Greg Anderson - GOATSNAKE par MADRIGAL - 2744 lectures
Quand Goatsnake a annoncé sa reformation en 2004, les espoirs les plus fous ont émergé. Il aura fallu un très bon EP, Trampled Under Hoof et quelques concerts en sus pour que le groupe disparaisse à nouveau des radars à bûches.

La scène doom, stoner et consorts ne s’est pas reposée sur ses lauriers en attendant le retour du messie et bon nombre de groupes ont pris le relais. Qu’a donc Goatsnake à offrir en 2015 qui mérite qu’on s’y attarde ?

Tout simplement la réalisation d’un des meilleurs albums du genre de ces 10 dernières années comme en atteste la chronique que vous pouvez lire également sur le site. Retour sur une épopée digne de ce nom avec Greg Anderson, guitariste mentor du groupe qui s’est livré sans détour et avec plaisir. Il nous apprend même qu’il a de quoi faire un nouvel album de Goatsnake et qu’un nouvel album de Sunn O))) va voir le jour en 2015.
Elle est pas belle la vie ?




1. 15 ans. Cela fait 15 ans depuis Flower Of Disease. Il y a bien sûr eu votre EP Trampled Under Hoof en 2004 mais ce n’était qu’un EP et encore pas avec le même line-up. Alors ça fait quoi d’être de retour ?
C’est génial. Vraiment (Rires). Je suis également surpris. Je ne pensais pas qu’on arriverait à refaire un album et à revenir sur le devant de la scène. C’est très excitant pour nous tous. Cela ressemble à un nouveau départ pour le groupe. Nous n’avions pas joué ensemble, tout du moins composé de nouveaux morceaux depuis 13 ans donc se réunir pour travailler à la construction d’un nouvel album me donne quasiment l’impression d’être dans un nouveau groupe. Il s’est passé tellement de choses pour nous tous qu’on s’est également redécouvert.

2. Pourquoi Scott Reeder ne fait plus partie de l’aventure alors qu’il était votre bassiste sur Trampled Under Hoof ?
Ça n’a pas marché tout simplement. Il travaille sur d’autres choses donc nous n’avons pu nous arranger. Nous voulions quelqu’un d’autre pour ce nouvel album. Nous travaillons avec Scott Reener donc c’est quasiment pareil (Rires). Notre batteur travaillait déjà avec Reener depuis un moment donc il y avait déjà une bonne alchimie entre eux. On a souhaité en bénéficier.

3. Penses-tu d’ailleurs le ressortir en vinyle? il est devenu impossible à trouver cet EP…
Pourquoi pas. Il ne contient que trois nouveaux morceaux et les deux autres chansons sont des reprises. Nous avions testé pas mal de choses dessus. Il est assez particulier. Tu sais qu’au départ Scott Reeder n’était pas le bassiste travaillant avec nous sur ces sessions de jams, car tout est parti d’une session de jam. C’était une femme qui bossait avec nous, Molly MacGuire qui a joué dans Earthlings et Mondo Generator. Au départ Scott ne devait que mixer l’EP et puis finalement il nous a dit qu’il aimerait bien jouer avec nous. On a accepté et il a changé les parties de basses. C’était un line-up de transition, il n’y avait rien de sérieux. Les chansons qu’on a écrites ensemble sont bien cools ceci-dit. J’ai utilisé un accordage différent, nous étions en période de test. Test qu’on a réédité sur Black Age Blues. On a varié le tempo, l’énergie n’est pas la même que celle présente sur nos premiers albums.

4. Comment était-ce de retourner en studio et de travailler avec Nick Raskulinecz ? On peut dire qu’il a bien roulé sa bosse depuis vos premiers albums…
Tu sais je n’imaginais pas vraiment qu’il soit disponible. Il est tellement sollicité de toute part. Je l’ai simplement appelé et lui ai dit qu’on avait pas mal de nouvelles chansons et c’est lui qui a insisté pour les enregistrer. Je ne m’y attendais pas. Ca nous a vraiment aidé à avancer et à créer d’autres nouvelles chansons. Ça s’est tellement bien passé. On aurait peut-être pas enregistré de nouvel album sans Nick. Il tient une part prépondérante dans l’histoire du groupe et dans la création du son de Goatsnake.

5. Petite question classique mais aviez-vous en tête quelque chose de particulier pour ce nouvel album ? Un but en particulier par rapport à vos deux premiers albums ?
(Hésitant). On voulait juste écrire de nouvelles chansons (Rires). On nous a invité à participer à de superbes festivals comme le Roadburn ou le Hellfest, on a fait pas mal de supers concerts en tête d’affiche et du coup ça nous a remis le pied à l’étrier. Tout simplement. Je ne voulais pas que Goatsnake ne soit qu’un « tribute-band ». Que l’on ne joue que des vieux morceaux pendant quelques années, qu’on se repose sur nos acquis... Ce n’était vraiment pas mon objectif. Il fallait que l’on soit de nouveaux créatifs, par respects envers nos fans également. On ne savait pas qu’on allait réussir, on voulait juste essayer. Tu le sais, Goatsnake n’a jamais été prolifique comme groupe mais cette fois c’était tellement simple. On avait vécu tellement de choses depuis toutes ces années en dehors de Goatsnake que finalement c’était un bonheur d’y revenir.




