Karl Sugin - SAISON DE ROUILLE par PAMALACH - 4221 lectures
Saison de rouille est un groupe qui vaut le détour. Logique que son géniteur, Monsieur Karl Sugin, le soit tout autant...


Salut Karl ! Est ce que tu peux présenter SAISON DE ROUILLE à nos lecteurs ?
SDR est né durant l'été 2011, après avoir rencontré Sébastyen d'OPIUM DREAM ESTATE quelques mois auparavant. La page de mon précédent précédent groupe DANISHMENDT était entrain de se fermer doucement, et j'avais envie de développer mon propre univers. J'ai donc proposé à des musiciens de la « famille élargie » de participer au premier album, qui devait être plus ou moins le dernier, car c'était un projet éphémère. Et puis au final, et à ma grande surprise, les labels ont été intéressés et j'ai pu concrétiser mon désir de sortir un album au format vinyle.
Peu de temps après la sortie du LP, en septembre 2012, Laurent, de feu-La Part du Cerveau, m'a contacté pour remplir le rôle de bassiste ramoneur. A ce moment là, et parallèlement aux bons retours critiques de CADUTA, SDR a commencé à prendre sa forme actuelle, sorte de powertrio sans batteur ni claviériste (car programmations), taillé pour le live.


Je l'avais déjà dis dans la chronique de votre premier album "Caduta Dei Gravi" mais je trouve le nom du groupe génial. D'ou est ce que tu l'as sortit ?
J'arrive à ce moment de la vie de SDR où je ne peux plus botter en touche ! D'ailleurs, certains de vos lecteurs, s'ils apprécient la littérature fantastique, en connaissent peut être l'origine.
SAISON DE ROUILLE, ce blaze qui claque, est le titre d'un roman de PIERRE PELOT, auteur ultraprolixe (je vous laisse faire une recherche) qui a touché à tous les genres, et notamment la SF. Ce roman donc est le second d'une saga intitulée « les Hommes sans futur » ; court et intense, il m'avait mis une sacrée baffe. Il était évident que ce titre devait être celui de mon projet solo. La graphie et le logo qui en ont découlé sont devenus très naturellement.
Il faut dire que je suis particulièrement attaché à l'usage de la langue française.


Vous sortez aujourd'hui votre deuxième album "Déroutes sans fin". Est ce que tu peux le présenter en quelques mots à nos lecteurs ?
Pfff, quelle gageure ! DEROUTES est davantage l'album d'un groupe que le précédent, plus direct et moins cérébral que CADUTA, et encore ca se discute. Sa thématique de la route comme lieu de perditions, d'exil, de fuite vaine et violente en est le cœur, et nous avons cherché à la retranscrire aussi bien dans la musique davantage « rock »/postpunk bruitiste/bluesy que dans les textes et les illustrations.
Nous l'avons composé et enregistré très rapidement, en moins d'un an comme le précédent LP. Tout a été réalisé par nos soins, exceptés le mastering.
Davantage taillé pour le live, je le trouve plus « accessible », toute chose égale par ailleurs, et où la voix, même si encore en retrait, et surtout le texte en français, prennent encore plus de place.
Mais surtout c'est un album dont nous sommes très fiers ! Bref, j'ai beaucoup de mal à en dire plus, les chroniques d'ailleurs le montrent bien : qu'il s'agisse des références ou des images évoquées, toutes disent des choses très différentes. Ça montre bien qu'on se fait toujours pas où nous foutre, esthétiquement parlant !


Je trouve "Déroutes..." plus "varié" que "Caduta Dei Gravi", moins dans le pilonnage mais toujours aussi sombre et torturé. Est ce que la SAISON DE ROUILLE est destiné à rester un projet sombre et viscéral ?
Je ne veux pas faire de plan sur la comète, mais effectivement SDR par essence est un projet sombre et viscéral. Il s'agit d'un vide ordure/poche/pensées/angoisses pour moi, qui suit plutôt du genre gai-luron, mais qui a besoin d'une activité pour sublimer un paquet de trucs. Je n'ai pas envie de chanter l'amour ou la dépression complaisante, ou encore des épopées façon americana. J'ai toujours été un gros lecteur de romans, et ça doit expliquer en partie pourquoi les thèmes, les histoires ou les images que je veux mettre en musique viennent assez rapidement.
Seulement, la forme que prendra SDR variera au fil des albums. Nous sommes dans une dynamique assez « rock/direct/mes couilles sur ton front t'as vu » mais elle ne durera pas plus d'un autre album. Des univers plus dépouillés, minimalistes ou mêmes hip hop/dub me brancheraient tout autant.


