Uriel
interview V.L.E. |
| Une interview fort
instructive réalisée par e-mail avec l'artiste qui se cache sous le nom mystérieux de
" Virtual Listening Experience " (V.L.E.), et dont l'imagination dispersée est
à l'origine d'une musique nouvelle dont la plus grande partie de la surface est couverte
par la réceptivité de l'instant et les incursions spontanées dans les émotions du
musicien à l'écoute de ses sens. Inclassable mais pas pour autant dénué de style,
V.L.E. mérite que l'on fasse la démarche de la découverte, histoire de se voir
confirmer si besoin était que même du côté le plus amateur et le moins exposé aux
chaînes de distribution il n'est pas exclu de trouver l'innovation tant recherchée. Cette interview résulte de mon incrédulité première lorsque j'ai découvert le projet V.L.E. à travers le premier chapitre de " Book of Illusions ", un étonnement qui s'est développé en fascination durable lorsque je me suis habitué au CD. Premièrement cette notion de " projet " en parlant de V.L.E. me laisse un peu perplexe, alors que si je suis bien informé tu ne fais partie d'aucune autre entité musicale. Peut-être que je fais une fixation sur un point purement sémantique, mais se pourrait-il qu'il y ait un dessein particulier derrière le fait d'appeler V.L.E. un projet et non pas - par exemple - un one-man-band ? ~the VLE~: Je suppose que, si tu pars du principe que je suis un homme et que je suis une créature, alors le terme one-man-band s'applique aussi, mais comme tu l'as dit c'est seulement une question de sémantique... Chacun fait référence à V.L.E. comme il l'entend. Je ne me sens pas concerné par les étiquettes. Pour moi V.L.E. est juste un autre canal pour mon expression personnelle, rien de plus. Par contre, je t'apprendrai que j'écris et joue avec une autre entité musicale. " Virtual Listening Experience ". Et pourquoi pas un nom de groupe un peu plus commun ? Est-ce là une façon de faire comprendre que cette musique restera ta propriété exclusive et que tu ne souhaites pas être considéré comme partie intégrante du business musical global ? ~the VLE~: Je ne sais pas ce qu'on peut entendre par nom de groupe commun. " Virtual Listening Experience " est simplement une autre façon de regarder la réalité. Le nom VLE est une réflexion directe de qui je suis et de comment je suis perçu. Tu es un guitariste autodidacte. Ca veut dire quoi concrètement ? As-tu eu recours à des méthodes ou guides d'apprentissage spécifiques, ou bien as-tu plutôt vraiment appris sur le tas, en essayant de reproduire les artistes que tu écoutais ? Dans le second cas, qui étaient tes " modèles ", et jusqu'à quel point essayais-tu de les émuler ? ~the VLE~: Lorsque je dis autodidacte, je veux dire que j'ai acheté une guitare et que j'ai appris à en jouer par moi-même, sans aucune lesson théorique ou technique. Et ça n'a jamais été mon truc d'apprendre des riffs d'autres artistes, alors j'ai immédiatement débuté en essayant de créer mes propres pièces originales. S'il s'était agi d'émuler n'importe lequel des guitaristes que j'écoutais lorsque j'ai démarré, j'aurais eu du pain sur la planche. La liste donne quelque chose comme ça : Yngwie Malmsteen, Randy Rhodes, Michael Schenker, Richie Blackmore, Steve Morse, Paco De Lucia, Zack Wylde, Otmar Leibert, Marty Friedman, Vinnie Moore, Tony Iommi, etc... Je compte tous ces grands guitaristes parmi mes influences dans le sens où ils ont agi comme force inspiratrice pour moi, mais je n'ai jamais essayé de les imiter... Je n'ai ni la patience ni le désir de faire des trucs dans ce genre. Il est temps de faire plus ample connaissance avec les créations de VLE. Dana ma chronique de " Book of Illusions - Chapter One ", j'ai formulé l'hypothèse suivante : " des architectures metal greffées sur de la musique d'ambiance méditative ". dans quelle mesure acceptes-tu ou rejettes-tu cette comparaison ? ~the VLE~: Encore une fois je ne peux que répondre que tes descriptions ne sont que pour toi. Je ne peux ni être d'accord ni refuser ton hypothèse, car VLE est davantage une chose personnelle pour moi. Les définitions et les étiquettes n'ont pas autant d'importance que les feelings et les impressions que produit la musique sur les auditeurs. Ce que tu retires de la musique t'appartient. Je ne puis porter de jugement sur tes impressions. La