d'habitude c'est Ghis qui focalise l'attention mais nous y passons tous pour signer des cds, des t-shirts (voire des bras) et se faire tirer le portrait avec ces sympathiques jeunes gens…

Retour à l'hôtel où nous prolongeons les festivités dans un contexte qui le vaut bien : dernière date de la tournée, anniversaire de Nico, plage à proximité… c'est d'ailleurs sur cette dernière que nous allons poser nos fessiers avec la lune comme seule éclairage. 
Un dernier bain de minuit bien arrosé où les dernières bouteilles y passent, et voilà encore une courte nuit qui s'annonce…


Lundi 23 février :
Après un sommeil qui tenait davantage de la sieste que de la nuit, des individus non identifiés mais manifestement mal intentionnés continuent à faire la bringue dans mon crâne. 
Comme souvent, nous sommes trop à l'heure pour le bus, qui nous embarque finalement pour un retour vers la Havane, et plus précisément à l'aéroport, où les Suisses ont un avion à prendre. On sent l'inquiétude poindre dans leurs rangs car le timing paraît serré.

Arrivés à l'aéroport, l'attente est interminable, et nous voyions finalement revenir les Sickret la mine déconfite : non seulement ils ont raté l'avion mais ils ont en plus dû payer un supplément pour pouvoir prendre celui du lendemain... 
Les gars semblent vraiment abattus et on ne peut que compatir avec eux… 

On repart finalement vers notre hôtel des 1ers jours à la Havane pour y poser une nouvelle fois nos valises, puis on file tous ensemble manger un morceau dans un resto en terrasse non loin de l'hôtel. 
L'ambiance est cool, on tente de faire oublier leurs déboires à nos voisins helvètes mais certains paraissent encore affectés par ce faux-départ. Pas de folies ce soir, on réintègre nos pénates sagement…

Mardi 24 février :
Lever assez matinal et petit déjeuner copieux pour affronter une dernière fois le centre-ville afin de tenter de trouver un peu d'artisanat à rapporter en France. 
Mon accompagnatrice me montre quelques coins sympas de la ville que je n'avais pas encore vus, notamment quelques places et bâtiments datant de l'ère coloniale et non dénués de charme. Notre escapade nous mène dans une sorte de marché artisanal où je peux me délester de mes derniers pesos. 

Les valises bouclées, nous filons vers l'aéroport dans les temps pour ne pas connaître la même mésaventure que nos voisins suisses. Quelques derniers achats pour écouler les ultimes billets et nous voici bientôt installés dans l'avion. 
Je suis impatient de me gaver de films pendant tout le trajet, comme je l'avais fait à l'aller, le tout entrecoupé de plateaux-repas fort corrects et bien arrosés.
Malheureusement, un violent mal de tête va me prendre immédiatement et ne plus me lâcher, à tel point que je dois quitter mon siège pour essayer de respirer au mieux. 
Sans doute aguerrie par ce type d'incidents, l'hôtesse en chef me fait respirer un linge humide qui me fait passer en moins de 10 secondes la quasi-totalité du mal de tête le plus violent de mon existence. Respect.

Ayant suscité la pitié de ma voisine de rang, voilà que je papote religion et Cuba en compagnie de cette jeune demoiselle turque fort aimable avec laquelle j'échangerai finalement pendant une bonne partie du trajet… 

Nous arrivons dans le coltard au petit matin à Paname où nous attend le dernier vol pour Toulouse. Le trajet passera assez vite malgré notre impatience de retrouver l'odeur de la viol… des pots d'échappements.
En dépit d'un temps qui nous rappelle combien la clémence des cieux avait été grande lors de ces 15 derniers jours au soleil, l'équipe accepte volontiers cette pluie synonyme de retour au bercail. 
Quelques embrassades plus tard, nous voici de nouveau dans le cocon familial, avec néanmoins quelques images exotiques pour alimenter le diaporama intérieur…


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Commentaire
Vinzzz
Membre enregistré
Posté le: 11/06/2015 à 15h35 - (1654)
J'adore.......le style, l'humour.....quelle prose bien rédigée !
Ce bien beau récit m'a fait voyager !
Merci les copaings et bravo pour l'aventure !
Ché Powa ! haha




Humungus
Membre enregistré
Posté le: 12/06/2015 à 06h22 - (1655)
Bon ça !
J'adore ce genre de report (surtout à l'étranger) mais en plus celui-ci est long, détaillé et fort bien écrit.
Bravo à toi mon gars et à cette tournée.

Mika
IP:81.185.119.81
Invité
Posté le: 12/06/2015 à 13h03 - (1656)
Ah il est bon ce Raf ! parfois même, au retour de tournée, il écrit de jolis petits poèmes à l'attention de vilains loueurs de van...
Très agréable à lire cette aventure cubaine !

Jus de cadavre
Membre enregistré
Posté le: 22/06/2015 à 18h22 - (1678)
Excellent, pareil j'adore ce genre de live report du bout du monde !

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