Uriel interview Robert Culat
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Interviewer un prêtre dans un webzine metal. Est-ce de la provocation? Ou bien une volonté d’ouvrir nos colonnes à un représentant d’un horizon souvent (toujours) pointé du doigt avec mépris et défiance ? Le Père Robert Culat, en metalleux actif et connaisseur, a tenu à nous exposer son projet de livre sur le metal ainsi qu’à faire partager sa vision très actuelle et sans complaisance du monde ecclésiastique et de ses rapports avec notre musique… pas toujours si antagonistes qu’on veut bien le penser. Portrait…

 

Ave Robert! Sois le bienvenu à t’exprimer dans nos colonnes. Avant toute chose, je crois que je dois une explication aux lecteurs qui vont forcément considérer d’un œil perplexe ton CV en relation avec un webzine dédié au metal. Peut-être le mieux est-il de procéder par étapes et donc de commencer par un petit portrait rétrospectif. Qui est à la base Robert Culat, et quel est le cheminement personnel qui t’as conduit à embrasser la carrière ecclésiastique ?

Robert Culat : Ta question mériterait une longue réponse ! Je vais essayer d’être bref. Je suis né en 68 à Marseille. Mes parents n’étaient pas à l’époque de fervents catholiques, mais plutôt des personnes indifférentes à la religion, ce qui fait que je n’ai pas été baptisé. Nouveau-né j’ai cependant été gravement malade, proche de la mort, et c’est une amie de ma famille qui a pensé au baptême, ce qui fut fait par l’aumônier de l’hôpital. Ensuite ma santé est redevenue normale. J’ai perdu ma mère (qui s’est suicidée après la naissance de ma sœur) à l’âge de 6 ans. Jusqu’à l’âge de 13 ans j’ai vécu sans éducation religieuse particulière. Ce qui fait que mon enfance a été originale : dans une famille d’accueil, chez ma grand-mère puis finalement chez mon père qui m’a beaucoup fait voyager en Europe, en Amérique Latine, au Proche-Orient et en Afrique du Nord. J'ai reçu par mon père une éducation musicale classique (son compositeur favori étant Beethoven). En 81 je me suis converti à la foi catholique à travers la rencontre d’une croyante, j’ai donc fait mon premier catéchisme et ma première communion. Très rapidement j’ai servi la messe chaque dimanche dans mon village et l’idée de la vocation sacerdotale (ce qui est très différent de la carrière ecclésiastique dont tu parles ! ! ! On ne fait pas carrière dans l’Eglise. L’Eglise n’est pas comparable à l’armée…) est venue en même temps. A 15 ans j’en ai parlé pour la première fois à mon curé. Puis j’ai fait mes années de lycée pour déboucher sur un bac littéraire (j’étais attiré par la philo et les langues étrangères). Après le bac je suis entré en 86 au grand séminaire d’Avignon pour deux ans, puis j’ai fait mon année de service militaire en Allemagne. De retour mon archevêque m’a demandé de poursuivre mes études à l’Université Pontificale Grégorienne de Rome, ce que j’ai fait jusqu’en 94. Mes études ecclésiastiques se sont terminées par une licence canonique en philosophie avec un mémoire d’esthétique comparative entre Kant et Nietzsche. J’ai reçu l’ordination sacerdotale en 93 et en 94 j’ai été nommé vicaire dans la paroisse d’Orange. Les motivations principales qui m’ont conduit à être prêtre sont au nombre de trois : 1° Remercier Dieu qui m’avait fait gratuitement le don de la foi ; 2° Célébrer le sacrement de la messe ; 3° Témoigner du Christ auprès de ceux qui ne le connaissent pas, le connaissent mal ou le refusent. Je n’ai pas été bref…


En quoi consiste exactement la fonction de prêtre de nos jours ? Est-ce que la vision que nous en donnent les films d’après-guerre – le curé comme premier confident des paroissiens et acteur incontournable de la vie quotidienne – a toujours cours ? Considères-tu ton métier comme difficile ? Quels en sont à tes yeux les aspects positifs et négatifs ? Penses-tu que devenir prêtre requiert des qualités ou traits de caractère particuliers qui ne sont pas donnés à tous ceux qui entrent au séminaire ?

Robert Culat : Tes questions ont l’art de ne pas être superficielles ! La vocation sacerdotale est d’une richesse infinie : tu vois, moi je suis curé de trois villages, ce qui est déjà différent d’un curé en milieu urbain. J’ai été pendant 6 ans vicaire aumônier des jeunes, c’est encore un autre accent. D’autres s’occupent des malades, des prisonniers, des pauvres, des loubards, des intellectuels, des hommes politiques, des artistes, des gens du voyage etc. Dans un avenir proche peut-être aurons-nous des prêtres aumôniers des metalleux ! La vision du prêtre que tu évoques n’est pas valable pour mon cas : j’ai très peu de confidences, encore moins de confessions, et je ne suis pas dans mes villages un notable comparable au maire par exemple. On pense à moi surtout pour les enterrements, pour les baptêmes et les mariages. Mon " métier " a bien sûr un aspect difficile comme toute vocation authentique. Je pense, par exemple, que vivre le mariage chrétien est tout aussi difficile de nos jours. Un croyant sait qu’il peut compter sur la force de Dieu pour être fidèle à sa vocation, et cela change donc les perspectives. La difficulté se retrouve bien sûr dans les aspects négatifs : les fidèles ne sont pas nombreux à fréquenter les églises, ils sont vieillissants donc fatigués et peu aptes à insuffler le souffle nouveau dont nous aurions tant besoin. Les communautés catholiques dont je suis le pasteur sont donc petites et minoritaires. Le plus épuisant dans le rôle de curé c’est de gérer les conflits de personnes, les sensibilités différentes au sein des paroisses. Un autre aspect difficile consiste à trouver la juste relation avec les catholiques non-pratiquants que je rencontre à l’occasion des baptêmes, mariages et enterrements. A la fois j’accueille leur demande et j’essaie de leur faire faire un pas de plus, de leur faire comprendre qu’on n’est pas chrétien seulement au moment des grandes occasions, mais chaque jour. Et que l’Eglise, comme toute communauté humaine, a besoin pour être rayonnante de l’engagement actif de tout ses membres. Beaucoup de catholiques sont " consommateurs " vis-à-vis de l’Eglise. C’est une souffrance pour un prêtre qui donne toute sa vie et sa personne pour le Christ. Les aspects positifs sont aussi présents heureusement : Des jeunes et des adultes de plus en plus nombreux demandent le baptême ou la confirmation. Puis de grands événements comme les dernières Journées Mondiales de la Jeunesse à Toronto me redonnent une grande espérance pour l’avenir de l’Eglise. Il y a aussi toutes les rencontres personnelles que je peux faire avec des gens très différents, c’est passionnant. Puis certains paroissiens sont vraiment des exemples de foi et de charité, c’est très encourageant pour un curé. J’en parle en dernier mais c’est essentiel : ma vie de prière, ma vie de relation au Christ. C’est toujours un point positif car même s’il m’arrive de m’endormir ou d’être très fatigué ou distrait pendant un temps de prière, je reçois toujours d’une manière ou d’une autre l’amour du Christ. C’est lui et lui seul qui me fait tenir à mon poste. Enfin je pense que les qualités primordiales pour être curé de paroisse sont la faculté d’adaptation, la patience et la persévérance. Tout le monde ne les a pas forcément en entrant au séminaire. Mais d’une manière ou d’une autre nous devons acquérir ces aptitudes. Sans elles nous serions menacés de découragement.