citation " ... l'élément le plus important est la peinture d'atmosphères où tous les instruments / sons fusionnent ensemble " donne une idée assez claire de tes motivations. Cependant, ça peut sembler stupide mais en lisant cela j'ai la vision d'un procédé presque mathématique par lequel chaque vibration des instruments est pensée pour s'adapter exactement au flux de la musique, comme un jeu de construction. Je pense que tu seras d'accord qu'une telle supposition contraste salement avec l'idée d' "improvisation " que tu sembles brandir comme une raison d'être de VLE. Alors, où est le chaînon manquant dans ma réflexion ? ~the VLE~: Lorsque tu écoutes une pièce de musique, est-ce une chose commune pour toi que de décortiquer le comment, le quand et le pourquoi de ce que tu écoutes, ou autorises-tu plutôt ton esprit, ton corps et ton âme à se laisser transporter au loin ? J'ai tendance à choisir la deuxième solution. La citation dans laquelle tu trouves une contradiction n'est que mon invitation à l'auditeur pour qu'il oublie les formats, les structures et les techniques traditionnelles et recherche l'ouverture. Je t'assure, il n'y a aucun calcul mathématique délibéré par rapport à la création de la musique... Désolé mais je ne possède pas de telles aptitudes. Tout ce que j'écris est basé sur l'instinct pur et simple... La musique est improvisée, sans quoi tout ce que tu écoutes sonnerait bien plus technique... VLE est une entité émotionnelle... Rien de plus. Par extension je souhaiterais en savoir davantage sur ces " techniques d'improvisation " que tu mentionnes. Entends-tu par là qu'il existe des modèles définis qui permettent d'optimiser le résultat d'une session d'improvisation ? Dans quelle mesure ta musique est-elle réellement produite d'un seul coup ? Doit-on développer des capacités de perception démesurées afin d'améliorer le feedback émotionel en temps réel ? ~the VLE~: Non, lorsque je dis techniques d'improvisation, je veux dire que la musique est créée sans patron déterminé ou idée préalable du résultat final de la pièce. Par exemple, je m'assois devant le clavier, place mes mains sur les touches et enregistre les sons comme ils sortent. Ce doit être très clair, je ne suis pas un claviériste, ni un programmeur, ni chanteur ou batteur. Ce que tu écoutes, ce sont mes propres instincts naturels vis-à-vis de ces instruments. Lorsque j'en termine avec la version initiale, j'ajoute d'autres sons, des phrasés et des instrumentations supplémentaires à la progression originale jusqu'à ce que je sente que la pièce est achevée. Ceci est déterminé par mon sentiment lorsque j'écoute tous les sons mis ensemble. Je n'utilise aucune technique de programmation (genre loops). Toute la musique est créée en temps réel... même les sons de batterie (sauf dans le cas de " Kano "). Une pièce peut voir le jour avec le synthé, la guitare ou une simple mélodie vocale. Certaines chansons ont été réalisées en quelques heures, d'autres ont pris plusieurs jours, plusieurs mois et dans certains cas plusieurs années. Chaque fois que je crée c'est parce que je ressens le besoin de m'exprimer. C'est l'un des rares exutoires qui soient à ma portée. Ce n'est que moi, enregistrant des sons et les travaillant jusqu'à ce que je sente qu'il n'y a plus rien à exprimer. Je ne pense pas qu'il y ait quoi que ce soit de compliqué là-dedans... C'est juste que j'ai une façon personnelle de procéder et je n'essaie pas de la comprendre réellement ou de l'analyser. Je considère toute expérience musicale comme une sorte d'échange émotionel, donc j'imagine que cela affecte la manière dont je crée ma musique. Ce qui m'a aussi frappé avec VLE est la versatilité sans frontières, comme si tu n'avait imposé aucune sélection de la gamme de styles et de sons que tu utilises. Je sais que tu souhaites décrire une collection complète de concepts et sentiments, de la mélancolie à l'infinité, la beauté, les ténèbres, le bruit, le chaos, la répétition, la puissance, la lumière... Ne serait-il pas possible de canaliser toutes ces notions dans un seul courant qui permettrait de ne pas fractionner l'enregistrement en pratiquement autant de styles qu'il y a de morceaux ? Quel est le poids de ta volonté de ne pas être catalogué dans une division musicale fermée ? ~the VLE~: Je pense que la façon dont je m'exprime