Sur le premier album, il n'y avait pas moins de six labels qui s'était associé pour que le projet aboutisse...ici, vous êtes en auto prod, qu'est ce qui s'est passé ?
J'aurai le plus grand mal à te l'expliquer, et encore aujourd'hui ca reste énigmatique. Enfin pas vraiment. Il est évident qu'en moins de 2 ans le contexte s'est encore particulièrement dégradé pour les petites structures. Quand elles n'ont tout simplement pas mis fin à leurs activités, elles se sont mises en sommeil ou bien ont réduit drastiquement leurs nouvelles signatures, parallèlement à des groupes de plus en plus nombreux. Ca c'est pour le contexte. Mais l'identité de SDR ne plaide pas en notre faveur. On a bizarrement profité d'une esthétique « indus » pour le premier. Bon, soit. Et donc cette étiquette (même origine que le mot label soit dit en passant) nous a « ouvert » quelques portes. Mais que dire de notre dernier opus ? J'ai été pas foutu de le présenter autrement que « rock sombre, bruyant, industriel et bluesy en Français » ! Donc quand tu arrives avec ce genre de galette, et que tu n'as pas de raison, et que t'as zic n'est pas truc le plus facile et « branchouille » en ce moment, bah t'es comme un con.
Donc on après 3 mois de recherches vaines et épuisantes, on a fait nos crevards en détournant le financement participatif à la sauce « précommandes ». Ce n'est pas totalement une autoprod, pour cette dernière raison, mais aussi parce que 4 labels ont réservé chacun un petit stock. Donc une sorte de collaboration, plus qu'une coprod de leur part.


J'ai pu lire que niveau concerts, c''était un peu compliqué pour vous de vous retrouver sur autre chose que sur une affiche attirant trois pelé et deux tondus. Pourquoi à ton avis c'est si compliqué de mettre Saison de rouille sur une affiche digne de ce nom ?
Pour plusieurs raisons. La première tient au fait que nous n'appartenons à aucun(e) réseau/scène avec tout ce que cela implique de liens, de copinages, au bon sens du terme. La seconde que nous n'avons jamais eu de labels de taille, et suffisamment impliqués, nous soutenant dans la recherche de concerts. Donc notre visibilité et notre « notoriété » est quasi nulle. Tu ajoutes qu'il y a un manque cruel de curiosité de la part des programmateurs de salles subventionnées, les dites SMAC, qui ne remplissent plus vraiment leur taff de « découvreur », dans les 2 sens du terme, de nouveaux groupes mais plutôt de remplisseur de salles ; et de l'autre côté des petites assos qui rencontrent pas mal de difficultés et qui sont submergées par les demandes, et qui font bien évidemment jouer les groupes qui disposent d'atouts, évoqués précédemment, qu'on a pas.
Ce n'est pas faute d'inonder les boites mails de centaines d'assos/salles/orgas en France et dans les pays voisins tous les 2 mois. Mais bon je commence à me faire une raison.


Tu as l'air d'être assez actif dans la promotion de SDR mais tu ne semble ne pas récolter autant que ce que tu sème. Penses tu que les réseaux sont, beaucoup, une histoire de copinage ?
Je ne veux pas tout mettre sur le dos du copinage. Il y a un paquet d'excellents groupes, bien « meilleurs » que SDR qui galèrent tout autant voire plus ! A l'inverse il y a un effet d'optique de la part de ces dits réseaux. On a l'impression en tant que groupe en marge que certains projets font des tournées de dizaines de dates par an, qu'ils sont sollicités et qu'ils jouent autant qu'ils veulent. Faut garder en tête que c'est un peu « consanguin », qu'on joue rapidement devant et avec les mêmes groupes, et souvent dans des soirées « fours », où il n'y a pas grand monde.
Mais c'est sur que j'apprécierai assez d'avoir une structure qui fasse le job de promotion, d'envois des commandes, et de chercher des dates à notre place, en contactant des tourneurs ou des programmateurs directement. Enfin, faut garder les pieds sur terre, ca ne reste que de la musique, donc rien de grave. Si cela arrive très bien, sinon tant pis.En tout cas, on aura pas démérité !


