Tonton interview PSYPHERIA
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PSYPHERIA est une découverte qui nous vient d’outre atlantique et plus précisément de Californie. Ayant chroniqué il y a peu leur premier album " Embrace the mutation ", je me suis un peu penché sur le dit combo en cuisinant son leader charismatique, John Oster. Comme le groupe vient tout juste de signer un contrat de distribution avec Century Media, il se pourrait fort bien que l’on entende encore parler d’eux pendant pas mal de temps…Psypheria01.jpg (42651 octets)

VS : Salut John c’est parti pour un entretien sans merci…
Bon finalement ce fameux cd de Psypheria est enfin sorti. Alors que le mixage a été terminé en Mars, " Embrace the mutation " est seulement disponible depuis une paire de mois. Pourquoi un tel retard ?
John :
Tu ne croiras sans doute pas ce par quoi nous sommes passés. Pour commencer le format graphique de notre livret n’était pas compatible avec celui, utilisé par l’imprimeur, aussi nous avons dû tout refaire. Ensuite il y eut le décès de la mère du même imprimeur et pour finir un service de coursier a perdu le master final et original destiné à la duplication de l’album. Heureusement pour nous le studio d’enregistrement avait une copie et nous avons pu le remplacer. Enfin, le fait que les gens au Portugal (Heretic sound est un label portugais) prennent des vacances sans prévenir ne nous a pas aidé. De ce fait, l’album était prêt en mars et n’est sorti qu’en septembre.

VS : Après ces cinq mois d’attente, quel œil critique as-tu maintenant pour le travail du groupe ? Penses-tu qu’ "Embrace the mutation " reflète encore le style actuel de PSYPHERIA ou cet album est-il déjà dépassé ?
John : Je crois que les 4/5 premiers titres sont encore représentatifs de notre son mais nos nouveaux titres sont vraiment plus techniques et brutaux, un peu comme sur " Cathartic degeneration ". Les trois derniers titres étaient déjà un peu anciens lorsque nous les avons enregistrés mais nous en avions besoin pour l’album ! Ce qui est marrant c’est que certains de ces titres ont été plébiscités par la critique ! En essayant d’être plus intense nous arrivons tout de même a être un peu mélodique. Nous ne voulons pas faire du bruit qui ne rime à rien. Et nous nous assurons toujours que nos compositions ne se ressemblent pas. Le prochain album sera basé sur la mythologie grecque.

VS : La mythologie grecque ? Ca à l’air intéressant mais j’imagine que cela ne se retrouvera qu’au niveau des textes ? J’ai du mal à m’imaginer un concept musical basé sur un tel thème.
John : Oui bien sûr cela concerne uniquement les textes. Nous avons écrit sur Œdipe, Antigone ou encore Prométhée.

VS : Pour revenir à " Embrace the mutation ". Vous avez signé avec un label portugais " Heretic sound ". C’est un peu inhabituel pour un groupe ayant une bonne réputation comme le tien. Cela veut-il dire que les labels US ne sont pas intéressés par les groupes de leur propre pays ? Le prochain PSYPHERIA sera-t-il aussi une production Heretic sound ?
John : Hé bien, nous n’avons pas essayé tant que cela de signer sur un label américain. Heretic sound fut le premier label à nous offrir un deal et nous avons donc sauté sur l’occasion. En ce qui concerne le prochain album rien n’est encore décidé.

VS : Pourtant vous aviez déjà sorti un album sur Mad Lion records ? Peux-tu nous en dire plus sur ce label ? Ce disque est-il encore disponible et quel regard as-tu pour cette partie de la carrière du groupe ?
John : Le disque sur Mad Lion records (" Thy flesh consumed ") est sorti alors que nous nous appelions encore Enthroned et n’est plus disponible depuis longtemps. Autant que je sache Mad Lion, notre label polonais de l’époque, n’existe plus. Nous étions censés être payés en cd mais au final nous n’avons eu que la moitié de ce qui était prévu et finalement le label manager a disparu de la circulation. La prochaine étape dans notre carrière consistera a trouver un label plus important pour nous soutenir en cas de tournée et tout spécialement en Europe. Nous avons peut être un plan pour venir en Europe en Avril prochain mais rien n’est encore certain…