musicalement a beaucoup à voir avec la musique que je digère moi-même. Je suis ouvert à presque tout du moment que ça me touche. Je ne compose pas à dessein. Par exemple, lorsque je suis assis avec ma guitare je ne me dis pas " ok, maintenant tu vas écrire un riff qui va sonner heavy "... je joue et puis c'est tout. Tout ce qui sort est une réflexion de moi-même donc je ne vais pas le réprimer ou essayer de le changer. Pour moi, créer est comme communiquer à bas les masques. C'est ma vérité et je ne peux pas me cacher et dire " cette phrase ne devrait pas être là " ou " je dois faire une chanson qui s'accomode à un genre ". C'est avec la musique que je ressens la plus forte liberté, alors pourquoi voudrais-je essayer de faire quelque chose qui plairait aux masses ou correspondrait à une logique préconçue ? Donc pour conclure, je me fiche du genre que les gens vont coller à VLE. Qu'en est-il du dilemme lorsque tu recherches des chaînes de promotion pour ta musique ? En un sens, et à cause d'éléments et de structures qui penchent vers le doom et les styles assimilés (guitares lourdes, vocaux hurlés...), l'environnement metal semble être le seul à pouvoir faire preuve de réceptivité. Néanmoins, j'imagine que tu souhaiterais toucher d'autres publics également. Mais au bout du compte, VLE n'est vraisemblablement pas mû par des perspectives de vente, ou je me trompe ? Est-ce que tu es sérieusement en quête d'un deal ? ~the VLE~: Oui, les sons sont assez éclectiques puisqu'ils reflètent ma propre personnalité et mes goûts. La communauté metal s'est montrée très accueillante envers ma musique, mais j'ai aussi eu des contacts avec des gens d'autres styles. Je pense que la musique de VLE peut plaire à beaucoup de monde, peu importe leurs préférences... C'est plus une question d'atmosphère. Pour moi l'important ce n'est pas tant qui va écouter que ce qu'ils vont ressentir après l'écoute. Cette musique n'a été conçue pour personne d'autre que moi donc je ne peux pas dire que j'ai énormément réfléchi à la possibilité de vendre des CD ou d'obtenir un deal, mais en prenant en compte les nombreuses réactions positives, je suis devenu plus ouvert à l'idée de propager ma musique à un plus large public. Ceci dit, je ne vois pas de label susceptible de s'intéresser à VLE... et toi ? (NdJ : un appel d'offre ?) En conséquence, je tons un regard périphérique sur quelques chansons en tentant de remettre les concepts exprimés plus haut à leur place. Commençons avec " Kano ", qui est je suppose à prendre comme une douce descente (ou ascension ?) pour s'accoutumer au monde subtil de VLE. Je peux isoler une certaine atmosphère de calme, de langueur, d'éveil aussi. Peux-tu résumer la genèse de ce morceau, sur lequel tu as fait appel à un batteur externe qui a en quelque sorte improvisé les rythmes, si j'ai bien compris ? ~the VLE~: " Kano " est l'histoire d'une renaissance. A la base le morceau représente l'ouverture du soi. Il débute avec la naissance et traverse une période d'existence pleine de confusion, qui dérive graduellement vers le chaos pur et simple... L'éveil de l'âme. C'est une interprétation très abstraite, mais il n'est pas censé y avoir de définition ou de concept concret. Les atmosphères, en évoluant, racontent l'histoire de façon assez claire. Comme tu l'as dit, il y a une ascension vers le chaos... C'est un peu l'atmosphère qui se retrouve dans chacun de mes travaux d'ailleurs. Ici, tu peux mettre en équation le chaos avec la connaissance et la puissance. Je ne peux même pas me souvenir quand j'ai commencé cette chanson, mais je sais que c'en est une qui a été créée dans un laps de temps assez court. J'ai segmenté les sons de clavier qui servent d'ossature de base à la pièce. L'originale est demeurée sans instrumentation organique pendant quelques mois jusqu'à ce que j'aie accès à un studio d'enregistrement. J'étais parti pour jouer la batterie moi-même, mais en définitive j'ai demandé à un ami de s'en charger. Ce ne fut pas une mince affaire car il n'était pas du tout familier avec la pièce et a du jouer sans click pour le guider... C'est moi qui lui ai servi de conducteur. Je pense que la batterie live, bien qu'un peu hors du ton par moments, a apporté beaucoup à l'atmosphère de " Kano ". J'ai ensuite ajouté les guitares acoustique et électrique une fois