Toujours niveau promo, tu postes régulièrement des Infos sur vs et j'ai vu qu'une fois, un lecteur avait comparé SDR à Godflesh...ce que tu ne sembles pas particulièrement apprécier non ?
Bof, je m'en fous pas mal en fait. Disons que j'ai été passablement agacé de trouver cette référence dans les chroniques du premier LP. Au prétexte qu'il y avait une boite à rythme froide et écrasante, avec des rythmiques bien binaires, une basse tranchante... on évoque forcément Godflesh ?
Pour être honnête, je voulais des lignes percussives dépouillées, en raison de mon amour pour les premiers SWANS, et en lien avec une période durant laquelle j'écoutais pas mal de DARK AMBIENT. Mais Godflesh m'a toujours laissé de marbre, une indifférence crasse à son égard. Par contre, j'apprécie vraiment ICE et GOD.
Bref, ce qui me dérange c'est cette référence-facile, qui laisse supposer que les musiciens derrière sont des fans et qu'ils ne parviennent pas à s'abstraire de leurs influences. J'ai même lu cette référence dans certaines des premières chroniques de DEROUTES. Là faut le faire !


Puisqu'on parles de musique, est ce que tu peux nous raconter un peu ton parcours et ton éducation musicale avant d'en arriver à SDR ?
Comme je te l'ai indiqué. J'ai seulement, et ce fut très suffisant, officié en tant que vocaliste, puis quelques claviers, dans DANISHMENDT, entre 2005 et 2012, un maxi et deux albums, dont le dernier « UN PASSE ARIDE », reste un objet dont je suis encore aujourd'hui très fier.Je ne suis malheureusement pour moi pas du tout musicien. Un autodidacte formé à la vue et à l'ouïe des autres musiciens, aidé par le numérique et la programmation.
Ce n'est pas un parcours très excitant, désolé !


Le travail de guitare sur "Déroutes sans fin" est assez impressionnant. Est ce que tu peux nous en dire deux mots ?
Tout d'abord, Sebastyen est un excellent guitariste (il va être ravi de le lire pour la 2e fois dans une itw), très inspiré et dont les jeu est très propre. On a fait de bonnes prises, grâce à un matos simple mais de qualité, ampli comme préamp, et surtout de très bons micros prêtés pour un ami ingé son.Le mixage n'a pas demandé beaucoup de travail, les guitares de Sebastyen sonnent le plus naturellement possible : pas de compression, ni de « gonflage » comme sur des grosses prods.
S'ajoute à cela le fait que j'ai modifié un clavier pour en faire une sorte de lapsteel ou de guitare fretless électronique, plein de bend et de micro-tonalité qui double et harmonise la guitare de Sebastyen.


Tu disais dans une interview que tu n'étais pas absolument sur que l'indus serait au cœur du troisième album. Est ce que tu peux dans un premier temps nous dire qu'est ce que l'indus selon toi et dans quelle direction (si c'est possible) s'oriente le nouvel album ?
Je suis très loin d'être un grand mélomane, ou expert es étiquette musicale. Disons que l'indus, depuis ses origines fin 70/début 80, avec les groupes anglais et allemands que tout le monde commun, jusqu'à nos jours, s'ils en restent, utilise des sonorités froides, répétitives, dérangeantes, mécaniques renvoyant au labeur ouvrier, mais détournées au profit d'un univers poétique et musical., pour évoquer l'aliénation de nos vies occidentales. .
C'est avant tout par le jeu des percussions de la boite à rythmes, dont la place diminue d'album en album au profit d'une batterie plus classique, et de claviers assez froids et dissonants que s'exprime cette influence chez SDR.
Mais effectivement, à mesure que SDR évoluera notamment dans une période à venir de dépouillement progressif, cette dimension sera de moins en moins évidente, plus subtile.