VS : Le moins qu’on puisse dire c’est que vous n’avez pas beaucoup de chance avec les labels. J’espère que vous aurez plus de chance à l’avenir. Tu me parles de l’Europe et d’une tournée au printemps prochain. C’est si important que ça pour vous de venir jouer en Europe ? Cela voudrait-il dire que les fans de métal de notre continent serait plus réceptifs au style de PSYPHERIA ?
John : Oui, je le crois. La plupart des européens ont de la culture… Et c’est sans doute dû à la riche histoire culturelle de l’Europe. En ayant cela à l’esprit je crois que le public là-bas est plus ouvert à d’autres styles de musique et apprécierait davantage nos influences classiques. Je n’aime pas généraliser mais la plupart des américains préfèrent un death métal plus direct comme CANNIBAL CORPSE. C’est très bien mais nous voulons " changer " cela. Quand les gens pensent au synthé, ils associent inévitablement cela à des mélodies gentillettes. Notre son de base est aussi brutal que bien des groupes, mais le synthé nous apporte une autre dimension que nous ne pourrions pas avoir avec seulement des guitares. Comme l’a dit un chroniqueur nous avons " des synthés qui ne sacrifient en rien à une brutalité dévastatrice ". Nous avons pas mal de fans aux US mais le marché européen semble être fait pour nous.

VS : Quand tu parles de culture européenne, j’entends plus le prof d’anglais que le musicien. A ce propos est-il facile de combiner le travail d’enseignant avec ta carrière musicale ? As-tu déjà parlé du groupe à tes étudiants et as-tu des fans parmi eux ?
John : Hé bien comme j’ai une formation de guitare classique, je suis particulièrement sensible à l’héritage musical de l’Europe… C’est le berceau des trois B… Bach, Beethoven et Brahms...! J’écoute plus de classique que de métal car j’ai étudié cela pendant longtemps. Quant à l’enseignement et la musique, ça n’a jamais été un problème de combiner les deux. En fait, la carrière de prof est idéale pour un musicien car on a pas mal de temps libre. Comme cela fait longtemps que j’enseigne je peux également prendre de temps à autre des jours de repos supplémentaires pour les tournées, les enregistrements, etc… Y’a pas de problèmes. J’ai déjà parlé à mes étudiants du groupe lorsqu’ils me posaient la question. J’essaye de bien séparer mes deux activités. J’ai quelques fans parmi mes étudiants mais la plupart trouvent la musique trop complexe ou trop intense. Ils ont aussi beaucoup de mal avec le chant death métal " Je ne comprends pas ce qu’il dit " est une remarque fréquente. Mais en général ils trouvent ça cool que je joue dans un groupe même s’ils n’aiment pas vraiment le style. Tout est une question de média. Si plus de radios commerciales ou de télévisions comme MTV passaient du métal extrême sa popularité en serait décuplée. Tant qu’on nous gavera avec des merdes comme Godsmack ou Soulfly, il n’y aura aucun espoir.

VS : Je ne suis pas vraiment surpris par tes goûts en matière de musique classique. Cela se ressent dans la structure même de certains titres et surtout au niveau des guitares et des synthés. En particulier dans l’intro de " Cathartic degeneration " dont tu parlais peu avant. Que penses-tu d’un groupe comme HOLLENTHON qui a utilisé beaucoup de samples orchestraux pour son dernier album ? Ils ont même repris un thème classique célèbre sous le titre de " Lord of Bedlam " dans une version plus métal. Est-il possible que PSYPHERIA fasse le même genre de reprise un jour ?Psypheria03.jpg (57009 octets)
John : Je suis désolé de te dire que je ne les connais pas. Mais ça doit être bon. L’intro de " Cathartic degeneration " fait partie d’une fugue à l’orgue de Bach. Effectivement, nous avons déjà songé à reprendre des compositions classiques dans une version death metal. " La chasse de Baba Yaga " de Mussorgsky serait terrible. Ou bien encore la 5ème symphonie de Beethoven. Imagine ça avec une double basse et des blast beats… Nous avons aussi pensé à utiliser de " vrais " instruments à corde. Nous avons pas mal de bons musiciens classiques à mon conservatoire, ça serait facile d’organiser quelque chose. Le synthé c’est bien mais de " vraies cordes c’est encore mieux… "