 

Comment l’Eglise vit-elle la désaffection progressive vis-à-vis de la Religion ? D’abord, est-ce que tu ressens toi-même un dépeuplement des églises, et est-ce selon toi un phénomène exponentiel et inéluctable ? Quelles en sont à ton avis les grandes causes initiales ?

Robert Culat : Encore une question qui demanderait une thèse entière ! J’ai déjà un peu répondu avec les points négatifs. En 2000 ans d’histoire l’Eglise a connu des crises peut-être plus graves que celle de l’athéisme et de l’indifférence que nous constatons aujourd’hui : la crise gnostique, arienne, la naissance du protestantisme, la révolution française et la terreur etc. Et elle est toujours là ! Et puis l’Eglise ne se confond pas avec la vieille Europe ! L’Eglise est catholique (= universelle) et c’est ce qui fait sa vitalité aujourd’hui. En Afrique et en Asie (En Corée par exemple) l’Eglise est en expansion. Pour l’Europe la déchristianisation est-elle inéluctable ? Difficile à dire… Je pense que nous aurons en Europe dans les années à venir une Eglise minoritaire mais peut-être plus fervente et plus convaincue, donc plus rayonnante. Ce n’est pas le nombre des baptisés qui compte mais bien les baptisés qui essaient de vivre leur foi pleinement. Les causes du phénomène de déchristianisation ? Comme tu peux l’imaginer elles sont multiples et complexes. On n’est toujours pas sorti du dogme scientiste et rationaliste selon lequel n’est vrai que ce qui peut être mesuré par notre raison et notre expérience, d’où l’opposition dans beaucoup d’esprits entre foi et sciences. La vision selon laquelle la personne existe davantage par ce qu’elle possède et donc par son pouvoir d’achat que par ce qu’elle est peut rendre la religion " inutile ". Car la religion sauve et perfectionne l’être intérieur de l’homme, et cette recherche peut être considérée comme une perte de temps, une illusion dans une société de consommation. Par ailleurs je pense que la perte de la pensée personnelle et de l'esprit critique visible dans les masses contemporaines est mauvaise pour une redécouverte de la foi. Les gens pensent par procuration (les media l’ont dit, donc c’est parole d’Evangile etc.) et non plus librement. Et dans le pire des cas ils ne pensent même plus… Il n’y a qu’à voir combien certains mythes historiques ont la peau dure : les croisades, l’inquisition etc. Je ne nie pas ces réalités historiques reconnues par le pape lui-même, je remets en question la présentation tendancieuse qui en est faite. Or pour s’engager dans une recherche spirituelle il faut pouvoir se poser des questions. C’est un grand privilège de rencontrer aujourd’hui un lycéen qui se pose des questions et essaie de réfléchir par lui-même. Les notions de vérité, de bien et de mal sont devenues relatives pour la plupart de nos contemporains. Cela n’aide pas à trouver le chemin vers le Christ qui a osé dire : " Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ". La version contemporaine serait : " Je suis un chemin parmi d’autres, une partie de la vérité, une source d’énergie et d’épanouissement ". Il y a entre ces deux visions un abîme difficilement franchissable. Enfin le christianisme est une religion révélée : Dieu se fait connaître en son Fils Jésus-Christ. La vertu principale pour accueillir la révélation chrétienne est l’humilité, je reçois de Dieu la vérité sur ce qu’Il est et sur ce que je suis. Or c’est la vertu qui fait le plus cruellement défaut à l’homme occidental. Il est plutôt caractérisé par l’orgueil et l’autosuffisance.

 

Ensuite quel regard portes-tu sur les " alternatives " à la Religion proposées de nos jours ? Que t’inspire la recrudescence des sectes sataniques, apocalyptiques et autres cultes polythéistes au cœur même de sociétés autrefois très largement acquises au Christianisme ? Est-ce que cela provoque chez toi un sentiment concret d’inquiétude ?

Robert Culat : Cela ne m’inquiète pas. Rien de nouveau sous le soleil, comme le dit Qohélet ! A la fois cela me fait de la peine et cela me fait sourire. Cela me fait de la peine de voir tant de gens s’engager dans des voies spirituelles qui, pour moi, sont une régression par rapport aux acquis du christianisme. Cela me fait sourire car ce bazar religieux contemporain est d’une pauvreté doctrinale effrayante et d’une irrationalité rarement atteinte. On retrouve un peu les errements de la gnose des premiers siècles. Le néo-paganisme, les sectes sataniques, le New Age me font penser à des péplums d’Hollywood ou à la soupe des vieilles paysannes qui récupéraient tous les restes de la journée pour la faire. Certains membres de ces mouvements sont sérieux et cultivés mais je pense qu’il s’agit ici d’une minorité. Comment peut-on aujourd’hui adorer Odin, Isis et compagnie sans friser le ridicule ? Le syncrétisme propre à beaucoup de ces mouvements génère dans la pensée et dans les actes l’irrationnel et c’est très dangereux, beaucoup plus dangereux qu’une religion qui affirme enseigner la vérité ultime sur Dieu et sur l’homme. Un peu de franc-maçonnerie, un brin de sorcellerie, une pincée de paganisme, un zeste de satanisme, une once de réincarnation : voilà le portrait du parfait croyant européen qui dans sa vie quotidienne utilise les techniques et les sciences les plus perfectionnées ! J’ai même rencontré des metalleux qui croient à l’existence des extraterrestres et s’imaginent qu’ils fomentent un complot contre nous… On a de quoi rester pantois et dubitatif ! Le problème du christianisme en Occident c’est qu’il est étiqueté comme vieux, déjà connu. C’est du " déjà vu ". Et certains ont la démangeaison de la nouveauté, du " mystère ", du paranormal, de l’occulte, de l’ésotérique… Plus c’est compliqué plus ça marche. De fait le vrai christianisme est très peu connu des masses, et en constatant l’inculture religieuse actuelle ça n’ira pas en s’améliorant. Malgré les apparences le christianisme est plus que jamais nouveau dans nos vieux pays européens et c’est une chance pour lui.

 

Comprends-tu et respectes-tu la démarche des gens qui se réclament athées ou païens, essentiellement par rejet viscéral du Christianisme ? Sans entrer dans la grande spirale de débat théologique, que répondrais-tu à ceux qui affirment que la Religion fonde ses principes sur une gigantesque mystification véhiculée à travers les siècles ? Quelles valeurs, concrètes ou métaphysiques, mettrais-tu en avant pour justifier ta Foi et ta volonté de la propager ?