Tous vos visuels sont super réussis. Est ce que tu es sensibilisé à l'art visuel et comment travaille tu pour tes artworks ?
Tout se fait très rapidement en général. Pour le premier LP, les thématiques « corporelles » ne pouvaient selon moi que renvoyer des visuels « cliniques » et « anatomiques ». Nous avons eu la chance de retrouver des planches médicales et l'artwork s'est fait très naturellement !
Pour le dernier album, nous avons travaillé avec un photographe professionnel du nom de MIKE OBLINSKI, spéciale des paysages et des tempêtes en Arizona/Nouveau Mexique. Et bizarrement, ce sont des photos très « calmes » de bord de mer qui ont été comme les illustrations évidentes de DEROUTES. Julien, batteur de feu-DANISHMENDT, et illustrateurs de formation, a à nouveau fait un excellent travail graphique.
Disons que les textes, la musique et le visuel doivent être en adéquation, sans clichés, ni imagerie absurde ou pompière qui suit les tendances. Je pense notamment à l'imagerie « satanique » reprise par un paquet de groupes non-BM, ou aux délires psychédéliques.


Les paroles de l'album sont assez sombres et renvoient beaucoup, à mon sens, à l'idée de solitude et d'abandon. Est ce qu'il y a un concept dans "Déroutes sans fin" et que peux tu nous dires des lyrics de l'album ?
Les paroles font écho à mon bordel mental, où se croisent de nombreuses références littéraires, à des faits divers, à des angoisses ou des fantasmes peu avouables. DEROUTES est surtout l'expression d'un monde à bout de souffle, et donc d'êtres humains qui sont égarés, aussi bien dans leur vie que dans leurs rêves, dans leurs propres refuges intimes, qui entreprennent des actes absurdes et désespérés, imaginant à tord que la fuite est une solution, alors que les la source de leurs maux se trouve avant tout en eux-mêmes.


Un de tes modèles d'écriture est, semble il, Bashung. Penses tu que son influence se ressente directement sur "Déroutes sans fin" ?
Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il s'agit d'un modèle. Je pense être plus proche des « poétes maudits qui se font bouffer le "sguègue", le mal nommés FAUVE( NDLR : citer FAUVE dans Vs, fallait le faire !). Non je déconne !
J'ai pas vraiment d'influence explicite, car hormis le grand Johnny national, et un Cantat, rares sont les chanteurs hexagonaux à utiliser le Français dans de registre des musiques amplifiées.Cela étant J'aime beaucoup Bashung, enfin surtout celui de la période 90s jusqu'à sa mort, moins avant.Faut donc trouver sa voie/voix, un peu seul !


Est ce que tu peux nous donner ton avis sur ces groupes ?
- Ministry ? Pas écouté depuis leur 12e tournée d'adieu, en 2008 à feu-L'Elysée, si mes souvenirs sont bons. C'est surtout un putain de souvenir dans une boite belge, le POT AU LAIT, à Liège, où nous avions joué avec DANISHMENDT en 2008. Seuls les vrais gars savent de quoi il s'agit !

- Nine Inch Nails ? C'était mieux avant. Même si sur scène ça envoie toujours la purée.

- Laibach ? Jamais été un grand fan.

16 - Le mot de la fin est pour toi.

« En jet dans l'Eurotunnel, je me sens comme dans la chatte à ta mère » (Booba)(NDLR : Terminer par une citation de BOOBA, ça aussi il fallait le faire...)


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Commentaire
tt2neu
IP:83.194.34.252
Invité
Posté le: 31/07/2014 à 11h04 - (1257)
c'est vrai que ça doit être agaçant de faire la musique qui ressemble à un groupe qu'on aime pas (godflesh)"une indifférence crasse à son égard" pffui ça c'est de la phrase qui envoie faut se détendre, je disais ça comme ça, sinon le disque est pas mal.

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