VS : Justement puisque tu en parles, j’ai été très surpris par l’utilisation des synthés sur l’album. D’habitude cet instrument est surtout utilisé comme complément musical pour installer une atmosphère. Dans le cas de PSYPHERIA j’ai la vague impression que, peut être pour l’une des premières fois, les synthés sont utilisés comme un instrument à part entière. Lyle doit travailler très dur pour arriver à ce genre de résultat, je me trompe ?
John : Tu as tout à fait raison. Lyle est un forcené. Une grande partie de ses gammes classiques aux synthés nécessite une parfaite maîtrise de la technique. Quand il était gosse, il donnait des récitals de pianos, il a donc une bonne expérience. A l’origine il était notre chanteur mais un nodule aux cordes vocales l’a obligé à arrêter. Il nous a alors parlé de sa formation au piano et nous nous sommes dit que des synthés apporteraient une autre dimension à notre musique. Tu as aussi raison pour ce qui est du fait qu’ils ne sont pas utilisés pour créer une atmosphère. Il ne joue pas du tout les même gammes que les guitares . C’est difficile, sans travail intensif ça ne marcherait pas. Son synthé peut reproduire le son du piano, de l’orgue mais aussi de la harpe, des cordes, les cœurs, les carillons… enfin bref toutes sortes d’instruments. Et nous utilisons toutes les sonorités que je viens de te citer. Certains pourraient croire que les synthés ne conviennent pas à un style brutal mais s’ils écoutent attentivement, ils réaliseront à quel point cet instrument rend nos compositions plus complexes et uniques. Rien ne va plus vite que son orgue battant à 50.000 watt PA system. Y’a pas plus brutal…

VS : Je ne crois pas que la brutalité soit essentielle au death métal. Pour moi le feeling est plus important.
Pour revenir à l’interview, le groupe a débuté en 1992 et c’est seulement en 2001 que vous avez décroché un contrat décent. Comment avez-vous fait pour garder la foi en votre musique ? Tu ne t’es jamais demandé si le groupe n’allait pas dans une mauvaise direction ? Y’a-t-il eu un moment où tu t’es dit : " je suis trop vieux pour ça, essayons autre chose… " ?
John : Ha ha ha. Effectivement j’ai failli laisser tomber plusieurs fois. Je pourrai toujours satisfaire mes besoins artistiques avec la guitare classique en solo. Mais au moment où nous étions vraiment au fond du gouffre, nous avons eu des propositions. Nous aimons jouer ensemble et cela nous a aidé à continuer. Nous savons depuis longtemps que notre musique est originale et qu’on nous remarquerait tôt ou tard. Depuis que nous avons tous de bons boulots, nous n’avons pas besoin de la musique pour gagner notre vie. Il nous suffisait donc d’être patients.

VS : Parlons un peu de PSYPHERIA sur scène. Ca doit être difficile de restituer votre musique en concert ? Crois-tu que PSYPHERIA soit plus un groupe de studio ?
John : En fait nous sommes meilleurs en live. Nous n’avons aucun problème pour transcrire notre musique en concert. Du fait que nous travaillons beaucoup et avec précision, nous pouvons jouer chacune de nos compostions sur scène. Pour tout te dire notre musique gagne en intensité et en rapidité lorsque nous jouons devant un public. Aucun d’entre nous n’aime le travail en studio. C’est tellement rébarbatif et ennuyeux de toujours se soucier des erreurs éventuelles. Une grande partie de la passion et de la fougue sont perdues lors des enregistrements.

VS : Quant est-il de l’organisation des tournées aux US ? Il y a une pratique courante en Europe qui veut que les groupes de première partie payent pour participer aux importantes tournées. Cet argent est en fait utilisé pour financer en partie ces mêmes tournées. Que penses-tu de ce genre de pratique et comment cela se passe-t-il chez vous ?
John : Hé bien nous n’avons pas encore fait de tournée, aussi je ne peux pas parler d’expérience personnelle mais je trouve ce genre de pratique ignoble. Pas seulement parce que les groupes payent mais aussi parce qu’ils ne sont pas toujours bien rémunérés en retour. Certains gagnent entre 50 et 100 $ par concert. Beaucoup de clubs en Californie du Sud font payer les " petits " groupes pour jouer un seul concert avec des formations confirmées. C’est aussi scandaleux car cela ne leur rapporte pas grand chose si ce n’est une bride de pPsypheria02.jpg (17937 octets)romotion. Les clubs de ma région avaient l’habitude d’appliquer cette politique du " pay for play " (payer pour jouer) mais l’association de l’Union musicale a mis fin à cette pratique. Si les promoteurs n’ont pas assez d’argent pour organiser des tournées, ils ne devraient pas faire ce business. Il est temps que les tours operator arrêtent de traiter les groupes" petits " ou locaux comme de la merde !!!