Robert Culat : Encore une question très ardue ! En tant que chrétien et que prêtre je respecte la conscience et la liberté de tout homme. Simplement je pense que pour fonder correctement une adhésion au paganisme ou à l’athéisme le seul rejet du christianisme n’est pas suffisant. Si choisir une idéologie ou une religion se fait par un réflexe de rejet et d’opposition alors on peut mettre en doute la validité rationnelle et spirituelle d’un tel choix. Je ne suis pas catholique, par exemple, par rejet des protestants. Je suis catholique parce que je suis positivement attiré par la foi catholique. Il devrait en être de même pour un païen ou un athée. De plus, comme je l’ai dit plus haut, beaucoup ne connaissent pas grand chose du christianisme. Pour pouvoir le rejeter validement il faudrait auparavant s’être informé objectivement des tenants et aboutissants. Mon expérience de prêtre me montre que certains rejettent une caricature ou une déformation du christianisme. Entre parenthèses c’est l’analyse que je fais de la virulente critique de Nietzsche.

Quelles " valeurs " mettre en avant pour justifier ma foi et la propager ? C’est tout le domaine de la théologie apologétique aujourd’hui nommée fondamentale. Personnellement je mettrais en avant deux critères : Est-ce que ma foi de catholique me rend profondément heureux et épanoui ? Je veux dire par là : est-ce que je sens que mon attachement au Christ enrichit mon humanité et ma personnalité au lieu de les appauvrir (ce qui se passe dans beaucoup de sectes) ? Est-ce que les dons que j’ai reçu de Dieu grandissent dans le contexte de ma pratique religieuse ? Ou encore : est-ce que je vis ma foi comme une libération, une source extraordinaire de liberté intérieure ? L’autre critère : Est-ce que grâce à ma foi je peux rendre heureux les autres ? Est-ce que ma foi me permet de me dépasser, de sortir de mon égoïsme pour aimer autrui de manière concrète ? Je pense ici à la solidarité, à la compassion, au partage des biens. Ces critères je pense que tout un chacun peut les retrouver dans des figures charismatiques telles que le pape Jean-Paul II et Mère Teresa de Calcutta par exemple.

 

Dans la scène metal en particulier mais aussi sur un plan général, nombreux sont ceux qui condamnent assez vertement l’intolérance et les exactions de l’Eglise à travers les siècles, en pointant du doigt que des antagonismes religieux rôdent à l’aube de bien des chapitres sanglants de l’Histoire. Selon toi, jusqu’à quel point est-ce qu’une autocritique par rapport à cet héritage controversé est-elle nécessaire ? Penses-tu qu’il serait temps que les gens considèrent l’Eglise du point de vue de ce qu’elle représente à l’époque actuelle ?

Robert Culat : L’autocritique est faite et justifiée par le pasteur suprême de l’Eglise, le pape Jean-Paul II. Lors du Jubilé de l’an 2000 il a posé un geste à la fois humble et prophétique en demandant pardon à Dieu pour les fautes graves commises par les fils de l’Eglise et cela au nom de Dieu. On attendrait de nos communistes européens une repentance de ce type pour leur soutien aveugle aux dictatures de leur camp en U.R.S.S, en Europe de l’Est et ailleurs… Cette autocritique était non seulement nécessaire mais pédagogique : c’est comme si le Pape nous disait : Attention, ne retombons pas dans les erreurs du passé ! Vivons tout l’Evangile et seulement l’Evangile, n’y mêlons pas des considérations humaines, des calculs politiques et des arrangements économiques ! Pour répondre à la dernière partie de ta question je pense qu’il est en effet grand temps que les gens considèrent l’Eglise qu’ils ont sous les yeux en 2002. C’est une attitude malhonnête que de toujours brandir le spectre des croisades et de l’inquisition d’autrefois pour refuser de s’engager dans le christianisme aujourd’hui ! C’est comme si je me refusais à fréquenter les allemands ou à visiter l’Allemagne sous prétexte que c’est le peuple d’Hitler et des camps de concentration. Ce serait une attitude stupide. Il est donc temps de tourner les pages d’histoire pour savoir comment nous voulons bâtir notre présent et notre avenir, et quelle place aura la foi chrétienne dans cet avenir.


D’autre part, que t’inspire le haro médiatique sur les prêtres pédophiles, en particulier l’omerta imposée par certains évêchés sur le sujet ? Penses-tu que le crime de quelques individus a excessivement rejailli sur la globalité de l’Eglise ? Souhaites-tu exprimer ton opinion sur ce thème pénible ?

Robert Culat : Je t’avoue que les récents scandales de pédophilie jouent un peu le rôle des croisades et de l’inquisition d’autrefois. Il y a des prêtres pédophiles, cela me donne un " bon " argument pour rejeter la religion. Il y a des bons et des mauvais dans toute institution, même dans les institutions qui devraient être les plus saintes comme l’Eglise. Parce que l’Eglise est composée d’hommes pécheurs, faibles, en chemin vers la sainteté. La pédophilie est un crime horrible et injustifiable. Par contre il ne m'appartient pas de juger les personnes. Je laisse le jugement à Dieu qui seul pénètre les cœurs. Franchement mes frères dans le sacerdoce qui ont commis des actes pédophiles sont à plaindre tout comme leurs victimes. Car pour en arriver là il faut vraiment avoir de sérieux problèmes non seulement affectifs mais aussi psychologiques. Je ne leur lancerai pas la première pierre. Je prierais plutôt pour eux. Le rejaillissement sur l’ensemble de l’Eglise était malheureusement inévitable. C’est une épreuve de plus pour la grande majorité des prêtres et des religieux qui se dévouent auprès des enfants et des jeunes avec un zèle admirable. De même on ne pouvait empêcher que l’image du black metal ressorte de manière très négative suite aux actes de l’Inner Circle Norvégien des années 90.

 

Est-ce que certains conflits perdurent au sein même de la communauté religieuse entre les traditionalistes et ceux qui sont tournés vers une optique résolument moderne ? Où est-ce que tu te situes sur ce plan là ? Autant que je sache tu es le plus jeune prêtre en activité dans ton diocèse. Comment se sont déroulées tes premières années de sacerdoce ? As-tu eu des difficultés à t’intégrer auprès de tes ouailles ?

Robert Culat : Malheureusement le conflit entre catholiques " traditionalistes " et catholiques " progressistes " perdure même s’il s’est beaucoup atténué ces dernières années grâce à l’action de Jean-Paul II. Personnellement j’ai horreur de ces étiquettes, d’où les guillemets. A mon sens une personne réfléchie et intelligente ne se laissera pas enfermer dans une catégorie par opposition à une autre. Dans ces conflits on en arriverait presque à oublier que l'essentiel c’est d’être chrétien ! Je me situe tout simplement en communion avec l’Eglise. J’ai bien sûr mes goûts, mon caractère, mais je sais relativiser et distinguer ce qui relève de l’Evangile de ce qui relève des traditions humaines. Je pense être un prêtre inclassable : par certains côtés je suis traditionaliste (j’aime les offices en latin, je porte une tenue ecclésiastique toute noire, je suis respectueux de l’autorité du pape et de la Tradition de l’Eglise, attaché à la doctrine catholique dans sa pureté et son intégralité, promoteur d’une liturgie digne et belle), par d’autres je suis plutôt " moderne " (j’écoute du Metal, même du black, je suis très ouvert d’esprit et tolérant, je fais de la moto tout-terrain, je ne méprise pas les nouvelles technologies comme Internet par exemple, je fréquente sans problèmes et même avec plaisir des personnes non catholiques ou ayant des opinions différentes des miennes). Mes premières années de sacerdoce se sont déroulées à Orange. J’étais vicaire, aumônier des collèges et des lycées. Mes rapports autant avec certains laïcs qu’avec certains prêtres n’ont pas toujours été faciles, loin de là. Mais je n’ai pas envie de m’attarder sur cette époque révolue de mon ministère dans laquelle j’ai eu aussi bien des joies, il faut le souligner.