que la batterie a été enregistrée. Un ami m'a secondé pour optimiser l'enregistrement des guitares, mais j'ai mixé moi-même la batterie la batterie. A cause des contraintes de temps dans le studio j'ai du mixer et produire " Kano " dans une ambiance quelque peu chaotique. Je dois dire que " Behold the Night, Beyond Sunsets " est la pièce qui m'a le plus impressionné par la splendeur permanente dissimulée derrière les riffs hypnotiques, et puis les vocaux black " murmurés " évoquant tes compatriotes d'Agalloch. Je pense que cette chanson engendre un immense voyage spirituel via des images de contemplation. Es-tu ok avec ces commentaires ? Suis-je dans le vrai si je dis que ce morceau est le seul avec une écriture " metal " typique ? ~the VLE~: Je ne suis pas sûr de ce que tu entends par écriture metal typique, donc je ne peux pas vraiment réagir sur ce point. Par contre, je suis d'accord avec ton autre commentaire parlant de " voyage spirituel via des images de contemplation ". C'est mon morceau favori pour cette seule raison. C'est une chanson qui me donne la sensation de flotter... de glisser au-dessus de l'océan pour être exact. C'est le visuel récurrent dans mon esprit. C'est une pièce très hypnotique. Je crois que tu es la deuxième personne qui mentionne une référence à Agalloch. Je trouve ça étrange parce que " Behold the Night... " a été pensé des années avant que je découvre la musique d'Agalloch. Ceci étant, je prends ça comme un bon compliment, parce que j'aime vraiment la majeure partie de ce qu'ils font. L'étrangement intitulé " 3 in 5 " démarre comme un hymne de feu de camp avec cette ligne de flûte, puis viennent ces bourdonnements et effets divers qui installent un paysage sonore " synthétique " angoissant avant que la chanson ne s'éteigne dans une partie ambient mélancolique et contenue. Je pense qu'il s'agit là d'une chanson pour sombrer, en silence, une sorte d'introspection oppressante. Te vois-tu éventuellement composer un album entier dans cette veine, car je suis persuadé que les fans de souscriraient sans réserve à ce type d'hallucinations ? ~the VLE~: Dans " 3 in 5 " tout n'est que réflexion. C'est une pièce très sombre et abstraite. Il y a beaucoup de ténèbres dans chacun de nous et je pense que ce morceau était ma tentative de plonger plus profondément dans les ténèbres car je voulais avoir un aperçu de la beauté qui y règne. Une façon de fuir la fausse existence du " monde ensoleillé " que nous aimons nous créer. J'étais en quête de quelque chose de sombre, beau et très calme... Quelque chose que je ne puisse pas obtenir dans ce monde. J'imagine que je pourrais composer plus de chansons qui tombent dans un genre particulier, mais ce n'est pas mon but à l'heure actuelle. Si cela se produit, ce sera une évolution naturelle. D'une certaine façon le dernier titre " Stark " prolonge cette approche atmosphérique, bien que davantage teintée de symphonie. Si ce devait être la B.O. d'un film, lequel serait-ce ? Globalement, serais-tu tenté de mettre tes talents au service d'une B.O. complète ? ~the VLE~: Hmm, question intéressante. Je ne sais pas quel film " Stark " pourrait illustrer. J'ai écrit pour des petites parties de film dans le passé, mais jamais pour un film intégral. J'adorerais en avoir l'opportunité. Je pense que ce serait un challenge exceptionnel pour moi. Au moment où nous parlons je crois savoir que les Chapitres Deux et Trois de " Book of Illusions " sont déjà dans la boîte. Quelle est la situation avec le travail consécutif à " Chapter I " ? Comment caractériserais-tu les évolutions d'un disque à l'autre en terme de sphères de sons, de qualité de production et d'arrangements, etc ? As-tu une notion de ta marge de progression ? ~the VLE~: " Chapter II " est un recueil de musique d'ambiance atmosphérique au synthé qui est déjà sorti, mais beaucoup ne le réalisent pas. Il est possible d'acheter des copies de " Chapter I " et Chapter II " par l'intermédiaire de mon website : http://www.mp3.com/vle. " Chapter III " sera le plus agressif, sombre et varié de tous. Il y aura aussi davantage de morceaux avec vocaux. Bien que la musique soit d'ores et déjà enregistrée, elle n'a pas encore été mixée. J'espère également gagner en qualité de production, mais vu qu'une bonne partie du matériel d'origine provient d'un 4-pistes