VS : Je ne crois pas que ces groupes soient payés en Europe et la plupart du temps ils ne font pas de balance non plus…
John : C’est triste mais c’est à peu de chose près la même chose ici…

VS : Pour changer de sujet : vous avez choisi Jon Zig pour réaliser la pochette de " Embrace the mutation ". Il est très populaire en ce moment dans le monde du métal et il a déjà fait l’art work de pas mal de pochettes (Sinister, Deeds of Flesh, Houwitser…). Ne crois-tu pas, qu’un jour, les groupes extrèmes risquent d’avoir tous les mêmes pochettes de disque ?
John : Effectivement cela pourrait arriver. Lorsque nous avons contacté Jon Zig nous lui avons juste dit que nous voulions la pochette sombre et adéquate pour un groupe métal mais pas trop gore. Le résultat final est assez original et facile à mémoriser. Aussi longtemps qu’il ne se répétera pas dans son travail, je crois que les groupes n’ont pas trop de soucis à se faire. Je ne sais pas encore très bien comment sera la pochette de notre prochain album vu son concept de mythologie Grecque. Même si certaines histoires traitées dans les textes sont sombres et tumultueuses, je ne crois pas qu’on se tournera vers un artwork stéréo typique du death métal. Peut être tout simplement une photo de statue grecque ? Enfin nous avons encore le temps d’y songer…

VS : Comment ça se passe au niveau de l’écriture des titres ? Cela prend-t-il du temps ? J’ai vu sur le livret du cd que tu as personnellement écrit une grande partie d’ " Embrace the mutation ". Cela n’est-il pas frustrant pour les autres membres du groupe ? Ils n’ont peut être pas beaucoup d’idées ou bien diriges-tu le groupe d’une poigne tyrannique ?
John : Ha ha… J’étais un tyran, mais je suis plus démocratique maintenant. Il y a encore deux ans, tout le monde croyait en mon jugement surtout parce que j’avais une formation musicale accrue mais aussi parce que je composais la totalité des titres. Une fois que Mike Hurley a rejoint le groupe, je me suis rendu compte qu’il avait des idées de riffs destructeurs et il a donc écrit l’un des titres du cd. Et depuis il en a écrit d’autres et nous avons co-écrit ensemble deux nouveaux titres. Cette façon de faire fonctionne très bien. J’arrive avec mes idées de riffs qu’il travaille, combine avec les siennes et ça sonne terrible. Mais pour répondre à la première partie de ta question : oui, cela est parfois long de composer des titres. Nous sommes très stricts avec notre musique et elle doit répondre à plusieurs critères :

  1. brutale
  2. technique
  3. originale
  4. " un peu " mélodique

et ne pas ressembler à un autre morceau que nous avons déjà écrit
Beaucoup de groupes semblent ignorés le 5 de cette liste. objectivement, un groupe se doit d’avoir un certain son, un certain style mais je ne vois pas pourquoi ils écrivent toujours les mêmes riffs, les mêmes chansons encore et encore…J’ai des périodes d’inspiration où les riffs viennent facilement mais j’ai aussi des moments où ça ne vient pas et c’est alors un vrai challenge.

VS : Un peu comme moi quand j’écris des chroniques de cd…
Nous avons parlé de l’album à venir et je sais que tu te damnerais pour une tournée européenne mais quels espoirs entretiens-tu pour l’avenir de PSYPHERIA ? De l’argent ? La célébrité ? Des groupies nues et dociles ? Raconte nous un peu…
John : Ha ha, ben l’argent et une reconnaissance internationale ça serait sympa. Les filles nues ne nous feraient pas de mal non plus… En fait nous avons joué une fois dans un bar " topless " mais les danseuses nous ont trouvés trop rapides et trop heavy !!! Plus sérieusement nous aimerions une reconnaissance pour notre dur travail et notre talent. Tous les groupes se disent originaux, mais nous le sommes réellement. Je crois que notre melting-pot de brutalité, de technicité, de mélodie et nos influences classiques nous rendent unique dans notre genre. Cela fait 10 ans qu’on rame, notre heure est venue.

VS : Hé bien PSYPHERIA est un excellent groupe et j’espère que tes vœux se réaliseront même si une petite touche de modestie aurait été intéressante dans tes propos… hé hé hé
John : hé, c’est pas facile d’être modeste quand on joue dans PSYPHERIA… J

VS : Bon je crois qu’il est temps pour moi de donner fin à cet entretien. Je suis certain que tu as quelque chose à dire pour conclure cette série de très bonnes (et talentueuses) questions… ;-)
John : Elles m’ont comblé ! J’ai apprécié cette opportunité de partager mes points de vues et j’espère que nous envahirons bientôt votre environnement musical ! Visitez notre site : www.psypheria.com