 

Venons en à présent au vif du sujet. Tu as comme caractéristique peu banale pour quelqu’un de ta profession de non seulement t’intéresser au metal, mais en plus d’en écouter ! Explique-nous comment t’es venue cette illumination musicale. As-tu connaissance d’autres prêtres qui partagent les mêmes goûts que toi ?

Robert Culat : Parler d’illumination musicale c’est à mon sens exagéré. Comment ai-je découvert le metal ? Lorsque j’étais aumônier des lycéens à Orange j’avais dans mon aumônerie des lycéens metalleux qui ne le cachaient pas (je pense à leur look : cheveux longs et tee-shirts). L’un d’eux, Eric, jouait même dans un groupe local de dark atmosphérique nommé Cortège. Ma première écoute de musique metal fut donc une répétition du groupe Cortège dans le garage d’Eric. Pour l’anecdote le 8 décembre 2002 j’ai baptisé Lucas, le fils d’Eric… Je suis très curieux de tempérament et assoiffé d’agrandir le domaine de mes connaissances, voilà ce qui m’a poussé vers le metal. J’ai voulu étudier et approfondir le sens de cette musique et de cette culture. Je ne pouvais pas en rester à une approche purement théorique. Le metal c’est avant tout une forme d’expression musicale. C’est d’abord dans le cadre de mon étude que j’en ai écouté comme un étudiant consciencieux qui ferait bien ses devoirs, puis après par plaisir, une fois faite l’adaptation de mon ouie à ce style bien particulier. Je ne connais pas de prêtres appréciant le metal. Par contre je connais des jeunes catholiques, très engagés dans l’Eglise ou pratiquants, qui aiment le metal et sont même de bons connaisseurs de ce style.

 

Tu écoutes même à tes heures perdues du black metal, qui n’est pourtant pas le style le plus amène envers la Religion, si j’ose dire… Comment légitimes-tu ce paradoxe a priori violent ? Comment se fait-il que la vision d’une croix inversée ou d’une représentation corrompue du Christ sur une pochette ait attisé ta curiosité plutôt qu’un rejet systématique ?

Robert Culat : En étudiant le metal je ne pouvais pas faire comme si le black n’existait pas. En tant que croyant et en tant que prêtre l’image forte donnée par le mouvement black ainsi que l’idéologie sous-jacente sont des aspects très intéressants pour moi. Je dirais même plus : s’il n’y avait pas eu le black dans le metal avec ses orientations satanistes ou néo-païennes mon étude n’aurait certainement pas vu le jour. Dès le début j’ai voulu comprendre ce qui se cachait derrière le mouvement black : effet de mode, provocation pure et gratuite, rébellion, haine véritable du christianisme, appât commercial pour adolescents en mal de sensations fortes etc. Et je t’avoue que donner une réponse à cette question n’est pas simple. Au-delà des images provocatrices et parfois blasphématoires j’ai voulu m’intéresser à la critique du christianisme faite dans le mouvement black. Un vrai croyant n’a jamais peur de ceux qui pensent d’une manière opposée à la sienne. Au contraire je trouve cette confrontation entre ma foi et le black très enrichissante. Je suis toujours pour le dialogue entre les personnes car c’est ce que le Christ a pratiqué sur les routes de Palestine. D’ailleurs je m’intéresse davantage aux blackeux, c’est-à-dire à des personnes, qu’au mouvement black en général. De cette confrontation avec le milieu black je peux retirer des choses positives pour moi-même. Si dans beaucoup de cas le black critique une caricature du christianisme ou bien se contente de citer quelques phrases de Nietzsche (c’est sa faiblesse idéologique), il faut bien avouer que certaines de ses critiques (souvent d’ordre historique, nous l’avons vu, par exemple la manière dont la Scandinavie a été " christianisée ") envers ma religion sont fondées. Ce qui m’invite non pas à renier ma religion mais à être toujours plus fidèle à l’esprit du Christ tel que nous pouvons le découvrir à travers les évangiles. Le black peut inviter chaque croyant à retravailler de manière personnelle certaines valeurs liées à sa foi. Je pense par exemple à l’optimisme béat de certains croyants. L’Evangile nous rend certes heureux, la relation avec le Christ vivant est source d’une joie intense. Mais le christianisme n’est justement pas l’opium du peuple, une illusion de plus. Il n’exige pas de ses adeptes l’attitude consistant à faire l’autruche : " Tout le monde il est beau ; tout le monde il est gentil ". Le pessimisme exagéré de certains groupes de black peut être salutaire dans le sens où il attire l’attention du croyant sur notre monde dans sa réalité la plus crue, la plus dérangeante. Un croyant et un blackeux peuvent finalement faire le même constat sur l’état actuel de notre société. La différence est ailleurs : dans les attitudes et les solutions qu’ils proposent.

 

A quel degré interprètes-tu les messages blasphématoires et les attaques frontales envers les Chrétiens que génèrent ces groupes et leurs fans ? Ce mot d’ordre " violence, haine, destruction " : doit-on selon toi y voir une étroitesse d’esprit, de l’ignorance voire de la bêtise, ou bien au contraire l’expression de quelque chose de plus large, la traduction brute d’une vraie révolte spirituelle et idéologique ?

Robert Culat : Là réside justement toute la difficulté de mon travail : interpréter les messages variés que l’on trouve dans les différentes chapelles du black (qui est, soulignons-le, un mouvement divisé en lui-même, les fans de Cradle of Filth et ceux de Darkthrone ne s’apprécient guère, idem pour ceux de Dimmu Borgir et Dark Funeral…). Je ferai une première distinction qui me paraît importante : Il y a tout d’abord le groupe de black et son idéologie. A l’intérieur du même groupe il peut y avoir des nuances entre chaque musicien de ce point de vue là. Il y a ensuite les fans, ceux qui écoutent ce groupe. Et j’ai noté à plusieurs reprises la remarque suivante chez certains blackeux : Je m’en fous de l’idéologie du groupe. Peu importe qu’il soit sataniste, néo-païen ou néonazi ou nationaliste, ce qui m’intéresse c’est sa musique. Ce qui est finalement rassurant. Ce qui montre les limites de l’impact idéologique sur certains fans. Je reviens aux groupes eux-mêmes : tout au long de sa carrière musicale un groupe peut évoluer musicalement et idéologiquement. Je prends un exemple en dehors du black : je ne pense pas que le Max Cavalera du premier Sepultura soit comparable au Max Cavalera de Soulfly. Est-ce l’effet de l’âge, de l’expérience ? Et puis il y a le discours et les actes. Même si Cavalera me dit que le monde est pourri (je ne sais pas s’il l’a dit dans ces termes), le fait qu’il ait sept enfants me montre le contraire. Lorsqu’on croit réellement que le monde est pourri, on est logique avec soi-même et on ne transmet pas la vie ! Pour les groupes vraiment convaincus (" violence, haine, destruction ") j’avance deux interprétations. 1°/ J’émets l’hypothèse que certains membres de l’Inner Circle Norvégien devaient avoir de sérieux problèmes psychologiques pour en arriver là où ils en sont arrivés. Le metal n’a été pour eux qu’un moyen d’entretenir et de fortifier le déséquilibre mental prononcé qui devait être le leur. 2°/ De manière plus large je pense que le message de haine et de destruction est l’expression d’une profonde désespérance et impuissance face à une certaine décadence de nos sociétés occidentales. " La mort de Dieu " annoncée par Nietzsche débouche sur la folie de l’homme. Et de ce point de vue je pense que ce message mérite d’être pris au sérieux par tous, y compris par les croyants.