de merde, ça limite quelque peu le potentiel pour une production nickel. Mais je ne pense pas que ça puisse être pire qu'avant. Quel est ton objectif ultime de réussite avec VLE ? Nous avons déjà conversé du côté commercial, donc je pense à l'accomplissement personnel et à la reconnaissance. Illustre l'album idéal pour toi en quelques mots. ~the VLE~: Tout ce qui m'importe ce sont les impressions que génère la musique chez les autres... Je pense que de ce point de vue mes espérances ont déjà été comblées. J'ai mis ma musique sur la place publique parce qu'un ami proche me l'a suggéré et parce que j'étais curieux, et un peu désoeuvré aussi. Toutes ces réactions positives m'ont fait énormément plaisir. Je me tamponne de la reconnaissance sans quoi mon nom et mon visage figureraient partout dans le CD. Pour ce qui est des achèvements personnels, et bien je pense que lorsqu'une personne délivre un commentaire positif, je ressens que cette personne me comprend et n'a pas peur de s'ouvrir... C'est déjà un grand accomplissement. Si tu jettes un il à la scène aujourd'hui, n'as-tu pas l'impression que certaines valeurs sont prostituées ? La dose d'émotion réelle, de sincérité et d'authenticité injectée dans la musique de beaucoup de groupes majeurs est parfois discutable, et le plagiat mutuel ad infinitum semble être le facteur le plus sûr pour percer. Mais au bout du compte, le public n'obtient-il pas ce qu'il mérite ? N'es-tu pas par moments affligé de voir le manque d'exigence et le panurgisme de certains dans leur rapport à la musique ? Est-ce que tu préfères éviter ce genre de pensées ? ~the VLE~: Je suis d'accord avec tout ce que tu exprimes dans la question. C'est un problème qui est réellement contrariant, et c'est quelque chose que je ne comprends pas. La musique qu'ils appellent metal aujourd'hui n'est pas du metal, mais que peux-tu dire lorsque les gens eux-mêmes choisissent de manger ce avec quoi on les gave ? Je ne sais pas s'ils sont aussi fautifs que certains prétendus musiciens qui écrivent cette musique de mascarade et les gros porcs goinfrés de thunes qui la poussent vers les masses ignorantes. Ils sont justes tout aussi coupables je pense. Je pense que c'est un cercle " visqueux " (NdJ : jeu de mots volontaire ?) et je ne pense pas qu'on en voie le bout un jour. Au niveau de la situation aux Etats-Unis, se pourrait-il que la répartition des fans ait quelque peu évolué dernièrement ? Après la domination sans partage du death, on dirait qu'on voit de plus en plus d'initiatives osées prendre forme dans des champs artistiques plus sensitifs et provocateurs pour l'esprit. Un label comme like Dark Symphonies apparaît comme le porte-drapeau de cette vague avant-gardiste, avec des groupes tels que Maudlin of the Well, Rain Fell Within ou Autumn Tears... Connais-tu ces groupes, et si oui lesquels recommandes-tu ? Souhaites-tu ranger VLE sous la même bannière créative ? ~the VLE~: Oui, il y a eu bel et bien eu un changement. Je pense que d'un côté c'est génial, mais tu as aussi ces artistes qui s'évertuent à faire quelque chose qui n'est pas naturel pour eux et le résultat sonne souvent ridicule et forcé. J'espère que la vérité prévaudra à la fin. Je n'ai écouté que quelques extraits de Maudlin of the Well... Je les ai aimés en grande partie. Les deux autres groupes que tu mentionnes, je ne les ai jamais écoutés, mais je les connais de nom. Depuis des années je suis très branché groupes très expérimentaux et avant-garde. J'imagine que je me lasse très rapidement et qu'il me faut des trucs mixtes qui bousculent les standards de temps à autres. Pourtant, ces groupes qui mélangent et fusionnent les styles peuvent rapidement manquer de puissance s'ils ne font pas preuve de feeling. Les groupes qui à mon sens ont bien réussi dans ce domaine sont Arcturus, Solefald, Sigh, Fleurety, etc... (NdJ : Oh ! Monsieur a du goût). En ce qui me concerne, je ne crois pas pouvoir prétendre boxer dans la même catégorie que ces musiciens, mais j'admets aimer aussi créer ce qui me plaît sans aucune restriction. Depuis peu l'ordre géopolitique mondial est sérieusement menacé suite aux attaques sur New York et Washington. C'est peut-être un sujet peu opportun dans le cadre de cette interview, mais puisque tu es l'un des premiers natifs américains qui me tombent sous la