6. Si je ne me trompe pas, Another river to cross est une sorte d’écho au dernier titre de Flower of Disease, The River… ?
Oui tout à fait. Ça nous paraissait intéressant de commencer le nouvel album là où le précédent s’était arrêté. Même plus de dix ans après. Ils sont connectés comme ça. Même les titres des chansons le sont. Pour être honnêtes ce n’était pas volontaire, on s’en est rendu compte après. (Rires). Mais ça colle bien du coup. La boucle est bouclée.

7. Vous avez bien plus utilisé cette fois de chœurs féminins façon gospel. Je trouve cette idée géniale et particulièrement sur House Of The Moon. Quand elles chantent « Shine-On » à de multiples reprises, ça me fout des frissons…
Merci (Rires). L’idée vient de tout le monde. C’est quelque chose que l’on partage totalement. C’était sur notre liste d’objectifs à remplir un jour (NDR : bucket-list en anglais). Maintenant c’est fait et c’est excellent. D’ailleurs quand on en a parlé à Nick, il nous a dit de ne pas avoir trop d’espoir sur le sujet car ça pouvait totalement ne pas marcher. C’est lui qui nous a présenté ces chanteuses car il trouvait quand même que c’était une super idée. Nous étions de notre côté assez optimistes et on a eu raison. Elles ont été très professionnelles. Nous avions une connexion musicale à travers le blues car la musique de Goatsnake en déborde. On aurait dit des gamins dans le studio quand on entendait que ça le faisait vraiment. Très sincèrement c’était le meilleur moment de l’enregistrement.

8. On peut dire maintenant que Goatsnake fait du Doom Blues ou du Gospel Doom ?
(Rires) Si tu veux. Tu sais les gens peuvent définir notre musique comme ils veulent. Je m’en fiche un peu. Je n’aime pas trop qualifier la musique par un genre mais je comprends que beaucoup le fassent. Notamment pour des journalistes comme toi qui doivent expliquer notre musique aux autres. Si je devais vraiment qualifier notre musique je dirai qu’on fait du Heavy Blues. C’est une réponse un peu vague mais je pense que c’est la meilleure définition possible. Si tu parles de Doom à la première personne que tu trouves dans la rue, ça ne lui parlera pas du tout. Alors que du Heavy Blues, il y a moyen que ça passe. (Rires).

9. Comment vous allez faire pour produire ces chœurs en live ?
Je ne suis pas sûr qu’on le fasse. C’est une toute autre histoire. J’aimerai bien qu’on essaye avec de vraies choristes un jour mais pour l’instant on fait sans. Juste nous quatre. En tout cas on ne fera jamais ça avec des bandes, ça ne serait pas honnête. Et puis en live notre son est très brut, rajouter des bandes ne nous conviendrait pas du tout.

10. Pour ma culture personnelle, qu’y a t-il d’autre sur cette fameuse liste d’objectifs à remplir ?
Je ne sais pas vraiment en fait (Rires). On a déjà de nouvelles chansons pour un prochain album mais pour l’instant on se contente de travailler sur la sortie de Black Age Blues et puis on verra pour la suite. On fera une nouvelle pause après les concerts pour promouvoir l’album, tu te doutes bien. Ensuite on reviendra sûrement. En tout cas je promets que si ça se fait, ce ne sera pas dans 15 ans car on sera trop vieux (Rires). Quoiqu’il arrive le groupe n’a jamais été aussi fort et soudé donc je serai surpris qu’il n’y ait pas de suite.

11. Pete Stahl chante « Go Johny Go » sur Jimmi’s Gone, c’est un hommage à Marty Mac Fly dans Retour vers le futur?
(Il s’esclaffe). Non pas du tout. A Jimi Hendrix bien sûr.

12. A killing Blues est mon titre préféré sur l’album. On dirait une messe noire, particulièrement bien représentée d’ailleurs avec la pochette de l’album…
C’est le dernier morceau qu’on a composé. On l’a composé spécialement pour l’album. Il n’est pas issue de vieux riffs que nous avions dans nos tiroirs. Il a énormément de dynamique. Nous voulions qu’il y ait une vraie tension dans la chanson avec une fin en apothéose. C’est d’ailleurs la seule chanson de l’album écrite avec notre vieil accordage qui a un son plus noir, qui représente mieux les chansons les plus lentes et les plus lourdes. Je trouve également que c’est une des meilleures chansons sur l’album. Elle clôt l’album de la meilleure manière possible. C’est la voix de Pete qui nous permet de faire ce genre de chansons très épiques. On ne pourrait pas faire de Sludge ou de Funeral Doom car ça ne collerait pas avec sa voix.