 

Illustre s’il te plaît par des exemples ton parcours d’auditeur. Quels sont les groupes ou les albums spécifiques qui t’ont le plus marqué, soit d’un point de vue de pur plaisir musical, soit parce qu’ils t’ont amené à développer une réflexion ?

Robert Culat : Mon parcours d’auditeur ? Je commencerai par le plaisir musical. J’ai constaté que j’accrochais avec enthousiasme à certains groupes de heavy (du style Stratovarius, Sonata Arctica, Edguy, Rhapsody…) mais aussi que je m’en lassais assez vite une fois la découverte effectuée. Alors que quand j’accroche à un groupe de thrash, de death, de dark ou de black le plaisir perdure généralement plus longtemps. Les deux groupes qui me marquent le plus c'est grâce à toi que je les connais, donc je te remercie au passage. Il s’agit des autrichiens de Dornenreich et des irlandais de Primordial. La voix d’Eviga, chanteur de Dornenreich, est unique en son genre, et la musique de ce groupe réellement captivante et originale. J’ajoute que le chant en langue allemande est un plus considérable pour une ambiance dark. Par ailleurs j’aime beaucoup le groupe Death, tout particulièrement l’album " Symbolic " ainsi que certaines chansons du groupe Sepultura (Exemple : " Roots Bloody Roots "). Metallica est aussi un groupe qui m’a marqué, et dans une moindre mesure Iron Maiden dont j’apprécie certains passages (dans l’album " Piece of Mind " la chanson " Revelations "). J’apprécie aussi un groupe comme Orphaned Land. Le look du groupe n’est peut-être pas très important, mais il est à mon avis significatif d’un état d’esprit (il en est de même pour l’artwork des pochettes). En général je préfère de loin la sobriété, la suggestion aux images fortes et provocatrices, tu le comprendras. La pochette de " Her von welken Nächten " de Dornenreich est un exemple de sobriété artistique.

Du point de vue réflexif je me suis d’emblée heurté à une difficulté qui concerne tout amateur de metal : les textes en français sont rares ! Tu as beau connaître un peu d’anglais et d’allemand, tu n’as souvent pas le temps de te lancer dans une traduction. En écoutant " Her von welken Nächten " de Dornenreich j’ai compris qu’ils n’étaient pas dans le satanisme primaire mais en même temps je me suis dit que leurs paroles devaient être d’une rare profondeur si elles correspondaient à leur recherche esthétique. Dans un autre style j’ai compris que Tobias Sammet d’Edguy et d’Avantasia était travaillé par le thème de la liberté, et qu’à ses yeux le christianisme était contraire à la liberté humaine.

 

Je crois savoir que tu as écrit des articles mettant en parallèle le metal et certaines œuvres de musique classique… Je reste pour ma part assez opposé à ce type de passerelles aventureuses. Par exemple dire comme certaines notoriétés de la scène que Wagner est le grand-père du metal ou que Mozart, s’il avait vécu de nos jours, aurait joué du metal, sont selon moi des conneries caractérisées et surtout dangereuses car elles forgent un non-sens culturel difficilement récupérable dans l’esprit des fans. Néanmoins je sais que ton analyse ne se limite pas à des clichés, tout comme je suis le premier à reconnaître que le metal véhicule sans doute mieux que n’importe quel autre style des impressions et des atmosphères qui se rapprochent du classique au sens large. Peux-tu nous faire un petit laïus expliquant ce qui t’a motivé à écrire ces articles et quel est, en substance, l’éclairage qu’ils apportent sur le propos ?

Robert Culat : J’ai seulement écrit un petit article intitulé : " Du classique à l’usage des metalleux ". Cela t’a marqué, mais ce n’est pas le centre de ma recherche et de ma préoccupation. De par mon père j’ai baigné dans le classique depuis ma plus tendre enfance. J’apprécie énormément les opéras de Mozart. Je suis conscient d’avoir fait au début un rapprochement trop hâtif entre ces deux styles musicaux. Pour le grand public et en caricaturant : le metal n’est que du bruit, une musique peu recherchée et travaillée, et le classique est quelque chose d’ennuyeux ou d’intellectuel. Les passerelles que j’ai pu établir entre classique et metal sont utiles pour rectifier ces clichés populaires. Ces deux styles ont en commun le fait d’être des musiques " élitistes " que ce soit voulu ou non. Contrairement à la variété, à la techno et au rap ces styles exigent un investissement volontaire de l’auditeur, d’une part parce qu’ils sont peu médiatisés (le classique l’est plus que le metal), et d’autre part parce qu’ils ne produisent pas une musique " easy listening ", c’est-à-dire directement accessible et consommable. Le metal se rapproche du classique par le fait que, contrairement aux apparences, il est une musique généralement travaillée, technique, et recherchée, faite par de vrais musiciens avec de vrais instruments. Le classique se rapproche du metal par le fait qu’il peut produire une musique rythmée, puissante, capable d’exprimer toute la palette des sentiments humains et donc aussi la tristesse, la mélancolie, la révolte, la colère, le pessimisme. On peut aussi penser à un autre rapprochement. Le classique est quelque part une musique indémodable, une musique qui dure dans le temps. Très probablement on continuera à écouter du Mozart dans 100 ans. Bien sûr le Metal est encore " jeune ", environ 30 ans d’existence. Mais l’hypothèse selon laquelle dans 100 ans certains " classiques " du Metal (Metallica, Iron Maiden etc.)feront encore partie du paysage musical est loin d’être farfelue. Le Metal comme le classique semble avoir assez de puissance pour résister à l’usure du temps. Il n’est pas réductible en tout cas à une simple mode musicale. Je terminerai sur ce point en citant deux œuvres du répertoire metal qui indiquent que la proximité avec le classique n’est pas pure illusion. Tout d’abord l’album S&M de Metallica avec l’orchestre symphonique de San Francisco. Au risque de choquer les puristes j’affirme que cet album est une belle réussite tant au niveau du plaisir musical que du symbolisme sous-jacent (la coopération parfaite entre deux mondes apparemment opposés, Metallica représentant la rébellion, et l’orchestre de San Francisco la société policée, " l’establishment "). Ensuite l’œuvre en deux volets de Tobias Sammet Avantasia. Il est intéressant de voir que Sammet a pris pour cette œuvre ambitieuse un modèle de la musique classique, à savoir l’opéra. Et qu’il a dans une certaine mesure respecté les règles de l’opéra classique : un livret avec une histoire, des personnages, des chanteurs différents pour chaque rôle etc. L’adaptation métallique d’une forme typiquement classique, surtout lorsqu’elle est réussie, ne peut donner qu’ à réfléchir sur les passerelles existant entre classique et metal.