main, j'ai envie de te demander comment tu perçois de l'intérieur ces événements et leurs conséquences, les ripostes, le flou médiatique biaisé dans lequel les gens sont plongés, parfois les réactions de patriotisme aveugle, la crainte d'un conflit biologique, etc. ? Ne trouves-tu pas cela un peu ironique que beaucoup de citoyens américains soient incapables de positionner, même vaguement, l'Afghanistan sur une mappemonde ? ~the VLE~: En fait je ne suis pas Américain de souche, mais j'ai passé la plus grande partie de ma vie ici. Cela ne me dérange pas de donner mon point de vue sur ces affaires, mais je te dirai surtout que j'ai trouvé ces attaques spectaculaires mais pas surprenantes... Du moins pas pour moi. De mon expérience avec le système éducatif aux USA, j'ai retiré qu'on ne t'apprend pas grand chose de l'histoire ou de la culture des autres pays. L'accent n'est pas mis là-dessus au lycée. Si tu vas à la fac tu peux obtenir ces connaissances, mais tant que ce n'est pas dans tes intentions majeures, personne ne t'y encourage. En fait ici l'éducation n'a pas la même valeur que l'argent, le prestige et le pouvoir. Donc il est compréhensible et même pas surprenant que quelqu'un puisse mener une vie bien remplie et confortable sans jamais savoir quoi que ce soit sur l'Asie ou le Moyen-Orient. Lorsque tu vis dans le pays le plus " puissant " du monde, j'imagine que ce n'est pas si grave de ne rien savoir sur les autres pays... Du moins pas jusqu'à ce que l'un de ces pays passe à l'offensive et tue des milliers de tes concitoyens. Tu ne peux pas savoir le nombre de livres sur l'Afghanistan, L'Islam et les Talibans qui ont été achetés ou empruntés dans les bibliothèques depuis les attentats du 11 Septembre. A présent je crois qu'ils vont apprendre... Eu égard aux perspectives socio-économiques pas trop brillantes qui nous attendent, crains-tu que le niveau de ressources et de popularité de la musique traverse une période de trouble, ou bien va-t-on au contraire observer un essor d'inspiration débridée et des mouvements avant-gardistes, les artistes réalisant que tout peut s'arrêter en quelques secondes ? ~the VLE~: On ne peut qu'espérer que ta seconde hypothèse est la bonne mais je crois que tu as oublié la troisième alternative... Une augmentation du nombre de daubes. De retour à VLE, peux-tu suggérer quelques méthodes pour booster à plein l'appréciation de la musique, que ce soit des décors particuliers, un éclairage, du matériel sonore, des breuvages ou drogues douces ? ~the VLE~: Personnellement je trouve que la musique gagne en efficacité lorsque le son est poussé vraiment fort et les lumières éteintes... avec des bougies. Le mieux c'est encore d'écouter au casque dans les mêmes conditions, mais j'ai aussi eu des expériences excellentes en plein air... assis sur le rebord d'une falaise au-dessus des vagues démontées de l'océan. Ou juste allongé sur le dos et regardant le ciel... Pour ça je ne pense pas que tu aies besoin de drogues. L'artiste qui a peint la couvertue éthérée et stylée de " Book of Illusions - Chapter I " s'appelle Christophe Vacher. S'il-te-plaît dis m'en davantage sur ce dessinateur, comment tu es tombé sur ses créations et où pouvons-nous les voir sur le Net. Va-t-il collaborer pour tes futures artworks ? ~the VLE~: J'ai découvert une des uvres de Christophe Vacher en surfant sur Internet il y a quelques années déjà. Je trouve que ses peintures ont cette qualité de beauté et de noirceur et réprésentent bien ma musique. Pour voir plus de ses uvres et en apprendre plus sur cet artiste passionnant tu devrais aller faire un tour sur son site http://www.vacher.com. " Chapter III " contiendra encore plus de ses travaux stupéfiants. Il est temps de mettre un point final à cette interview. Comme de coutume je te laisse avoir le dernier mot. Voici ta chance de dire aux lecteurs de Violent Solutions pourquoi ils doivent absilument garder un il sur VLE ! ~the VLE~: Et bien d'abord je voudrais te remercier pour ta patience. Je sais que ça m'a pris une éternité pour te renvoyer ces réponses. Merci pour ton intérêt au-delà de la musique. Et pour tous ceux qui restent... regardez profondément à l'intérieur... sachez vous enthousiasmer et avoir peur... vous trouverez la réponse à toutes ces douloureuses questions. Play it loud ! Hail and Kill. |