13. Tu sais quand j’ai écouté pour la première fois Black Age Blues, j’étais persuadé que ces nouvelles chansons étaient plus courtes que vos précédentes. Qu’il y avait une dynamique supérieure à celles de Flower Of Disease par exemple. Et puis j’ai vérifié les durées et finalement elles sont les mêmes… C’est bizarre d’avoir eu ce sentiment non ?
C’est un sentiment tout à fait normal. Nos chansons ont beau avoir la même durée, oui l’ambiance de l’époque était plus lourde et lente. Les chansons de Black Age Blues sont bien plus entraînantes donc tu as raison de ressentir ça. On voulait qu’il y ait plus d’énergie sur ce nouvel album. C’était totalement volontaire. Il est intéressant ce contraste d’ailleurs. Quand on joue live c’est 60 % de vieux morceaux et 40% de nouveaux et Pete arrive à se concentrer différemment sur les vieux morceaux car il y a moins de choses à chanter et il peut déployer son énergie autrement. J’adore le voir évoluer dans ces deux contextes. Les nouveaux morceaux se marient très bien avec les anciens sur scène. Nous en sommes vraiment ravis. Et puis tout simplement je ne voulais pas faire Flower Of Disease Part 2, ça n’aurait pas eu de sens et ça n’aurait pas été courageux.

14. Que signifie le titre de l’album pour toi ?
Il ne faut pas y voir de signification mystique ou religieuse. Pour être honnête on trouvait simplement que ça sonnait bien (Rires). Si on cherche un peu plus loin on peut dire que ça représente de manière adéquate l’époque que nous vivons.

15. La pochette de l’album est magnifique. J’ai hâte de voir ce que ça va donner en grand avec le vinyle…
Tu ne seras pas déçu crois moi. D’autant plus qu’à l’intérieur de l’album tu trouveras des photos de l’intérieur de l’église. En gros quand tu ouvres la pochette, tu es dans l’église. On est plutôt content du résultat. C’est bien ce retour au vinyle. On a perdu pas mal de choses avec l’avènement d’internet. Quand tu es un artiste, ta musique n’est pas déconnectée du visuel. Cela forme un tout et ça permet de donner plus de perspectives. Je n’aimerai pas revenir à l’époque où internet n’existait pas mais franchement on a perdu quelque chose et le fait de revenir à un peu plus de sacralisation de la musique avec le vinyle me plait. Et puis tout est révélé avec internet, il faut garder un peu de mystère sur tout ce qui entoure un album, ça permet aux auditeurs de s’imaginer plus de choses.

16. Tu trouves toujours le temps d’être impliqué dans ton label, Southern Lord Records ?
C’est toujours moi le boss et je suis toujours aussi impliqué (Rires). Ça me prend toujours un temps fou mais j’adore ça. C’est un honneur pour moi de sortir autant de supers disques et de travailler avec autant de supers groupes.

17. Vous avez d’ailleurs ouvert un site en Europe l’année dernière ?
Oui et tu sais que notre bassiste originel est le manager du site Européen… Cool non ? Il s’appelle Guy et c’est un français d’origine. Encore plus cool non ? (Rires). Il avait déjà vécu en Europe dans les années 80 et faisait partie de The Obsessed qui comme tu le sais après avoir splitté est devenu, en partie, Goatsnake : bassiste et batteur.



18. Peux-tu nous préciser ce que nous pouvons attendre de Southern Lord en 2015 ?
On vient de sortir un nouveau Poison Idea que je trouve génial. On travaille sur un nouvel album de Black Breath et j’espère avant la fin de l’année le nouvel album de Sunn O))). On va travailler dessus à la fin du mois de Juin à Seattle avec Stephen.

19. Tu retournes dans ta ville d’origine ?
Je suis né au Texas mais j’ ai effectivement vécu à Seattle de l’âge de 2 ans jusque mes 26 ans. Je vie à Los Angeles depuis 18 ans donc c’est ma maison maintenant. Je préfère clairement le soleil de L.A à la pluie de Seattle (Rires).

20. Dernière question, quel est le genre musical le plus décalé que tu écoutes ou le groupe le plus bizarre ?
J’écoute énormément de Zeuhl en ce moment. C’est un genre musical dont le terme est utilisé en hommage à Magma qui en est à l’origine. Encore un lien avec la France mec (Rires). Tu sais que Stephen de Sunn O))) vit à Paris aussi, bim encore un…

@ Photo by Samantha Muljat.
Auteur
Commentaire
Iro
Membre enregistré
Posté le: 29/05/2015 à 08h51 - (1636)
Il a plein de liens avec Paris c'est cool. Il ne lui reste plus qu'à venir y jouer! ;)

gardian666
Membre enregistré
Posté le: 29/05/2015 à 20h07 - (1637)
Excellente interview et je comprends mieux maintenant le ressenti que j'avais sur un titre comme 'Grandpa Jones'.



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