 

Si j’ai choisi de faire cette interview, ce n’est pas (seulement) afin de présenter une " bête curieuse " (si tu me passes l’expression) à la faune métallique, mais bien parce que tu es l’instigateur d’un projet qui touche le metal de très près. Certains de ceux qui liront cette interview se rappelleront peut-être avoir rempli entre 2000 et aujourd’hui un questionnaire exhaustif sur le milieu du metal, les goûts et les mœurs des fans… Cette enquête libellée " Planète Metal ", c’est toi qui en es à l’origine. Commençons donc par le commencement : pourquoi cette initiative ?

Robert Culat : J’ai déjà répondu à ta question plus haut. Cette initiative (" Etude sur la Planète Metal ") est parti du fait que j’avais dans mon aumônerie de lycéens deux frères metalleux dont l’un était chanteur dans le groupe Cortège. C’est un paradoxe qui est à l’origine de mon étude : à l’époque je n’arrivais pas à concilier le fait qu’on puisse être en même temps catholique convaincu et fan de metal, cela me semblait contradictoire. C’est ce paradoxe initial qui a suscité ma curiosité puis mon intérêt croissant pour le milieu metal.

 

Comment t’y es-tu pris pour diffuser ton questionnaire au plus grand nombre de métalleux possibles ? As-tu visé une cible particulière ou bien toute réponse est-elle bonne à prendre ? Est-ce que tout l’aspect préparation-émission (voire promotion) a été très coûteux en temps et en moyens financiers ?

Robert Culat : C’est en février 2000 que j’ai lancé mon questionnaire dans le milieu metal. Je voulais éviter que mon étude ressemble à certains livres déjà écrits dans le milieu chrétien, particulièrement ceux du père Régimbal et de Mgr. Balducci. Je désirais faire une étude bien documentée, la plus précise possible, témoignant d’une bonne connaissance du milieu. Et surtout une étude sans a priori préalable. Bref je tenais au maximum d’objectivité. C’est pourquoi j’ai décidé de donner la parole aux principaux intéressés, c’est-à-dire les metalleux ! Dans la distribution de mon questionnaire (3 pages et 22 questions) j’ai privilégié un double anonymat : d’une part le metalleux ne savait pas que cette étude provenait d’un prêtre catholique, et d’autre part il n’était pas obligé de révéler son identité en répondant. Cela pour préserver la liberté de celui qui répondait et pour atteindre un maximum d’objectivité. En diffusant mon questionnaire j’ai tout simplement ciblé le public metal. La méthode pour obtenir des adresses a été assez simple : j’ai relevé dans les magazines, fanzines et webzines metal toutes les adresses que je pouvais trouver. Et il y en a beaucoup dans les courriers des lecteurs et dans les petites annonces par exemple. Chaque fois j’envoyais un exemplaire du questionnaire sans aucune explication et une enveloppe timbrée pour la réponse avec comme adresse une boite postale et l’entête " EPM ", toujours dans le but de préserver l’anonymat. J’ai aussi envoyé mon questionnaire par mail. Une opportunité extraordinaire s’est présenté à moi sans que je la recherche. Un fan a tellement été enthousiasmé par mon projet et mon questionnaire qu’il a écrit au magazine Hard’n Heavy pour me faire de la réclame. Conséquence inespérée : ce magazine a publié in extenso mon questionnaire dans l’un de ces numéros et j’ai reçu à partir de ce moment là beaucoup de réponses. Je n’ai pas calculé le temps que j’ai passé en vue de la diffusion de mon questionnaire, mais tu imagines bien que ce fut un certain investissement. Du point de vue financier j’ai dû payer les timbres, les enveloppes, les photocopies et bien sûr les magazines metal où je trouvais les adresses. J’estime le coût total à environ 4500 francs français (ce qui fait à peu près 692 euros). Mais heureusement c’est sur une longue période, environ deux ans, que j’ai dû dépenser cette somme.

 

Aujourd’hui tu as dépassé les 500 réponses. Estimes-tu que cela est un chiffre suffisant par rapport à tes attentes ? Est-ce que, dans l’ensemble, les réponses que tu as reçues ont satisfait ta curiosité ? A brûle-pourpoint et avant de les analyser plus en profondeur , y as tu d’ores et déjà appris des choses intéressantes qui ont modelé ou bouleversé ton opinion des fans de metal ?

Robert Culat : J’en suis actuellement à plus de 550 réponses. Je considère ce chiffre comme suffisant. Je pense avoir là un échantillon représentatif du public metal. N’oublions pas que mon étude porte sur un milieu " underground " et minoritaire. Dans ce contexte avoir dépassé les 500 réponses est plutôt satisfaisant. Ces réponses m’ont passionné, ce qui est bien plus qu’un simple assouvissement de ma curiosité, de mon désir de connaître. Chaque réponse reçue m’a donné une certaine joie. Car c’est toujours exaltant d’entrer à travers ce type de questionnaire dans " l’intimité " d’une personne. Qu’ai-je appris d’intéressant en lisant ces réponses ? Question ardue ! Première constatation évidente : je ne porte pas maintenant le même regard sur les metalleux qu’il y a deux ans. Disons-le tout net : mon regard est plutôt bienveillant. A travers ces feuilles de papier je suis en quelque sorte entré en relation avec beaucoup de metalleux et je me suis attaché à eux sans même les connaître, un lien s’est créé. Deuxième constatation que je présenterai sous la forme d’un paradoxe : sur certains points j’ai ressenti une grande uniformité de pensée et de comportement. Un exemple bateau : le rejet massif, quand ce n’est pas la haine, des musiques dites " commerciales ", de la Techno et surtout du Rap. En même temps j’ai perçu une très grande diversité qui reflète quelque part la diversité des styles musicaux à l’intérieur du metal. En allant plus loin je dirais que cette diversité tient au fait très simple que chaque metalleux est une personne unique, avec son âge, son expérience, son éducation, son milieu de vie etc. Je me suis rendu compte qu’il y avait divers degrés dans l’appartenance au metal : de celui qui se limite à aimer cette musique à celui qui vit à 100% pour cette musique il y a une différence de poids. Il en est de même au niveau des motivations. En généralisant au plus le metalleux est " vieux " et a de l’expérience dans le milieu, au plus il aura tendance à aimer la musique pour elle-même. Celui qui reste fidèlement attaché au metal y reste attaché pour des motifs sérieux et non pas pour le folklore qui entoure cette musique. Inversement le metalleux débutant, en général l’adolescent, risque de privilégier les contours extérieurs de la musique : il est plutôt attiré par le look des groupes, l’esprit de provocation, l’ambiance que l’on retrouve dans le public metal, et le sentiment très fort d’appartenir à une élite, une minorité. Pour schématiser à l’extrême on peut s’attacher au metal pour se donner une personnalité, pour se démarquer de " la masse des moutons et des ignares ". On peut aussi s’attacher au metal parce que musicalement parlant on le trouve excellent, unique en son genre, irremplaçable. Et comme rien n’est parfaitement pur on peut trouver chez le fan un dosage des deux motivations plus ou moins subtil. Un autre paradoxe m’a marqué et ce sera ma troisième et dernière constatation : le milieu metal se caractérise à la fois comme très solidaire (c’est une véritable fraternité, une espèce d’ " Eglise ", et j’emploie le mot en sachant de quoi je parle) et très divisé (les guerres entre différentes chapelles sont souvent sans pitié quand cela ne va pas jusqu’au meurtre : cf. Varg Vikernes qui assassine Euronymous).

 

A présent les choses sérieuses commencent, à savoir comment comptes-tu concrètement utiliser la base de données que constitue ton enquête ? Est-ce que tu projettes de t’appuyer dessus pour écrire un article, voire un livre ? Si oui as-tu déjà une idée de sa trame et de l’angle selon lequel tu vas aborder les choses afin d’intéresser un lectorat sans recourir aux éternels clichés qui ont cours sur les métalleux ? As-tu déjà des pistes tangibles pour une publication ?

Robert Culat : La première étape dans le travail qui m’attend est de réaliser une synthèse fiable des réponses reçues, du type statistiques et pourcentages. Comme je n’ai que mon temps libre pour le faire, j’ai confié cette tache à B., un ami metalleux. Dès qu’il aura achevé ce travail qui requiert une grande rigueur scientifique, je me lancerai dans le commentaire de la synthèse question par question. J’enrichirai ce commentaire avec la correspondance très intéressante que j’entretiens avec certains metalleux. Sans oublier l’expérience irremplaçable des rencontres faites avec des metalleux soit individuellement, soit au cours de répétitions ou de concerts (dont certains assez connus comme Alex d’Agressor). Dès le départ le but était clair dans mon esprit : il s’agissait d’écrire un livre sur le sujet, non pas pour gagner de l’argent mais pour faire partager mes découvertes au plus grand nombre possible. Et puis avoir l’ambition d’écrire un livre cela me force obligatoirement à un sérieux scientifique que je n’aurais pas si cette étude s’était limitée à mon usage strictement personnel. Pour que ce livre soit " complet " il faudrait y ajouter un historique du mouvement Metal et une définition des différents styles que l’on trouve dans cette musique. Je verrais bien B. faire cela ! Au point où nous en sommes de cette interview je pense que tu es convaincu que ce livre ne sera pas un ramassis de clichés sur le sujet, mais une vue profonde et respectueuse du mouvement metal. Un chrétien, a fortiori un prêtre, se doit d’être serviteur de la vérité. Et la vérité c’est qu’en ce monde rien n’est tout noir (pas même les metalleux) et rien n’est tout blanc : la vérité se trouve dans un constant effort d’approfondissement, de précision et donc de nuances. C’est cet esprit, je l’espère, que tu retrouveras dans notre livre !


Au cours de ces dernières années et de tes pérégrinations dans les cercles metal à la recherche de contacts, as-tu le plus souvent joué cartes sur table quant à ton identité ? Quelles ont été les réactions-types de la part de tes interlocuteurs ? T’est-il arrivé d’essuyer des témoignages de haine et, dans tous les cas, t’es-tu parfois senti dans la peau d’un paria et demandé si cela valait vraiment la peine de se donner tant de mal ?

Robert Culat : Par rapport à mon identité sacerdotale, j’ai choisi une " stratégie " progressive par prudence (il y quand même quelques déséquilibrés mentaux assez dangereux dans le milieu) et pour permettre la rencontre. Certainement pas par honte de ce que je suis ! Par exemple en débutant une correspondance avec un metalleux, je ne parlais pas d’emblée de mon " métier " de prêtre catholique. Idem lorsque je prenais un rendez-vous en vue d’une rencontre en chair et en os. Dans le cas de la correspondance, au bout de deux ou trois échanges épistolaires je révélais mon identité. Les réactions n’ont jamais été, sauf dans un cas avec une fille, des réactions de haine ou de rejet. C’était plutôt l’étonnement qui dominait. Et même dans un certain sens une réaction positive du type : " C’est cool de pouvoir correspondre avec un prêtre ! ". Il est clair que lors d’une rencontre je ne pouvais pas cacher mon état sacerdotal puisque je me pointais au rendez-vous en tenue ecclésiastique, tout en noir (c’est un plus !) et avec mon col blanc sans oublier ma croix ! Les réactions dans ces situations n’ont jamais été négatives. Certains étaient interloqués, comme pétrifiés par rapport à ce qui leur arrivait. D’autant plus qu’ils me connaissaient sous mon pseudonyme de Bob. Comme j’aime énormément les relations humaines et que j’essaie de montrer de l’amour et de la sympathie envers mon prochain, même inconnu, la glace se brisait généralement très vite. Cela me permet d’évoquer le souvenir d’une rencontre avec G. Le premier contact fut assez froid, c’était un blackeux. Il devait être 16h de l’après-midi. La glace s’est tellement brisée que j’ai quitté son domicile vers 22h, il m’avait invité à partager son repas et m’avait déjà présenté son meilleur ami. Je l’ai ensuite invité à plusieurs reprises chez moi. De lui-même il a participé à la messe que je célébrais un dimanche matin (à 8h30). Il habitait assez loin de chez moi. Comme il n’avait pas de voiture, il a dû prendre le train à 5h du matin pour arriver à l’heure à la messe ! Il a même accepté de passer en ma compagnie et celle de son ami une journée dans un monastère bénédictin (avec rencontre de l’exorciste). Il avait gardé de ce moment un souvenir plutôt bon. Ces rencontres sont des moments inoubliables. En même temps elles peuvent être source de souffrance. J’ai appris il y a quelques temps que G. s’était suicidé. Pour moi le lien n’est pas rompu. Car je prie pour G. C’est la seule façon qui me reste pour lui dire mon amitié fidèle. Je pourrais parler aussi d’une autre réaction lorsque l’un de mes correspondants metalleux a fait ma connaissance en passant quelques jours chez moi (Il a débarqué chez moi à l’improviste parce que son père l’avait foutu à la porte). C’est l’étonnement qui a caractérisé sa réaction spontanée : " Comment peux-tu être aussi joyeux ? Pourquoi es-tu toujours souriant ? Je ressens en toi de l’amour. " Apparemment il n’avait jamais connu une personne aussi heureuse que moi, et comme il ne croyait plus au bonheur, ça l’a profondément marqué. Puis je devais être le premier chrétien convaincu qu’il rencontrait. Ce fut comme un choc pour lui. Est-ce que ça valait la peine de se donner tant de mal ? Je réponds sans hésitation " oui ". Pour un prêtre cela vaut toujours la peine de rencontrer les personnes et d’établir un dialogue aussi profond que possible avec elles.

 

Inversement, quel regard portent tes confrères hommes d’Eglise et tes paroissiens sur ce que tu fais de ton temps libre ? Te heurtes-tu là aussi à un mur d’incompréhension, voire de désapprobation ? As-tu déjà fait mention du metal pour étayer un sermon dominical ou mieux, passé un instrumental de Rhapsody pendant l’eucharistie ?

Robert Culat : Je n’étale pas sur les places de mes paroisses le fait que je m’intéresse au metal. J’en parle à certaines personnes seulement. Il était normal que j’en parle tout d’abord à mon supérieur hiérarchique, l’archevêque d’Avignon, ainsi qu’à mon père spirituel. Je n’ai reçu de leur part que des encouragements. Mgr. Bouchex s’est même montré très attentif et intéressé lorsque je lui ai exposé ma démarche. Certains prêtres connaissent aussi mon activité par rapport au metal. Leurs réactions sont variées. Dans le pire des cas ils me disent que je perds mon temps, que Satan va m’ennuyer ou bien que je suis trop bienveillant envers cette musique, dangereuse à leurs yeux. D’autre comprennent que mon étude n’est pas seulement d’ordre intellectuel mais qu’elle fait partie en quelque sorte de mon ministère sacerdotal, car à l’occasion de cette étude je peux témoigner de ma foi auprès de jeunes qui pour la plupart n’ont jamais rencontré un prêtre de leur vie. Quant à mes paroissiens une petite minorité seulement est au courant de ma démarche. Les réactions vont du scepticisme à l’envie de connaître. J’ai enfin eu l’occasion d’écrire un article sur le Metal dans un magazine catholique destiné à un lectorat de jeunes. Mon article n’a pas laissé les jeunes catholiques indifférents. Le rédacteur en chef a reçu et reçoit encore aujourd’hui beaucoup de réactions. Certaines sont positives, mais beaucoup sont négatives. Il semble qu’une grande partie des lecteurs n’ait pas compris ma démarche perçue comme trop tolérante. Pour eux j’ai en quelque sorte trahi la foi en entrant en dialogue avec les metalleux au lieu de condamner leur musique comme intrinsèquement mauvaise. Ils attendaient de moi, surtout en tant que prêtre, le discours suivant : " Rejetez cette musique car elle vous éloigne de Dieu. " J’utilise ma culture Metal dans ma prédication ou dans mes feuilles paroissiales mais de manière indirecte et implicite. Je m’explique : avec toutes les critiques sur l’Eglise que l’on peut trouver dans le milieu metal je suis certainement plus sensible que d’autres prêtres à certaines thématiques. En tout cas j’ai moins peur qu’avant de regarder en face ce qui ne va pas dans l’Eglise et en moi, ce qui dans son histoire a été indigne de l’Evangile. Les critiques émanant du milieu metal me font prêcher avec insistance sur le respect et la tolérance. Sur le fait aussi qu’il ne faut en aucun cas juger une personne sur son look ou sur son apparence mais qu’il faut prendre le temps de la connaître dans la rencontre et dans l’amour, en suivant l’exemple du Christ. Il m’est arrivé de citer littéralement dans un sermon un passage d’une lettre d’un de mes correspondants metalleux parce que ça correspondait bien à l’Evangile du Dimanche. Mais je n’ai pas commencé en disant : voilà ce que m’a écrit un metalleux car " metalleux " ne veut rien dire pour 99,5% de mes paroissiens. Voilà ce qu’un jeune m’a écrit récemment… Je n’ai jamais passé un instrumental de Rhapsody pendant la Messe (je passerais plutôt certains passages " soft " de Metallica !). Par contre j’ai invité un jeune guitariste de ma paroisse pour animer la messe de confirmation. Il aime le metal (surtout le néo) et fait partie d’un groupe de fusion (je sais, certains diront que ce n’est plus du metal …). Il a très bien fait cela à la guitare électrique et pendant l’offertoire et la communion il a joué ce qu’il voulait, certainement un morceau de metal…je ne saurais dire lequel. En tout cas personne n’a été choqué.

 

Es-tu en contact avec des groupes de metal chrétien ? Que penses-tu de ce mouvement ? Est-il né comme une forme de réaction ?

Robert Culat : Ce n’est pas mon intérêt premier car j’ai bien conscience que le white metal est un mouvement très marginal, non pas qu’il n’y ait pas des groupes de qualité dans cette mouvance (Horde par exemple) mais à cause de ses circuits de distribution trop fermés au public habituel. Les " grands labels " ne veulent malheureusement pas promouvoir ce genre de groupes. Je connais un seul groupe, à Lausanne en Suisse, il s’agit de Demoniciduth. Ce mouvement part du principe qu’on peut dissocier un style musical des paroles qui habituellement lui sont associées. Ainsi des groupes de white font du très bon black avec des paroles chrétiennes ! Il suffit de remplacer " Hail Satan " par " A mort Satan " ou " Vade Retro Satanas " ! Emmanuel de Demoniciduth défend le principe en affirmant qu’on trouve dans la Bible des passages violents, des guerres et qu’on peut louer le Seigneur avec un gros son bien bourrin. Dans cette optique l’intention compte plus que la forme. Ce qui sous-tend la démarche c’est qu’un chrétien ne peut pas écouter les groupes traditionnels de death ou de black sans mettre en péril son âme. Et que même les non-chrétiens se font du mal en écoutant ce genre de musique " consacrée à Satan ". Le white metal a donc une visée de substitution. Je prendrais la comparaison suivante : lorsqu’un drogué veut arrêter la consommation d’héroïne par exemple, le médecin lui prescrira au début des produits de substitution. De même celui qui est accro à la musique black peut sans problème la retrouver dans le white mais purifiée du poison satanique qu’elle contient habituellement. J’avoue être assez dubitatif par rapport à l’impact réel du mouvement sur les non-chrétiens (ce qui est tout de même le but recherché). La question de fond étant : est-il possible de séparer dans le style black la forme musicale de l’idéologie haineuse ? La plupart des blackeux répondent non, pour eux le black c’est un tout. Les groupes de white metal font une autre option. Cette option est pleine d’espérance et d’audace, mais facilement discutable. Le " chant " black ou death metal me semble bien peu adapté à la prédication de l’Evangile, même à une prédication musclée ! Je ne dirais pas la même chose si l’adaptation en question portait sur le style heavy.

 

Il y a quelques temps tu m’as relaté une anecdote insolite concernant ta rencontre avec un musicien de dark symphonique. Nos lecteurs sont friands de sensationnel, donc pourrais-tu avoir la gentillesse de narrer ici même les circonstances de l’événement (sans citer de nom si cela te paraît gênant) ?

Robert Culat : Il n’y a rien de très sensationnel dans cette rencontre. J‘avais commandé à ce metalleux sa démo et puis on a voulu se rencontrer. Il a pu venir chez moi… accompagné de son meilleur ami, en m‘avouant ensuite qu‘il avait prévu son garde du corps au cas où il tomberait sur un fan n‘appréciant pas sa musique! Quand il a découvert que j‘étais prêtre, il a été immédiatement rassuré sur la nature de ce rendez-vous intrigant…

 

Bien, je crois qu’il est temps de clore cet épître. J’espère que tu as pris du bon temps à répondre à cette interview et que tu la juges utile pour la promotion de ta démarche. N’hésite pas à conclure de la façon dont tu le souhaites (adresse de contact, dernier message, etc.)…

Robert Culat : Un grand merci à toi Uriel, ce fut passionnant de répondre à ton interview réalisée tout en finesse et qui m’a forcé à mettre de l’ordre dans mes idées.

Je laisse aux lecteurs de ton webzine mes coordonnées, car j’aime toujours entrer en contact avec les metalleux et échanger avec eux :

Robert CULAT. 13 RUE PASTEUR. F.84420.PIOLENC. France.
rob68.bellarmino@wanadoo.fr
En guise de dernier message je citerai Mathieu, l’un de mes correspondants et amis metalleux : " La plume est plus forte que l’épée ".
Piolenc, Décembre 2002.